‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 942 sur 2407 · LIVRE CïNQtJANTE-QUATRlÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CïNQtJANTE-QUATRlÈME

nom est à la tête. 11 montre ensuite qu'il n'est pas plus permis de réitérer l'ordination que le baptême , et que les ordinations faites par un évêque condamné ne laissent pas d'être valables (1).

Il marque ainsi Tinconvénient de révoquer en doute la validité des ordinations de Formose. Il s'ensuivra que depuis environ vingt ans la religion chrétienne aura manqué en Italie (2). Que les évêques ordonnés par Formose n'auront rien fait en dédiant des églises , en consacrant des autels , et bénissant le saint-chrême ; que ni eux ni les prêtres n'auront point sanchfié les fonts |»our le baptême , ni célébré validemenl aucune messe , ni fait d'oblation utile aux vivants ou aux morts. Les prières des matines^ des vêpres et des autres heures n'auront point été exaucées; les diacres et les sous-diacres auront en vain exercé leurs fonctions ; l'Eglise entière sera coupable d'avoir approuvé ces ordinations dans un concile. Si Formose a été mal ordonné, à qui doit-on l'imputer , sinon au peuple romain qui l'a choisi , au clergé et aux grands qui , tant qu'il a vécu , ont reçu de lui l'hostie du corps et du sang de Notre Seigneur , et asslslé avec lui aux stations et aux autres solennités ? Mais que peut-on reprocher à ceux qui sont venus de loin recevoir l'ordination de saint Pierre par les mains de son vicaire? Il répond ensuite à ceux qui alléguoient pour excuse l'autorité du supérieur, à laquelle ils n'a voient pu résister , et soutient qu II ne faut point obéir aux supérieurs qui commandent des crimes, ni craindre les excommunications injustes , mais distinguer le siège qu'on doit toujours respecter, d'avec le pontife qu'on ne doit pas suivre s'il s'égare. Il conclut que lui el les aulnes, ordonnés par Formose, doivent garder leur rang en attendant le jugement d'un concile universel (3).

Le second écrit d'Auxilius est adressé à Léon, évêque de Noie, qui, ayant été ordonné par Formose, étoit violemment pressé de reconnoître son ordination nulle. H avoit consulté, sur ce sujet , les plus habiles des François et des habitants de Bénévent , qui lui a voient répondu par écrit qu'il se gardât bien de commettre cette faute. Il fit prier Auxilius de répondre aux objections qu'on lui faisoit , et Auxilius, après lui avoir envoyé son premier écrit , en composa un second pour le satisfaire. Il rtfïet en tête une question générale : si l'ordination reçue par force est valable , et répond (jue oui , par l'exemple du baptême donné par force à un adulte qu il soutient être bon ; mais il se trompe en l'un et en l'autre (4).

Ce second écrit est en forme de dialogue , el comnïence ainsi. L'agresseur : Formose ayant qutté son épouse en a enlevé une autre, c'est-

à-dire qu'ayant quitté son évêché , il a ôté le saint-siége à celui qui devoit y être légitimement ordonné. Le défenseur : Je ne me mets point en peine de ce qu'a été Formose ; il me suffît que l'ordination qu'il a faite est légitime. L'agresseur : Formose n'a point été pape, donc l'ortlination qu'il a faite doit être comptée pour rien. Le défenseur : Formose a été reconnu pour pape pendant plusieurs années , non-seulement dans l'empire romain , mais chee leà nations barbares , et il est venu des clercs à Rome des pays les plus éloignés , pour recevoir de lui l'ordination suivant la coutume. Ces paroles d'Auxilius sont remarquables. Il rapporte ensuite les mêmes preuves que dans le pre^ mier écrit, sur la validité des ordinations d'uti évêque condamné même pour hérésie. Quant à l'exemple du pape Constantin , dont les ordinations furent déclarées nulles (1) , il dit que l'on fit bien de déposer Constantin , mais que l'on fit mal de lui crever les yeux , et de réor^ donner ceux qu'il avoit ordonnés , ou leur faire jurer de ne jamais recevoir les ordres. Il soutient que ceux qui ont reçu une seconde ordination ne doivent faire aucune fonction de leur ordre, et qu'on ne doit point obéir att pape quand il appelle quelqu'un à un concile ^ dont le sujet est manifestement mauvais (2).

Il dit que Formose ne peut plus être jugé après avoir été présenté au jugement de Dieu. Mais, dit l'agresseur , après sa déposition il n'a pas pu être évêque , et encore moins pape. Le défenseur répond : Comme il a été déposé par l'autorité du saint-siége , il a été réconcilié par la même autorité. L'agresseur : Quand il a été déposé , il a juré sur les saints évangile^ de ne jamais rentrer dans Rome, et ne jamais reprendre son évêché ; il n'a donc pu être ré* concilié. Le défenseur : Un tel serment seroîl jugé détestable par les païens mêmes : jurer de ne venir jamais aux tombeaux des apôtres demander sa réconciliation , quelle cruauté ? L'agresseur : Le pape a-t-il dû réconcilier uA homme qui s'est condamné de sa propre bouche ? Le défenseur : Il ne l'a fait que par crainte^ mais il suffit qu'ensuite il a été réconcilié par l'autorité du saint-siége. L'agresseur : Soit, Formose a été réconcilié , mais ensuite le désir de la gloire lui a fait quitter son évêché. Le défenseur : 11 est incertain si c'est l'ambition qui l'a fait monter sur le saint-siége ^ c'est pourquoi il faut le laisser au jugement dé Dieu. Cependant toute la ville de Rome et leS pays circonvoisins , disent qu'il a été d'une grande sainteté, hors un très-petit nombM qui le décrie (3).

L'agresseur : Mais voici une objection sani réplique (4). Quand Formose est venu pouf être ordonné pane , il s'est fait imposer les mains comme s'il n'eût point été évêque, el

^^) Ap. Morin. de ord.

Sup. 1. xi,n.l9;liv. x»,n.

37, c. 17, IS, 20, etc.

^a) C. as.

(4) C. Majores S. Item, quer. extra de bapt.

'il

(1) Sup. 1. XLIII, D. 53, 57,C. 10.

par là , non-seulement il n'a pas acquis la dignité papale, mais il a perdu l'épiscjpale. Le défenseur : J'ai interrogé ceux qui étoient présents quand Forraose fut intronisé , et ils m'ont dit qu'il étoit très-faux que dans cette translation il ait reçu l'imposition des mains ; mais comme des voyageurs font des prières en marchant , ain i , disent-ils , en priant nous le conduisîmes au siège apostolique, et rintronisàmes avec l'oraison convenable. L'agresseur (1) : Il y a encore plusieurs personnes dignes de foi , qui témoignent que Formose se ût réitérer l'imposition des mains. I^ défenseur : Et moi, je sais certainement, comme plusieurs autres , qu'il n'y a que les ennemis de Formose qui le disent. Or , les lois divines et humaines rejeltent le témoignage des ennemis.

L'agresseur (2) -. Au concile de Ravenne, on a déclaré valable l'ordination de Formose; mais nous comptons pour rien ce décret , qui n'a été fait qu'à force d'argent. Le défenseur : Vous ne le sauriez prouver ; mais il est plus clair que le jour que presque tous les évéques d'Italie ont assisté à ce concile. C'est pourquoi, s'il plaît à Dieu, que l'empereur assemble un concile universel, que jugera-t-on de vous, qui rejetez les décrets de tant d'évfk^ues ? L'agresseur : Etienne, qui a été le troisième pape après Formose , l'a tellement jugé coupable , qu'il a fait tirer son cadavre du tombeau , et traîner dans un concile où, après l'avoir dépouillé de ses habits, on le couvrit d'un habit laïque, on lui coupa deux doigts de la ma n droite, on l'enterra dans une sépulture d'étrangers, et peu de temps après on le jeta dans le Tibre. Le défenseur : Us ont agi comme des bétc»s féroces , sans humanité ; où l'ont-ils appris, ces misérables? Quand cette translation d'un siège à un autre auroit été illirite, il falloit la tolérer avec la douceur ecclésiastique , sans l'exagérer par des cruautés inouies, puis défendre dans un concile général que jamais à Rome on fit rien de semblable. Il soutient ensuite qu'on doit observer le serment p été par force , pourvu qu'il n'engage à aucun péché (3).

Dans le troisième écrit, l'accusateur insiste sur ce que l'ordination de Formose étoit illicite, après le serment qu'il avoit fait de ne jamais monter sur le saint-siège , et l'acteur, c est-à-dire le défenseur en convient , mais il soutient que cette ordination n'a pas laissé d'être valable, à cause de Vutililé de l'Eglise qui doit être préférée au serment d'un particulier (4). Or, l'utilité publique y étoit, en ce qu'il ne se trou voit personne si digne de remplir le saint-siège. 11 fait ainsi l'éloge de Formose. 11 a donné pendant toute sa vie un tel exemple de gravité , qu'il n'a jamais bu de vin ni mangé de chair, et qu'il a gardé la virginité (5), ayant vécu jusqu'à quatre-vingts ans.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

(4) Anal.to. 4, p. 610,

(5) Ps. 015.

( Ad de i.>C. 00».

Il a converti les Bulgares , soutenant sa prédication par la sainteté de sa vie. C'est ce qui m'a paru de remarquable dans les écrits d' Auxilius.

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