‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 96 sur 2407 · XXXVI. Commencement de saint Grégoire d'Ulrecht · texte numérisé non relu

XXXVI. Commencement de saint Grégoire d'Ulrecht

En ce voyage, W^infrid avoit avec lui un jeune homme , nommé Grégoire , qui fut un de SOS principaux disciples. Il étoit François de noble race, fils d'Albéric, dont la inére' Adèle ou Adule , étoit fille du roi Dagobert II! Winfrid, passant de Frise en Hesse, arriva à Païens, autrement Falqz, prés de Trêves, où Adèle avoit fondé un monastère dont elle étoit abbesse (-2). Il y fut reçu avec grande charité, et après qu'il eut célébré la messe, comme il faisoil presque tous les jours, il se mit à table avec l'abbesse et sa famille. Pendant le repas, on fit lire 1 Ecriture sainte par le jeune Grégoire, âgé d'environ quinze ans, revenu depuis peu des écoles et de la cour, et encore laïque; on lui donna le livre, et après avoir reçu la bénédiction il commença à lire , et s'en acquitta fort bien. Alors le saint prêtre lui dit : Yous lisez bien , mon fils , si vous entendez ce que vous lisez. Le jeune homme dit qu'il le savoit bien, et recommença à lire. Le prêtre l'arrêta, et lui dit : Mon fils, ce n'est pas ce que je demande , mais que vous m'expliquiez ce que vous lisez en votre langue maternelle. Il avoua qu'il ne le pouvoit, et le saint prêtre lui dit : Youlez-vous que je le fasse ? Je vous en prie, répondit-il. Alors Winfrid lui dit: Recommencez et lisez distinctement ; d'où il prit occasion d'instruire l'abbesse et toute sa famille. Ainsi on voit que ces lectures se faisoient en latin. Grégoire fut si louché du discours de W infrid , qu'aussitôt il alla trouver l'abbesse, son aïeule, et lui dit qu'il vouloit aller avec le saint homme pour apprendre l'Ecriture sainte et devenir son disciple. Elle lui refusa d'abord de le laisser suivre un homme qu'elle ne connoissoit point, et ne savoit où il alloit. Si vous ne me donnez point de cheval, dit Grégoire, je le suivrai à pied. Enfin il tint si ferme qu'elle lui donna des valets et des chevaux , et lui permit d'aller.

d) Vit. c. 7.

(2) T.3, Acl.SS. p.yîl.

Ce voyage fut très-rude, principalement pour un jeune homme nourri dans les délices de la maison de son père ; car, quand ils entrèrent dans laThuringe,ils la trouvèrent brûlée et ruinée par les Saxons païens qui étoient voisins. Le peuple étoit si pauvre, qu'à peine avoit-il de quoi vivre; encore falloit-il le faire venir de loin. Ainsi les missionnaires étoient réduits à subsister du travail de leurs mains. Souvent la crainte des païens les obligeoit à se réfugier dans la ville avec les gens du pays , et y vivre long-temps fort à l'étroit, jusqu'à ce que l'on eût assemblé des troupes suffisantes pour les repousser.

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