‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 97 sur 2407 · XXXVII. Saint Boniface , évéque · texte numérisé non relu

XXXVII. Saint Boniface , évéque

Après avoir ainsi travaillé quelque temps, Winfrid envoya à Rome un des siens , avec une lettre où il rendoit compte au pape du succès de sa mission , et le consultoit sur quelques difficultés. Le pape, par sa réponse, l'invita à venir ; il obéit, et arriva à Rome pour la seconde fois , accompagné de plusieurs de ses disciples. Le pape, l'ayant appris, ordonna qu'il fût bien reçu dans la maison d'hospitalité ; puis , l'ayant fait venir à Saint- Pierre, il l'interrogea sur la foi de l'Eglise. A\ infrid lui demanda du temps pour écrire sa confession de foi , et la lui apporta. Le pape la lui rendit quelques jours après, et, l'ayant fait asseoir, l'exhorta à conserver cette doctrine et à l'enseigner aux autres. Il passa presque tout le jour à conférer avec lui , lui faisant plusieurs questions sur les matières de la religion et sur la conversion des infidèles.

Enfin il lui déclara qu'il vouloit le faire évéque pour ces peuples qui n'avoient point (le pasteur. Le saint prêtre se soumit , et le jour de l'ordination fut marqué le dernier novembre sept cent vingt-trois, fête de saint André. Le pape lui changea de nom en même temps, lui donnant celui de Boniface, sous lequel il est plus connu. Il lui fit faire un serment, daté de la septième année de l'empereur Léon , indiction sixième, qui est la même année sept cent vingt- trois , par lequel il promet de garder la pureté de la foi et Tunité de l'Eglise , de concourir toujours avec le pape , et procurer ses avantages et ceux de l'église romaine, de n'avoir point de communion avec les évêques qui n'observeront pas les canons , et les empêcher selon son pouvoir, ou d'en avertir le pape (1). Ce serment étoit écrit de sa main, et il le mit sur le corps de saint Pierre , ce qui montre qu'il fut ordonné dans l'église du Yatican.

Le pape , de son côté, lui donna un livre de canons pour lui servir de règle dans sa conduite , et le chargea de six lettres (2) : la pre-

(1) Ap. Olhlon. lib. i, 14. et t. 6, Conc. Ep. 2, 31, et (i) Ap. Olblon. c. 16, 17, p. li30, etc.

mière à Charles Martel, où il lui recommande l'évêque Boniface, envoyé aux infidèles qui habitent la partie orientale du Rhin. Car la domination des François s'étendoit au delà de ce fleuve, bien avant dans la Germanie. La seconde lettre est adressée à tous les évcques, les prêtres , les diacres, les ducs , les comtes , et à tous les chré.iens, que le pape exhorte à bien recevoir Boniface et ceux de sa suite, et lui donner des vivres et tous les secours nécessaires ; mais il menace d'analhème ceux qui s'opposeront à son ministère. Elle est datée du premier décembre sept cent vingt-trois, le lendemain de l'ordination de Boniface ; et les cinq autres étoient apparemment de même date. La troisième lettre est adressée au clergé et au peuple que Boniface devoit gouverner, et marque les règles qu'il devoit observer dans ses fondions , qui sont les mêmes , mot pour mot , que celles de l'institution envoyée en Bavière l'an sept cent seize. La quatrième lettre est adressée auxchréliensdeThuringe,et particulièrement à leurs cinq princes, qui y sont nommés (1). Le pape les félicite de ce qu'ils ont résisté aux païens, qui vouloient les ramènera l'idolâtrie, les exhorte à la persévérance , à l'attachement pour l'église romaine et l'obéissance à Boniface. La cinquième lettre est à tout le peuple de Thuringe, c'està-dire aux païens , que le pape exhorte à se convertir en recevant les instructions de Boniface, se faire baptiser, lui bâtir une maison et des églises pour eux. La dernière est à tout le peuple des anciens Saxons. On appeloit ainsi ceux de Germanie , à la différence de ceux qui avoient passé dans la Grande-Bretagne. Le pape les exhorte à quitter l'idolâtrie , et leur recommande Boniface. Il faut croire que ce saint évéque, qui connoissoit le génie de ces peuples, avoit fait dresser ces lettres, sachant l'effet que l'on en devoit attendre.

Page 1