‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 985 sur 2407 · XXIII. Artaud chassé de Reims · texte numérisé non relu

XXIII. Artaud chassé de Reims

Après qu'Artaud eut gouverné l'église de Reims huit ans et sept mois, Hugues, comte de Paris, et Hébert , comte de Yermandois, indignés de son attachement au roi Louis, qu'il avoit sacré, vinrent assiéger Reims avec Guillaume, duc de JNormandie, et quelques évêques de France et de Bourgogne (2;. Le siège ne dura que six jours, et Artaud , abandonné de presque tous ses vassaux , fut obligé de se rendre. Le comie Hébert étant entré dans la ville, le fit venir à Saint-Rémy , devant les seigneurs et les évêques, où, partie par persuasion, partie par crainte, on le fit renoncer à l'administration de l'archevêché de Reims, se contenter des abbayes de Saint-Basle et d'Avenai, et demeurer à Saint-Basle. C'étoit Tan neuf cent quarante. Quelque temps après, Artaud se retira auprès du roi Louis, avec quelques-uns de ses parents, à qui Hébert avoit ôlé les bénéfices ou fiefs qu'ils tenoient de l'église.

L'année suivante neuf cent quarante-un, les comtes Hugues et Hébert assemblèrent les évêques de la province de Reims, et firent tenir un concile à Soissons dans l'église de Saint- Crepin, pour régler le gouvernement de l'archevêché. Ils envoyèrent Hildegaire, évêque de Beauvais, qu'Artaud lui-même avoit ordonné en neuf cent trente-trois, avec quelques autres députés, vers Artaud , qui étoit à Laon à la cour du roi Louis, lui ordonnant de se rendre au concile (3). H répondit qu'il ne pouvoit aller où ses ennemis étoient assemblés ; et ils convinrent d'un autre lieu pour conférer ensemble. Là il se jeta à leurs pieds, les priant pour l'amour de Dieu de lui doinier un conseil convenable à eux et à lui. Ils le pressèrent de consentir à l'ordination de Hugues, promet ant d'obtenir pour lui quelque partie des biens de l'archevêché. Artaud, après avoir long-temps différé de répondre, les voyant fermes dans leur résolution, se leva, et leur déclara tout

An de J.-C. Qi±]

haut qu'il leur dé^endoit, sous peine d'excommunication, d'ordonner un archevêque de Reims de son vivant ; s'ils le faisoient, il appelloit au saint-siège. Cette protestation les ayant irrités, pour se retirer de leurs mains et pouvoir retourner à Laon, il adoucit sa réponse, et les pria d'envoyer avec lui quelqu'un qui pût leur rapporter la résolution qu'il prendroit avec la reine et son conseil ; car le roi n'y étoit pas. Ils envoyèrent Dérolde, évêque d'Amiens ; mais quand Artaud se vit à Laon en sûreté devant la reine et les seigneurs de sa cour, il réitéra la menace d'excommunication et d'appellation au pape, excommuniant Dérolde lui-même, en cas qu'il ne fît pas un rapport fidèle de ce qu il venoit d'entendre.

Le concile de Soissons ne laissa pas de passer outre. On prélendit qu'Artaud, ayant une fois renoncé avec serment à l'administration de son église, ne pouvoit plus y revenir. On fit valoir les plaintes du clergé et de la noblesse sur la vacance de ce siège; enfin l'on jugea qu'on devoit ordonner archevêque Hugues, fils du comte Hébert, qui avoit été destiné depuis long-temps, et qui étoit demandé par le clergé et par le peuple, c'est-à-dire par une partie. Il n'avoit qu'environ vingt ans, et pendant les quinze années qui s'étoient passées depuis son élection, il avoit demeuré à Auxerre, et y avoit fait ses études auprès de l'évêque Guy, qui l'avoil ordonné diacre; et Guy, évêque de Soissons, lordonna prêtre trois mois après son retour à Reims; ce dernier Guy étoit fils de Foulques, comte d'Anjou ; et, après avoir été chanoine de Saint-Martin de Tours, il fut ordonné évêque en neuf cent trente-sept. Suivant la résolution du concile de Soissons, les évêques se transportèrent à Reims, et en ordonnèrent Hugues archevêque dans l'église de Saint-Rémy (Ij.

11 envoya à Rome des députés pour demander le pallium, et ils s'adressèrent au pape Etienne Ylll, car Léon YII étoit mort en neuf cent trente-neuf, ayant tenu le saint-siège trois ans et demi (2). Comme Etienne étoit Allemand de naissance, les Romains le prirent en telle aversion, qu'ils lui découpèrent le visage , et le défigurèrent de sorte qu'il n'osoit plus paroi tre en public. 11 tint toutefois le saint-siège trois ans et quatre mois. 11 accorda le pallium à Hugues pour rarchev(\:hé de Reims; et ses députés vinrent en neuf cent quarante-deux avec un évêque nommé Damase, que le pape envoya légat en France. Il portoit des lettres aux seigneurs et à tous les habitants de France et de Bourgogne, pour reconnoître le roi Louis, et envoyer des députés à Rome, avec menace d'excommunication s'ils ne satisfaisoienl avant JNoël, et s'ils continuoient de lui faire la guerre. Sur quoi les évêques de la province de Reims, ayant conféré

LIYRE CINQUANTE-CINQUIÈME.

(i) Chr. Cassin. c. 55.

(2) Flod. Chr. an. 5i0.

Ilist. IV , c. 2b. LIbel. Ar-

toldi. OConc. p. 628,0.

(3) Libeli. Arlold.

(1) Sup.n. l.Frod. Chr.

C2) Baron, an. 9^0. Papebr. Conat.

avec le comte Hébert, le prièrent d'intercéder auprès du comte Hugues, pour lui faire reconnoîlre le roi , car c'étoit son plus puissant adversaire.

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