XXIV. Fin de saint Odon
La même année neuf cent quarante-deux, le pape Etienne fit venir à Rome pour la troisième fois saint Odon, abbé de Clugny, afin de procurer la paix entre Hugues, roi d'Italie, et le patrice Albéric, car la guerre continuoit toujours entre eux. Pendant que saint Odon fut à Rome, Albéric lui donna le monastère de Saint-Eiie à Suppenton près de Népi , pour y établir la réforme (1). 11 y mit pour abbé un de ses disciples nommé Théodard, qui, voyant ces anciens moines fort attachés à manger de la chair, leur faisoit apporter à grands frais du poisson des lieux d'alentour. Mais un torrent qui passoil près du monastère forma un étang qui les exempta de celte peine. Ce qui fut regardé comme un miracle, et attribué aux prières de saint Odon.
Etant à Rome il fut attaqué d'une fièvre violente et continue, qui le réduisit à Textrémilé; mais comme il souhailoit ardemment de finir ses jours au tombeau de saint Martin , où il avoit commencé de goûter la piété (2), il vit en songe un personnage vénérable, qui lui dit que sa mort étoit proche, et que toutefois saint Martin lui avoit obtenu un délai pour retourner en son pays. En effet il se porta mieux, et entassez de force pour venir jusqu'à Tours, où il arriva près le temps de la fête du saint. 11 la célébra avec une dévotion extraordinaire ; le quatrième jour la fièvre le reprit, et il mourut le jour de l'octave, dix-huitième de novembre neuf cent quarante-deux, âgé de soixante-quatre ans, la quinzième année depuis qu'il fut abbé de Clugny. L'église honore sa mémoire le jour de sa mort. Il fut enterré dans l'église de Saint-Julien de Tours, par l'archevêque Théotilon, qui par son secours avoit rétabli ce monastère, fondé par saint Grégoire son prédécesseur, et ruiné par les Normands (3). Théotilon mourut trois ans après en revenant de Laon, pour procurer la paix entre le roi et les princes, et fut enterré dans la même église de Saint-Julien.
Entre les monastères réformés par saint Odon, les plus connus sont les suivants : Aurillac en Auvergne, fondé depuis peu par saint Gérauld ; Fleury-sur-Loire , réformé à la sollicitation du comte Elisiard , qui obtint cette abbaye de Raoul, roi de France, pour la donner à saint Odon, et alla avec deux autres comtes et deux évêques l'en mettre en possession, nonobstant la résistance des anciens moines, qui
(1) Elog. Odon. n. 38. (2) N- 12. Sœc. 5. Acl. B, p. Ul.Vita '(3) Martyr. R. 18 nov. per lo. lib. iij, n. 7. Frod. Chr. 945.
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se défondirent à main armée (I). Saint Odon reforma aussi le nionaslère de Sarlal en Périgord, et celui de Tull<' vn Limousin, depuis érigés en évéihés; Saint-Pierre-le-Vif à Sens, Saint-Julion à Tours, Romans-Mousiicr au diocèse de Lausane, Charlicu au diocèse de Maçon. On le reconnoissoil pour abbé de (ouïes ces maisons; mais il mettoit en chacune un abbé parliculier, qui étoit comme son vicaire. En Italie il reforma le monastère de S»iut- Paul à Rome, ceux de Soupenton, de Salerne, de Saint-Augustin à Pavic ; élabli<<sant parloul le même ordre, c'esl-à-dire la même observance qui se praliquoil à Clu;uy. 11 ne iiègligeoit pas le temporel, dont lesoinest une suite ordinaire de la régulariU'. De S(m temps le monastère de Clugny reçut des donations si considérables, quMI en reste jusqu'à cent quatre-vingt-huit chartes.
Il reste aussi de lui plusieurs écrits qui montrent sa science et sa piété. L'abrégé des morales de saint Grégoire sur Job ; des hymnes et des antiennes en l'honneur de saint Martin ; les trois livres du sacerdme, depuis nommés ses occupations, et à présent ses conférences. Etant abbé, il écrivit en quatre livres la vie de saint Géraud , comte d'Aurillae- L'histoire du retour des reliques de saint Martin, rappi)rtées de Bourgogne, qu'il composa à la prière de Foulques le bon comte d'Anjou, et plusieurs discours à la louange de ce saint. Un entre autres sur l'incendie de son église arrivé de ce tt'mps-là, pour montrer qu'elle ne doit scandaliser personne, ni diminuer la dévotion des tidèles l'nvers saint Martin. ( n attribue encore à saint Udun la vie de saint Gré goire de Tours (2).
En plusieurs endroits de ses ouvrages , mais princi|»alemenl dans ses conférences, il déplore les mœurs corrompues des chrétiens ; entre autres, l'impureté, la violence et le mépris manifeste de la justice. 11 se plaint en particulier de l'abus di' la sainte eucharistie par les communions indignes. Ce mystère, dit-il (3), n'étoit pas célébré si fréquemment dans les commencements de l'Eglise; mais plus il étoit rare, plus on y apportoil de religion. Il dit que les relimes de sainte Valburge, ayant été mises sur l'autel , les miracles cessèrent, et qu'elle apparut à un malade et lui dit : Vous ne guérissez pas , parce que mes reliques sont sur l'autel, qui ne di>it servir que pour les divins mystères. On ùla les reliques, et les miracles recommencèrent. Parlant des moines, il traite d'apostasie le mépris de la nourriture et de l'habit prescrit par la règle et la propreté . sous prétexte de laisser pjur l'ornement de l'église.
Le successeur de saint Odon , et le troisième abbé de Clugny, fut Aimard, qu'il avoit fait
élire dès Tannée neuf cent quarante-un, avant son dernier voyage de Rmie (t). Aimard etuit de basse naissance, mais dune grande vertu. H fut trè-» zeh; pour l'observance, et augmenta ccmsidérablement le temporel, comme on voit dans les archives de Clugny , par deux cent soixante-dix-huit chartes de son temps, qui ne fut que de six ans.