‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 997 sur 2407 · XXX. Image miraculeuse d'Edesse · texte numérisé non relu

XXX. Image miraculeuse d'Edesse

En Orient, l'empereur romain Lecapène fit venir d Edesse Tim ige miraculeuse de Jesus-(^hrisl qoe Ion y jiardoil, el il li lit ,\\yporter à Constant inople. Or, nous voy<ms ce que Ion croyoit dt^ et lie image, pir un discours de 1 em|)ereur Constantin Porphyroge^ nèle, qui en racinte ainsi l histoire (-2;: Ab^^ir, seign 'ur d E<iesse, avoit uu serviteur, nonuné Ananias, qui, pjssanl par la l*alesline pour aller en Egypte, vil Jesus-Chrisl, el fui louche de ses discours et de ses miracles. A son retour il s'en informa plus exaclem» ni , espérant qu il guériroil son maître, atflige de la goutte et de la lèpre noire. Sur son rapport, Abgaricrivit une lettre à Jesas-Chrisl, où il le prioil de venir cht z lui, luiotliant sa ville pour retraite contre la ma vaise volonté des juifs. Ananias lut charge de la lettre, et comme il sa voit peindre, Abgar lui ordonna que , s il ne pouvoit amener Jesus-Chrisl, il

(1) Mabill. hic. p. Gftô. n. i8. Gr. Ap. Combef. (S) Pott.Tbeoph. p. 268, Sur. 16 Aug.

apportât an moins son portrait. Ananias étant arrivé en Judée, trouva .Îésus-Christ environné d'une si grande foule, qu'il ne put en approcher. C'est pourquoi il s'assit sur une pierre élevée , el comnjença à faire scm portrait sur un papier. Jésus connoissant en esprit ce qui passoit , le fil appeler par saint Thomas; et quand il fut devant lui, avant que d'avoir vu la lettre, il lui dit le sujet de son voyage. Puis il fit réponse à Abgar par une lettre, où il promettoil de lui envoyer un de ses dise ijdes pour le guérir.

Je>us ayant donné sa lettre à Ananias , vit qu'il étoil en peine d'accomplir l'autre commandement de s<m maître louchant le portrait. C'est pourquoi , sciant lavé le visage avec de l'eau, il lessuya d'un linge où son image se trouva aussitôt imprimée, et il le donna à Ananias. En retournant il arriva à llierapolis, où il logea hors de la ville, et cacha le lin^^e dans un monceau de briques neuves , mais à minuit il y parut un grand feu qui sembloil menacer toute la ville. Les habitants alarmés ayant trouvé Ananias, l'obligèrent à dire ce qu'il portoil , el on trouva sur une bri(jue qui avoit touché le linge un portrait seintilable qu'ils retinrent, el que l'on gardoit encore à lliérap<dis. Ananias continua son chemin, el apporta à Edesse la lettre et l'image. On contoil encore la chose d'une autre manière. On disoit que lorsque Jésus sua du sang avant sa passion , un de ses disciples lui dimna ce linge dont il s'essuya, et y imprima son image, el le donna à garder à saint Thomas, de qui saint Thadée le reçut, elle porta à Edesse. (^ar on assuroil que Jésus , après son ascension , avoit envoyé saint Thadée à Edesse avec cette image; el qu' Abgar avoit été bienKM averti de scm arrivée pai le bruit de ses miracles. Quand l'apôtn» vint devant lui il portoil I image miraculeuse attachée à son front , et il en sorloil une lumière que les yeux ne pouvoienl souffrir. Abgar, (tonné, se leva de son lit cl courut au-devant, ne se sentant plus de son mal. 11 prit la sainte imag(*, la mit sur sa tète, sur ses lèvres, sur ses yeux , sur tout S(m corps, el se Irouva parfaitement guéri , excepté un peu de lèpre qui lui resta sur le front ; mais elle s'elTaça quand il reçut le baptême. H y avoit à la |M)rle d'Ed sse une idole, que tous ceux qui y entroienl eloienl obligés d'adorer. Abgar la fil ô er, et mil à la place la sainte image collée sur une planche et ornée d'or , et elle y fut honorée pendant tout son règne et celui de son fils. iMaisson p.*lit-fils étant retourné à l'idolâtrie. Voulut ôter la sainle image el rétablir lid()le. L'évéque, pour conserver la sainle image , fit continuer la muraille devant la niche où elle étoil, après avoir mis dedans une lampe allumée el une tuile dessous : ainsi elle demeura plusieurs siech'S cachée el inconnue.

Environ cinq cents ans après le temps d'Ab*

far, Cosroès, roi de Perse, assiégea Edesse (l ). Il l'alloil prendre quand l'évéque nommé Eulalius apprit, par revehlion, qu'il y avoit une image miraculeuse, et le lieu où eile étoil. 11 trouva la lampe encore allumée, et, sur la tuile qui couvroit l'image, une a Ire image toule pareille. L'huile de celle lampe brûla les mineurs el les machines des Perses , el la présence de l'image tourna contre eux le feu qu'ils avoient allumé ccmtre la ville ; enfin Cosroès fut contraint de lever le siège. Quelque temps après, sa fille étant possédée, le dem(m dit qu il ne sortiroit point si on ne faisoit venir I image d Kdesse. Cosroès en ayant écrit au gouverneur et à l'exéque, ils craij;nirent quelque surprise, et firent faire une copie fidèle de limage , qu'ils envoyèrent, gardant loriginal. A peinte fut-elle entrée en Per>e, que le démon promit de sortir, pourvu qu'elle retournât : ainsi Coî»roès la renvoya avec des présents. L'historien Evagre qui vivoit du temps de Cosroès , attribue aussi à l'image miraculeuse la levée du siège d'Edesse ; et c'est le premier qui parle de celle image (2). L'empereur Constantin, ayant ainsi raconté l'origine et la découverte de cette image, vient à ce qui s'étoit passé de son temps , quatre cents ans après l'ancien Cosroès , et le raconte ainsi :

L'emjiereur romain Lecapène désiroit passionnément de faire venir la sainte image à Conslanlinople , où éloienl déjà lant de preci. uses reliques. 11 avoit plusieurs lois envoyé à Edesse , deuïander l'image et la lettre de iNolre Seigneur, offrant en échange deux c^nts Sarrasins captifs, et douze mille pièces d'argent. Entin l'an du monde six mille quatre cent cinquante-deux, qui est de J.-C. neuf cent quarant(»-quatre , l'émir d'Edesse envoya dire qu'il acceploil ces conditions, de- Tpandant de plus une bulle d or, par laqu Ile l'empereur prcmiit que jamais les Romains n'allaqueroieni \vs quatre villes de Roha , Charres, Saroze el Samosate, et ne pilleroienl leur territoire. L'empereur envoya Abraham, évéque de Samosate , pour recevoir la .^ainte image et la lettre ; et <le peur de surpris*», il emporta limage miraculeuse el ses deux copies : celle qui avoit été faite pour envoyer en Perse, et une autre que l'on honoroil dans l'église de^ ncstoriens; mais (m les renvoya depuis, ne gardant que l'original. Les chrétiens d'Edesse firent beaucoup de bruit, ne pouvant se résoudre à perdre ce trésor, qu'ils regardoient comme la sauve-garde de leur ville ; mais l'émir des Sarrasins h's obligea, partie de gre, partie de force, à tenir le traité.

L histoire orientale parle aussi de celte translation , et dit que , sur la proposition des Romains, les habitants de Rouha , c'est ainsi qu'ils ncmiment Edesse, écrivirent au calilé Aloclafi q»ii régnoil alors, cl qu il or-

(t) Sup. I. xxxiu, Q. 8. (2) Evaf . iY,Uist. c. 17.

; donna au visir d'assembler to 's les cadis et les grands pour délibérer sur celle affaire (1). Quelques-uns dirent qu'il étoil honteux aux musulmans de donner celte image aux Romains ; d'autres soutinrent qu'il étoil louable de racheter à ce prix des nmsulmans captifset cet avis l'emporta. *

L'empereur Constantin raconte ensuite comment la sainle image fut apïK)rlee à Conslanlinople. Elle y arriva le quinzième d août neuf cent quarante-quatre , et fut d'abord déposée dans I église ^otre-Dame de Blaquernes où l'enqxTeur celébroit la fête de rAss(mipI ticm. Le lendemain on la porta solennellement à Sainte-Sophie, el enfin elle fut mise dans l'église du 1 hare, la principale des chapelles du palais (-2). 11 racon e un grand nombre de miracles arrivés à celte occasion, tant pendant tout le voyage qu'à Conslanlinople, et c'est le cimtenu de ce discours allribué à l'empereur Constantin Porphyrogénète. L'église grecque célèbre la fêle de celle translation le même jour, seizième d'août.

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