‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 999 sur 2407 · XXXII. Fin de Romain Lecapéne · texte numérisé non relu

XXXII. Fin de Romain Lecapéne

Romain Lecapéne, qui avoit pris tant de soin défaire apporter cette image, ne la vit pas longtemps à Conslantinople (3), car la même annnéeneuf cent quarante-quatre , l'indiction troisième étant commencée, le vingtième de décembrej'empereur Etienne, son fils, ne pouvant souffrir sa sévérité , le fit enlever du palais et emmener dans l'île Proté, où on lui coupa les cheveux, et on l'obfigea à prendre la vie monastique , tout vieux et infirme qu'il étoit. 11 avoit régné vingt-six ans. On loue sa charité pour les pauvres, dont on rapporte des exemples remarquables : il avoit grande confiance aux moines , et fonda des monastères. Mais ces bonnes œuvres sont obscurcies par son ingratitude envers l'empereur Constantin, songeiidre, et l'intrusion irrégulière de son fils Théophylacte sur le siège de Conslantinople. Outre qu'ont accusoit de mauvais commerceavec l'impératrice Zoé, mère de Constantin , et qu il laissa un bâtard, nommé Basile dune concubine Bulgare (4).

Romain fut vengé peu de temps après de ses deux fils Etienne et Constantin. Car l'em-

(1) Ap. Sur. 12 octob.

Ruinart. Acla flne. Sup. 1.

IX, n. 1, 2, etc.

(2) Ap. Sur. Soctob.Mabill. to. 1. Analect. p. 65.

Phot. Bible. 255. V. Till.

lo. 5, p li9.

(3) Anon post Theoph.

p. 270, 271. Luilpr. iv,c. 9.

(♦) Cang. Famil. Byz.

pereur Constantin Porphyrogénète , averti qu'ils avoient aussi conspiré contre lui , et jugeant bien qu'ils l'épargneroient moins qu'ils n'avoient épargné leur père, les fit arrêter le vingt-septième de janvier, suivant l'an neuf cent quarante-cinq, comme ils étoienl à table avec lui. Ils furent emmenés en exil dans les îles voisines, et on leur fit couper les cheveux comme à des clercs. Peu de temps après, ayant obtenu permission d'aller voir leur père, ils vinrent à l'ile Proté , et le voyant revêtu de l'habit monastique , ils furent sensiblement touchés (1 ). Le vieillard pleura, et dit ces paroles de 1 Ecriture: J'ai engendré et élevé des enfants , et ils m'ont méprisé. 11 fut consolé dans son exil par deux moines de grand mérite, Sergius et Polyeucte. Celui-ci fut depuis patriarche ; Sergius étoit neveu du fameux Ph tius , mais plus illustre par sa vertu que par sa naissance, et sa science n'étoit pasmoindreque sa vertu. Il avoit un grand discernement , une grande fermeté , beaucoup d'agrément dans ses manières et dans ses discours, et une grande humilité. Romain étant encore empereur, l'avoit toujoursauprès de lui, etl'honoroit comme son père spirituel.

Constantin. son fils , ayant voulu se révolter dans son exil , tua celui qui commandoit ses gardes, et fut tué lui-même (2). Ce que Romain ayant vu en songe le même jour , il envoya à tous les monastères et à toutes les taures, jusqu à Jérusalem et à Rome ; et ayant assemblé trois cents moines au lieu où il étoit le jeudi-saint, il se présenta dans 1 église sans tunique et sans manteau, lorsque le prêtre alloil faire lèlevation du pain sacré. II tenoit un papier où étoient écrits tous ses péchés , et les déclara devant tout le monde. U*s moines crièrent Kyrie eleison^ en versant des larmes; et Romain leur demanda 1 absolution, s inclinant à chacun deux. Ils la lui donnèrent , il communia ; et comme ils alloienl se mettre à table , il donna à un petit garçon une corde et un fouet , dont il lui frappoit les pieds en disant: Entre , mauvais vieillard; et il s assit après tous les autres, pleurant et gémissant. Il envoya sa confession cachetée aux autres caloyers ou moines, particulièrement à Dermocaïle, abbé du Mont-01ympe,avec deux cents livres d or. Celui-ci fil jeûner tous ses moines pendant deux semaines , après lesquelles on prétend qu'il eut révélation que les péchés de Romain étoient effacés, et qu'ouvrant sa confession il ne trouva qu'un papier blanc. Il le montra à tous les moines, qui envoyèrent à Romain une absolution par écrit, et elle fut enterrée avec lui.

Nonobstant cette pénitence, Romain ne laissa pas de consentir à une conjuration, que forma le patriarche Théophylacte, son fils, avec quelques autres, pour le rétablir dans le palais.

(1) Isn. 1, 2. Anon. io (2) N. 3, p. 271, n. 4. Bom. n. 50, 51, p. 2ft9

AndeJ.-C. 917. ]

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