ARRIVAGES
10 Laines en peaux 40.402.972 47.197.490
20 Laines suint 2.344.902 2.588.536
30 Houilles 12.778.905 24.690.851
Le gros des arrivages se produit :
Pour les peaux en laine, en octobre, novembre, décembre et janvier; pour les laines en suint, en mai, juin, juillet.
L'importation de la houille, en moyenne, kil. 2 millions par mois, se fait régulièrement, ce qui indique une marche régulière.
Les grosses expéditions d'étoffes ont lieu de juin à septembre; les mois les plus forts sont juillet et août.
, L'écoulement de la laine lavée est régulier, mais mars, avril, mai et octobre semblent
plus favorisés sous ce rapport.
Les peaux brutes partent régulièrement, mais surtout de janvier à juin inclusivement.
Les peaux mégissées ont aussi une marche régulière, ce qui indique des besoins constants basés sur une production ne variant guère.
Les gros mois pour la bonneterie, ressemblent à ceux de la draperie.
En draperie, molletons et flanelles, il s'est expédié :
En 1902 1.142.615 kilos.
En 1903 1.456.438 »
Ces chiffres se répartissent ainsi :
1902 1903 Différence
Mazamet K. 856.076 1.036.172 180.086
Labast-Rouairoux » 286.536 420.275 129.415
Il faut remonter jusqu'en 1895 (expédition kilos 1,646,899) pour trouver un chiffre d'expédition supérieur à celui de 1903.
La Chambre de Commerce estime que c'est au savoir-faire des fabricants, plus encore qu'aux éléments, qu'il faut attribuer cette activité, car les prix élevés de la matière première et la concurrence toujours^ très grande des articles en laine peignée furent des éléments contraires au bon placement des tissus du Midi.
(( Il faut constater aussi quelles difficultés et quelles charges sans cesse grandissantes constituent pour les manufacturiers, les longues indécisions de la clientèle qui exige un échantillonnage important et gratuit, sans aucun engagement de commandes ultérieures. »
Cet échantillonnage est-il réellement un mal? Il est coûteux, absorbant, mais il met les fabricants en contact immédiat avec les clients acheteurs dont les besoins, les goûts, les caprices sont un facteur important de la fabrication.
Les Allemands et les Belges usent largement de cet échantillonnage qui provoque des ordres nombreux.
En des albums étroits mais assez longs, figurent les échantillons des principaux articles offerts. Les numéros de ces références, toutes exactement les mêmes, sufïisent pour la correspondance écrite ou télégraphique.
Le commerce du demi-gros s'en déclare satisfait.
Certains tailleurs en font un usage constant.
Délainage des peaux de moutons
Les premiers essais pour extraire la laine des peaux de mouton furent faits à Aussillon , vers 1850, sur des peaux de pays et des peaux d'Afrique.
L'opération se fit d'abord fort mal. Les peaux suspendues autour de barriques défoncées, étaient frappées par des ouvriers munis de barres de fer; afin de détacher la laine
dont la propreté très imparfaite ne recommandait guère le produit. Fatalement le déchet était considérable.
Vinrent les sabreurs, ouvriers qui, armés d'un sabre, recevaient sur le visage et les vêtements les saletés de la toison. L'humidité de l'atelier et l'air infect respiré rendaient ces occupations fort malsaines.
Un homme intelligent, M. Périé, chercha de l'alimentation pour ses ateliers, dans les importations de La Plata où, vers 1856, il envoya un représentant, M. Mas.
Le mouvement était donné. Peu à peu la marchandise première afflua, aussi cherchat-on les moyens d'action et d'amélioration de l'exploitation.
Des usines s'établirent avec sabreuses, laveuses, essoreuses, sur le bord des cours d'eau. La plus remarquable, celle de M. Charles Sabatié, date de 1871, n'a pas peu contribué à donner un grand essor à l'industrie nouvelle.
Le canton de Mazamet, grâce à la pureté et à la douceur de ses eaux, ne tarda pas à monopoliser le délainage.
Aux importations de La Plata s'ajoutèrent celles de l'Australie et du Gap de Bonne- Espérance.
Le nombre des usines alla augmentant.
Peu à peu le produit fit sa trouée dans le monde industriel. Nous nous rappelons le temps où les Anglais, tout aux importations de laines en suint, repoussaient abolument les lavés à dos de Mazamet.
Il est certain qu'au début, la propreté laissait à désirer ; le chardon n'était pas entièrement enlevé, la mèche se trouvait quelque peu feutrée ou défraîchie.
Insensiblement le succès vint.
70 usines exploitent annuellement une quantité moyenne de 60.000.000 de peaux de moutons, ce qui représente 100 millions d'échanges.
Le bon classement des qualités, l'excellent traitement des lavés à dos, l'honnêteté du conditionnement, tout cela a favorisé l'écoulement des genres à peigne.
L'industrie de la carde recherche les bons lavés à fond où s'accuse un réel progrès de manutention mécanique et chimique.
Il restait à Mazamet à compléter son outillage commercial par l'établissement d'un bureau de conditionnement grâce auquel les parties contractantes sont assurées contre les éventualités d'humidité, c'est-à-dire contre ces vexantes pertes de route, qui soulevaient, «ntre acheteurs et vendeurs, des discussions interminables. Ce progrès c'est accompli à la satisfaction générale.
Opérations en 190O
Sur sa part des revenus du bureau de conditionnement, la Chambre de Commerce prélève tous les ans :
\^ 15 o/o qui sont confiés à un comité de dames, chargé d'œuvres philanthropiques;
2** 10 o/o aff'ectés à la création de bourses de voyage au profit d'élèves ou d'anciens élèves de l'Ecole pratique de Commerce et d'industrie ayant satisfait aux épreuves du concours ouvert à cet égard.
3<^ Une somme qui élève de 10 ®/o les appointements officiels des professeurs de l'Ecole pratique de Commerce et d'Industrie.
La Chambre de Commerce a montré souvent que son attention est éveillée sur tous les progrès possibles. Elle sait que les illusions ne servent à rien, mais qu'il faut avoir toujours •devant soi le but à atteindre au moyen d'efforts et de progrès.
Nous avons parlé d'après le Boletin Industrial de Buenos-Ayres, des tentatives industrielles laites en vue de l'exportation, non des laines en suint, mais des laines lavées de La Plata. De là, ce passage du Rapport de la Chambre de Commerce de Mazamet :
« Le développement considérable de certains établissements de délainage en Allemagne', dans le Nord de la France et surtout à La Plata, démontre qu'il ne faut pas se faire d'illusion dangereuse sur l'avance acquise par nous. Le taux onéreux des transports maritimes et terrestres que nous devons subir, par suite de notre éloignement des ports et des centres de consommation, ne nous met-il pas, d'une manière déjà inquiétante, dans une condition d'infériorité vis-à-vis des concurrents, à l'achat du brut, comme à la vente des produits.
(( La transformation encore lente, mais peut-être inévitable à brève échéance, des procédés de délainage, ne doit-elle préoccuper nos industriels ?
(( L'augmentation des salaires, conséquence de la récente grève des ouvriers délaineurs, n'est-elle pas une charge nouvelle et déjà onéreuse dans les prix de revient ?
(( Mieux vaut regarder le danger en face et le prévenir, par toutes les améliorations dont notre industrie du délainage est encore susceptible, que d'attendre que nos concurrents nous devancent ? »
En attendant, la production de Mazamet est la première du monde dans l'industrie du délainage des peaux de mouton ; ce qui ne veut pas dire que, même en 1903, malgré un chiffre très important, les bénéfices aient été extraordinaires. On considère, en effet, que sous ce rapport, l'année fut moyenne.
C'est déjà quelque chose de ne pas décroître dans les années médiocres ?
Quel sont les prix des laines lavées'^.
Ils ont assez bien suivi les fluctuations des six enchères de Londres. Voici les chiffres pour
Bonne laine croisée : l^c Enchère 3^^ 6c lie Enchère 3c 6e
Mérinos courante 4,60 5,25 5,80 5,65 6,40 5,70
Qualité prime 3,90 4,35 4,85 '5 » 5,10 4,75
» No 2 2,60 3,023 3,475 3,.55 • 3,60 3,25
» No4à5 1,70 1,80 1,95 1,90 1,95 2,475
C'est assurément une chose peu commune que la différence des chiffres de la ligne inférieure qui dit que de janvier 1903 à novembre de la même année, la valeur de la qualité 4 à 5 a passé de 1,70 à 2,475, ce qui établit une hausse de 45 «/o pour les croisés.
Du train où vont les choses, on se demande quel est l'avenir réservé aux laines croisées que certains éleveurs produisent le plus.
On sait que les épidémies de la Plata diminuent la production des laines fines. La Chambre de Commerce estime la valeur moyenne des cuirots
à 9 fr. par douzaine en 1902 à 8 fr. 40 par douzaine en 1903
et la valeur moyenne de la laine à 3,65. D'où
Laines diverses, kil. 18.335.377 à 3,G5 fr. 67.000.000
Cuirots divers, douzaines 2. 100.000 à 8,40 . . » 17.600 000
Chiffre total d'affaires fr. 84.600.000
Le total des importations est :
Peaux en laine .... kil. 47.197.430 ) , ., ,,, ^^. ,^
. . ,. O -QQ -r:^ l^il- 49.785.966
Laines diverses ... . » 2.o88 o56 )
On pourrait croire que la demande européenne a une grande inlluence sur les prix qui se pratiquent en Australie et dans l'Amérique du Sud, mais il n'en est pas absolument ainsi. Les acheteurs, en ces pays lointains, subissent des influences qu'on ne peut ni définir, ni analyser.
Un exemple. La tonte de 1903-1904 est défectueuse ; la mèche n'est pas bien poussée et la toison est lourde de suint. De plus et fatalement, le brin est tendre. Les bons acheteurs ont, dès novembre et décembre 1903, crié : Prudence ! Rien n'y a fait. En mars 1904, lorsque de nombreuses déceptions de rendement se sont produites sur les laines peignées, on avoue que la laine perd de 4 à 6 ^/o P^i^s qu'on ne l'avait supposé.
La Chambre de Commerce de Mazamet dit, à cet égard, quelque chose qui ne doit pas être perdu. Voici d'abord le tableau des importations par pays de production en 1903 :
Balles
Provenance
kil.
par balle
Total en kil.
Buenos-Ayres
Montevideo
Melbourne
Sydney
Adélaïde
div. d'Australie
Cap, Esp., etc.
balles de peaux en
laine
— laines diverses
Total :
La Plata et Montevideo ont donné 19.000 balles déplus qu'en 1902, pour deux raisons ; P les balles de 500 kil. ont été ramenées à 450 kil. ; la mortalité a fourni un plus grand nombre de peaux.
L'Australie a fourni, en 1903, 2.000 balles de plus qu'en 1902. La cause de cette augmentation est dans ce fait que les cours, surtout à Melbourne, et plus encore à Adélaïde, ont toujours été plus abordables que ceux de la Plata, surtout ceux de Buenos-Ayres.
Le chômage s'est manifesté à Mazamet, en 1903, sous un aspectassez typique, puisque environ 10.000 balles ont été reportées à l'exercice 1904.
C'est une grosse quantité capable d'influencer le marché et les conditions du travail, ce qui prouve que jamais la grève ne donne, à la classe ouvrière, ce qu'elle lui enlève de ressources et de sécurité pour l'avenir.
Mazamet expédie ces laines avec des chances diverses d'activité en Angleterre et en Allemagne.
La Belgique, l'Alsace et la Russie sont d'excellentes clientes ainsi que le Canada et l'Ecosse.
A Roubaix-Tourcoing, on a admis, au marché à terme, le genre de peigné provenant des laines lavées à dos de Mazamet. Le terme, qui ne désire que la quantité, prend tout avec certaines bonifications.
Ldi Bonneterie 2i donné, en 1903, un total d'expéditions s'élevant à 222.419 kil., chiflVe inférieur à celui de 1902.
Les fabriques du Nord sont mieux placées, mais en temps normal, il est permis d'espérer le succès complet d'une industrie qui possède 600 machines et un millier d'ouvriers.
Conclusion
Tout dénote, dans la marche spéciale des affaires, à Mazamet, clairvoyance, intelligence, travail, efforts utiles et succès pratique.
Cette ville, avec les facilités qu'elle peut encore obtenir des compagnies de transports, soutiendra la concurrence et affirmera une excellente réputation qu'elle doit à l'honnêteté de ses industriels et de ses commerçants.
La qualité intellectuelle et morale des hommes qui dirigent en quelque sorte l'industrie d'un pays est pour beaucoup dans la réussite des entreprises communes à une population travailleuse.
Ce n est pas par hasard que vient le succès; il n'est, en industrie, que la résultante de nombreux efforts et d'institutions raisonnées et sages.
Nous n'en voulons pour preuve que la marche des choses à Mazamet.
Le 17 avril 1904, le ministre du commerce et de l'industrie était à Castres, où M. C. Sarrat, Président de la Chambre de Commerce de Mazamet dit, entre autres choses excellentes:
« La rapide prospérité de notre région devait provoquer, et a, en effet, provoqué au dehors une vive concurrence, contre sa principale industrie, le délainage des peaux de mouton, etc.
(( Les agissements d'autres pays, plus rapprochés des ports d'arrivée et des pays de consommation, compromettraient bientôt l'avenir du délainage, si cette industrie ne compensait son infériorité, uniquement due à sa situation géographique, par un redoublement d'activité et d'ingéniosité, et si elle ne devait espérer le concours bienveillant des pouvoirs publics dans les démarches qu'elle pourra être amenée à tenter auprès des Compagnies de chemins de fer et des compagnies de navigation, dans le but d'obtenir d'indispensables abaissements de tarifs ».
Rien n'est plus naturel que ce vœu. Puis il est prouvé que l'abaissement des tarifs provoque des échanges et augmente le tonnage transporté.
M. Sarrat a touché avec tact une autre corde, en signalant au ministre, les sacrifices que s'impose la Chambre de Commerce de Mazamet en faveur de l'Ecole pratique de Commerce et d'Industrie, qui a créé, au profit des anciens élèves de cette école, des bourses de voyage.
Il est regrettable que, en général, on attende pour de telles fondations, la manne gouvernementale.
C'est à ceux à qui la réussite des boursiers doit profiter qu'il appartient de grossir le nombre des élèves méritants ou favorisés. Ces éco\es pratiques doivent a.voiv des effets locaux. Pourquoi le pays tout entier serait-il mis à contribution de ce chef? En France, on ne comprend pas assez l'utilité du sacrifice personnel.
L'école technique agit de la même façon sur l'industrie spéciale du pays et ce pays a le devoir de la faire vivre et prospérer.
La réponse de M. A. Tournier, à V Enquête sur V Industrie textile (18 mars 1904) nous fournit quelques données intéressantes.
Les salaires ont, depuis 20 ans, monté de 10 à 20 o/o- Le coût de la vie (pain, viande, vin, vêtement, sauf le logement), a plutôt diminué, de sorte que l'aisance dans une famille doit être plus grande qu'autrefois.
Les salaires de l'industrie lainière sont un peu moindres que ceux du Nord, mais ils sont supérieurs à ceux de la culture de la région montagneuse des environs.
Les campagnards qui aflluent vers la ville provocjuent le chômage des vieillards et des faibles ; c'est pourquoi les institutions de bienfaisance doivent pourvoir à l'existence d'une partie de la population inemployée, alors que les champs abandonnés restent en friche.
Dans les fabriques de draps et de molletons, les salaires sont réguliers.
La journée est généralement de 10 h. 1/2. Dans les filatures, elle a été de 12 heures jusqu'en 1900.
Le perte industrielle se double de celle de l'eau des chutes qui coule inutilement.
Les conflits entre ouvriers et patrons sont rares. Le tribunal de prud'hommes ne fonctionne presque jamais.
En 1888, la grève générale des tisserands porta un coup terrible à l'industrie de la draperie. Les deux plus importantes maisons de la région fermèrent leurs ateliers: 1.500 ouvriers se trouvèrent privés de travail. Beaucoup s'expatrièrent.
La liberté du travail veut être respectée. H serait bon de faire entrer dans la pratique la responsabilité eftective et pécunière des syndicats, de façon à ce qu'ils soient tenus de réparer les dommages causés par la non exécution du contrat, par leurs imputations calomnieuses, par l'entraînement de certains hommes faibles vers l'oisiveté, la révolte, la grève.
Qui dira, en face de l'inconscience avec laquelle agissent les ouvriers qui ne se sentent pas la force de résister à leurs camarades surexités, les épreuves des patrons menacés dans leur repos, leur travail, leurs commandes, leur fortune ?
Il faut espérer que, de toutes ces épreuves, naîtra une éducation nouvelle qui dira combien l'intérêt général repose sur la paix et la concorde générale.