CHAPITRE IX
Aperçu général sur les tissus de laîne et de poîls et recensement professionnel de 1896
Le mélange de la toison de laine, avec d'autres matières poussant sur le dos de certains animaux, est tel que la valeur économique de la laine en augmente souvent, car il est rare que, dans les étoffes de fabrication française, elle ne joue pas un rôle important ou essentiel, qu'elle soit visible ou qu'elle serve, comme chaîne ou comme liant, à la solidité de l'étoffe.
Les tissus de laine peuvent se classer en trois catégories :
P Draps.
On ne les employait guère autrefois que pour le vêtement d'homme ; depuis 40 ans, les genres drapés entrent dans les confections pour dames.
Les principaux centres de la fabrication sont : Elbeuf, Sedan, Roubaix, Tourcoing, Reims, Vienne (Isère). Il y a des établissements importants à Mazamet et à Ghàteauroux.
Les beaux draps servent aux habits, livrées, pardessus, billards.
Le genre amazone se fait à Elbeuf, à Sedan.
Les draperies peignées ont leurs principaux fabricants à Roubaix et à Tourcoing, deux villes dont les efforts industriels consolent de tant de découragements. Chaque centre industriel fait aujourd'hui ces articles en plus ou moins grande quantité.
On verra ailleurs quel rôle jouent l'importation et l'exportation; on appréciera ainsi les efforts à faire, dans les deux sens, pour notre industrie et pour notre commerce.
l'^ Tissus de laine pure ou mélangée.
Etoffes pour confections de dames.
Les tissus classiques en laine pure, mérinos, cachemires d'Ecosse et serges ont leur principal centre de fabrication à Reims.
Ce genre souffre de deux causes : sa longue existence qui l'a répandu partout et le caprice de la mode qui n'en veut plus.
Des tissages importants ont disparu sous l'impérieuse volonté de ces motifs, avec autant moins d'espoir de retour que le travail tendait à devenir de plus en plus coûteux.
Des grèves inconsidérées, intempestives surtout, ont poussé certains établissements vers la désorganisation finale.
Des chefs d'industrie, clairvoyants et énergiques, ont, à temps, transformé leur fabrication et retrouvé le succès.
Roubaix et Tourcoing produisent plutôt des étoffes armurées et de grands façonnés au Jacquard.
La Picardie et la région de Tourcoing-Roubaix fabriquent des étoffes de nouveautés, en tissus de laine plus ou moins mélangée.
Los fabricants, pour des raisons que l'on pressent, en des périodes de transition, ont produit tour à tour des lainages de fantaisie, des articles noirs en laine et soie, des gazes de soie.
Sous le rapport de la transformation des tissus, du changement des textiles, de la rapidité du parti à prendre, Roubaix est la première ville du monde; son bon goût est universellement apprécié.
Le Satin de CAine^ tissu laine et coton, employé pour les doublures, se fait dans le Nord, mais le principal centre est Elberfeld (Prusse) pour la fabrication de cet article.
La Silésienne, tissu à chaîne de soie et à trame de laine fine, s'emploie pour des couvertures de parapluies et d'ombreiles. Les qualités fines sont plutôt fabriquées à Goerlitz. La silésienne d'Amiens est de préférence utilisée pour la doublure de costumes de femmes.
Les Châles étaient autrefois très demandés. Cette industrie n'a plus guère de débouchés. Le manteau de confection a détrôné le châle broché et le tartan. Le châle cachemire disparait aussi.
3'> Autres produits fabriqués avec la laine.
Les feutres, dit-on, s'obtiennent avec des laines courtes, ni filées, ni tissées, mais seulement foulées.
Cela n'est pas absolument exact, car, il a plus de 50 ans, la maison Bertèche, Baudoux-Chesnon etC'6, de Sedan, fabriquait d'abord, pour y fixer ses feutres, un tissu très léger, à larges croisures, appelé canevas. Dans l'usine de Donchery, près de Sedan, puis, dans la filature cardée de Carignan, au moyen de cardes, on étendait, sur le canevas mis en mouvement, et formant une espèce de table, la légère couche de laine obtenue, couche que l'on doublait, triplait, décuplait même, jusqu'à épaisseur convenable.
L'étofte ainsi obtenue était foulée, teinte en de nombreuses nuances et fournissait des livrées très estimées et très résistantes.
L'industrie des feutres s'est bien perfectionnée, grâce aux machines anglaises et américaines qui, par des mouvements automatiques, permettent de donner, au tissu, les moindres et les plus grandes épaisseurs, depuis le genre pour vêtement de femmes, jusqu'aux plaques les plus fortes pour semelles de chaussures.
La grande machine à feutrer, douée de plusieurs mouvements, fait l'admiration de tous ceux qui la voient fonctionner.
L'installation de M. J. J. Voos, à Reims, produit ainsi des étoffes de 3 à 15 Ir. le kil. Les qualités les plus fines sont destinées aux touches de piano.
V industrie du tricot de laine est, en grande partie, localisée dans la Somme.
A Troyes et à Aix-en-Othe, se fait le bas à côtes.
A Roanne, dans les Pyrénées, on tricote à la main et au métier.
Certaines étoffes tricotées font une concurrence sérieuse à la fianelle.
Les rubans et les galons de laine pure ou mélangée, dont on borde les robes, luttent contre la ganse, dite balaijeuse, importée d'Allemagne.
Les Couvertures de laine donnaient, en 1800, un chiffre de 3.672.000 fr. à l'exportation; en 1898, la somme descendait à 2.276.000 fr.
L'article étranger a adopté des dimensions, des dispositions de bandes, de couleur, de dessins, qui le font rechercher.
4o IHssus de poils.
Ces tissus sont formés de poils de chameaux, de vigogne ou de cachemire, plus ou moins mélangés à la laine.
Les fabricajîts de France et d'Allemagne varient l'emploi des fils de mohair avec le coton ou la laine, pour obtenir des tissus brillants ayant les reflets de la soie.
En dehors du tissage pour robes et confections, ces mêmes fils sont utilisés pour diverses fabrications spéciales : velours d'ameublement, tresses, dentelles, articles de bonneterie, tissus imitant l'astrakan.
Ce sont des fils importés d'Angleterre qui alimentent uniquement, en France, les tissages opérant sur la machine.
Cette importation donna :
De 1891 à 1893 643.071 chiffre moyen
De 1893 à 1896 911.287 »
En 1898 752. OGO »
La réduction, en cette dernière année, tient surtout à la diminution de la fabrication des tresses mohair, à Saint-Ghamond, et au faible emploi de mohair pour la fabrique de Picardie.
Nous restons tributaires de l'Angleterre pour les mohairs, les alpagas et autres poils. Nous ne possédons pas les machines spéciales pas plus que celles travaillant les laines longues.
Recensement professionnel en 1896
Personnes Etablissem's Industries à plus de Départements les plus occupés
occupées 5 personnes
Peignage de laine 11 .500 52 Nord, Marne.
Filature (peignée et cardée) 31 .500 393 Nord, Ardennes.
Battage, effilochage 700 18 Nord, Marne, Sne.jnf'-e, Hérault.
Fab. de draperie 30.500 343 S"e-Inf'e, Isère, Ardennes, Tarn.
•» nouveautés 37 . 000 146 Nord.
» mouss'»"*^(]ai"^cot", soie) 3.700 31 Rhône, Loire, Aisne, Nord.
Tissage de laine 49 . 000 309 Nord, Marne, Aisne.
Fab. de cachem., châles I.ICO 24 Aisne, Nord.
» velours de laine 2.600 20 Somme, Nord.
» d'étoffes de bas 350 16 Eure, Isère.
Apprêts de crins, poils, etc 600 14 SeineJlle-et-Yil"e,Bouch.-du-Rh.
Fab. couvert, de laine, molletons 5.500 68 Rhône, Nord, Loiret, Tarn.
» de feutres 1 .350 28 Ardennes, Marne.
On compte :
804 établissements de 0 à 50 personnes 581 » 50 à 500 »
46 » plus de 500 »
En 18U6, l'Administration des Contributions directes a taxé :
1" 2.000 peigneuses.
2° 351 cardes.
3° 847.000 broches de laine cardée.
4« 26.200 » de retordage.
5° 2.200.000 » de laine peignéee.
6** 290 paires de cylindres à feutrer.