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CHAPITRE VIII

Ecole pratique de Commerce et d'Industrie

de Reims

L'idée première de l'organisation d'une Ecole professionnelle à Reims appartient à la Société Industrielle qui, dès 1856, créa un cours de fabrication et un cours de dessin industriel.

En 1861, ce cours fut rattaché a l'institution de M. Gosselin avec des bourses à l'usage des élèves dont les parents ne pouvaient supporter les frais d'études.

L'année suivante vit des cours de calligraphie et de tenue de livres, de mathématiques, d'histoire commerciale, de droit commercial, etc.

Dès 1804, la Ville avait créé des cours de physique et de chimie professés à l'Hôtel de Ville. C'est là que, durant nos études universitaires, nous avons régulièrement entendu le savant beau parleur Maumené.

Les ressources financières firent défaut et l'on ne put continuer l'œuvre entreprise qui fut réduite à des cours du soir.

En 1866-67, on ajouta des cours de matières premières, de mécanique pratique avec application aux machines à vapeur et aux machines de filature, un cours d'hygiène et d'économie politique.

On mit enfin, au concours, le plan d'une école professionnelle appropriée aux besoins du Commerce et des principales industries du département de la Marne, pour 3 à 400 élèves.

Les événements de 1870 suspendirent l'exécution de ce projet; c'est en 1875 seulement que l'école fut ouverte.

Le plan d'études ne fut pas bien défini dans le principe ; on voulut rester fidèle à l'idée première, mais on céda à des considérations de second ordre aussi renseignement prit-il une allure bâtarde qui n'était guère celle de l'instruction technique.

En 1881, l'Administration, pour profiter des dispositions des nouvelles lois et obtenir que les émoluments du personnel enseignant fussent supportés par l'Etat, proposa au Conseil municipal, à la suite de pourparlers engagés avec le Ministre de Plnstruction publique, de faire classer l'école professionnelle au nombre des écoles publiques.

Ce classement fut fait par arrêté du 6 janvier 1882.

L'externat devint gratuit.

La limite d'âge d'entrée fut abaissée à 12 ans.

Le certificat d'études dispensait de l'examen d'entrée.

Directeurs, instituteurs, adjoints nommés par le Préfet.

Personnel enseignant nommé par le Maire.

Toujours le système bâtard ! Objectif principal : l'Ecole d'Arts et Métiers !

En 1885, on établit une section commerciale distincte.

En 1888, l'Ecole professionnelle est placée sous le régime institué par la loi du 11 décembre 1880.

La loi du 26 juin 1892, proscrit le rattachement au Ministère du Commerce et de l'Industrie, des Ecoles professionnelles dont l'enseignement est principalement industriel et commercial. Ce rattachement de l'Ecole de Reims est prononcé par décret du l^r juin 1892.

Une commission de 8 membres élabore un projet que le Conseil municipal adopte (5 juillet 1897) et que le Ministre approuve le 26 août de la même année.

Les études subirent encore une modification.

La construction et l'aménagement des locaux ont nécessité une dépense supérieure à 500.000 fr. entièrement à la charge de la ville.

Les ateliers datent de 1877-78. Le second laboratoire de chimie, de 1878.

En 1882, un pensionnat est établi. Les dortoirs, le réfectoire, la cuisine et l'infirmerie coûtèrent 45.000 Ir. que l'Etat mit à la disposition de la ville.

En 1891, on construisit un préau couvert. La Ville dépensa, de ce chef, 10.000 fr.

Il serait trop long de détailler le matériel technique.

La subvention de l'Etat pour émoluments du personnel. . . ( ^^ „

^ p . ,, u ' 6.820 fr.

» 1 enseignement technique ... (

Pension des internes et des demi-pensionnaires 40.000

Abonnement des internes (menues dépenses) 600

Total... 47.420 fr.

Dépenses à la charge de l'Etat 32.000 fr.

» » de la ville 111.000 fr.

Le personnel comprend :

Le directeur, 12 professeurs, 2 maîtres-adjoints.

Enseignement :

Filature et tissage 1 chef de travaux et 1 contremaître ;

Ateliers du fer et du bois. . 1 » » 2 contremaîtres ;

Chimie industrielle 1 » » 1 préparateur.

Au 15 novembre 1899, le nombre des élèves était de 172, savoir :

Année, préparatoire 57

Section commerciale 29

» industrielle (fer et bois) 53

» filature et tissage 13

» Chimie 8

» préparation aux Arts et Métiers . . .^ 12

Les professions des parents, lors de la rentrée d'octobre 1898, étaient :

Ouvriers ou artisans exerçant un travail manuel 32

Employés 21

Petits commerçants 16

Industriels 4

Autres professions 10

Le transfert de l'Ecole au Ministère du Commerce a rendu plus difficile le recrutement des élèves parce que les instituteurs ont aujourd'hui des cours complémentaires qui paraissent la suite naturelle de l'enseignement primaire. On peut cependant dire que, plus qu'au-

trefois, les élèves de l'école ont l'intention de terminer des études qui les conduisent à une profession commerciale ou industrielle.

Résultats: 1° Certificats d'études pratiques:

Années

CERTIFICAT Industriel Commercial

2° Concours : Admissions à :

Ecole Ecole Ecole supérieure Ecole

des de de d'apprentis mécaniciens

Arts et Métiers Cluny Commerce. Paris de la Marine

C'est sans doute par imitation des programmes de l'Ecole du Havre que Ton a songé à la 4« catégorie, mais n'est-ce pas une aberration de préparer, au cœurde la Champagneagricole et industrielle, des ouvriers mécaniciens de la Marine ?

Il est déjà difficile de comprendre, comme but, l'Ecole des Arts et Métiers, quand on est en une ville industrielle et dans un district lainier ayant besoin d'intelligences travailleuses nouvelles et techniques.

De 1894 à 1899, il eut, d'élèves sortis :

n ,o , ( Industriel 133 ) .^^ .,>

Certificat . . . ^ ^ . , oo î 166 élevés

Commercial 33 )

Arts et Métiers ... 30 )

Elèves ] Cluny 3 > 35 »

Marine (mécan.).. 2 )

La division Commerciale a donné, de 1893 à 1899, à 70 élèves, les carrières suivantes (en 7 années) :

( Laines et tissus 13 ]

Employés de Commerce . < Vins de Champagne.. 9 [ 33

( Autres Commerces.. . H )

A l'Etranger 13 ^ "> ^^

Ecole supérieure de Commerce 4

Autres destinations 17

Destinations inconnues 3

La part faite à une ville dont le commerce et l'industrie souffrent nous semble insuffisante.

Le certilicat industriel et le certificat commercial ont été obtenus par 166 élèves, mais

on se demande ce que deviennent ces étudiants à la sortie de l'Ecole, puisque généralement les parents se plaignent des difficultés que présente leur placement.

Sur 222 élèves sortis en fin d'études, de 1893 à 1899, on a noté :

Ajusteurs, Mécaniciens 39

Forgerons, serruriers 2

Menuisiers charpentiers 6 . Ecole des Arts et Métiers 46

Autres écoles 19

A l'étranger 2

Destinations inconnues 13

Filateurs, tisseurs 20

Dessin industriel, industrie chimique,

électricité 32

Employés dans l'industrie 30

Comptables 2 80

Employés de commerce 11

Les deux totaux donnent bien à réfléchir lorsqu'on se demande de quelle utilité ces élèves sont pour la ville elle-même.

Les hlateurs et tisseurs 20 élèves représentant 9 ^/q du total

» dessinateurs industriels 32 » » 14.5 n »

» employés dans l'industrie 30 » » 13.5 » »

Soit 82 élèves représentant 37 % » Au centre (f un district manufacturier, ce résultat d'une école technique est surprenant D'un autre côté, elle fournit :

A l'école des Arts et Métiers 46 élèves au 20.7 «/o du total Aux autres écoles 19 » » 8.5 » »

A l'étranger 2 » » 0 . 9 » »

Soit 67 élèves au 30.1 o'o du total.

On présume que sont les meilleurs élèves qui vont porter ailleurs le fruit de leurs études.

Est-ce donc le résultat logique d'une école technique !

On voudrait pouvoir dire que les ateliers de tous genres de la région contiennent des hommes capables dressés pour l'industrie et le commerce, armés pour la lutte.

Si, en présence des progrès réalisés par nos concurrents étrangers, nous voulons réellement sauver la fabrication lainière, ou la ramener vers sa splendeur passée, nous devons désirer plus de pratique dans l'enseignement, plus de durée dans certaines études, même après la sortie de l'école. L'apprentissage doit aussi être l'objet de tous nos soins.

Le complément de tous ces progrès est le perfectionnement moral de l'homme. Jamais on ne l'a mieux compris qu'à notre époque, car il ne suffit pas de désirer le mieux social, il faut le mériter, s'en rendre digne.

Alors pourquoi l'Ecole pratique de Reims prépare-t-elle 30 % de ses élèves pour l'Ecole des Arts et Métiers, etc., et 37 % seulement pour l'industrie ?

N'y a-t-il pas là une contradiction?

De 1889 à 1900, c'est-à-dire en 11 années, l'Ecole de Reims a eu :

par unité 222 boursiers de l'Etat recevant fr. 94.750 427 fr.

90 » du Département . » » 34.150 379 »

fr. 128.900 De ce chef, l'Etat peut réclamer quelque chose pour l'intérêt général, mais la Ville

s'impose de gros sacrifices pour, en définitive, tirer un faible profit industriel de sa sollicitude.

Depuis 1875, date de la fondation de l'Ecole, la population s'est maintenue à un niveau satisfaisant; la moyenne annuelle des élèves a été :

En 1875-76

54 dont sortis en

fin d'éti

ides ))))

La Ville de Reims accorde 6 bourses de demi-pensionnaires aux meilleurs élèves ayant déjà passé une année et dont les familles habitent Reims.

La Compagnie des Chemins de fer de l'Est donne cinq bourses semblables, au concours, à des fils d'employés de chemins de fer.

Les Français n'ont pas l'habitude, comm3 les Anglais riches, généreux, arrivés à de hautes situations par l'industrie, de créer, de soutenir, d'encourager les écoles techniques.

Il n'est pas possible de faire un plus noble emploi de sa fortune.

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