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CHAPITRE XIII

Condîtîonnement légal de la Laîne

L'extrême avidité de la laine pour l'eau, puisque placée à la température ordinaire, dans un air saturé d'humidité, elle peut absorber la moitié de son poids d'eau, a fait un devoir au gouvernement, de chercher le moyen d'établir, entre le vendeur et l'acheteur, le producteur et le consommateur, une mesure équitable grâce à laquelle chacun verrait son intérêt sauvegardé.

Dans des articles foVt légers, le poids des matières premières joue un grand rôle, surtout lorsque leur valeur intrinsèque est considérable.

Pour en donner une idée sommaire, disons que la loi admet, sur le poids de la laine séchée à l'absolu, une reprise oflicielle de 17 Vo? et une reprise officieuse de 18 14 ^/o Donc, pour que cette substance se tienne dans son état naturel, il lui faut 17 ^/o d'humidité.

Mais elle est capable d'en contenir une proportion plus forte, sans que l'œil et la main ne s'en aperçoivent ; de là, des fraudes possibles, contre lesquelles le législateur a sagement voulu protéger l'acheteur de bonne foi.

La ville de Lyon possède depuis longtemps un établissement de conditionnement dont un décret impérial de 1805 ordonnait déjà la création.

Les moyens conseillés alors diffèrent bien de ceux qui ont prévalu, aussi nous ne nous y arrêtons pas.

Le 23 avril 1811, une ordonnance royale prescrivit, pour la Condition publique de Lyon, un nouveau mode imaginé par Talabot, consistant essentiellement à obtenir la dissication absolue des soies.

Notre intelligent professeur rémois, Maumené, disait avec grande raison, dans son rapport : « Le projédé de M. Talabot et les appareils employés à Lyon pour les mettre en pratique ne laissent rien à désirer. Dès la première séance de la Commission à laquelle j'assistai, sans même connaître les détails du procédé Talabot, mais uniquement à l'annonce de V emploi (Tune température de plus de 100^ qui en fait la base, je n'hésitai pas à émettre l'opinion qu'on devait s en tenir à cette méthode et établir, à Reims, une condition semblable à celle de Lyon ».

La dissication d'une substance ne peut être obtenue que de deux manières : par 1% chaleur, en élevant la température au point de réduire l'eau en vapeur et de la forcer à se dissiper tout entière; par les absorbants, c'est-à-dire en exposant la substance à Faction des corps très avides d'humidité.

Le temps nécessaire à la seconde opération n'en permettait pas l'emploi, Maumené le prouve par des tableaux qui en démontrent l'impossibilité pratique.

La chaux, l'acide sullurique, le chlorure de calcium ne peuvent agir que de deux façons, par contact ou à distance. La distance, c'est le temps trop long pour une opération industrielle et commerciale; le contact, c'est la détérioration fatale de la matière.

L'installation de Reims nous semble parfaite. Du reste, tout a été créé pour concourir au but unique : bureaux de comptabilité, salles de travail, vastes magasins très secs et d'un accès facile s'ouvrant, par plusieurs larges portes, sur une cour spacieuse à hangar fort commode, cour en communication avec la rue.

Dans le sous-sol de l'atelier, se trouvent deux foyers à combustion assez lente, car la chaleur doit être soutenue, mais non poussée au maximum et largement accumulée.

Cette chaleur est d'abord emmagasinée dans un large tambour en tôle épaisse à double enveloppe, de façon à ce que réchauffement de la partie centrale ou chambre se fasse par réchauffement de la paroi intérieure. Ainsi la chaleur sèche n'est jamais brûlante.

Au moyen d'un thermomètre, on s'assure facilement de la température intérieure qu'il est facile de modérer.

Dans la chambre intérieure, on suspend l'échantillon de laine peignée ou des écheveaux de iils auxquels on enlève une première portion d'humidité. Là, tout est approximatif; c'est, pourrait-on dire, la salle d'attente du conditionnement.

En des cylindres de faïence parfaitement décorés et agréables à l'œil, dont l'intérieur est réglé comme il a été dit précédemment, les échantillons à dessécher à l'absolu sont égament introduits et surveillés, de façon à ce qu'il ne reste pas la moindre trace d'humidité, ce dont on s'assure par le mouvement ou l'immobilité d'une balance.

C'est ainsi que du premier poids, c'est-à-dire celui de la matière à conditionner, on déduit le poids delà matière réduite à l'absolu. •

Un bulletin officiel donne le résultat de l'opération ainsi que la reprise officielle à 17 ^ 0.

Ce bulletin, fait d'une manière impe''sonnelle, sert à l'établissement du rendement définitif d'une laine et à la confection des factures.

La condition publique de Reims possède un autre jeu de machines alimentées par le gaz, mais on ne s'en sert que dans les moments 'de presse, à cause du prix de revient.

Tout est parfaitement réglé, en des locaux spéciaux ayant un bon cube d'air- Des cheminées spéciales enlèvent rapidement, des appareils, l'air chaud devenu inutile ou plus ou moins chargé d'humidité.

Nous devons, à l'obligeance du directeur de Reims, M. Botz, le tableau des opérations faites pendant l'année 1903, sur 70.602 colis pesant kilos 7.833.077, soit, à raison de 5.000 kil. par wagon, un train de 1.566 unités, ou bien, à 30 unités par train de 150.000 kil., 52 trains de 30 wagons chacun.

Un deuxième tableau des dix dernières années, indique bien la situation peu variable de la place de Reims. Les totaux annuels ne diffèrent pas sensiblement.

On voit succéder, au chiffre de 1889 kil. 8 060.4oo.8

celui de l'année de triste mémoire de 1900 » S. 875. 418. 4

Les spéculations hasardées, les épreuves subies se lisent dans la différence de ces deux totaux kil. 2.735.037.4

Ont donné, les années Laines peignées Laines diverses

1891) kil. 7.546.072.1 kil. 630.763.9

Différences kil. 2.485.531.0 kil. 382.699.0

Les opérations générales des dix dernières années se résument ainsi : Années Opérations Poids

kil.

Les besoins mutuels des producteurs, des commerçants et des façonniers devaient nécessairement pousser à l'établissement du conditionnement légal dans tous les centres industriels.

C'est ainsi que successivement Reims, Paris, Amiens, Roubaix, Tourcoing, Fourmies et Mazamet ont eu leurs installations spéciales.

Nous avons officiellement les chiffres annuels de ces localités qui, peu à peu, trouvent commode et pratique, le fonctionnement impartial d'un agent conciliateur par excellence.

L'ensemble des opérations des huit bureaux de conditionnement se répartit ainsi :

Laine peignée

Fils

Laines diverses.. . .

kil.

kil.

kil.

Totaux. . .

kil.

kil.

kil.

En estimant les peignés à 5 fr., les fils à 6 fr., les laines diverses à 4 fr., on trouve 600 millions de fr. Un jeu de 10 ^/o dans l'évaluation le fait descendre à 540 millions. Il a été vrai pendant plusieurs années.

On est certainement frappé des sommes différentes des exercices qui se suivent; la marche languissante de l'industrie lainière est un phénomène auquel il faut s'arrêter car il est indispensable qu'on réagisse contre une tendance malheureuse.

Les pouvoirs publics ont le devoir de veiller sur le travail national.

L'honorable M. Poullot, Président de la Chambre de Commerce de Reims, ne se dissimule pas la gravité de la situation, puisque, dans sa réponse au questionnaire de la Commission parlementaire d'enquête sur l'Industrie textile, il donne la statistique suivante fournie par les documents officiels des Douanes.

Tissus de laine

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