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CHAPITRE XV

Le Suînt et le dessuîntage de la Laîne

La matière grasse que porte la toison du mouton a longtemps préoccupé les industriels et les savants, jusqu'au moment où notre professeur de chimie, Maumené, lit, chez Rogelet, industriel de Reims, de patientes expériences qui aboutirent à l'obtention d'un brevet pour le traitement de boues résultant du trempage des laines dans d'énormes, cuves, avant dégraissage parfait au savon.

MM. Harmel Frères, du Val-des-Bois, ont, des premiers, utilisé ce procédé que nous avons alors étudié dans ses moindres détails.

Les boues étaient séchées, aussi bien à l'air libre qu'en une espèce d'étuve. Enfermées en des fours où elles s'enflammaient, ces matières salines donnaient des produits de décomposition complexe et beaucoup d'ammoniaque; il n'en restait qu'un mélange de charbon et de carbonate de potasse.

Lorsque la calcination se fait dans des cornues, on obtient, par la distillation, des goudrons, des eaux ammoniacales et des carbures gazeux utilisés comme gaz d'éclairage.

Le mélange de sels et de charbon contenu dans la cornue est soumis à des lavages; on concentre les liqueurs à 50^ Baume. Par le refroidissement, le sulfate et le chlorure de potassium se déposent; on décante et on évapore à sec. Ainsi s'obtient le carbonate de potasse à peu près pur.

M. l'abbé H. Vassart, directeur de l'Institut technique de Roubaix, s'est occupé du dessuintage en un iravail public dans Y Industrie Textile, de Roubaix, années 1897 et 189S.

Cette opération à pour but d'enlever le suint de la laine. Le traitement se fait à l'eau et n'enlève, pour ainsi dire, que la partie soluble dans l'eau et formée principalement de sels de potasse.

La partie grasse du suint reste dans la laine dessuintée. De là, la nécessité du lavage ou plus exactement du dégraissage, l'action du savon enlevant les corps gras sécrétés parle mouton.

L'écrivain professeur a porté son attention sur six points principaux :

lo Production du Suint

Les laines, comme les poils, prennent naissance dans un bulbe ou follicule situé dans l'épaisseur du derme.

Au fond de ce follicule se trouve une petite saillie dermique recevant des vaisseaux et des nerfs et produisant les poils et les laines.

Plus la peau est épaisse, plus les bulbes sont développés, et plus aussi la laine est grosse; d'où cette loi : le degré, de finese du brin est en raison inverse de l'épaisseur de la peau.

Les éleveurs de moutons ne doivent jamais perdrQ de vue que, la grosseur de la "laine variant avec les différentes races, et la peau variant d'épaisseur avec les différentes régions du corps de l'animal, la toison se compose de diverses qualités de laine. De là, des questions d'alimentation en des vallées plus ou moins riches, sur des collines plus ou moins élevées,' dans un air plus ou moins vif ou en un climat à hiver plus ou moins rigoureux.

Toutes ces causes ont une influence importante sur le développement du mouton, sur l'épaisseur de la. peau, sur la qualité de la laine.

L'orifice cutané, qui laisse passage au poil, est comme une sorte de filière qui en détermine la forme.

Au col de chaque follicule, se trouve appendue une petite glande sébacée^ qui secrète une matière grasse, l'un des éléments du suint.

L'herbe que mange le mouton, contenant des composés de potasse, ceux-ci, après avoir traversé l'organisme, sont apportés sur la partie extérieure de la peau par les glandes sudoripaves.

Cette sueur laisse, par l'évaporation, sur la peau du mouton, des composés qui forment le second élément du suint.

D'autres matières, suivant les pays, se trouvent accidentellement dans le suint. Une sorte de gratterons, provenant du w^^'t^îca^o américain, caractérise les laines de Buenos-Ayres ; la folle avoine, celles de Russie.

La proportion de suint varie avec les races de moutons et, pour une même race, suivant les conditions de la vie et avec les différentes portions de la toison.

D'une manière générale, cette proportion est de 30 à 70 « o au dessuintage ; elle d'autant plus forte que la laine est plus fine.

Dans les peignages de Roubaix, Tourcoing, Croix, où l'on traite quotidiennement un million de kil. de laine brute, cette source de potasse est précieuse pour l'industrie.

2° Nature et éléments constitutifs du suînt

' Une analyse de là laine brute de mérinos, publiée par Chevreul (15 octobre 1828) donnait : ..

Laine pure 31 . 23

Suint (soluble et insoluble) 41.31

Matières terreuses 27.46

Pour cette analyse, la laine avait été chauffée à 100 «.

Faist a trouvé, pour deux laines brutes en .v?(î/if, sortes de mérinos séchés à l'air ;

Suint et graisse 44.3 44.7

Poils de laine pure.. 38 28.5

Éléments minéraux 6 3 16.8

Humidité 11.4 7 .^r

Pour 4 espèces de laines séchées à l'air, après lavage à dos :

Suint

Laine

Éléments minéraux Humidité

Elsner de Gronovv a déterminé la perte que subissent les laines par un dégraissage au sulfure de carbone :

. Laines mérinos lavées 15.70 Vo

Laines en suint. 50 . 80 »

Laines à peignes longues 18 »

Au peignage Delattre, de Dorignies, la moyenne industrielle a été ainsi indiquée :

Laine pure 40 \

Graisse 14 / „

Potasse 4.50 l ^^

Terre, sable, humidité, matières organiques. . 41.50 )

Le peignage Moite et G'^, de Roubaix, a donné, sur une laine de Buenos-Ayres :

Laine pure 37.75

Graisse 10.40

Potasse 5.50

On a donc, pour les laines mérinos lavées à fond :

Déchet de 66 à 70 <^/o

Rendement » 30 » 34 »

De même pour les laines communes :

Rendement de 40 à 42 0/0 de leur poids en suint.

La composition chimique de ces 3'J à 70 Vo de déchets, implique l'humidité, les matières terreuses, 20 à 40 0/0 sans intérêt dans cette étude et tombant surtout, au lavage, dans le premier bac de la colonne de laveuse.

Il reste pour le suint, le tiers environ du poids de la laine.

Quelle en est la composition?

La première étude, celle de Vauquelin (1803) donne :

1» un savon à base de potasse, qui en fait la majeure partie;

2° une petite quantité de carbonate de potasse;

3° une quantité notable d'acétate de potasse ;

40 de la chaux à l'état de combinaison inconnue ;

5^ un atome de muriate de potasse ;

6° une matière animale à laquelle est attribuée l'odeur particulière du suint. '

Vauquelin a retrouvé ces matières dans les laines les plus diverses de France et d'Espagne sur lesquelles il a expérimenté. Il pense que c'est la respiration de l'animal qui en est la principale source.

Le 15 octobre 1828, Ghevreul reprit l'analyse du suint de la laine mérinos séchée à 100% elle indique, dans la partie insoluble du suint, la stéarine et l'élaïérine ou mieux l'élaérine, d'après Littré :

Laine pure (épuisée dans l'alcool) 21,23 o/o Suint soluble dans l'eau 32,74 »

Suint insoluble (élaïérine et stéarine) 8,57 » Terre déposée dans l'eau 26,06 ) ^^ .r^ » adhérente à la laine 1,40 (" '

Le 26 septembre 1857, Glievreul signale, après de nouvelles études, 29 substances diverses.

1° eau

2° ammoniaque

3° acide carbonique

4° arôme des bergeries

5° acide phocénique

G'' acide volatil x

7° arôme j

8° stéarine

9° élaïérienne 10° principe immédiat gras cristallisable à

la limite des acides IP stéarate de potasse 12° phocéate »

13° acide volatil x uni à la potasse 14° acide incolore cristallisable 15° acide orangé incristallisable

16° acide azoto-sulfuré brun, uni à la

potasse 17» carbonate de potasse 18° sulfate n

19° silicate »

20° matière acide azoto-sulfurée insoluble

dans l'eau 21° chlorure de potassium 22*^ escalate de chaux 230 phosphate de chaux 24*^ phosphate ammoniaco-magnésien 25° carbonate de chaux 26'' oxyde de fer 27° » magnésie

28° » cuivre

29° élaïérate de potasse

Chcvreul a encore isolé : l'acide acétique, l'acide élique, l'acide valérianique et un autre qui lui ressemble, ces deux derniers donnant, au suint de la chèvre alpaca, la réaction acide qui le distingue du suint de mouton à réaction alcaline.

C'est pour cette analyse si complexe du suint, que Chevreul a créé une nouvelle méthode : l'analyse inmiédiate, qui sert de base à la chimie organique, et qui a montré la fécondité de ses ressources dans l'étude du suint et dans l'étude du goudron, autre produit non moins complexe devenu la mine inépuisable des matières colorantes artificielles.

En 1887, M. Buisine fit connaître le résultat de ses recherches sur les produits de la sécrétion sudorique, c'est-à-dire la composition du suint du mouton.

Il sépare 41 composés différents :

1° Acide carbonique libre.

2^ Carbonate d'ammoniaque.

3° Urée,

40 Carbonate de potasse.

5^ Phénylsulfate de potassium.

60 Formiate

7° Acétate

8° Propion iate

90 Butycrate

IQo Valérianate

11° Coproate

12° OEnanthylate

130 Coprylate

14<> Palmitate

15° Caprate

16° Stéarate »

17° Gératate »

18» Oleate ((

19'^ Ox y aléa te »

20^ Lac ta te »

21° Oxalate »

22° Succinate de i)Otassium.

23° Hippurate »

240 Urate »

25° Benzoate »

26° Glycocolle »

27° Leucine « 28° Acides amidés, homologues du glycocolle.

29° Graisse du mouton ou suintine.

30o Produit goudronneux, soluble dans 35° Phosphate ammoniaco-magnésien.

l'ammoniaque. 36*^ Chaux.

31° Matières colorantes. 37° Oxyde de fer.

32*^ Chlorure de potassium. 38° Aluminium.

330 Sulfate » 39° Oxyde de manganèse.

340 Oxyde de sodium. 40° Oxyde de cuivre.

Observations Générales

Le suint a sensiblement la même composition, quelle que soit la provenance des laines.

Les eaux de dessuintage, dans des conditions déterminées de concentration, sont le sujet de modifications profondes, qui s'accomplissent sous V influence des mîcro&es travaillant ou simultanément ou successivement sur les matières organiques qui sont dans ces eaux, pour les faire passer, de transformation en transformation, à des formes de plus en plus simples, jusqu'à ce terme ultime où elles se résolvent en eau et en acide carbonique.

En vue d'applications industrielles, ont encore étudié le suint, Evrard de Douai (1847) qui entrevit la posibilité de la fabrication de la potasse ;

Maumené et Rogelet (1859) qui ont réalisé pratiquement l'utilisation du suint comme source de potasse ;

Léon Sauvage, qui a pris, en 1864, un brevet pour un procédé de la fabrication directe des cyanures au moyen du suint de la laine.

D'après le travail de Maumené et Rogelet (1865) :

lo Le suint est neutre, mais il devient alcalin par suite d'une fermentation avec production de carbonate d'ammoniaque, ce (jui a porté Vauquelin et Chevreul à le regarder comme alcalin.

2° La base des sels du suint est la potasse seule, exempte de soude, mais les chimistes ont trouvé de la soude dans les potasses de suint.

3° Le mélange des sels de la potasse soluble du suint est appelé pour abréger suintate brut et on donne le nom de suintine au mélange de laïérine et de stéarine.

D'après Reich et Ulbricht, l'acide suintique est un mélange d'acide oléique et d'acide stéarique, probablement d'acide palmitique auxquels se joint un peu d'acide valérianique.

Malgré toutes ces analyses qui recommandent le suint à l'attention des industriels, il est certain qu'en de nombreuse usines, on n'en tient aucun compte. L'abbé Yassart a cependant dit avec raison : « Quand je suis arrivé à Roubaix, on jetait la suint dans les égoûts, maintenant on en retire des millions. »

3° Dessuintage

Le procédé primitif de dessuintage est de tremper un moment la laine dans l'eau d'un cuvier, de la rincer, de l'essorer. L'opération se fait aussi, dans un cours d'eau, lorsqu'on lave le mouton avant de le tondre.

Le procédé de dessuintage de Maumené et Rogelet, en vue de la préparation de la potasse, était des plus simples. Dans une suite de tonneaux, on faisait passer un courant d'eau qui se convertissait en un liquide brun foncé chargé de la partie du suint soluble dans l'eau et tombant dans un bassin, avec une densité de 1050 à 1070, la densité de l'eau, 1000, étant prise pour unité.

Au moyen d'une pompe aspirante et foulante, ce liquide était élevé à une C3rt:iine hauteur et envoyé dans un autre tonneau contenant la même laine.

Ces opérations se répétaient jusqu'à ce que les eaux de suint marquassent 1100 à

1200, alin de pouvoir être industriellement et avantageusement exploitées pour la préparation de la potasse.

Le machinisme primitif s'est amélioré et il a facilité la rapidité des opérations, mais il a pu varier dans ses dispositions générales.

En 1882, M. Paillet prend un brevet pour un système de dessuintage.

En 1884-85, M. Mollot-Fontaine obtient un brevet pour le dessuintage et le dégraissage.

M. H. Fischer imagine un autre appareil à dessuinter.

M. Richard Lagerie, directeur du peignage Alfred Motte, fait breveter (1894), plusieurs dispositifs qui permettent de dépouiller la laine de ses éléments solubles et de catégoriser les différentes eaux de suint.

M. Georges Malard, de Tourcoing, a fait breveter une dessuinteuse qui permet de substituer un travail continu aux procédés intermittents, car il faut que l'épuisement soit complet, méthodique et automatique dans toutes les fonctions. La surveillance d'un personnel coûteux est tout d'abord à éviter.

Dans la machine Malard, la laine est étalée en couche ou en matelas de 200 à 600 ™/"^ d'épaisseur sur un tablier métallique, qui la conduit jusqu'au premier bac de la laveuse. C'est dans son parcours de six à sept mètres à travers la machine, que la laine est complètement dessuintée.

A cet effet, une batterie de six pompes centrifuges, commandées par une courroie, renvoie continuellement sur la laine une faible portion des divers liquides contenus dans les six compartiments d'un bac placé sous le tablier; les liquides, catégorisés, sont naturellement classés dans l'ordre de leurs densités décroissantes, et l'épuisement continu est ainsi méthodique.

Une portion de laine brute entre dans la machine en même temps qu'une autre équivalente en sort après avoir abandonné son suint.

Une certaine quantité de suint fort est aussi dirigée vers la potasserie.

Un jeu de clapets à charnières, actionnés par des flotteurs, préside au transvasement des liquides d'un compartiment dans un autre, en sens inverse de la marche de la laine.

Le flotteur densimètre n'est pas moins intéressant.

Outre la suppression des manipulations nuisibles à la laine, la dessuinteuse Malard supprime le séjour exagéré de la laine dans des tonneaux où elle jaunissait.

L'augmentation des liquides suinteux est notable, il faut y ajouter: le rendement maximum en potasse de suint, la densité plus élevée d'environ 2 degrés des suints obtenus qui deviennent moins encombrants, plus transportables, l'économie de charbon, de la main-d'œuvre et des Irais généraux à la calcination.

Un seul homme suiflt à jeter la laine dans deux ou trois cheminées de descente ; de même, un seul ouvrier peut charger de laine le tablier d'une batteuse ouvreuse qui commence alors le traitement mécanique de la laine. Celle-ci tombe ensuite sur le tablier sans fin de la dessuinteuse, et subit successivement, sans manipulations ni transbordements, toutes les opérations nécessaires.

La dessuinteuse précédant la laveuse, elle augmente la production et donne un lavé plus beau. Ajoutons qu'elle rend les accidents du personnel moins possibles.

Le tablier transporteur, objet d'un brevet, est un chef-d'œuvre de construction, agencé fort ingénieusement, il présente toutes les conditions de solidité et de durée.

M. l'abbé H. Vassart a dit, de la dessuinteuse Malard, qu'elle est une machine qui réalise un progrès ; c'est aussi notre avis, car nous l'avons vue fonctionner en plusieurs établissements de France et de l'étranger, à la satisfaction des industriels.

La société de peignage Binet et Fils de Tourcoing, a fait breveter, en 1896, un syslèmc de dessuintage qui se recommande par son extrême simplicité; ce qui n'empêche pas M. Adolphe Binet, de vanter l'invention Malard.

4° Utilisation des eaux de dessuîntage

La potasse du suint venant des herbes ayant servi à la nourriture du mouton, on songea à utiliser l'eau rousse à la fertilisation des champs, les suintsde France pouvant aider à la lecondité de 150.000 hectares.

A Augsbourg, à Mulhouse, à Reims, à Fourmies, à Verviers, s'est installé l'industrie du ga:z de suint.

En 1859, Maumené et Rogelet créèrent la potasse de suint.

En 1861, une usine distilla, à Elbeuf, et recueillit des gaz ammoniacaux, des carbures liquides et gazeux. Le salin se retrouve dans les cornues. On ne tarde pas à brûler, dans des fours à potasse, toute la matière organique du suint, pour ne rechercher que la potasse brute.

Le premier four à potasse, construit à Roubaix, a été installé vers 1867, au peignage AmédéeProuvost.

Aujourd'hui, tous les grands peignages traitent les eaux de dessuintage. Les potasses de suint sont les plus pures ; elles ne renferment presque pas de soude.

D'après les calculs de Maumené et Rogelet, 1.000 kil. de laine dessuintée peuvent produire :

27 hectolitres à 1030 valent ensemble 5.40

Les frais s'élevant à 3 fr. environ, le dessuintage peut produire près de 10 fr. de bénéfice par 1.000 kil. de laine traitée.

Une toison de 4 kil. contient 600 gr. de suint pouvant fournir 198 gr. de carbonate de potassium pur.

D'après Fuchs, la quantité de suint réduite à 300 gr. comprend :

Sulfate de potassium 7 gr. 5 — 2.5 o/c

Carbonate » » 133 » 5 = 44.5 »

Ghlorme » » 9 » = 3 »

Substances organiques. .. . 150 » = 50 »'

On lavait

En 1872, à Reims, annuellement, kil. 10.000.000 de laine. » 1876, à Elbeuf, » » 15,000.000 »

)) 1875, à Fourmies » » 2^000^00 »

6.750.000 moutons fournissaient ces kil. 27.000.000 de laine.

Wagner estimé à 1.167.000 kil. de potasse, le produit obtenu, d'une valeur de 2 millions à 2 millions 1/2.

Maumené et Rogelet évaluaient à 12 millions de kil. le carbonate de potasse à obtenir de la laine des moutons de France.

En 1868, l'Angleterre recevait, de l'Australie et du Gap, 63 millions de kil. de laine pouvant fournir 7 à 8 millions de kil. de carbonate de potassium, d'une valeur de 6.400.000 fr. . l,-:i/i ^l,

^^ La Belgique, d'après Knapp, pourrait préparer plus d'un million de kil. depoti^sse; la France dépasserait 3 millions de kil. . . .-. , .iw^. u

5° Lavage et dégraissage des lames

L'eau dissout facilement les produits de la sécrétion sudorique, mais elle ne peut. dissoudre les principes.de la sécrétion sébacée^ qui donne des matières grasses et des matières cireuses toutes insolubles dans l'eau.

Les dissolvants des corps gras sont les alcalis, la potasse, la soude, l'ammoniaque. Ainsi s'obtiennent des savons de potasse, de soude ou d'amoniaque très solubles dans l'eau, qui abandonnent la fibre pour se dissoudre dans l'eau du bain alcalin.

La fibre est alors dite dégraissée.

Cette fibre étant formée d'une matière analogue à la corne, aux poils, aux productions épidermiques, nommée Kératine, et composée, en général, de carbone (50.03 « o), d'hydrogène (7.03 7o), d'azote (17.71 Vo), d'oxygène -et de soufre (24.61 %), cette fibre a une solidité qui peut être compromise par les alcalis caustiques.

Si, pour le lavage, on prend des alcalis caustiques, la laine s'altère inévitablement ; non seulement la production de la Mousse est plus considérable, mais le peigné ou cœur ne donne plus le même numéro de lil et n'offre plus la même résistance.

La soude a, sur la laine, une influence jaunissante ; elle lui donne un toucher plus dur que la potasse.

On s'est étonné quelquefois de ce que les Anglais ne nous aient pas imités pour le dessuintage. Ils pensent que le suint est le cosmétique naturel, le détersif naturel de la laine, qu'il remplace le savon pour le dégraissage des laines, aussi se gardent-ils de reprendre à la laine, la potasse qu'elle contient sous forme de suint. Ils évitent ainsi une fabrication de potasse et une fabrication de savon.

Qjoiqu'il en soit, le mode de dégraissage le plus généralement employé est le dégrais-

sage au savon.

6° Traïtement des eaux de lavage

Ces eaux, toujours impures, chargées de matières terreuses, de matières grasses insaponifiables, peuvent être traitées directement par l'acide sulfurique. La graisse se rassemble à la surface du liquide contenu dans d'immenses citernes. Après un repos d'au moins douze heures, au moyen d'une pompe centrifuge, dont le tuyau plonge jusqu'au fond, on extrait le liquide dont on sature l'acide en excès par la chaux et qu'on envoie à l'égout.

Dans d'autres procédés, on traite d'abord par la chaux ; on recueille, avec de grandes écumoires, l'écume épaisse qui se rassemble à la surface du bain chaud; on la chauffe dans des bâches spéciales, pour en extraire la plus grande partie de l'humidité, puis on enlève la chaux par l'acide sulfurique.

Après lavage, on fait passer dans un ballon décanteur où la graisse se sépare complètement de l'eau et des impuretés; à l'aide de monte-jus, on la fait ensuite passer par l'appareil à distiller. .

A la fin de la distillation, il reste dans l'alambic des goudrons noir-brun fortement visqueux, d'odeur très désagréable, qui peuvent servir à la fabrication des graisses de voitures, de vernis très communs, de noir de fumée, etc.

L'oléine de suint, ainsi produite, est certainement inférieure aux oléines de saponification et même de distillation ; mais findusirie des savons trouve le moyen de les utiliser pour des produits de basse qualité.

La seconde méthode consiste à traiter le liquide par du chlorure de calcium, résidu de fabriques diverses, ou par un lait de chaux. On fait passer le tout, au moyen de montejus, dans des filtres-presses de grande section. Les gâteaux obtenus sont pressés, desséchés, et livrés aux usines de distillation (stéarineries) ou aux savonneries.

La plus grande partie des graisses ainsi récupérées est expédiée vers l'Amérique.

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