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La perte est de 81 .8 "• ^o.
Gette perte de dix millions a été certainement préjudiciable à toute la contrée. Le Gouvernement qui, par des fondations excellentes, aurait pu déterminer un mouvement profitatable à l'instruction et aux manufacturiers, a perdu une part d'impôts très considérable.
— S'est-il élevé une seule voix pour déplorer cette inertie ?
— Non !
Les plaintes isolées n'ont pas été entendues ou bien elles ont eu le sort de la vox damans in désert o.
A Reims et dans sa région, des faits analogues se sont produits et les usines lainières ont si bien disparu pour toujours, qu'elles ont abrité des industries absolument différentes, ou qu'elles se sont transformées en habitations et en magasins complètement étrangers au commerce ou à la transformation industrielle de la laine.
En 1865, nous avons établi que le chiffre d'affaires de Sedan était de 30 millions en draperies. L. Reybaud, sur l'affirmation de M. Gh. Gunin-Gridaine, a dit, en 1867, que ce chiffre oscillait de 30 à 32 millions.
Les suites de la guerre franco-allemande ont été si funestes à cette ville que, dès 1875, on ne parlait plus que de 15 à 20 millions. Ge dernier chiffre était exagéré ; depuis la production est tombée au dessous du premier.
Nous n'exagérons rien en disant que, si Sedan avait conservé son ancienne situation,
c'est-à-dire son chiffre de 30 millions, la ville n'aurait pas perdu annuellement la différence
de 15 millions, depuis 1875, soit durant 28 ans. Ici encore, un manque d'affaires de
420 millions donnant un bénéfice moyen et modique de 5 «/o, soit annuellement
21 millions
^ =7 1/2 millions.
Que ne pouvait-on faire avec ce cliiffre ?
Que d'usines à rajeunir, de machines à remplacer, d'existences à protéger, de bienêtre à faire naître !...
Nous n'écrivons pas ici des choses idéales, mais l'expression sincère et entière de la vérité. Ge n'est pas en atténuant un mal ou en le méconnaissant qu'on peut le guérir. Il faut avoir le courage d'exposer, telle qu'elle est, une situation mauvaise ou dangereuse.
Si le progrès s'explique, l'état de souffrance s'explique également. Avec plus d3 sincérité et de réflexions, on convaincrait les trop confiants des dangers d'une situation anormale sur laquelle ils ferment les yeux.
Mazamet a eu le bon esprit d'accorder des bourses de voyage aux meilleurs élèves de l'école pratique ; on a fait ainsi naître une émulation excellente.
La Belgi que accorde aux lauréats de l'Institut du Commerce d'Anvers, des bourses leur permettant un séjour de quelques années à l'étranger. Plusieurs s'y sont établis en qualité de consuls-commerçants. Ce pays a ainsi travaillé à son expansion industrielle.
Les Anglais exigent, de certains émigrants, un stage de quelques années dans des écoles où s'enseignent les langues et les connaissances orientales ; ainsi se préparent à la lutte commerciale, des hommes déjà ouverts à des opérations bien raisonnées.
Sous ces rapports, la France est restée inférieure à son rôle. C'est pourquoi nous disons que tant que nos écoles ne deviendront pas réellement techniques, les vrais et durables progrès ne dureront pas chez nous. Il faut un entraînement général, car les professeurs nécessaires ne se préparent pas du jour au lendemain.
De nombreuses maisons françaises font preuve d'une vitalité remarquable ; leur production, qui ne cesse de progresser, sous le rapport du goût, comme par rapport aux quantités marchandes, nécessite les sacrifices dont nous avons parlé et qu'on s'impose avec autan^ de régularité que d'intelligence. Donc, il y a tout bien d'espérer que la fortune industrielle de la France donnera encore de beaux résultats.
Nous aurions long à écrire, si nous devions descendre dans des détails touchant personnellement de nombreuses industries, nous prouverions ainsi, que, une fois de plus, aujourd'hui encore, l'histoire vivante de la laine est chose jnerveilleuse.
Il n'est pas de palais plus étonnant que celui que le génie industriel lui a construit. Il n'est pas de fortune plus solide que celle qu'elle a édifiée.
Quelle substance rend plus de services que la laine ?
Il n'est plus possible de concevoir la vie sans la laine qui, pour les finances des Etats, a été une source inépuisable.
La laine a créé la fertilité des continents argentin et australien. C'est pour elle qu'ont été construits d'immenses vaisseaux, d'énormes entrepôts, de vastes usines. Par elle, les populations ouvrières se sont développées, moralisées, enrichies, à l'abri d'institutions que le besoin d'amélioration morale et de préservation sociales ont inspirées à la générosité humaine.