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CHAPITRE XIX

Les Ventes publiques en France

i» Les premiers essais de ventes publiques de laines, en France, furent faits à Paris, mais la situation géographique et rinsutfisance des locaux, qui compliquaient les frais d'arrivée et de réexpédition, démontrèrent que, seuls, les ports de mer ont chance de réussir sous ce rapport.

Les grandes maisons anglaises ont montré ce qui doit se faire sous ce rapport, puisque elles exportent aussi bien qu'elles importent. C'est à ce double courant qu'est due la régularité des marchés de Londres et de Liverpool.

Ce résultat s'est produit lentement. Il fallait, aux Anglais, leurs relations exotiques, leurs nationaux répandus dans les colonies, leur expérience commerciale, pour fonder les grands marchés lainiers, aidant par de constants échanges, à la prospérité commerciale et industrielle du pays.

La compétition des acheteurs, sur les places de Londres et de Liverpool, a toujours été très chaude, les marchandises se disputant et s'enlevant aux prix les plus hauts des cours ; les acheteurs ne voyaient, à Paris, que la bonne affaire à traiter aux dépens des intérêts des importateurs ; ils se déplaçaient en petit nombre.

2° Le voisinage d'Elbeuf, alors très prospère, décida des commerçants actifs et intelligents à établir des ventes publiques à Rouen oii remontent de grands vaisseaux.

C'était un progrès. Les laines fort bien traitées de Russie et d'Espagne y furent offertes en certaine quantité, mais, là encore, le nombre des acheteurs fut peu considérable, parce que toujours, en France, le commerce des laines s'était fait du commerçant au consommateur industriel.

C'est ce dernier, présent ou absent, mais, en ce dernier cas, représenté, qui donne le ton au marché, à cause de ses besoins, et fixe les prix, par la concurrence établie.

Cet élément fit défaut à Rouen. Les commerçants ne semblaient songer qu'à leur propre intérêt et non à l'avenir des ventes publiques dont ils ne voyaient pas la nécessité.

Les quelques séances de Rouen furent remplies de conversations de marchandage, entre le courtier vendeur, le propriétaire, le consignataire et les amateurs-acheteurs.

Cela était bien loin de l'entrain de Londres, où certains courtiers arrivèrent à adjuger, en une heure, 500 lots, de 20 à 25 balles chacun.

3° Puisque Bordeaux étendait, dans l'Amérique du Sud, des relations de plus en phis considérables, il était tout naturel qu'on demandât, à La Plata, des retours de ces marchandises. La laine se trouva, produit important, tout naturellement désignée en échange du vin et des spiritueux.

Vn bon concours d'amateurs, vint, d'abord, d'un peu partout. Le désir réel de vendre au plus olïVant se manifesta, mais dès que la résistance, dictée par l'intérêt personnel et les circonstances, se manilesta, les acheteurs hésitèrent à se mettre en ligne; ils s'abstinrent.

Dans ces conditions, lorsqu'une baisse générale se produit sur la matière première, le marché limité soutïVe, s'étiole et périt.

Aujourd'hui, la laine transite simplement à Bordeaux, dont l'éloignement des centres manufacturiers était fort regrettable, à cause des frais onéreux, au point de vue des transactions commerciales.

40 Le ndvri\ mieux placé, à cause du voisinage d'Elbeuf, sut d'abord attirer les commerçants de Roubaix-Tourcoing et même de Vervins, lesquels se rencontraient aux enchères publiques d'Anvers. Eu ce cas, la concurrence s'établit partout.

Le déplacement des affaires se produisit lorsque les importations commencèrent à se faire directement, soit par Dunkerque, soit par les deux ports allemands; puis Elbeuf changeant sa fabrication, se mettait à remplacer la laine exotique, par d'autres sortes triées et lavées, par les blousses et les déchets.

Le Havre a cherché, comime Anvers, un équivalent dans le marché à terme.

5° Marseille a des ventes périodiques de laines communes, qui attirent peu de commerçants étrangers à la place.

L'Amérique est le gros client pour les laines à tapis. Le soin avec lequel le classement de ces sortes est établi, indique combien ce moyen pratique facilite les achats par correspondance.

Le commerce d'exportation de Marseille, dans les pays de l'Est, implique des retours obligés de marchandises orientales. Pour être moins important que celui de Liverpool, ce mouvement est très considérable.

L'Algérie, le Maroc, l'Espagne envoient de fortes quantités à la ville phocéenne. Les progrès industriels de l'Italie, ne lui permettent plus de recevoir l'apport d'autrefois. Le Midi alimente aussi ce négoce de laines dont les plus remarquables sont celles de la Grau, vaste plaine à forme triangulaire dont la base est représentée par les terrains marécageux et les étangs qui terminent la Camargue sur la rive gauche du Rhône, d'Arles à Fos. Sa superficie est de .35.000 hectares dont 15.000 sont fertilisés. Elle n'a longtemps servi qu'à la nourriture des bêtes à laine.

60 RoubaLr et 7'owrcom^ ont des ventes publiques régulières, ces deux centres étant souvent visités par les acheteurs de laines peignées ou lavées, de blousses, de débris de triage, de déchets de toutes sortes.

L'essai de ventes publiques de laines peignées n'a pas donné de résultat durable. Les enchères n'ont pas non plus encouragé les importateurs de laines brutes venant de pays exotiques. Les laines indigènes paraissent également peu à ces ventes.

L'offre des blousses, sous le nom des producteurs et des peigneurs, avec obligation du conditionnement légal, attire de nombreux auiateurs français et étrangers.

7^ Retins et Dijon, possèdent des ventes publiques de laines de France en suint et à-dos, envoyées par de nombreux départements.

Reims débute ordinairement vers fin Mars et clôture ses séries, vers le milieu d'octobre, en des magasins vastes et bien éclairés. Le Marché central fait de nombreux efforts pour attirer la production de bergeries dont quelques-unes sont fort recherchées, soit qu'elles croissent sur le sol de la Marne, soit qu'elles viennent des Ardennes. Ces dernières se recommandent par leur légèreté. Certaines laines champenoises brillent par la nature, la hauteur, la finesse et la solidité.

Il est regrettable que les éleveurs ou propriétaires ne se rendent pas plus compte des ([ualités du bélier et de la succession des croisements d'après des règles que Daubenton a si bien mises en lumière.

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De tout temps, nos laines indigènes ont été achetées, au printemps, par des commerçants et leurs agents ayant la spécialité de ces genres ; les ramassevrs (les acheteurs à forfait opérant pour revendre le produit de leurs acquisitions) deviennent de plus en plus rares.

8^ A Buenos- Ayres, les propriétaires amènent toute leur tonte au marché, où elle se vend.

A Sydney, à Adélaïde, à Melbourne, de même qu'en Nouvelle-Zélande, on traite les bergeries telles qu'elles se tiennent et comportent, les moutons séparés des brebis, des antenois, des agneaux.

Le courtier vendeur n'a qu'à s'assurer de l'honnêteté de la marque (c'est-à-dire de la bergerie) et à adjuger le tout.

A Londres, les détenteurs remettent le dispositif de leurs existences au courtier qui dresse catalogue et adjuge au dernier enchérisseur. Il veille à la bonne tenue des magasins, à l'exposition commode des balles, à la régularité des lots.

A Anvers, il en est de même.

Les laines exotiques sont si parfaitement classées qu'il suffit d'en donner la marque pour que l'acheteur compétent se fasse uue idée exacte des cours.

Lorsqu'apparaissent les longues listes des jours de ventes publiques avec le nom des courtiers respectifs et le tableau.des marques à oftVir, le commerçant et l'industriel acheteur savent pafaitement attendre les genres qui leur conviennent le mieux.

En France, les lots de laines déballées n'ont pas la régularité des marchandises dont nous venons de parler. Le vendeur croit faire merveille en parant son lot, c'est-à-dire en plaçant extérieurement les plus belles toisons. Ce vieux jeu dure encore.

Un acte du Parlement punit sévèrement en Angleterre, les tromperies ayant pour but de dissimuler les parties crotteuses qui doivent être enlevées.

Nous voyons souvent, sur les catalogues de Londres, ces mots skirted et eoctra skirted (débordé ou extra débordé) qui assurent à la bergerie, une valeur plus grande, puisque les parties les plus courtes abats^ ventres et cuissards ont disparu.

On ne lie plus les toisons, on les roule sur elles-mêmes et cela suffit. En France, les cultivateurs usent de liens de paille, de cordes de jute et de phormium. Les premiers sont fort lourds, les secondes ont le même désavantage et, de plus les filaments qui s'en détachent se répandent dans la la laine peignée, ce qui est un malheur.

Une loi devrait intervenir. L'acheteur subit ainsi une perte qui va de 2 à 5 ou 6 pour cent. Le cultivateur a la simplicité de croire qu'il en tire un prolit ! Lorsque les ventes sont languissantes il expie cher une pratique qui, en définitive est malhonnête. On paie sa laine en bon or ; qu'il livre le poids payé !

Toute tricherie commerciale nuit à ceux qui s'en rendent coupables.

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