‹ Histoire économique de la laineChapitre 65 sur 151 · femmes · texte numérisé non relu

femmes

].068 hommes » 2,50 à 3,50

Soit 18.352 ouvriers gagnant à peu près le même salaire que les ouvriers agricoles, salaire permettant au ce7i^afû^tV^ de vivre. ■ ,k

Un ménage, homme et femme, peut aussi se sufTire. Le syndicat ouvrier estime a 24 fr. 60 par semaine, la dépense de 4 personnes, parents et enfants. Dans les ateliers, on compte : 8 688 hommes et 5.640 femmes == 14.328. . , , , -i ^

Si la femme est empêchée de travailler, par les soins de la maternité, le travai du ménage, la maladie, un délicit se produit, déficit difficile à combler sansr.ntervention de la bienfaisance et sans l'aide de la prévoyance, car il est rare que, dans les ménages ouvriers, le nombre des enfants soit seulement de deux.

La question ainsi posée, que deviendront les tisseurs lorsque l'emploi du métier Northrop se sera généralisé ?

De 1881 à 190;}, dans les communes intéressantes, les dépenses d'assistance ont passé de 520.000 fr. à 825 000 fr.

La terre peut nourrir les travailleurs qui lui sont fidèles, mais, avec la production industrielle qui augmente, le personnel diminue.

La surproduction amène le chômage.

Les ouvriers demandent la limitation des heures de travail, mais la machine n'est pas inventée pour s'arrêter.

Les circonstances extérieures jouent un grand rôle et l'organisation du travail ne se règle pas exclusivement et à l'avance sur du papier.

A des abus inévitables, qui quelquefois deviennent dangereux pour tous, tout en imposant des épreuves cruelles, on oppose les économats, les caisses de prévoyance, les Sociétés de secours mutuels, choses excellentes bien capables de protéger la classe travailleuse ; malheureusement l'ouvrier dont l'éducation morale laisse souvent à désirer, est porté à voir en cela, non l'accomplissement de ses devoirs envers lui-même et envers ceux qui composent sa famille, mais la charge de sacrifices continuels, incessants, tyranniques, dont il se console trop souvent par la fréquentation du cabaret où passe une grosse part du salaire.

Sur ce point, l'affaissement moral est tel que l'homme du peuple travailleur n'entend pas qu'on attente à sa liberté. Il prétend avoir droit aux agréments de la vie, comme le riche, et n'être pas né bête de somme. En vain, on lui montre les bienfaits de l'éducation et les merveilles réalisées par des ouvriers parvenus, grâce à leur éducation seconde, leur instruction conquise, leur sagesse, leur esprit d'ordre et d'économie.

Jamais l'ouvrier ne songe à la concurrence des industries rivales ; il dit que cela ne le regarde pas. Pourtant elle est le grand régulateur du salaire.

La mutualité protégée par les patrons augmente les ressources des travailleurs ; c'est pourquoi nous pensons que la bonne entente des patrons et des ouvriers est le premier des biens à souhaiter. La violence n'amène que des regrets et, en définitive, il faut toujours en revenir à la paix.

Voilà où nous en sommes, aux premiers jours troublés d'avril 1904.

La Direction du Travail (Ministère du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes) a publié la statistique des grèves et des recours à la conciliation pendant l'année 1902.

En 1902 : 512 grèves, comprenant 212.704 grévistes (162.122 hommes, 35.326 femmes, 14.756 jeunes gens) se produisirent dans 1.820 établissements.

De là : 4.675.081 journées de chômage dont 202. 60i jours chômés par 9.461 ouvriers non grévistes et 4.472.477 jours chômés par les grévistes.

En 1901 , 523 grèves ont donné une perte moyenne de 15 jours de chômage par gréviste.

Les résultats ne paraissent pas favorables aux ouvriers :

10 111 grèves (23.533 grévistes) ont été suivies de réussite;

2^183 » (160.820 » ) se sont terminées paiV une transaction;

30 217 » (28.351 » ) ont échoué;

Les demandes d'augmentation de salaire, seules ou associées à d'autres demandes, ont motivé 256 grèves avec 146.907 grévistes ; elles ont causé 3.395.660 journées de chômage. Sur ces demandes d'augmentation de salaires :

51 ont été suivies de réussite pour 5.793 grévistes

97 )) » d'une transaction pour. 131.327 » 108 ont échoué pour 9.787 »

Les demandes de Wtmlnution de la durée du travail journalier ont été formulées dans 38 grèves :

18 suivies de réussite pour 1 ,813 grévistes

3 ont abouti à une transaction pour. .. . 8040 » 17 ont échoué 124. 162 »

Ces maigres résultats ont pour conséquence l'augmentation du prix des produits.

La proposition de recourir à un arbitrage a été faite 15 fois après échec de la conciliation ; elle a été acceptée 4 fois et repoussée 11 fois, dont 4 parles patrons, 3 par les ouvriers, 4 par les deux parties.

La pire des choses est la fermeture d établissements privant la classe ouvrière, tout d'un coup, d'un travail considérable assuré.

En thèse générale, on peut affirmer que la grève a été préjudiciable à l'industrie. Les craintes qu'elle inspire fontdiftererou annuler des ordres que l'étranger recherche et retient. Avant même qu'elle n'existe, elle provoque une dépression des cours de la marchandise brute et des produits fabriqués.

Son plus mauvais côté moral est de mettre l'ouvrier en lutte contre l'employeur. La loi a voulu régler la liberté des rapports du capital et du travail, mais, en cela aussi, elle ne s'est pas préoccupée de l'effet moral.

Pour peu que la classe ouvrière subisse l'influence des meneurs politiques qui, sans préoccupation autre que celle des droits, l'excitent, la troublent, la décident même à employer la violence, elle se livre à des excès qui se retournent contre elle.

L'application de la loi du 27 décembre 1892, sur la conciliation et l'arbitrage a été, en 1902, constatée dans 107 différents cas; dans 4 d'entre eux, avant toute cessation de travail.

Le nombre des grèves de l'année ayant été de 512, la proportion des recours à cette loi a été de 20,89 "/o. Cette proposition avait été de 27,15 «/o en 1901 et de 24,06 ^/o en moyenne, pour les 9 années d'application de la loi antérieure à 1902.

Cette loi commencerait-elle à perdre de son efficacité?

Les grèves relatives à l'application de la loi du 30 mars 1900, qui a réduit à 10 h. 1 2 la journée du travail quotidien, 63 grèves ont été produites par l'application de cette loi et elles ont entraîné 608.495 journées de chômage.

Les grèves provoquent des lois; les lois provoquent des grèves. La question des 10 heures de travail sera suivie de celle des 3 huit.

La grève de Wignehies (Nord) a démontré que, depuis plusieurs années, M. Boussus s'imposait de lourds sacrifices pour conserver le travail de ses ouvriers. Il s'est protégé luimême en fermant son établissement.

La grève générale n'avait été votée que par 284 ouvriers (300 présents) sur un total de 1300 !

Un journal qui fit le récit impartial des événements, a dit, en iin de compte, aux agitateurs :

« C'est uniquement par ce moyen (jue vous tuerez l'industrie française, en écartant les commandes des établissements français toujours sous la menace de grèves injustiliées.

2° L'opinion, à laquelle les grévistes font appel, les juge, car elle connaît les prétendus amis et défenseurs de l'ouvrier.

3*^ Les coupables sont les meneurs.

Il est regrettable que, dans nos écoles, on n'enseigne pas de saines notions d'économie politique, car elles mettent les idées en place et montrent que tout effort utile a besoin de calme et de sécurité; il est plus regrettable que le nombre des cabarets et des bars augmente sans cesse, car l'ouvrier s'y surexcite par des conversations oiseuses qu'exploitent

les meneurs ; ces derniers prétendent agir au nom de principes politiques dictés par les socialistes, les seuls amis du peuple ! Il y a deux socialismes. L'un, celui des rêveurs mécontents, qui consiste à envier la possession d'avantages non mérités; c'est une des injustices les plus opposées aux véritables progrès sociaux, industriels, économi([ues. L'autre, celui qui tient compte des difficultés réelles, des progrès nécessaires, des mérites indispensables, du respect de la propriété, travail accumulé, et qui est certainement la base du respect mutuel des classes sociales également intéressées au succès des théories saines et à l'application des lois sages.

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