CHAPITRE IX
L'Industrie laînîère en 1851
Quelques dates sont nécessaires à Tintelligence des études qui suivent, l'histoire de rindustrie française ayant le respect d'époques qu'il est bon de rappeler.
En 1646, Nicolas Cadeau fonde, à Sedan, une manufacture de draps fins, genre de ceux qu'on fabriquait en Hollande. La Normandie suit cet exemple. Une statistique, dressée par ordre de Golbert, parle de 34 200 métiers occupant 60.440 ouvriers et produisant pour 40 millions de notre monnaie.
La Révocation de l'Édit de Nantes nuit beaucoup aux affaires et force une foule d'ouvriers à gagner l'étranger. Les draps fins continuent à se produire à Sedan, Elbeuf, Louviers, Abbeville. Rouen est le grand comptoir. Au milieu du xyiii^ siècle, Elbeuf a 8.000 ouvriers. La Normandie produit des étamines, tiretaines croisées et unies, droguets, camelots, bourcans, tamises, serges, prunelles, calamandes, basins, etc.
Les tamises ont précédé les flanelles, comme les serges le mérinos.
De 1789 à 1801 Gartwright et Hawksby créent la peigneuse circulaire. Les premiers résultats effectifs ne s'obtiennent qu'en 1819.
En 1803, Douglas et Cockerill importent, en France, les premières machines à carder et à filer mécaniquement.
En 1804, Jobert-Lucas prend un brevet pour la fabrication dû mérinos. La première pièce est tissée à l'établissement du Mont-Dieu (Reims).
Avec 1819, commence l'essor du chàle français.
A V Exposition de 1819, Ternaux, qui avait des établissements à Sedan, Louviers, Elbeuf, expose un métier à tisser mécaniquement.- Le baron Poupart de Neufiize, à la même époque, monte, avec l'aide de John Collier, une tondeuse à. lames liélicoïdes.
La filature mécanique commence à Bazancourt, près de Reims, puis successivement à Reims, au Cateau, à Rethel, Paris, Amiens, Roubaix.
U Exposition de 1823 récompense des fils de laine peignée filée mécaniquement. On estime alors, à 150 millions, la valeur des draps livrés annuellement au commerce français.
En 1826, commencement de la filature de peignée à Fourmies.
A V Exposition de 1827, apparaissent (^variétés nouvelles) cuirs-laines, zéphirs, amazones, flanelles.
De 1833, date l'emploi du métier à tisser mécaniquement.
L'Exposition de 1836 voit le drap nouveauté et façonné.
L'Exposition de 1844 réunit de remarquables produits de la fabrication mécanique. En 1845, on évalue la production française des lainages foulés à 300.000.000 de fr., dont 50 à 60 pour Elbeuf, 20 pour Sedan, 9 pour Louviers.
A VExposition de 1851, la production totale des lainages est évaluée à 920 millions, dont 64(^ pour étoffes foulées. L'exportation est de 110 millions environ.
La production de l'Angleterre est de 957 millions, son exportation de 245 millions. Le ZoUewerein produit pour 400 millions et exporte pour 50.
Le nombre des broches de filature de peigné est, en France :
en 1851
en 1878 ■
» 1900 moins
Le Zolleercin
avai
;t 320.000 broches en 1866
L'Autriche
Les Etats-Unis
En 1855. Elisée de Mentagnac, de Sedan, crée le drap-velours.
Vers cette époque, la laine indigène, n'entre plus que pour un quart dans la consommation industrielle.
En 1849, la peigneuse Holden fonctionne à Saint-Denis, puis, en 1853, à Reims. En 1867. on estime que les peignages Holden produisent 5 millions de kil.
kVExposition de 1855, la peigneuse Heilmann est considérée comme Tinstrument le plus important découvert, dans l'industrie lainière, depuis 40 ans.
A VExposition de 1862, à Londres, la fabrication française se distingue.
L'épaillage chimique rend de grands services, la blousse est de plus en plus employée, l'outillage se perfectionne. Cela était nécessaire pour soutenir la concurrence redoutable de l'Angleterre et de la Belgique, que signalent les rapporteurs du Jury, en 1867, MM.Yauquelin et Balsan.
Après 1870, les débouchés à l'exportation se réduisent.
L'Amérique du Nord élève ses droits dédouane de 80 p. 100, l'Espagne de 30 p. 100, la Russie de 40 p. 100.
De grands progrès se font en Allemagne. L'Alsace, avec ses établissements modèles est un appoint considérable. Le tissage mécanique de la Saxe prend une grande extension.
En 1878, l'Autriche se révèle comme contrée de bonne production industrielle. Du reste, tous les produits du monde entier se signalent par une uniformité caractéristique puisqu'elle résume tous les progrès accomplis. Cette uniformité est plus frappante encore à VExposition de 1889.
La marche des choses, en France, est remarquable :
Production
Exportation
Importation
En 1878
Nous trouverons les causes do cette diminution, car V Expositon de 1900 a donné, de nos produits, la meilleure idée, comme gont, qualité, variété.
Sous le rapport de la teinture, des apprêts, pour le fini des tissus, la France n'a rien à envier à personne, mais la réduction des débouchés a amené, depuis 1889, des chômages, des fermetures d'usines très regrettables et des grèves qui finissent par troubler, décourager et même ruiner les industriels en faisant le vide autour d'eux.
Nous avons à parler plus particulièrement de l'Exposition d'Hyde Park (1851) dont les splendides constructions sont devenues le palais fantastique de Sydenham.
30 classes permirent à tous les produits de se faire apprécier par des jurés compétents et nombreux.
La classe XII était réservée aux manufactures lainières employant la laine à carde et la laine peignée {Woollen and Worsted Manufactures).
Le jury se subdivise en quatre sections :
1° Draperie de laine {woollen cloths) ;
2*^ Flanelles et couvertures (flanels and hlankets) ;
3^ Etoffes de laine peignée et mélangée (tvorsted and mixed fahrics) ;
4° Les Filés (Pani5).
Le Rapport commence par l'apologie de nouveaux procédés qui donnent l'année 1824 comme le point de départ d'une fabrication améliorée.
Il s'agit d'abord du cylindre chaud de MM. Daniell et Wilkins, de Twerton, près de Bath, grâce auquel on donne, à Fétoffe, un brillant qui ne s'efface ni par la pluie, ni par l'humidité.
Viennent ensuite les améliorations du tissage.
Jusque-là, on avait teint les pièces en noir de qualité fort ordinaire, mais le procédé Daniell et Wilkins nuisit à la pénétration de cette matière tinctoriale. De là, des moyens nouveaux plus ou moins heureux comme application et résultat, les surfaces métalliques perforées laissant des empreintes sur le tissu qui acquiert une dureté relative regrettable.
Il est aussi question des étoffes à double face tissées par Daniell and Wilkins et brevetées en 1838.
L'Exposition devait sa splendeur à des établissements dont la revue est intéressante.
Les Usines de West-Riding, du Yorkshire, de l'Ouest de l'Angleterre datent du règne d'Edouard III, de 1336. Ces deux districts n'ont cessé de prospérer.
Leeds est la plus importante ville de l'Angleterre pour sa production considérable de tissus de laine très variés. On y trouve de très belles qualités, mais son commerce s'attache surtout aux genres moyens et communs que l'exportation préfère et prend abondamment.
La population (borough), de 171.805 habitants (1851), s'occupe, comme de nombreuses localités voisines, de l'industrie lainière. D'où l'exposition de drap fins, moyens, communs: de manteaux, castors, mohairs; de cashmirettes, tweeds, pilots (étoffe épaisse, commune, à très bas prix). On a récemment fabriqué des peaux de daims {dœskins) et des casimirs, ainsi que d'autres articles excellents.
Huddersfield et son voisinage occupent le second rang comme importance pour la quantité et la grande variété des draperies exposées. On y fait la majeure partie des étoffes pour pantalon et de la draperie de grande largeur. Cette production en qualité moyenne et inférieure, est surtout destinée à l'intérieur du pays.
En 1820, Huddersfield manufacturait seulement la laine indigène, mais depuis, la proportion a changé, aussi bien pour la matière première que pour les genres fabriqués. A l'Exposition : des draps à double face dont l'endroit et l'envers diffèrent de nuance, draps fort examinés.
Dans YOtiest de V Angleterre, Sroud, Stroudwater (Comté de Gloucester) tire son nom d'une eau renommée pour la teinture de l'écarlate et les nuances claires.
Cette ville, et son voisinage, avec Ebley, Eastington, Stonehouse et Minchinhampton, sont les principaux centres manufacturiers de l'Ouest, spécialement pour les draps lins pour hommes.
Trowbridge (Wiltshire) expose principalement des étoffes étroites pour pantalon, de très belle qualité et de nuance solide.
Chippenham, Melksham et Bradford (Wilts) exposent des étoffes noires et d'autresnuances recommandables.
Frome (Somersetshire) et Tiverton, près de Bath, ont de beaux spécimens d'étoffes, castors et vénitiens.
^ouvVEcosse, citons Galashiels, Aberdeen, Selkirk, Hatvick et autres localités fabriquant une grande quantité d'étoffes à pantalon, douces au toucher et solidement teintes.
En Irlande, M. J. Reid de Dublin expose une grande variété de draps, de 3 4 tweeds de mérite considérable.
Étranger
France. — Principaux centres de fabrication : Sedati et Elbeuf.
Sedan expose des draps noirs, larges et étroits, quelques-uns très fins, fort beaux, teints en pièce.
A Elbeuf, grande variété d'étoffes de fantaisie, peaux de daim, manteaux de grand goût.
Abbeville, Louviers et Vire ont des articles drapés remarquables.
Belgique. — Verviers et son district produisent annuellement pour 25 millions de draperie consommée dans le pays, en Hollande, en Suisse, en Italie, en Amérique. Draps noirs bien soignés ; satins, articles légers recommandables.
La ZoLLVEREiN, Y compris la Saxe, a une immense quantité d'étoffes de laine provenant de nombreux manufacturiers, principalement en qualités moyenne et commune, puis d'autres genres plus fins de mérite considérable.
Fabrication principalement destinée à l'Amérique.
Autriche. — Brunn est le principal centre ; il expose des articles sans endroit. C'est l'ancieime marchandise encore à la mode à Vienne.
Reichenberg (Bohème) a des qualités intermédiaires et communes, apprêtées d'après le goût allemand.
Russie. — Mêmes genres.
Espagne. — Peu d'articles. Les uns de laine indigène, les autres de laine allemande bien supérieure.
Ce fait est à remarquer puisque précédemment les Allemands tiraient d'Espagne les moutons qu'ils acclimataient chez eux.
Amérique. — Etoffes de laine sans prétention.
Suisse. — Un faible lot d'étoffes indifférentes.
Turquie. — Collection assez bonne pour un premier essai.
Hollande. — Quelques genres communs.
Portugal. — Assez bonne variété de choses primitives.
Canada. — Quelques étoffes de laine.
Australie méridionale. — Les trois pièces 3 4 tweeds de M. Walker de Sydney méritent de grands éloges. Aidés par le capital et le machinisme, des hommes intelligents et expérimentés arriveraient vite à produire les choses nécessaires aux Colonies australiennes.
Exposants
Trois sont membres du Jury :
MM. D. et J. Gooper, de Leeds ;
J. Randoing d'Abbeville. Un des plus anciens établissements du pays;
E. Simonis de Verviers, bel assortiment de pièces teintes en noir, pour l'exportation. Apprêt soigné.
La prize medal leur est décernée.
Voici d'autres noms d'exposants :
Sedan : Paul Bacot et Fils. — Excellents draps noirs, satins légers. Teinture solide. Apprêts
excellents;
Bertèche, Chesnon et C". — Excellente fabrication, beaux dessins.
Elbeuf : Ghennevière Théod. — Mérite exceptionnel de manufacture, nouveauté de dessins, grande variété ; Parnuit, Dautresme et G». — Excellente fabrication, dessin.
Beauvais : Fortin-Boutellier. — Belle production de feutres pour pianos.
Vire : Lenormand A. — Excellente fabrication à bon marché.
Verviers : F. Biolley et Fils. — Articles noirs légers bien teints, soigneusement apprêtés, destinés à l'exportation ; G. Dubois et G*'. — Étoffes pour pantalon.
Worsted Stuff Goods. (Etoffes de laine peignée).
On désigne ainsi les étoffes faites de laine peignée et celles ou la laine peignée est combinée avec le coton et la soie.
L'industrie de la laine peignée n'a atteint sa supériorité, en Angleterre, que dans le dernier quart de siècle.
L'invention du métier à filer, Mull-Jenny-, du métier continu et d'autres machines passa de l'industrie du coton dans celle de la laine.
La première installation de filature se fit, à Bradford, en 1790 : quelques métiers activés dans une maison particulière.
Alors, après avoir été peignée, la laine était transportée, à assez longue distance, dans les villages où on la filait au rouet.
La première usine fut bâtie, à Bradford, en 1795. Le métier ne fut mis en mouvement que 30 ans plus tard.
A partir de 1825, la fabrication de la laine peignée fit de rapides progrès. On ne produisait d'abord que des articles de laine saule. Vers 1834, on employa des chaînes de coton, ce qui donna, à la production, un élan Considérable.
L'activité s'accrut, en 1836, avec l'emploi du poil de llama, l'alpaga, originaire des montagnes du Pérou.
Le travail de cette matière glissante présente de grandes difficultés mais Titus Sait s'y appliqua et réussit à en faire l'objet d'une industrie très florissante.
Le Mohair ou poil de chèvre, fut importé, de l'Asie Mineure, dans le West Riding du Yorkshire. On en fit des étoffes magnifiques.
La soie, combinée avec la laine, l'alpaca, le mohair, vint ensuite.
Les progrès du machinisme se comprennent par l'extension de Bradford, qui avait 13 264 habitants en 1801 et 103.782 en 1851. Au commencement du xix^ siècle : 3 usines;
en 1851, 160 établissements. Bradford et Bingley ont, en 1851, 355.792 broches,. 17.294 métiers. La force motrice est de 3.884 chev. vap. et 134 ch. hydr. Personnes employées : 33.855, dont 10.846 hommes et 25.009 femmes ou filles. En 1851, on compte :
le Etablissements de filature Angleterre et Wales.
Ecosse .
Irlande
Force motrice : Personnes employées t