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CHAPITRE XI

Histoire de la Laine à Yerviers ^'

Ceux qui n'ont pas connu Verviers, il y a cinquante ou cinquante-cinq ans, ne peuvent se faire une idée exacte des élévations verdoyantes entourant la petite ville qui se rapprochait de la Yesdre, pas plus que des travaux provoqués par le percement de certaines rues et rédification de maisons magnifiques ou d'usines importantes.

Il faut avoir assisté au réveil industriel et commercial de cette localité pour comprendre la valeur des hommes de volonté énergique et de haute intelligence qui guidèrent la population tout entière dans une voie pacifique d'instruction et de progrès multiples.

Le bruit des ateliers qui se transformaient et se multipliaient était aussi gai à entendre que celui de la vie familiale et sociale de la ruche travailleuse.

On se plaisait à dire que, quoique vieux, l'arbre portait toujours de verts rameaux, pleins de sève, assez longs et touffus pour abriter toute la famille.

(1) En publiant ce t ra va il, Tt/n {on libérale de Verviers l'a fait précéder de cette appréciation :

En accordant une récompense à l'ouvrage qui porte ce titre, VInstitut de France di dit quelle place prend l'étude concernant ce textile dans toutes les considérations des économiates et dans les rêves des hommes d'Etat, puisque le problème du travail et du capital s'impose de plus en plus à l'attention générale.

L'auteur de ce travail connaît et pratique Yerviers depuis plus d'un demi-siècle il a été lié d'amitié fraternelle et d'alîaires avec tous nos pricipaux commerçants. Au beau temps des Soirées jjopulaires, il était un de nos conférenciers écoutés. Il y revit dans ces petits enfants, qu'il aime avec une affection et un art vanté par Y. Hugo, celui d'être grand'père.

On verra, par ce qu'il écrit sur Yerviers, avec autant d'intelligence et de conscience que de dévouement et de sincérité, combien doivent intéresser nos industriels et nos commerçants, ses monographies sur les villes rivales : Sedan, Elbeuf, Reims, Yienue, Mazamet, Bradfort, Leeds, Iludderfield, Halifax, etc., etc.

Si, de nos jours, la concurrence complique le problème de la j^rodiiction, M. Emile Lefèvre montre que le meilleur moyen de triompher gît dans Védiication technique ; c'est pourquoi, louant toutes les fondations philanthropiques dont la classe ouvrière a été l'objet à Yerviers, il se plaît à en montrer l'esprit d'ordre, la bonne tenue, les qualités.

Suivant lui, si l'élément patronal s'est acquitté noblement de sa tâche, l'esprit de l'élément ouvrier a singulièrement facilité cette tâche, par sa dignité personnelle.

Nous recommandons cet ouvrage à nos lecteurs, parce qu'on ne lutte bien que contre les rivaux que Ton connaît parfaitement.

C'est ce qui est arrivé, aussi peut-on donner aujourd'hui Yerviers comme un centre modèle sous de nombreux rapports.

Si l'on reste juste et si l'on considère froidement les choses, il faut reconnaître qne la situation actuelle est l'œuvre de plusieurs siècles d'études constantes, d'applications ingénieuses, d'essais inlassables, de travaux incessants, de progrès multiples ; elle est surtout due à l'élément patronal, toujours dévoué aux développements et aux améliorations des métiers, aussi bien qu'à l'honnêteté proverbiale et à la bonté native d'une population ouvrière désireuse de s'instruire, de s'améliorer, d'augmenter son bien-être et de faciliter l'avenir des jeunes générations.

C'est ainsi ({ue sont nées toutes ces fondations humanitaires, ces entreprises économiques mettant à la disposition des familles grandissant par l'épargne : habitation commode et saine, capital aidant au petit commerce, asile de convalescence, maison de retraite, société d'agrément, bibliothèque, etc.

On est rempli d'une sincère admiration pour les hommes d'action généreux, impulsifs, qui, de 1855 à 1875 ont réalisé tant d'œuvres recommandables, dignes d'être louées et imitées.

De tout temps Verviers s'est tenu par la culture des langues et les voyages de ses commerçants, à la hauteur de tous les progrès réalisés en Allemagne, en France et en Angleterre. Les arts, la littérature et les beaux-arts ont puissamment aidé à la vulgarisation des meilleures choses, aussi aimait-on à lier des rapports avec ses hommes actifs, parce qu'on prévoyait avec raison qu'ils ne resteraient pas stériles.

L'histoire même de Yerviers montre que, à toutes les époques, ceux qui avaient foi en certains progrès, cherchaient à s'assurer la coopération de ce centre actif et intelligent.

Dès 1170, l'art du drapier, qui florissait dans quelques villes flamandes, s'implanta k Verviers. Des manufacturiers de Maestricht, de Gand, de Louvain, de Liège, d'Ypres, y transportèrent le siège de leur industrie.

Adolphe de La Marck, prince de Liège, accorda (1323;, en son palais, un emplacement spécial aux fabricants de Verviers, pour y déposer et vendre leurs produits.

En 1432, des marchands étrangers y venaient faire leurs achats. On construisit alors la halle aux draps.

L'établissement des rames sur les Heids date de 1447.

Les draps qui se foulaient à Maestricht, commencèrent, en 1448, à être traités dans la foulerie établie à Verviers.

L'agglomération verviétoise possédait en 1459, 6 moulins à foiiler.

Lorsque, en 1522, le Prince de Liège, Erard de la Marck, lit don à la ville de tout le terrain situé le long de la Vesdre, pour satisfaire aux exigences toujours croissantes de l'industrie, terrain encore appelé les Grandes-Rames^ il se montra aussi intelligent que bien inspiré.

Les vexations causées par des règlements qu'on ne comprend plus retardèrent les grands progrès, puiscpie en 1696, on dut refuser des ordres arrivant en grande quantité.

Kn 1590 par exemple, il était défendu au fabricant d'avoir plus de deux métiers chez lui. Le prince Maximilien Henri n'admettait pas qu'une fabricpie put produire plus de 120 pièces par an.

La pratique technique était si misérable qu'on jetait, comme impropres à tout usRge utile, les déchets du tissage des pièces de drap. L'état languissant des affaires lit qu'on réiléchit sur ce point. De là l'invention du brisoir ou « loup » 1747.

La réputation de Verviers s'étendait, s'allirmait.

Et) 1750, les manufacturiers de Sedan attirèrent chez eux deslaineurset dos tondeurs, ce dont il résulta pour la ville belge un man(iue de travail, à tel point qu'en 1753 et 1754 on supprima que^jnes impôts frappant directement l'industrie drapièrc.

Ces temps lointains étaient fertiles en étonnements. A Yerviers on interdit en 1755, la fabrication des draps de bouts (fils déchets), tandis que, à Dison, à Hodimont on l'autorisait.

,Biolley-Piron introduisit à Yerviers, en 1765, la teinture en écarlate et en vert de Saxe.

Simonis s'occupait, en 1797, de créer un moulin à filer capable de réduire le coût du lilage de la laine et d'en augmenter la production.

Les premiers essais laissèrent à désirer. Simonis, aidé de \YiHiam Gockerill, qu'il avait connu à Hambourg, construisit un moulin devant liler 400 échevaux par jour, ce qui représentait le travail de 200 bras.

Le succès fut lent à venir. En 1802, le beau-frère de Gockerill, Hodson, trouva la machine à carder, ce qui coïncida avec la marche du moulin à filer.

A partir de cette époque, tous les progrès s'enchaînent et se suivent comme par enchantement. A l'expérience technique locale s'ajoutent toutes les marveilleuses découv^3rlGS du dehors.

La maison Godar et Soumagne employa, la première, les machines à c::rdei', dont l'ensemble prit le nom d'assortiment.

Un assortiment se composait d'une droussette, d'une carde à ploquet, d'un métier à filer en gros de 40 broches et 3 à 4 métiers à liler en lin de GO broches chacun.

Les droussettes pouvaient être activées à bras d'hommes ou par moteur mécanique ; les métiers à filer n'étaient mus qu'à bras d'hommes.

L'assortiment, construit principalement en bois, coûtait de 15 à 18.000 fr.

Gockerill apporta aussi la /iar^f^t? to/rt/îf<^ anglaise. Avant cela, le tïssige s'exécutait aux pieds et à la main, par deux et trois tisserands qui se renvoyaient la navette de l'un à l'autre.

En 1810, la presse hydraulique remplace la presse à vis.

La ^YQm'vhvQ machine à toi/ierdatede 1808; elle était en bois et coûtait de 1.200 à 1.500 fr.

Damoiseau, d'Ensival, contruisit (1814) les laineurs mécaniques, que perfectionna Faux, mécanicien à Yerviers, qui trouva le moyen d'activer mécaniquement les jorces au moyen desquelles on tondait les draps.

Une pièce de 22 mètres exigeait, pour être tondue au moyen des forces, le travail d'un ouvrier pendant un mois.

En 1816, Dops, mécanicien anglais, établi à Eschweiler, construit la première machine à vapeur de 20 chevaux, machine à balancier et à manteau, ahn de cacher le jeu des glissières. La consommation de la houille est de 8 à 10 kil. par cheval et par heure. La machine coûte 1 .000 à 1 .200 fr. par cheval. Aujourd'hui la consommation du charbon de terre n'est que de 3 kil. 500.

L'Angleterre défend l'exportation des machines ; malgré cela, en 1818, Yerviers se procure le métier mull-jenny qui devait faire disparaître les hleurs au métier hn.

La première tondeuse longitudinale, construite à Paris par John Gollier, exposée à Yerviers en 1818 ou 1819, provoqua une émeute. Elle coûtait 25.000 fr. Le prix descendit à 20, puisa 15.000 fr. Son travail n'était pas parfait; elle fut remplacée en 1821 par la tondeuse transversale, construite par John Gollier et montée par Désiré Ilouget.

En 1824, il n'y avait encore qu'une vingtaine de ces tondeuses à Yerviers et dans les environs. Le prix était de 5.000 fr., puis de 2.200 fr. en 1825, à la fin du brevet.

Les fouleries commencèrent par des bacs à pression^ corstruits par Gliardron, un Français, vers 1820, sans grand succès. Ils étaient en bois. En 1824, Topban, ouvrier anglais, monteur des machines à vapeur des maisons Simonis et Biolley, les établit en fer. Il réussit.

Le premier appareil huileur destiné à l'ensimage de la laine, construit par Hou^et et Teston, date de 1826.

Gette même année, F. Biolley et Fils inaugurent un nouveau système de laineuse dite

ballon. En I8285 Hoiiget et Teston en construisent 10 exemplaires, dont 5 pour Verviers et Hodimont.

On voit successivement la scène industrielle verviétoise occupée par des hommes dont le nom restera indéfiniment attaché à l'histoire de cette ville dont les progrès vont être si rapides dans toutes les branches de l'activité humaine. Il est aussi agréable de le faire remarquer qu'intéressant de citer les dates qui les concernent ;

Armand Simonis (8 flor. an Xni-1870).— Raymond de Biolley (1789-1846).— Houget pare (1799-1840). — Teston (1798-1868). — Peltzer (1797-1836). — Lieutenant (1826-1878). — Adrien Houget (1821-1879). — J"-Lambert Bonjean (Heusy 1795-Youvray (I80I). Son neveu, excellent fabricant, élevé à Verviers, fut longtemps l'associé très actif de la maison Bertèche, de Sedan.

Le mouvement est donné à A^erviers. Certaines dates sont bonnes à retenir au point de vue historique.

1821 : Machine à bouter, pour la fabrication des cardes.

» Machines pour le décatissage des draps. 1830 : Tondeuses longitudinales perfectionnées. Bon succès.

» Aux draps foncés s'ajoutent des satins de couleurs claires. 1835 : Lieutenant et Peltzer annoncent les nouveautés inventées à Sedan par Bonjean. 1837 : A^erviers possède 513 chevaux de force pour 68 machines à vapeur.

» L'huile d'olive remplace l'acide oléique, extrait de la graisse du mouton. 1839-1840 : Premières fouleries à rouleaux, construites en Angleterre par Hall. 1840-1845 : Plusieurs maisons du district de Verviers modifient ces fouleries.

Un fait d'une haute importance va concourir puissamment au développement industriel et à l'agrandissement commercial de Verviers.

Les pâturages primitifs de la République Argentine donnaient une laine assez maigre couverte de chardons ou de gratterom qui, roulés dans la mèche, en rendaient l'emploi fort difficile. En 1848, Lieutenant et Peltzer importent d'Angleterre la machine à échardonner.

L'année suivante, cette machine se trouve chez deux ou trois industriels.

En 1850, G.-J. Laoureux et Houget et Teston achètent les brevets Skyes et Ogden, et Calvert.

Construite à Verviers, cette machine a une vogue considérable. De là, la création, par Henri Peltzer, du commerce des laines lavéeSy qui devait beaucoup contribuer à la fortune de Verviers.

\J Exposition de Bruxelles, de 1841, avait, du reste, mis en relief les mérites de ses industriels.

On voyait, à côté des belles étoffes de Lieutenant et Peltzer, les produits variés, de goût excellent, de Gérard Dubois et C'*'.

Lieutenant et Peltzer avaient exposé : satins laine, tricots, doifels, draps mélangés de soie, étoiles d'hiver dites Donskin, Sibérines, Moscovites,^ puis un cannelé noir, véritable Ciiel-d'œuvrc do fabrication.

François Biolley et Fils : flanelles, draps lins et ordinaires, coatings, castorines.

Iwan Simonis, et François Sirtaine : bons draps.

Jules de Grand'Ry et Jules Poswick iils : laine à tricoter et draps dit longs ells. Cette maison avait alors, à Hodimont, une filature de coton qui fut transformée en fabrique par Bettonville.

Dolhain-Limbourg exposait des draps de Engler, Brugman et Bohme; des draps feutres de Stembert.

Thimister : draps zéphirs et flanelles de Deheselle.

Hervé : draps zéphirs de Snœck.

Liège : draps militaires de Maurice Arendt.

Désormais, nous sommes en pleine liistoire contemporaine et nous assistons à une revue rétrospective qui nous rappelle nos propres étonnements et le charme de nos visites à certains établissements déjà universellement connus, car les constructeurs verviétois attirèrent à eux les industriels des pays voisins.

L'Exposition de Paris de 1855 marque, pourVerviers et son arrondissement industriel, une époque glorieuse.

Une grande médaille d'or lui fut décernée.

Cette récompense bien méritée, causa dans la population une allégresse indicible. On la fêta publiquement.

De 6.000 pièces fabri(|uées à Verviers en 1612 on arriva à 20.000 en 1700 ; à 35.000 en 1809; à 64.000 en 1852; à 200. 000 en 1859; à 340.000 en 1876 ; à 400.000 en 1880.

Verviers vendait en 1873 pour 49 millions de fils cardés; ce qui, ajouté aux draps et étoffes, produisait 100 millions de francs.

Jusqu'à là, tous les tissus étaient faits de laine cardée, mais à V E.rposition de Vienne parurent des étoffes de laine peignée tirée, en général, de Roubaix.

Cette dernière fabrication obligeait les fabricants verviétois à expédier leurs laines en masse, d'Anvers à Roubaix, pour être peignées, ce qui les grevait d'un droit de 20 à 30 centimes par kilo. On calculait que le fil revenait aux industriels de Verviers à 1 franc de plus qu'à leurs concurrents français. Cette situation gênante ne pouvait durer.

En 1875, Henri Peltzer et lils organisèrent un peignage important.

En 1878 (6 avril) fut constitué la Société anonyme verviétoise de peignage et de filature de laine.

La Vesdre (peignage et filature) vint peu après.

Au commencement du xx^ siècle s'ajoutent à ces usines les établissements Iwan Simonis et Henri Lieutenant (Pepinster).

La vitalité de l'industrie est un fait remarquable à Verviers, quand, en tant d'autres villes, se manifestent de profondes souffrances et un dépérissement réel.

On calcule que (annuellement) :

La filature de laine cardée : 258.400 broches, donne 15.290 000 kil. de fils ;

La filature de laine peignée : 118.000 broches, donne : 9.015.000 kil. de lils;

Le tissage avec 2.800 métiers produit 9.945.000 mètres d'une valeur de 50 millions •de francs.

Les grands progrès de Verviers se sont produits de 1855 à 1860.

Toutes les machines imaginables y ont été construites.

Tous les genres d'étoffes s'y fabriquent, toutes les sociétés généreuses, économiques, linancières y fonctionnent,

La ville manquait d'eau. Sous l'administration du bourgmestre Ortmans-Hauzeur (1806-1885) fut construit le Barrage de la Giïeppe, mur de 82 m. de long à la base et de 235 m. au sommet. Epaisseur à la base : 65 m. 82; au sommet : 15 m. Hauteur du mur : 47 m. 70. D'où un cube de maçonnerie de 260.000 m. c. L'eau emmagasinée est ainsi de 12.000 000 m. c. Dépenses 4 976 590 fr. Les appareils de prise d'eau et d'alimentalion s'élevèrent à 800. 000 fr. La canalisation métallique de la ville coûta 6.000.000 fr.

Cette dépense de 11 à 12 millions a assuré la vie sociale et industrielle de Verviers qui, tout en vendant de l'eau de 2 à 5 centimes le mètre cube, pour les usages industriels, et à fr. 0.20 pour la consommation ménagère, fit, en 1902, une recette de 403.658 fr. 44.

La pression des eaux a permis d'utiliser des moteurs hydrauliques et des turbines Gérard et Collin.

Le lavage des laines profita bsaucoup du léviathan d'Eugène Mélen (1815-1880), à qui la Société industrielle et commerciale dé^Qm^i, en 1869, le prix ([uinquennal de 6.000 fr. fondé par Gouvy et Deheselle pour cette invention.

Les échardonneuses à grande production de Gélestin Martin (1828-1876), de Boîette passent pour les meilleures.

Gélestin Martin reçut, en 1874, de la Société susdite, le prix de 6.000 fr. pour l'invention du continu à lanières et le perfectionnement des machines à échardonner.

Un autre progrès marqué est celui de Vépaillage chimique ou carbonisage, qui n'est pas né à Yerviers, mais qui y a créé une véritable industrie nouvelle et un mouvement commercial très considérable.

Elle a contribué à la perfection des fils cardés qui s'exportent en grandes quantités.

On s'étonne moins de la suite presque naturelle des choses et des progrès, à Verviers, lorsqu'on constate que, là, comme en Allemagne et en Angleterre, les fils continuent les occupations des pères. Cet esprit chercheur qui se continue, cette application attentive qui guide le travail, cette expérience déjà ancienne quoique se perfectionnant toujours, tout cela aide à la marche incessante du progrès qui veut que l'ordre et la méthode soutiennent ses efforts et fécondent ses conquêtes.

Le Conditionnement public donne une idée de la marche générale des choses.

Longtemps, l'honnêteté des laveurs étant bien connue, on se contenta d'expédier directement les laines, de leurs établissements aux magasins des acheteurs, mais on pensa, avec juste raison, qu'il fallait établir à Verviers ce qui s'était organisé en France.

Une étude préalable de savants avait dit combien la laine est avide d'eau et combien il était désirable qu'on fit, pour cette matière ce qui s'était créé à Lyon pour la soie. On admit scientifiquement que la laine, à l'état normal, contient 17 p. c. d'humidité, aussi base-t-on toutes les opérations sur cette donnée. Mettre la chose en pratique était apporter un grand calme dans toutes les transactions concernant la laine lavée, les blousses, la laine peignée et les filés.

En 1892, le Conditionnement Jametel et G'' reçoit 7.882.624 kil. ; en 1894,8.523.408 kil. en 1897, 13.870.715 kil.

En 1898, ce Conditionnement et celui de Hodimont reçoivent 17.599.256 kil ; en 1899, 20.743.390 kil. ; en 1902, 20.990.771 kil.

On voit par ce simple détail, quelle est aujourd'hui l'importance industrielle de Yerviers. Les détails qui suivent montrent combien il y a lieu d'espérer la continuité d'un travail qui profite à une population intéressante.

L'activité générale de Verviers profite à la classe ouvrière qui a l'air aisée, qui s'occupe de la famille, des questions d'éducation, qui est sensible aux beaux-arts et aux succès de ceux qui se signalent par des mérites réels.

La grève n'y a jamais occasioné de désordres sérieux, parce que le bon sens a toujours raison des excitations plus ou moins politiques.

Les difficultés à résoudre par les employeurs n'échappent pas aux ouvriers que des occupations longues et sérieuses ont mûris ; ils savent que les travailleurs sages et fidèles font des patrons patients, généreux et justes.

Verviers à écrit au fronton de son Hôtel de ville des mots qui ont, en cette localité, ui> sens profond : Publicité, sauvegarde du peuple. La presse locale s'est toujours inspirée decette nécessité et les administrateurs de maintes sociétés ont pris soin de vulgariser des documents qui, souvent, constituent de sérieux avertissements.

Ainsi, on a publié les résultats et les dividendes distribués, de 1882 à 1903, par les Sociétés anonymes : La Lainière, La Vesdre, L'Ile Adam. Le tout se résume ainsi :

Moyenne de 21 ans. La Lainière, 3.36 "^ 'o : La Vesdre, 4.17 « o ; L' Ile-Adam, 1.78 <> o-

La moyenne générale du taux de l'intérêt industriel est ainsi de 3.1 o/o.

Comme ce placement implique des chances, on se demande anxieusement ce qu'elles seraient si le travail s'exerçait au détriment du temps et du capital.

Pour que la classe ouvrière vive de son travail, il faut d'abord que ce travail soit possible et assuré.

La fabrication des fils reste active à Verviers qui ne peut se passer de l'étranger. L'importation des fils cardés a été : 1901, 55.420 kil. ; 1902, 62.350 kil. : 1903, 66.740 kil.

En fils peignés, Y ervievs reste tributaire d'autres pays. En somme, la Douane perçoit 146.781 fr. sur les fils peignés et 3.091 fr. sur les fils cardés.

Cette somme, minime pour l'Etat, est une grande gêne pour quelques industriels. La Chambre de Commerce de Verviers, dont l'attention et la sollicitude s'étendent à tant de choses, a fait entendre de justes doléances à cet égard, car les frais de transport de ces marchandises nécessaires au travail national sont déjà élevés. La lutte industrielle peut en être gênée.

L'importation des fils cardés en Belgique (Allemagne, Angleterre, France, Pays-Bas, etc.) a été : en 1901, 55.550 kil. ; en 1902, 62.350 kil. ; en 1903, 60.740 kil.

V importation des fils peignés : 1901, 712.800 kil. ; 1902, 700.770 kil. ; 1903, 725.430 kil.

Pourquoi importe-t-on ces fils? Répondre à cette question, c'est prouver ce que nous venons de dire au point de vue de la fabrication nationale.

La filature verviétoise est très vivante ; on en a la preuve dans V exportation des fils cardés :

(Pour presque tous les pays d'Europe et aux Etats-Unis): 1901, 6.585.160 kil.; 1902, 7.702.560 kil. ; 1903, 7.962.080 kil. Et V exportation des, fils peignés :

1901, 1.167.450 kil.; 1902, 1 .341 .830 kil. ; 1903, fr. 1 .708.490 kil.

Quand donc les agitateurs politiques à courte vue songent à soulever les masses ouvrières contre des habitudes réglées sur des nécessités industrielles et économiques, ils devraient se demander quelle perturbation peuvent amener deux heures retirées du temps nécessaire à la tâche quotidienne.

La Belgique est tellement liée à la vie générale du monde que la statistique générale, concernant : .

^importation' des tissus, comprenant 4 catégories d'articles, donne, venant d'Aile magne, d'Angleterre, de France, des Pays-Bas :

Droits

a) Tissus légers 15 p. c. ad valorem 8.165.600 fr. 7.454.690 fr.

b) Draps, casimirs 10 » » 1.050.570 » 975.080 »

-c) Tissus lourds, coatings 10 « » 52G.270 » 554.010 »

d) Tissus non dénommés 10 » » 9.422.510 » 9.461.030 )>

Totaux 19. 164.950 fr. 18.444.720 fr.

Sur ce point encore, la Chambre de Commerce, qui toujours penche vers les mesures les plus libérales, car elle comprend fort bien tout ce que l'industrieuse Belgique a à gagner par des tarifs à petits droits, montre qu'elle craint de voir la Belgique marcher dans la voie suivie par la France et l'Allemagne. « Si, dit-elle, de la somme de 18 millions 1 2, nous distrayons la quantité qui nous est livrée par l'Angleterre qui accepte nos produits sans aucuns droits, il reste une somme de 32. 750. 000 fr. que nous recevons des pays à laiblcs droits ou à gros droits, ce qui donne 1 fr. 80 par tête d'habitant du pays entier. »

\J exportation des tissus comprend aussi 4 catéogries de tissus expédiés en nombreux, pays européens et exotiques :

a) Tissus légers 190.690 Ir. 156 250 fr.

b) Draps, casiniirs 7.966.610 » 7.086.160 »

c) Tissus lourds 327.110 » 509.820 »

d) Tissus non dénommés 6.145.730 » 7.239.490 »

Totaux 14.630.140 fr. U 991.720 fr.

De là cette comparaison :

Importations générales des tissus.. . . 19.164.950 fr. 18.444.720 fr.

Exportations générales des tissus 14.630.140 » 14.991 .720 »

Totaux ' 33.795.090 fr. 33.436.720 fr.

Si tout vient à point aux populations travailleuses et sages, il est à espérer que Verviers, en méritant d'autres succès, pourra, longtemps encore, améliorer son machinisme qui sans cesse réclame plus de perfection, ses établissements industriels, ses fondations économiques, ses entreprises financières.

L'instruction et l'éducation ont été les plus solides points d'appui jusqu'ici ; souhaitons que l'avenir parte de là également.

On nous dira que souvent nous revenons à l'élément ouvrier; comment en serait-il autrement quand l'agglomération verviétoise compte actuellement :

10 filatures de laines peignées, 37 de laines cardées, 29 lavoirs et carbonisages, 8 effilochages de laine, 27 grandes teintureries, 11 savonneries, 107 tissages, 21 apprêteurs, 7 fabricants de garnitures de cardes.

Le commerce des laines et déchets occupe 205 négociants ; celui de la draperie, 74 commissionnaires plus ou moins importants.

11 faut ajouter : 23 grands établissements de constructions mécaniques, 13 tanneurs et fabricants de courroies, 7 fabricants de tubes en papier.

Tout cela a si bien aidé au bien-être général que le taux de la mortalité s'est abaissé.

Il était de 25,6 pour 1,000 habitants en 1850, 22 pour 1,000 habitants en 1890 et il est de 14,80 pour 1,000 habitants en 19U3.

Gomment nier l'influence de l'instruction quand

en 1850 sur 24.053 habitants on comptait 72 miliciens illettrés » 1895 » 51.000 )) » 21 » »

» 1902 le chiffre descendit à 14 » »

L'épargne ne pousse que sur le tronc de l'amélioration morale et l'amélioration morale demande toujours plus de lumière et plus d'indépendance, car les hommes qui comprennent leur dignité d'êtres libres sont seuls dignes de la liberté et de ses bienfaits.

L'épargne, dans l'arrondissement de Verviers, était représentée : en 1892 par 16.777 carnets de la Caisse d'épargne, s'élevant à fr. G. .551 .594,51 ; en 1902 par 50.732 carnets de la Caisse d'épargne, s'élevant à fr. 13.816.336,46. »

Les Sociétés diverses sont nombreuses : 42 s'occupent d'agrément et de bienfaisance, 15 d'excursions, 30 de gymnastique et 47 de sports divers.

Il y a en outre : 53 Sociétés chorales, 49 dramatiques, 34 instrumentales et 20 de beaux-arts et d'études.

Ensemble: 360 Sociétés qui, pour une ville manufacturière, constituent une élite d'hommes et de femmes préoccupés de l'avenir des leurs.

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C'est ainsi que les fondations charitables suivantes ont été encouragées :

Hospices de vieillards et d'orphelins. Hôpital général (un modèle du genre), la Bouchée de Pain, VOEuvre de la Houille, la Laiterie Maternelle, V Assistance par le Travail, VHospitalité de Jour et de Nuit, la Protection de l'Enfance, VŒuvre des Enfants tuberculeux.

A un degré plus élevé, on voit les Sociétés pour les constructions ouvrières, fondées par arrêté royal de 1862.

L'une d'elle a bâti 85 maisons. Moyennant un loyer annuel de 450 fr., le locataire devient propriétaire de l'immeuble au bout de 18 ans.

Tout cela constitue le Roman de la laine à Verviers, car c'est la laine qui a tout prévu, tout fondé, tout encouragé, tout mis en mouvement, tout administré.

Les 10 écoles primaires sont fréquentées par 3.937 élèves.

Les cours du soir sont suivis par 608 adultes.

L'école moyenne et l'Athénée royal ont 510 élèves garçons.

L'école moyenne de filles compte 387 élèves.

L'école textile et professionnelle compte 600 élèves belges et étrangers.

L'école professionnelle pour lilles compte 125 élèves.

L'école de musique compte 535 élèves.

Le Cercle d'études commerciales complète l'instruction des employés de commerce : Economie politique, sténographie, dactylographie, langues vivantes (flamand, allemand, anglais, italien, espagnol, russe).

L'établissement des bains et douches a enregistré 47.616 entrées ; l'établissement des bains et lavoirs publics, 30.841 entrées dans le même temps.

Tout cela est excellent, utile, indispensable en un milieu dont tous les éléments concourent au développement de la fortune générale et de la sécurité publique.

Parmi tous les documents qui se publient à Verviers sur la laine, il en est un dont il nous faut dire quelques mots, car il est en quelque sorte le résumé de l'histoire de la laine depuis 1866. Nous voulons parler du tableau dressé par MM. Peltzer et G^ (délainage des peaux de montons).

Il s'agit du cours variable de la. prima courante de Buenos-Ayres,' propre au peignage et rendant 36 0 0 cœur et blousse.

Nous en avons fait un résumé en quatre périodes de 10 années, qui prouvent que de 1866 à 1905 la tendance générale de la laine a toujours été de baisser.

Nous trouvons ainsi, à 4 différentes époques de l'année :

Si, 'pour généraliser plus encore, nous composons 2 périodes de 20 années, nous trouvons : '

La dépréciation générale est, en Ire ces 2 périodes de 20 années :

Par kil. 0.415 0.369 0.318 0.337

La situation économique de cette belle qualité^a valu durant 20 années ;

18G6 à 1885 1.844 en moyenne par kil.

Diff'érence 0.36 soit 19 o/o environ.

En 40 années, le prix moyen de cette laine a été de 1 .604 par kil., soit à 36 0 0 de rendement, du lavé à fond à 4.622 le kil.

Nous nous rappelons le temps (vers 1860) où nos aînés du commerce de laine, négociants à Verviers, nous disaient : « — Avec une bonne prima dé Buenos-Ayres coûtant 7 fr. le kil., les fabricants se tirent toujours d'affaire. »

C'était vrai, aussi espérons-nous que, malgré les difficultés grandissantes de la concurrence internationale, les industries travaillant les bons produits continueront des succès utiles à l'intérêt général, succès en harmonie avec tous les sacrifices que s'impose la ville de Verviers.

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