CHAPITRE XIII
Histoire de la Laîne à Sedan
Au milieu du xui^ siècle, Sedan n'était qu'un village de quelques feux, au bord de la Meuse, en face de Torcy à qui il ressemblait. Les murailles auxquelles la ville est adossée étaient des carrières qui facilitèrent l'établissement de la ville.
Evrard de La- Marck construisit le château en 1446. Son fils, Jean, commence l'enceinte du côté de l'ouest.
A dater du xvi^ siècle, Sedan conquiert le titre de ville. François f^^* lui accorde le privilège de commerce, en franchise avec le royaume. En 1556, on y compte 4.000 habitants.
C'était, au demeurant, la pauvre capitale d'une pauvre principauté. Les marchands payaient fort cher le droit de circuler sur des routes défoncées. On les rançonnait aux ponts, aux bacs, à la porte des châteaux, au profit des sefgneurs, à la frontière, pour la douane de chaque province ; à l'entrée de chaque ville, pour l'octroi. Il y avait aussi les rôdeurs de grands chemins.
Les foires organisées, les marchands vendirent la laine écus sur table et les produits fabriqués moyennant écus comptant.
Les étoffes du nord passaient d'une foire à une autre, grevées de droits tels que les tailleurs payaient l'aune de drap un écu, quand la laine valait cinq sols la livre.
Les fabriques d'alors avaient, pour matériel : un bateau sur la Meuse, pour laver la laine, un métier à tisser, quelques croisées de chardons, une force à tondre. Production fort lente, peu abondante, nombreux ouvriers, lainages grossiers destinés à la consommation, locale. La serge et la bure servirent aux paysannes jusqu'au commencement du xix*' siècle.
Les écrivains des xiv^ et xv*^ siècles ne mentionnent pas les draps de Sedan.
Les manufactures ne datent que de la Réforme.
L'édit du 28 août 1535, par lequel François I^f affranchit toutes les marchandises.du vingtième forain, fit entrer la principauté de Sedan dans le mouvement commercial du royaume.
Troyes et Ghàlons avaient des corporations de drapiers, alors que Sedan n'était encore qu'un village.
La Réforme fut favorable à Sedan en ce sens que les Calvinistes, vaincus dans le nord, s'y arrêtèrent alors qu'ils allaient gagner l'étranger. Le château et ses cent pièces de canons sont une protection. Le prince leur offre l'hospitalité.
Les réfugiés s'y casent avec leurs familles. Quelques-uns avaient vendu leurs biens et en apportaient le prix, en même temps que des arts utiles.
A la mort d'Henri Robert, l'élan qu'il a donné se continue.
Henri HI (1575) confirme les privilèges accordés. On fonde le collège. La réunion de Sedan et de ïorcy s'accomplit. La place d'armes en est le centre. L'ensemble s'embellit et grossit. Le viaduc est du xviii^ siècle.
Sous Louis XIV, Sedan est réuni à la France.
Successivement son importance s'est affirmée sans rien présenter d'extraordinaire. 0.1 vivait, on travaillait; c'était assez. Ce qui le prouve, c'est que, en 1857, lors de l'enquête au sujet de l'établissement d'une succursale de la Banque de France, on estima le chiffre d'affaires de Sedan à 21 millions dont 13 millions de laine.
En 1865, les transactions s'élevaient, en laines, à 20 millions ; en étoffes à 30 millions. Cette dernière époque fut l'apogée de la grandeur industrielle de Sedan, prospérité qui n'a fait que décroître depuis 1869.
Yerviers et Elbeuf, nous l'avons démontré, ont eu une marche plus assurée et plus brillante.
A cette date, on comptait les maisons suivantes, datant de : 1795 Fred. Bacot et Fils, fabricants de tissus ; 1775 T. Labrosse et C'^, fabricants de tissus ; 1781 L. Cunin-Gridaine, Père et Fils, fabricants de tissus ; 1805 Ghayaux Fils, négociant en tissus; 1805 Brincourt André et Léonardy, teinture ; 180Ô Bertèche-Lambquin, tissus et banque ; 1807 Ninnin et C'^, laines, puis banque ; 1814 Vesseron Frères, tissus ; 1817 Gollnisch Père et Fils, tissus ; 1820 A. Renard, tissus; 1823 F. Delorme, tissus:
1826 E. de Montagnac; 1838 Meleux Jeune, tissus ; 1828 L. Amour, laines ; 1828 Ch. Bellot et Gollière, filature ; 1830 Grosselin et G'*^, construction mécanique ; 1830 E. Schneider, construction mécanique; 1830 J. B. Vilain, teinture ; 1833 Reiter Frères, laines.
En 1865, le nombre des assortiments de filature était de 301, en 42 établissements occupant environ 2.000 ouvriers de nombreux villages des environs.
On estimait que 61 assortiments travaillaient pour Reims ; 240 pour Sedan.
Chaque assortiment prenait 1 cheval 8 10 de force et produisait 29 kil. quotidiennement. Chez M. Bonnet du Pont-Maugis, dont l'outillage s'était bien amélioré, la production était de 40 kil. par jour.
Le prix moyen de la filature était de 1,05 par kil. ; — laine s'élevait à 7,50 environ.
L'enrimage (huile d'olive) se faisait c. 18 « o.
Nombre de tisseurs : 6.000, produisant chacun 10 pièces, soit 60.000 pièces à 500 F où 30.000.000 F. Chiffre déjà cité précédemment.
La force motrice de 32 établissements était évaluée à 559 chevaux — hydraulique >> 4 — — 63 —
A la date du 20 mars ]850, nous avons trouvé, dans les registres de la Chambre consultative de Sedan, les notes suivantes :
Sont estimés :
1^ Déchets de laine provenant des machines à lainer, 2 fr. le kil.
2^^ Tontisse blanche, 0,50. Tontisse de couleur, sans valeur.
3° Déchets de filature : bouts et corrons fins 4 fr. le kil. ; débourrages, 0,50.
15 ans plus tard, en 1865, les prix change it; les voici : 1° Nappes blanches, 3 fr. le kil. ; nappes de couleur, 1,50 à 1,75. 2^ Nappes de foulerie autrefois perdues, 0,50 à 0,75. 3^' Tontisse blanche 2 fr. à 2,-50. Tontisse de couleur 1 fr. à 1,10. 4* Corrons doux presque le prix de la matière première, huile déduite. 5° débourrages gras de 0,70 à 0,75 le kil.
La fabrication se décompose ainsi, à deux époques différentes :
Draps extra-fins 30 fr. et au-dessus : proportion 10 0 0 (( fins 20 (( à 30 fr.
» moyens 15 » à 20 »
» communs 10 » à 15 »
» grosssiers au-dessous de 10 fr.
Les Draps extra-fins tombaient au-dessous de 10 0 0
Les Draps les plus abondants valaient de 10 à 15 fr.
La confection et l'exportation prenaient des articles de 7 à 8 fr.
Pour casquettes, on fabriquait des draps légers, excellents, de 5 à 5,25.
Certaines spécialités atteignent des prix de fantaisie.
Dans son ouvrage intitulé La Laine, L. Reybaud de l'Institut (1867) donne des notes qui émanent, dit-il, de M. Charles Cunin-Gridaine, ancien député, notes d'où il résulte que, à cette époque, la fabrique de draps comptait 130 patentés et 24 établissements extra-muros, 19 établissements avaient des machines à vapeur représentant 325 chevaux-vapeur ; 5 situés sur la Meuse lui empruntaient 1.50 chevaux-vapeur.
La quantité des laineries (faisant 10 pièces mensuellement) établissait l'importance
des usines. Les opérations étaient très multiples. Aujourd'hui, les étoffes demander t moins de
lainage.
MM. L. Cunin-Gridaine Père et Fils avaient .32 laineries
Bertèche, Bonjean et Baudoux-Chesnon Fred. Bacot et Fils PaulBacot et Fils De Montagnac Labrosse Frères GoUnisch-Labauche Vesseron Frères, emploi personnel » « en location à divers
Cinq établissements travaillant jour et nuit, le non
Benoit Frères
Gauthier
Veuve Bonnet
Collette
Claisse
Victor Chemery
J.-B. Vilain
Wilaut
Ricadat
Soit intra-muros 39^
re
des laine
rie
Les établissements du deliors, au nombre de 46, situés sur des cours d'eau utilisaient généralement la vapeur. 26 unités donnaient une force de 250 chevaux.
Ce fut assurément la belle époque de Sedan.
Les laineries du voisinage, travaillant jour et nuit, au nombre de 70, contribuaient à assurer, à la fabrique de Sedan, le travail de 460 laineries.
M. Gh. Cunin-Gridaine a estimé le chiffre de production, en 1867, à 32 millions de francs. Cet industriel ajoute :
(( Sedan emploie les laines de France, d'Allemagne, de Russie, d'Australie et de Buenos- Ayres, dont le prix varie de 9 à 20 francs le kil. dégraissé à fond ».
On utilisait alors les blousses produites principalement par les machines Schlumberger. La maison Seydoux du Cateau, les produisait avec une grande supériorité, de même que MM. Flamant, Lecomte et Pecquerieux d'Avesnes qui livraient des blousses d'Australie absolument sans boutons. •
Les belles laines de France étaient ainsi travaillées par MM. Théophile Legrand de Fourmies, Delloue-Staincq et C'^ de Fourmies, Stavaux-Bonnaire de Sains, Pradine et Dauphinot de Reims, Lemoine-Brabant (peignagne à BazancourtJ, Maquet-Harmel, Eug. Fournival de Rethel. 11 faut encore citer Hennegrave de Bétheniville et Chesnet de Guise.
Vint ensuite le tour des blousses provenant du peignage Isaac Holden et Fils, de Reims.
En 1867, les produits fabriqués variaient, comme prix, de 7 fr. 50 à 28 fr. le mètre de largeur moyenne de 1 m. 40.
Cette draperie, qui se recommandait par la qualité des apprêts, se composait d'une infinité de genres.
Après de 33 ans, la Chambre de Commerce de Sedan accuse ces chiffres :
Draperie expédiée
kil.
Gomme valeur, on a évalué la production ; ■ " En 1901 à 6.75 et 7 fr. le mètre ;
» 1902 Qualité commune : 4 fr. ; qualité moyenne : 6.50 : qualité fine : 10 fr. ;
» 1903 « » 3.75; « » 6.25; » » 9 fr.
L'article le plus produit est celui à bas-prix ; il y entre effilochage, déchets et coton. La chaîne de peigné, plus solide, a aussi permis de diminuer l'épaisseur de l'étoffe.
L'Exposition de 1900 a donné comme de mérite exceptionnel la fabrication de :
MM. A. Robert et Fils (Hors Concours. Membre du Jury). J. Stackler (Grand Prix).
Décot-Bestel, Blanchard et Lombard (Grand Prix). Des Médailles d^or ont été attribuées à :
MM. les Exposants collectifs (Chambre de Commerce ; E. de Montagnac, maison fondée en 1830; Berthèche, » » 1780;
J. Rousseau, » » 1847;
Médailles d'argent :
MM. J. Bloch, filature très variée de poils, Klein fils aine, draperies diverses, A. Sommer, feutres pour divers usages.
En 1900, on évalue à 107.345 le nombre des broches de filature et à 481 le nombre des métiers à tisser.
Parmi les noms que l'on se plaît à citer à Sedan nous pouvons mentionner :
Guill. Louis Ternaiix^ né à Sedan en 1763, décédé à Saint-Ouen (Seine) en 1833.
Initié dès son jeune âge, par son père, à la fabrication des draps, il se trouva bientôt à la tête d'une importante maison. En 1793, il dut se réfugier en Allemagne. A son retour, il monte différentes fabriques et crée divers comptoirs à l'étranger : à Naple^ à Cadix, à Livourne, à Gênes, à Saint-Pétersbourg.
Louis XVIII le nomma baron pour reconnaître le mérite de ses entreprises.
De 1827 à 1830, Ternaux s'occupa de politique et prit une part active à la Révolution de Juillet. C'est ainsi qu'il se ruina.
Le chàle Ternaux fut longtemps en vogue.
Le Baron de Nenflize (1752-1814) contribua aussi au développement des affaires à Sedan.
Laurent Cunin-Gridaine (1778-1859), de simple ouvrier drapier, dans la manufacture Gridaine, devint succesivement gendre, associé, successeur de son patron, puis député (1287) et partisan d'un mouvement libéral qui rît la guerre au ministère. Polignac et contribua à l'avènement de Louis-Philippe (1830). Arrivé, il s'ancra dans le parti de la résistance jusqu'en 1848. Plusieurs fois vice-président de la chambre des députés, il fut chargé de l'Agriculture et du Commerce (1837), sous la présidence de Mole et sous celle de Soult (1839). L'arrivée de Thiers aux affaires (1840) lui rît perdre son portefeuille ; il rentra dans la vie privée, s'effrayant quelque peu de l'importance qu'avait prise la maison dirigée par son rîls Charles (1804-1880) qui joua en politique un rôle assez effacé. Représentant des Ardennes, à l'assemblée législative, il siégea dans la majorité anti-républicaine. L'exemple de Thiers, après le 4 septembre, le détacha du parti monarchique. Au Sénat, fidèle à la nouvelle Constitution, il rallia l'estime générale.
Son collaborateur Guill, Paquin fut pour beaucoup dans le succès de sa maison jusqu'en 1870.
Elisée de Montagnac (1808-1882), enfant du pays, se distingua toujours par sa magnifique intelligence de la belle et bonne fabrication. Son invention du velours qui porte son nom est un trait de génie.
Député au corps législatif, de 1860 à 1870, il -borna son rôle politique aux nombreux services qu'il put rendre.
Charles Bertèche, homme distingué, intelligent, travailleur, se dévoua entièrement à son industrie, sans se laisser distraire par des rêves politiques. 11 refusa la candidature officielle qui lui était offerte, estimant que son activité industrielle lui permettait de rendre de grands et réels services à sa ville, aux sociétés dont il était membre ou président, au Tribunal de Commerce qui absorbait une grande partie de son temps, aux ouvriers qu'il encouragea, aida, secourut avec une générosité et une discrétion sans égales.
Nous nous rappelons avec émotion le jour où la fatale nouvelle de sa stupéfiante maladie se répandit comme une traînée de poudre. Frappé d'apoplexie durant une séance du Conseil d'administration de l'Hospice civil, il succomba promptement. La douleur fut générale, le deuil public.
Les noms de Paul et de Frédéric Bacot sont ceux de deux frères qui se distinguèrent par leur draperie soignée.
Près d'eux, il faut placer des hommes qui ont«bien mérité de l'industrie : Décot-Bestel, Rlanpain aîné, Gollnish-Labauche, Labrosse Frères, Bordcrcl Jeune. Ce dernier excella surtout dans un aiticle très utile et toujours en vogue, le paletot, qu'il assouplissait et apprêtait parfaitement.
Les documents les plus récenis sur l'industrie de Sedan émanent de la Chambre de
Commerce, qui donne comme principale cause du ralentissement de la fabrique et du commerce, le manque de débouchés, surtout à l'exportation. Elle espère qu'il en serait autrement si les Etats-Unis nous étaient ouverts par des traités. « Les transactions ne sont pas assez encouragées ou protégées, notamment vis à vis de la Russie avec laquelle nos relations amicales peuvent faire espérer des rapports commerciaux actifs et des droits réduits. »
L'industrie souffre aussi, ditlaGli,ambre, de lacrise vinicole, de la crise métallurgique, des effets funestes de certains traités, de lois ouvrières existantes ou en préparation.
Il est certain que l'état général des choses semble quelquefois énervant. Personne ne semble capable de réagir et le Matin (4 août 1904) s'écriait : « On dirait que notre gouvernement s'attache à ne désigner comme consuls, dans les postes les plus importants, que les hommes les plus notoirement incapables d'excercer leurs fonctions, puisqu'ils ignorent absolument la langue des peuples au milieu desquels on les envoie vivre. »
Suivant cette feuille :
!« Un consul parlant arabe est envoyé à Routschouk :
2° Un consul général, à New- York, parlant à merveille l'anglais, est envoyé à Cuba, sans
qu'il sache un mot d'espagnol ; 3° Un consul à la Havane, très versé dans la langue espagnole, va à New-York, quoique
ignorant l'anglais ; 4° Notre consul de Bàle ne parle pas l'allemand ;
5*^ Un vice-consul (depuis sept ans en Russie) est envoyé à Turin. Il ne parle pas italien. 6<^ Son successeur à Kharkoff, était, depuis 13 ans en Espagne et connaissait parfaitement
la langue de ce pays.
Dans mon ouvrage. Réorganisation du Consulat français à l'étranger (1884), j'ai traité cette question dont la face n'a pas changé depuis. Nos consuls, en général, sont des agents diplomatiques; les affaires commerciales leur semblent des choses secondaires quoique souvent ils soient app3lés à intervenir dans des questions commerciales importantes.
L'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, les États-Unis ont des conseils autrement utiles que les nôtres. Nous ne répéterons pas ce que nous en avons déjà dit.
Nous manquons de pratique. Quand la Chambre de Sedan réclame des améliorations de tarifs, que lui répond-t-on ? Rien ! Et nos concurrents étrangers tirent parti de la situation à leur prolit. Elle dit, page 68 (1902) :
a On ne peut que déplorer l'abandon progressif de la belle fabrication française et des bell'îs étoffes qui se vendaient autrefois, non seulement dans notre pays, mais dans tous les pays du monde et qui retrouveraient, à l'étranger, où l'on s'inspire généralement de notre goût, la vogue qu'elles n'auraient pas dû perdre en France, si cette dernière y revenait elle-même. »
En 1903 (p. 81) la Chambre dit aussi :
(( L'écoulement a été nul pour les genres poils, difhcile en certains genres pour hommes, bon pour les articles bas-prix.
« La production a été extrêmement réduite; pour ainsi dire nulle dans les premiers de ces genres, presque égale dans les seconds, active dans les tissus à bon marché. »
Plus loin (p. 84) : « En général, peu de chômage; le bas-prix a sauvé la place de Sedan au point de vue de la main d'œuvre . »
Cet article, aux yeux de ceux qui se rappellent le Sedan d'autrefois, semble encore un déplacement d'industrie. Du reste, l'article^à chaine-coton et à trame d'effilochage s'adresse au plus grand nombre ; il donne, à la classe travailleuse, un bien-être qu'elle n'a pu connaître précédemment sous le rapport du vêtement.
Dans la réponse faite au Questionnaire de laCommission (ï enquête de l'industrie textile, la Chambre de Commerce de Sedan évalue à 3.C00 le nombre des ouvriers, dont 1.200 tisseurs au métier mécanique, 3 à 400 tisseurs à la main (de 11 à 65 ans).
Les ouvriers sont tisseurs, Ibulonniers, lainiers, tondeurs, décatisseurs, presseurs, teinturiers, magasiniers, épailleurs.
Les ouvrières sont trieuses, noueuses, raccommodeuses, rentrayeuses, brodeuses. Les enfants crocheteurs.
Les bons ouvriers gagnent de 3.25 à 4.50 Les femmes » 1 60 à 3 fr.
Les enfants » 1.50 à 2.50
Depuis 20 ans, les salaires ont augmenté de 17 °/o et la vie reste dans les mêmes conditions à peu près.
En 1891, il y eut grève de tisseurs de 75 jours. Il en est résulté un tarif uniforme. Depuis le tissage à la main a disparu et on a fait tisser au dehors.
Les métiers mécaniques et les machines d'apprêts se sont perfectionnés.
Un ouvrier ne conduit qu'un seul métier. Le tisseur résiste surce point, mais il devrait voir combien le progrès à réaliser aiderait le fabricant à lutter avec succès contre la concurrence étrangère.
La longue habitude du travail constant, la sage administration de la ville, les sacrifices raisonnes ayant pour but Finstruction générale et l'enseignement technique, le fonctionnement des sociétés de secours mutuels, tout cela a donné, à Sedan, une population ouvrière modèle. La bourgeoisie est picilique et travailleuse. Les patrons sont dévoués à leurs affaires et à leurs devoirs.
La ville s'est élargie, embellie, mouvementée. Les fortifications, en disparaissant, ont livré de nouvelles rues à la circulation. Sedan est plus peuplé, plus actif que jamais.
L'établissement de Gaulier, V Espérance est un monde industriel tiès florissant.
C'est en 1872 que le premier coup de pioche fut donné, par Jules Varinet, négociant en draperie à Sedan, aidé, dans cette entreprise par Ch. Henrez, fabricant à Sedan.
Vers 1875, surgirent certaines difficultés, mais la confiance qu'inspiraient l'homme et la chose permit, à une nouvelle organisation, de doubler le cap des tempêtes et d'arriver au succès.
Travaillant pour Sedan, Reims, Roubaix-Tourcoing, Jules Yarinet perfectionna sans cesse sou matériel et améliora son personnel, en s'adjoignant, en 1882, comme associés, son directeur technique, M. Delhotel, et son chef de comptabilité, M. Martin.
M. Delhotel comprit ce que pouvait donner un machinisme parfait, aussi l'alimentation fut-elle constante.
On a l'idée de ce centre modèle quand on connaît certaines dépenses annuelles : charbon de terre 60.000 fr. ; produits d'exploitation 30.000 fr. ; pour les tissus 90.000 fr.
La dépense générale ci-dessus ("180.000 fr.) donne une somme quotidienne de 600 fr. qui, aux prix lYduits du tarif de façon, représente un nombre colossal de mètres soumis aux apprêts.
A la mort de Jules Varinet, s'est formée, pour l'exploitation de VEspérance, une société au capital de 2 millions, qui eut la sagesse de choisir M. Delhotel comme Directeur.
En 15 années, une transformation étonnante s'est faite dans les fouleuses, laveuses, laineuses, rameuses, tondeuses, etc.
11 y a là, et c'est un grand mérite industriel, un matériel absolument nouveau et personnel.
U Espérance di une Société de secours mutuels contre les maladies, alimentée moitié par les ouvriers, moitié par la Société directrice. Une Caisse de secours et pensions, alimentée
«• entièrement par l'usine, permet de secourir les nécessiteux et d'accorder une retraite aux vieux ouvriers.
Ces deux caisses ont un capital de 30.000 francs.
Les 500 travailleurs de VEspérance sont assurés contre les accidents.
Ce spectacle est rassurant, surtout si, déplorant les agitations causées, dans la classe ouvrière, par les meneurs politiques, on voit quel bien intellectuel et moral résulte nécessairement de l'éducation générale à laquelle sont soumis des ouvriers aimant les joies de la famille, les distractions du livre, l'exercice au grand air, en ce petit jardin qui a contribué à l'amélioration des mœurs. C'est à Sedan qu'est née cette œuvre éminemment utile.
L'histoire de Sedan n'est réellement qu'un chapitre intéressant du Roman de la Laine. On y voit l'homme aux prises avec les difficultés de la vie, se donnant de tout cœur aux arts utiles, s'instruisant, se moralisant, créant une famille modèle et une industrie dont le nom s'est fait avantageusement connaître dans le monde entier.