‹ Histoire économique de la laineChapitre 85 sur 151 · métiers à tisser · texte numérisé non relu

métiers à tisser

3 fabricants travaillant exclusivement à la main; 2 fabricants de feutre ; 1 société industrielle pour la scliappe. Reims a appliqué les perfectionnements possibles au matériel. Un ouvrier conduit 200 à 300 broches (filature peignée), 152 à 200 broches (filature cardée).

Il semble difficile, à cause du hni des articles, de confier plus de deux métiers à un ouvrier.

La fabrique rémoise reçoit, de Verviers et de l'Alsace, des fils qui constituent une spécialité de fabrication.

Les tissus présentent les chiffres suivants :

Importations :

Exportations

Baisse (en 20 ans) : 49 " o pour les importations ; 41 " o pour les exportations.

Des tarifs prohibitifs ont fermé d'anciens débouchés.

Les tissus de Reims se sont trouvés exclus des Etats-Unis et de l'Espagne, où leur écoulement était considérable.

La situation de Reims, pour les transports, est moins favorable que celle de Roubaix-Tourcoing.

Une foule de sociétés philanthropiques s'y sont établies; la classe ouvrière est généralement aisée. Les logements des travailleurs se sont améliorés et multipliés.

L'administration municipale s'est appliquée à répandre l'instruction le plus possible; les écoles sont nombreuses et le personnel enseignant considérable.

On aimerait à dire que les idées sages et progressives font leur chemin dans la classe ouvrière d'une façon normale, c'est-à-dire proportionnellement avec l'éducation, mais les excitations politiques ont quelquefois des conséquences fâcheuses, puisque l'appauvrissement de l'industrie nuit tout d'abord à la famille ouvrière. En général pourtant, on peut dire que le travailleur rémois, le véritable ouvrier, celui qui peine pour les siens et reconnaît la nécessité du capital qui assure la suite des choses et la prospérité générale, est un homme sobre, respectable, se distinguant par son esprit d'ordre et d'économie.

Il faut espérer que la véritable société coopérative s'établira à Reims, sur les bases de l'Institution des Equitables Pionniers de Rochdale, celle qui intéresse le consommateur dans les profits réalisés par lui. Ce qu'un père de famille économise, il le gagne. Ce gain très légitime a ceci d'excellent qu'il habitue l'ouvrier à l'économie, à l'épargne.

La Société coopérative, telle qu'elle existe en Angleterre et en Ecosse oblige les ouvriers-administrateurs à s'instruire, à se surveiller et à prouver, par leurs progrès et leurs succès, combien ils sont dignes de la sollicitude de tous.

C'est pour n'avoir pas toujours raisonné ainsi que la classe ouvrière de Reims a causé des crises aboutissant à des liquidations nuisibles à tout le monde.

D'importantes maisons de banque ont leur siège principal à Reims; d'autres établissements Hnancicrs y possèdent des succursales floiissantes. Sous ce rapport, la ville a fait d'immenses progrès, car, il y a cinquante ans, elle ne comptait (jue deux comptoirs de ce genre.

La Société des déchets, fondée en 1807, réformée en 1834, remaniée en 184.5, constituée au capital de GOO. 000 fr., a rendu longtemps de précieux services, soit en empêchant les fraudes, soit en donnant une valeur marchande et industrielle à des matières autrefois délaissées. Une partie de ses bénélices est généreusement consacrée à assurer des pensions et

même des lits à l'Hôpital, à la Maison de retraite, en faveur d'anciens ouvriers méritants, mais affaiblis par Tâge ou la maladie.

A la fin de 1903, on compte :

Peigneuses : à Reims, 237.

Broches en cardé : à Reims, 19.140; dans sa région : 37.030 ; ensemble ; 58.170.

Broches en peigné : à Reims, 95.564; dans sa région, 59.380; ensemble : 154.944.

Broches de retordage : à Reims, 8.250 ; dans sa région, 8.. 544; ensemble : 16.894.

Métiers à tisser : à Reims, 5.838 ; dans sa région, 1 .389 ; ensemble : 7.227.

On demande souvent par quels moyens il serait possible de rendre, à Reims, son ancienne activité et une splendeur quia beaucoup contribué à l'élargissement de la ville elle-même. C'est un point fort délicat à traiter, car les efforts des localités rivales sont indéniables; les effets de la concurrence étrangère sont aussi visibles. Malgré ces constatations, il ne semble pas que l'enseignement professionnel ou technique profite beaucoup aux diverses industries lainières. Les élèves, formés à Reims, vont souvent offrir leurs services aux centres industriels rivaux.

Il est certain que le nombre des établissements rémois n'est pas suffisant à ce point de vue; ceux qui existent gardent leurs éléments travailleurs, sans pouvoir augmenter leur personnel, puisque le chiffre d'affaires est limité.

Dans un pays où les capitaux abondent, voit-on assez les services que peut rendre l'élément jeune, actif et techniquement instruit? C'est en lui qu'est l'avenir. Si l'esprit d'association existait plus en France, de nouveaux groupes de travailleurs se créeraient et Ton n'aurait plus à déplorer la disparition d'établissements autrefois prospères.

Il faut bien avouer que, sous ce rapport, le déchet est considérable, mais il est juste ■de faire remarquer que les établissements qui vivent se sont transformés, complétés, perfectionnés. La division du travail se fait tout autrement qu'autrefois, avec des machines meilleures, plus productives, imposant moins de fatigue à l'homme et offrant moins d'aléa, de perte inutile.

Vue sous tous ces rapports, l'industrie lainière de Reims est fort intéressante et Ton peut dire que jamais elle n'a été plus parfaite.

n est assez de mode de dire que, à Reims, tout s'en va. C'est plus qu'une erreur ; c'est une calomnie. Nous y connaissons quelques maisons fort bien entendues, très habilement dirigées et prospères.

Pour n'en citer qu'une, parlons de la Maison Leiarge et C'^ dont l'honorable fondateur, M. Fréd. Leiarge, a si bien mérité ses succès, non seulement par ses études techniques locales, mais parcelles qu'il fitàRoubaix oi^i il puisa ce goût des belles choses, ingénieusement conçues et habilement exécutées. Son fils lui succède ; c'est encore un élément de réussite en un pays où, contrairement à ce qui se passe en Allemagne et en Angleterre, les fils cherchent leur avenir à côté de la maison paternelle.

De A à Z, la marche de cette maison est logique et technique.

1° L'usine modèle de la rue de Courlancy a lavage de laine, apprêts d'étoffes, avec 200 personnes. (Directeur M. Halbardier).

On y a capté une eau très douce et fort abondante. La prairie facilite le séchage à l'air, aussi obtient-on des laines lavées d'une blancheur parfaite. Une reconstruction récente a permis l'établissement d'un séchage à vapeur d'autant meilleur qu'une soufflerie puissante envoie le produit obtenu à l'étage supérieur, à travers un passage de 20 mètres.

La production parfaitement surveillée est telle que cet établissement peut en faire profiter les commerçants en laine de la ville.

2'' Au boulevard Saint-Marceaux, sous la direction de M. Paul Kanengieser, l'installation est infiniment plus considérable, puisqu'elle comporte un personnel de 750 travailleurs. Tout y est, puisque la laine lavée qui y entre en sort en étoffe parfaite.

Depuis le triage, toutes les opérations se suivent régulièrement. Certaines installations sont fort ingénieuses, parce qu'elles sont techniquement indiquées ou nécessitées parle travail.

Le Directeur nous disait, un jour, quelle reconnaissance il gardait à M. Fréd. Lelarge qui l'avait fait passer par plusieurs établissements de Roubaix, pour compléter ses études.

En somme, cette usine possède 7.0GO broches à filer'de laine cardée et 2.000 broches pour fils fantaisie.

Ajoutons : 500 métiers à tisser.

Rien n'est plus intéressant à voir en action que ces métiers à hier perfectionnés, qui produisent automatiquement des hls d'une grande complication, hls qui, il y a quarante ans, ne s'obtenaient que grâce à des procédés qui constituaient des tours de force.

Détail bon à noter : chaque service, chaque atelier a sa comptabilité constamment à jour.

3*^ A Bazancourt, sur la Suippe, (Directeur M. Thierry), 250 personnes occupées j 4 500 broches de filature et 300 métiers à tisser.

4" A Boult-sur-Suippes (Directeur M. Jacquesson) ; 200 métiers mécaniques et 120 ouvriers.

o^ Le siège de la maison est à Reims où la maison de vente, la caisse et la comptabilité générale exigent la coopération de 50 personnes sous la direction des trois associés, Messieurs Pierre Lelarge, Soullié, F. Kanengieser.

Tous ceux qui ont visité l'Exposition Internationale de 1900, à Paris, ont rendu à la Maison Lelarge, ce témoignage sincère : elle était une des plus belles et des plus méritantes expositions de l'industrie lainière.

Nous avons eu souvent l'occasion de constater combien l'ordre appelle l'ordre. Rue de Courlancy, le jour de paie, chaque ouvrier reçoit, en un petit sac de papier fermé, sur lequel le compte est établi, ce qui lui est dû. Rien n'est plus simple et plus pratique, puisque le travailleur n'a pas à faire queue à la porte du bureau ; il est à sa machine lorsque le petit employé lui apporte cet argent.

Nous avons tenu à parler de ces choses qui paraissent petites ou insignihantes, mais il n'appartient qu'à des hommes de tète et de cœur de les organiser et de les faire durer. En s'entourant de collaborateurs élevés à leur école, ils tiennent la main aux progrès acquis et ils veillent à la durée des bonnes traditions, celles sur lesquelles repose le succès.

L'histoire de la laine à Reims se trouve liée à certains événements politiques qui eurent une grande influence sur le travail.

Quand, aujourd'hui, on parle de soulèvements populaires, de grèves, de coalitions, de syndicats, d'anarchisme, de collectivisme, on n'invente absolument rien, mais on crée de nouvelles illusions que l'instruction plus large du peuple devrait réduire à l'état de chimère, puisqu'il est prouvé que l'humanité n'avance et ne se développe que grâce à la sagesse humaine, à l'amélioration morale, au développement intellectuel.

Citons des dates :

1848, 25 février. — Agitation extrême à Reims. Administration municipale en permanence. L'Hôtel de Ville ressemble à un camp. Le Sous-Préfet prend la fuite.

1848, 26 février. — Incendie de la filature Fléchambault, samedi soir. La gendarmerie, de concert avec les ouvriers, arrête les incendiaires et rétablit l'ordre, le dimanche 27..

1848, 27 février. — Dérodé-Geruzez nommé sous- préfet provisoire. » » — Proclamation de la Républic^ue.

» » — Le Répablicam^ journal, est fondé sous les auspices d'hommes

de lettres, amis du peuple, de l'ordre et de la liberté.

Administration provisoire départementale de la Marne :

28 février, Lecureux, commissaire du Gouvernement.

l^î'' mars. — A David, commissaire spécial à Reims.

E. Courmeaux, délégué du commissaire spécial.

1er niars. — Impôt progressif de 400.000 fr. pour parer à la crise financière. 8 mars. — Comité électoral de la démocratie rémoise. 14 mars. — Comité électoral républicain.

29 mars. — Inauguration du canal de l'Aisne à la Marne, de Reims àNeufcbâtel. Les premiers bateaux arrivent à Reims.

Mars. — Les travaux du chemin de fer votés-d'urgence ; Embranchement de Reims à Epernay.

Avril. — Ateliers communaux de Reims, 3.511 inscriptions. 10 Avril. — Émeute des ateliers.

25 Juin. — Atelier Rémois. Journal de l'organisation du travail rédigé par une Société d'ouvriers.

19 novembre. — Promulgation de la Constitution.

1848, 2 décembre. — Banquet dès démocrates, à 0 fr. 25 par tête.

1849, 4 mars. — Banquet des démocrates rémois, à 1 franc par tête. 1848. — Club démocratique du faubourg Cérés.

)) Club des socialistes de Reims.

» Club de la Fraternité de Reims.

» Club des Travailleurs de Reims.

)) Association des Corporations rémoises.

1848-1849. — 21 Corporations de Reims, savoir :

Charpentiers Fileurs en peigné Tailleurs d'habits.

Chaufourniers Maçons Tailleurs de pierre.

Chiffonniers Mégissiers Teinturiers

Cordonniers Menuisiers ^ Terrassiers

Couvreurs Métallurgie Tondeurs

Débitants Peigneurs Tonneliers

Fileurs en cardé Peintres Trieurs

1848-47. — Société rémoise d'assistance fraternelle.

1819. — Les 15 signataires de la lettre remise à l'Administration municipale, le 12 juin, sont arrêtés le samedi suivant.

2 septembre 1849. — Inauguration du chemin de fer de Paris à Epernay par L, Napoléon.

25 novembre 1849. — Première boulangerie sociétaire-fraternelle, fondée à Reims par les Corporations, rue de Fléchambault, n^ 48.

14 décembre 181-9. — Transfert des onze prévenus arrêtés à Melun, dans la voiture cellulaire.

28 décembre 1849. — Acquittement de tous les prévenus, après une détention préventive de 6 mois et 10 jours.

L'industrie d'aujourd'hui ne ressemble plus guère à celle d'autrefois sur laquelle d'anciennes gravures nous édifient.

Le travail primitif se rapprochait, autant que faire se pouvait, des efforts manuels de Thon) me.

On lilait à la main. Le tissage se praticjuait d'une façon élémentaire. On lavait au panier. On foulait aux pieds. On lainait manuellement et l'on tondait au moyen de forces bien lentes à manœuvrer.

D;ins notre première jeunesse, nous avons encore vu filer à la quenouille et à la fusée volante que certaines mains étaient fort habiles à lancer et à ressaisir. Le rouet a duré plus longtemps, puis sont venus les métiers mécaniques produisant d'abord de gros fils.

A partir de 1850, les progrès de l'industrie ont été étonnants, mais c'est surtout de 1865 à 1875 qu'ils se sont le plus accusés, avec le développement des établissements et le stimulant de la concurrence étrangère.

A aucune époque, le machinisme n'a été égal, en perfection, à celui d'aujourd'hui. On comprend que tous les succès découlent désormais de cette perfection.

Gomme curiosité, puisque, dit-on, tout finit, en France, par des chansons, voici une pièce curieuse de Gaultier Garguille, comesdieti ordinaire de l'Hostel de Bourgogne, extraite des Chansons folaslres et récréatives. Le privilège du Roi est de 1631.

Chanson de la laine

Il nous faut avoir des tondeur en nos maisons :

C'est pour tondre la laine à nos moutons.

Tondez la nuict, tondez le jour.

Tondez-les tous les quinze jours

Et tous les trois semaines,

Et puis les compagnons viendront

Qui ton, qui ton, qui tondront,

Qui tondront la laine.

Il nous faut avoir des cardeux en nos maisons : C'est pour carder la laine à nos moutons. Gardez la nuict, cardez le jour, Gardez-les tous les quize jours

Et tous les trois semaines.

Et puis les compagnons viendront.

Qui car, qui car, qui carderont, • Qui carderont la laine.

Il nous faut avoir des pleurs on nos maisons,

Qui f], qui li, qui fileront,

Qui fileront la laine.

Il nous faut avoir des fouleurs en nos maisons : Qui... etc.

La chose n'est pas d'une haute envolée, mais elle prouve que, au temps jadis, toutes lea opérations delà fabrication lainière se faisaien ta la maison. Il n'en est plus ainsi, puisque généralement on ne se fait qu'une très fausse idée dos établissements industriels.

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