CHAPITRE XV
Histoire de la Laine à Rethel
Il y avait encore, dans les faubourgs et les environs de Rethel, vers 1848, des peigneurs à la main servis hebdomadairement par des commissionnaires qui leur apportaient la dossée à peigner et qui emportaient régulièrement le cœur et la blousse. Dans nos promenades, d'écoliers, c'était un bonheur d'être admis autour du pot où, sur un feu assez vif, chauffaient les longues dents du peigne que l'ouvrier chargeait habilement de laine lavée disposée, en sa main, en forme de tampon. Il la fouillait avec énergie, puis en tirait la partie la plus longue, celle qui devait être filée.
La blousse qui renfermait beaucoup d'impuretés allait à la filature en cardé. On en faisait de bonnes étoffes, car elle était laineuse c'est-à-dire riche de filaments assez longs.
Une maison de Paris, V^irginie Gimbert avait pour correspondant, à Rethel, un excellent homme, travailleur infatigable, Pireau-Maréchal, qui faisait peigner régulièrement et manuellement du cachemire dans les environs de Rocquigny, principalement au Fréty, son centre d'action. Le pays était pauvre, privé de toute industrie, éloigné des grandes voies de communication, aussi ce travail était-il recherché. La façon, assez difficile et coûteuse, augmentait beaucoup le prix d'une substance relativement rare et chère mais très appréciée.
Peu à peu ces manutentions cessèrent avec le développement, à Reims, du peignage Lister et Holden.
Rethel avait deux établissements de peignage : celui d'Eugène Fournival, de Maquet- Harmel. Leurs machines Schlumberger donnaient d'excellents résultats et des produits goûtés.
La population ouvrière augmenta assez rapidement grâce aux filatures d'Eug. Fournival, de Du val-Rousseau, de Rilliet et Noiret, de Vauchez, de Maquet-Harmel, de Lessieux Frères, d'Aug. Maquet, de .lesson.
L'atelier de construction de Bruneau rendait des services appréciés.
Quelques maisons faisant le commerce des laines s'installèrent également dans la petite ville traversée par l'Aisne, cours d'eau constant fournissant une force motrice considérable et peu coûteuse.
De nombreux métiers de tissage battaient dans les environs. Le mérinos était en grande vogue.
Les établissements de Wasigny, Lalobe, de La Neuville-lès-Wasigny, Signy-l'Abbaye, Wagnon, Nouvion-Porcien, Juniville, Château-Porcien faisaient leurs transports par Rethel qui, le lundi, jour de marché, avait une physionomie très animée.
La banque, représentée par Duval-Rousseau et par Bouillard, faisait un assez gros chitiVe.
Le collège et un pensionnat renommé attiraient beaucoup d'élèves, et entretenaient, dans l'esprit et dans le cœur des jeunes générations, une atïection locale devenue proverbiale.
Peu de district lainiers accusent une décadence plus marquée que celui de Rethel où, en 18(38, on comptait :
P Établissement successivement supprimés :
Métiers à filer
Broches (Fil. peignée)
Métiers à tisser
Teigneuses
Bailly-Deladroye
Duboys et Pireau Duval-Rousseau
Lessieux
Aug. Maquet Pellot-Rogelet
Rousseau -Baron
Rousseau Aîné
Yauchez
2» Établissements existant encore
Fournival Givelet Frères Noiret
retordage
Grands Totaux
40 Aujourd'hui on compte à Rethel :
Fournival 5.000 broches et 250 métiers à tisser filature supprimée 200 —