‹ Histoire économique de la laineChapitre 91 sur 151 · TISSUS FILS · texte numérisé non relu

TISSUS FILS

Importation Exportation Importation Exportation

(Millions de francs) (Millions de francs)

Baisse en 20 ans 49 «/o 41 «/o État stationnaire

Il ne faut pas conclure de là que les affaires en général dépérissent en France puisque en 1901, les importations donnent : Les exportations :

Objets d'alimentation 55.760.000 fr. 56 171.000 fr.

Matières nécessaires à l'industrie.. . . 253.801.000 » 91.543.000 »

Objets fabriqués 53.428.000 » 149.111.000 »

Colis postaux 17.255.000 »

Totaux 362.989.000 » 314.080.000 »

On est quelquefois mal venu à faire la critique générale de certains centres et l'on reproche, à ceux que l'on, traite de pessimistes, de s'inspirer de racontars sans importance réelle et sans fondement sérieux.

Le Journal de Roubaix a publié, à son heure, le manifeste suivant, qui restera comme la preuve vivante de l'impuissance des uns et de la bonnevolonté des autres.

(( Le bureau de l'Association nationale de l'industrie lainière a été reçu par le Ministre du Commerce et de l'Industrie, le lundi 21 mai 1894. M. Louis Cordonnier, président, a exposé les circonstances qui ont donné naissance au nouveau groupement en même temps qu'elles lui dictent son programme et lui tracent sa ligne de conduite.

« L'industrie lainière et les négoces qui en sont solidaires, subissent une crise dont les elîets se font sentir partout et qui a entraîné, en maints endroits, de véritables désastres.

(( Prenons, pour exemple, cette région de Fourmies, naguère si florissante et qu'on ne saurait traiter comme une quantité négligeable dans la supputation des intérêts du pays, puis(|u'elle possède un matériel industriel de 68 millions, qu'elle fait vivre 26.000 ouvriers auxquels elle distribue 27.000,000 f. de salaires, et qu'elle transforme chaque année pour 150.000.000 f. de produits, sans compter les 100 millions de tissus fabriqués à la main.

« Or, dans tout le pays, la valeur immobilière, en ce qui concerne les terrains et les

habitations, a diminué de moitié et les établissements industriels sont réduits au cinquième de ce qu'ils ont coûté.

« Cette appréciation n'est pas formulée pour les besoins de la cause, et, loin d'être exagérée, elle est encore au-dessous de la vérité, car nombre d'établissements, cités encore dernièrement parmi les mieux installés et les plus intelligemment dirigés, sont fermés et n'ont plus qu'une valeur négative. Quant à ceux qui trouvent acquéreurs, ils sont cédés à des conditions désastreuses.

« Depuis 1892, on citait, à Sains-du-Nord, un établissement payé 1.100.000 f. en 1886, et vendu 120.000 1. Près de Reims, un autre acheté 1.500.000 fr. en 1886, ait été abandonné pour 100.000 fr.

(c Depuis lors, la situation a empiré et s'est généralisée; à Fourmies, une filature réputée comme un modèle et qui avait coûté 850.000 f. vient d'être cédée pour 200.000 f. La grande filature Huille et G'*', de la Capelle, qui valait plus d'un million, a été, ces jours derniers, vendue 80.000 f .

u C'est là une situation à laquelle il est urgent d'aviser, car si elle se prolonge, elle consommera totalement la ruine d'une des régions qui ont le plus fait pour développer la richesse de la France et donner du travail aux populations ouvrières, et elle s'étendra aux autres centres qui, pour avoir plus solidement résisté en apparence, grâce à des circonstances particulières, n'en sentent pas moins leur force diminuer, s'épuiser, et se demande avec anxiété ce que sera le lendemain. . . -

« Il y a donc là un danger imminent, et, il n'y a aucune exagération à le dire, un danger national; car il ne faut pas perdre de vue que l'industrie de la laine ne le cède à aucune autre en France, et que, par la nature de ses produits, elle répond mieux qu'aucune autre aux besoins de nos sociétés démocratiques.

(( Mais pour remédier au mal, il faut en rechercher les causes. Au premier rang de celles-ci, on doit placer la rupture de nos relations commerciales. Sans doute cette rupture n'est pas uniquement imputable à la France entraînée fatalement dans le courant protectionniste qui traverse le monde, et il faut largement tenir compte et des circonstances et des intérêts divers; mais on doit employer tous ses efforts pour donner ou pour rendre, à nos industries d'exportation, les débouchés qui leur sont nécessaires. »

C'est en se rendant compte des souffrances accumulées des centres industriels et commerciaux que l'on comprend l'importance du mouvement à la tête duquel l'honorable M. Cordonnier s'est mis avec autant de dévouement que d'énergie.

Depuis, les chambres de Commerce ont toutes fait entendre des doléances au sujet des tarifs de chemins de fer et de douane ; il n'en est pas une seule qui ne se soit occupée des questions d'assurances sur vie et sur accident; toutes ont montré combien les préoccupait la réglementation des heures de travail.

L'enquête sur la condition de l'industrie textile sera grosse de révélations inquiétantes pour l'avenir, mais expliquera-t-elle les ruines qui se sont produites?

Si, à Fourmies et dans sa région, 88 usines sur 131 ont disparu; si un grand nombre de maisons ont fait de mauvaises affaires, il faut, au nom de l'économie politique, en montrer la raison. L'histoire du commerce demande la lumière. La conscience publique attend des explications avant de se prononcer ouvertement sur les responsabilités.

Ce sera l'honneur de la Société du Commerce et de l' Industrie lainière de la Région de Fourmies, d'avoir fourni, à l'enquête, un travail qui est un véritable monument historique. On y trouve des raisons d'espérer toujours. Fourmies a. édifié le monde par son intelligence, son activité, sa réussite; de nouveaux succès l'attendent.

M. Paul Legros, Président de la dite Société, n'a pas craint de dire la vérité. Son rapport se pique d'exposer exactement la vérité.

Localités

Sociétés USINES

ayant liquidé Disparues Existantes

Fourmies

Wignehies

Anor

Avesnelles

Avesnes

Bohéries (Aisne). . .

Beauvais

Boue (Aisne)

Boussières

Briastre

Buironfosse (Aisne) La Gapelie »

Gaudry

EftVy (Aisne) . .

Esquélîéries (Aisne) Etreux (Aisne) ....

Etroeungt

Felleries

Hirson

S»-Gobert (Aisne) . . , Guise »

fron »

La Hérie »

Le Gâteau

yi ))

Localités

Le Nouvion

Louvrignies-Quesnonoy.

Moretz

Marie

Masnières

Mondrepuis

Neuvilly.

Neuve-Maison

Ohain

Poix-du-Nord

Proissy

Bieux

Sains-du-Nord

Sains-Ricbaumont

Saint-Michel

Saint-Souplet

Sémeries

Serain

Solesmes

Sous-Ghàtillon

Solre-le-Ghàteau

Trélon

Vaux-Andigny

Yillers-sur-Nicolle

Totaux

Sociétés USINES

ayant liquidé Disparues Existantes

Sur 131 usines construites (93 -f 38) 38 ont disparu ; celles n'ayant pas roussi ou ayant

-fait de mauvaises affaires, s'élèvent à 144 + 38 = 182. Soit, sur 131 usines construites 139 o/„.

11 est douloureux de faire des constatations de ce genre.

Le dépérissement industriel se traduit par le prix de réalisation de certains établissements, depuis 1890.

1° Le Peignage Larose et C'^ d'Avesnes, ayant 78 peigneuses d'une valeur de 15.000 fr. représentait un capital de 1.170.000 fr. L'établissement s'est vendu 155.200 fr.

Prix de vente par peigneuse 2.000 fr.

2° La Filatm^e a plus souffert encore :

12 établissements de Fourmies, 1 du Nouvion, 1 de la Gapelle, 1 d'Avesnes, 1 de Trélon, 1 d'Ohain, ensemble 17 filatures possédant 186.960 broches d'une valeur de (55 fr. la broche) Fr. 10.128.000 n'ont trouvé qu'une valeur de vente de 1.840.000 fr. La perte est ainsi de 8.288.000 fr. ou de 82 Vo puisque la broche tombe à 9.80.

S*» Le Tissage a été aussi très éprouvé.

Les usines Dolez, à Anor ; Herbin, à Sains-Richaumont ; Golliard, au Gâteau, possédaient 724 métiers, valant 1.500 fr. l'unité, soit ensemble 1.085.000 fr. ; leur valeur de vente n'a atteint que 245.000 fr. Ainsi le métier est tombé à 338 fr. et la perte totale «40.000 fr. a été de 77.70 o/o.

En résumé, ces installations de trois sortes, qui avaient coûté 12.830.000 fr. ont subi une perte de 81.80 Vc soit de 10.143.000 fr.

Le rapporteur fait remarquer que si les premières ventes de filatures accusent un prix de 11 à 18 fr. par broche, les dernières adjudications oscillent de 3 à 11 fr.

Le travail en question contient d'intéressants tableaux comparatifs : i^ entre le prix de la vie de l'ouvrier, en France et en Belgique ; 2<^ » le travail de 10 h., de 10 h. 12 et de 12 h. (filature et tissage) ; 3° sur le prix de revient de l'échée de fil peigné ;

4° » les frais généraux imposés aux industriels (assurances, accidents, etc.) ; 5^* » le coût des établissements des 3 catégories, en France et en Belgique ; 6o » la condition de l'ouvrier et les charges imposées au patron.

Gertaines observations très pratiques retiennent l'attention, au point de vue écono mique et sous le rapport des dangers que font courir à l'industrie lainière en général, les exigences de certains ouvriers.

Au point de vue de notre étude sur la laine, nous lisons :

« 35 Vo de notre production sont exportés et subissent la concurrence des Allemands, des Belges et des Italiens. Il est dangereux de grever cette marchandise de frais nouveaux qui nous placeraient, en face de nos rivaux, dans une position de grande infériorité.

« La proportion de 65 ^/o pour la consommation intérieure, ne permet aucune augmentation de frais tendant, comme en certaines industries, au dégrèvement des marchandises à exporter.

Nos exportations ont passé de 370 millions, en 1883

et à 218 » » 1902. Baisse 41 0/0.

(( Nos tissus légers se sont maintenus grâce à la mode et à l'adoption du faible duitage, ;pour économiser la main d'œuvre.

Les tissus à main-d'œuvre forte, mérinos et cachemire, sont descendus de :

43 millions, de 1867 à 1876 à 15 » de 1887 à 1896

Baisse 28 millions ou 43 ° o.

M. P. Legros démontre clairement que les intérêts des patrons et des ouvriers sont intimement liés.

(( Notre industrie, dit-il, est en décadence depuis plusieurs années; si on lui impose des charges nouvelles, elle succombera sous leur poids. D'autres établissements se fermeront encore, ruinant leurs propriétaires et enlevant définitivement le travail aux ouvriers.

a II est impossible d'uniformiser les salaires dans une usine ou une industrie à tant de genres ditiërents, quand aussi les inégalités résultent de la situation d'un industriel à l'autre, des transports, du coût de la vie, du cours des matières premières nécessaires à la marche d'une fabrique, des frais généraux, etc.

« Roubaix et Tourcoing ont un avantage considérable résultant de leur situation géographique.

(( L'acheteur de tissus ne veut plus remettre que des ordres à courte échéance. Le travail de longue haleine est mal rénuméré.

« Dans de telles conditions, la diminution de la valeur de nos usines, les faillites, font fuir les capitaux à l'étranger.

« La concurrence se développe journellement. Il nous est impossible d'abaisser nos prix de revient.

« L'expérience démontre que la baisse de 1 fr. ou 0,90 d'un article, augmente de 20 à 30 Vo ^^ consommation de cet article. Au contraire, une hausse de 10 » o, entraine une perte ou une dimution de 20 à 25 % dans la consommation. Quant à l'exportation, une hausse amène souvent la suppression de l'article. »

Le rapporteur voudrait voir :

1° Des conventions commerciales internationales utiles au débouché de nos produits ;

2o Les Compagnies de transport faciliter le mouvement des marchandises ;

3*^ L'entrée libre des laines brutes étrangères, en France.

Il y a certainement oubli involontaire au sujet du machinisme insuffisant ou démodé, quand, sous ce rapport, les Allemands et les Anglais nous sont supérieurs. Il vaut mieux dépenser ses revenus à l'amélioration des machines qu'attendre la ruine complète du capital au bout d'une certaine période d'activité. Quand peigneuses, filatures et tissages d'une valeur de 12.383.000 f. se sont liquidés à 2.240.000 f ., il faut bien admettre que la perte générale 10.143.0CO 1. aurait pu sauver la situation, si ce capital avait été dépensé sagement et à temps.

La situation fort intéressante de la région de Fourmies-Le Gâteau résulte de multiples tableaux :

1" Matériel de peignage :

pei

igneuses

pei

igneuses

dont 4 anglaises

dont 45 anglaises

La chute est considérable.

2° Matériel de tissage mécanique:

4 métiers i

métiers i

3° Matériel de lilature :

broches

broches

4° Production industrielle (tissus et fils, déchets de peignage, filature et tissage)

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