CHAPITRE XVIII
Histoire de la Laine à Fourmies (Nord)
Foarmies n'a d'abord été qu'un petit village non loin de la frontière, à peu de distance de Ghimay, à huit lieues d'Avesnes, entouré de forêts laissant peu de terres aux cultures. Pas de routes !
Un commencement d'industrie s'y produit. Filature et tissage à la main, d'alimentation difficile obtenue du Gâteau, de Guise, de Busigny.
Le groupement de quelques ouvriers d'élite allait changer les choses, par la fondation d'une industrie qu'exerceraient les travailleurs au moyen de leurs propres fonds : la filature de la laine peignée.
Ghacun apporta sa cotisation, la part des profits étant proportionnée au chiffre des versements et à la nature des services.
Ge premier capital fit sortir de terre un petit établissement de quelques milliers de broches. La perfection du produit tenait à la qualité des laines employées et aux soins de la transformation de ces matières.
Le succès vint. La réputation de Fourmies s'établit. On a écrit avec raison que sa croissance industrielle fut aussi merveilleuse que méritée.
Il y aurait long à dire sur cette époque de transformation et de richesse dont nous avons vu l'expansion dans sa plus belle période.
Peu à peu, tous les travailleurs se sont trouvés classés en patrons et en ouvriers, aussi l'union du capital et du travail n'a-t-elle pas duré sur les bases d'autrefois.
Les industriels de Fourmies ressemblent à ceux du Nord, de l'Alsace, de la Marne, de la Normandie ; ils doivent faire face à toutes les nécessités de la marche au jour le jour et prévoir tous les progrès et les améliorations nécessaires à leurs établissements et à leurs opérations commerciales.
Très travailleurs dans le principe, très amateurs des meilleures machines, ils avaient une habileté très grande à juger la laine, à savoir ce qu'il était possible d'en tirer. Aux enchères des laines coloniales, à Londres, ils se faisaient remarquer par des qualités exceptionnelles.
Si durable que soit le succès industriel, il finit par s'éteindre si le matériel s'use, si la machine ne s'améliore pas, si la force est trop coûteuse, si le capital diminue, si le produit se démode, si la grande industrie se déplace. Il faut aussi que toujours les industriels sentent que leur présence est indispensable, que les joies de la vie passent après les travaux de chaque jour, que rien, pour eux n'est comparable à l'usine bien tenue, active, modèle en
un mot. Cet état de choses demande des sacrifices continuels et il est indispensable que rien ne passe avant Tamour de l'établissement de la réussite duquel dépend l'avenir de tant de familles.
Que quelque chose cloche sous ces divers rapports, le matériel qui vieillit ne se trouve remplacé ou amélioré que partiellement. Pendant ce temps, d'autres filatures à machinisme perfectionné s'élèvent et donnent une production plus considérable d'un prix de revient moindre.
L'Angleterre, la Belgique et TAllemagne ont ainsi lutté contre nous. C'est la lutte fatale qui porte le nom de progrès général.
On le voit toutes nos études aboutissent à des remarques qui ne varient guère parce que le mal est partout le même.
A ces causes particulières locales, il faut ajouter celles résultant de l'affaiblissement commercial et industriel de la France.
L'administration des douanes a publié des chiffres dont nous extrayons ceux-ci :