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CHAPITRE XIX

Histoire de la Laine au Cateau (Nord)

La grande Maison du Cateau, c'est le nom que l'on a longtemps donné au grand établissement industriel du Gâteau, a été fondée par Jacques Paturle, homme de volonté et d'initiative qui, venu de Lyon, sa ville natale, débuta dans la vie industrielle, comme ouvrier canut.

En 1810, on le vit commencer, à Fresnoy-le-Grand, près de Saint-Quentin, la fabrication des châles et du mérinos.

En 1818, l'établissement fut transporté au Gateau-Gambrésis.

Gette localité, devenue chef-lieu de canton du département du Nord, est située sur la Selle. Population env. 10. OCO habitants.

Son nom se retrouve souvent dans les récits guerriers du moyen-âge. Dans ce vaste pays de plaines ondulées, sa situation offrait une certaine sécurité à ceux qui s'y établissaient solidement.

L'emplacement même de la ville était primitivement occupé par deux villages : Péronne ou Péronnelle et Vendelgies.

Au xvie siècle, le protestantisme y prit un développement tout particulier ; un moment même, Tes réformés de la région y eurent leur quartier général.

Par un retour assez singulier des choses, le palais des évêques de Cambrai fut établi au Gâteau et transformé plus tard en un établissement industriel qui porte le nom de Palais.

Le souvenir de Fénelon subsiste.

La Maison du Gâteau, fondée en 1818, eut successivement les raisons sociales suivantes:

De 1813 à 1838 Paturle-Lupin et G^S

» 1839 à 1859 Paturle-Lupin, Seydoux, Sieberet G'S

» 1859 à 1879 Aug. Seydoux, Sieber et G'S*

)) 1880 à 1884 H. Sieber, Seydoux et G'«;

» 1885 à 1891 Seydoux, Sieber et G'^ ;

Depuis 1892 Seydoux et C^^.

Les associés actuels sont :

1° en nom collectif: MM. Alfred Seydoux, Régent de la Banque de France, Adm. deschem.

de fer du Nord, Ghevalierde la Légion d'Honneur. Georges Seydoux, directeur du Siège social à Paris. André Seydoux, directeur des Usines du Gâteau.

2^ commanditaires : MM. Y^ Cli. Seydoux.

Ernest Seydoux.

H. A. Sieber.

Albert Seydoux.

Le capital social est de 15 millions.

Toujours les associés ont travaillé en vue de l'avenir. De là, l'importance de leurs établissements au Gâteau, à Bousies, à Maurois (Nord), à Sabadell (Espagne). Ce dernier date de 1893, époque à laquelle l'application du nouveau tarif douanier espagnol ne permit plus d'exploiter le marché de la péninsule avec les produits des usines françaises.

La nature des occupations de ces différents centres ressort des chiffres suivants :

77 peigneuses.

. [ broches en peigné . 52.382

Le Lateau . . { q^q22 broches. » en cardé. . . 5 . 760

( » à retordre. 6.880

Salabadell » à filer 4.000

[ l Le Gâteau.. 513 métiers

^. , . \ 2.115 métiers < Bousies 1.472 »

Tissage mécanique | Sabadell... 130 »

( à Maurois. . . 400 à 600 » à la main

Le Gâteau .... 1 . 830 ouvriers

^ . o on- 1 Bousies 1.100 »

Ouvriers: 3.66a < o , . n .^^

Sabadell 185 »

à la main .... 550 »

Les lils employés annuellement donnent un poids de k°s : 1.357.000

Les tissus fabriqués » un chiffre de 124.000 pièces

représentant 9. 430. 000 mètres.

La fabrication générale s'éparpille ainsi :

45 7o en France, y compris les maisons d'exportation,

18 » en Europe,

21 » dans les deux Amériques,

16 » dans les Colonies françaises et dans l'Extrême Orient.

L. Reybaud rappelle le passé du Gâteau et le traité (1556) entre Henri II de France et Philippe II d'Espagne.

« En 1818, dit-il, le Gâteau, avec ses5.000 âmes de population, ne renfermait que l'équivalent des industries en vigueur dans ses environs, quelques tissages à bras, quelques ateliers de teinture et d'apprêts.

(( Un homme d'esprit prompt et pénétrant, Paturle, jugea bien les ressources de la localité. La petite rivière canalisée constituait un lavoir et un moteur naturels, d'un débit à peu près constant. La population se montrait laborieuse et intelligente.

« L'établissement fondé n'a rien qui lui soit comparable comme réussite dans l'histoire de l'Industrie.

(c L'idée initiale était de tirer, de la laine douce, tout le parti possible. Le Gâteau allait répandre, dans le Monde entier, le mérinos né à Reims.

(( L'établissement a grandi sans temps d'arrêt. Le secret de sa puissance reposait dans l'emploi de machines excellentes et dans la modération des prix ».

La marche du Gâteau est restée calme,. mesurée, mais raisonnée. Une connaissance parfaite de la matière assurait la régularité de produits (lui ne souffraient aucun marchandage.

Dans le cours de trente ans, le premier matériel fut renouvelé. Toutes les opérations

se firent dans l'enceinte de l'établissement, depuis le triage de la laine jusqu'à l'apprêt de l'étoffe.

Lorsque ce fut possible, les métiers mécaniques remplacèrent le travail à la main. L'usine à gaz fut créée. L'organisation des employés et des chefs d'atelier aida beaucoup à l'ordre et à la concorde générale. Les chemins, les moyens de transport, les magasins aidèrent beaucoup aux manipulations des marchandises et des machines. Une excellente distribution du travail permit à la matière transformée de passer, par degré d'avancement, d'un atelier dans un autre.

En ce temps-là, on construisait par étage, mais des planchers mobiles faisaient communiquer ces étages entre eux.

Le Reybond ne borne pas son examen aux choses matérielles, il étudie toutes les institutions qu'un esprit de philantrophie et de charité bien entendue fait naître. Il y voit la moralité et la bonté de patrons ayant la lourde charge de diriger, d'occuper, de protéger une population ouvrière considérable.

Au point de vue social et économique, il y a là quelque chose qui s'ajoute à ce que nous avons dit du rôle bienfaisant de la laine dans le monde travailleur.

En 1818, le peignage et le tissage étaient faits à la main. Les fils de chaînes étaient produits par un certain nombre de métiers anglais continus à ailettes (1.600 broches).

En 1826, on adopta le métier Mull-Jenny, pour la trame.

Jusqu'à cette époque, des milliers d'ouvriers du Nord, de l'Aisne, de la Marne, des Ardennes, filaient pour la. Maison Paturle. Là, comme ailleurs, le rôle des facteurs était considérable, pour l'alimentation manuelle et pour le service de l'usine.

En 1834, les fileurs ont disparu. La Maison du Cateau possède, outre ses métiers à filer continus, .50 métiers Mull-Jenny. Bientôt le nombre des broches est de 20.000. On obtient de la chaîne à 50.000 mètres au kil., et de la trame à 120.000 mètres.

En cette année le personnel est de 928 ouvriers. Deux machines à vapeur (58 et 25 chevaux) à haute pression activent l'outillage industriel.

Paturle-Lupin occupait 3.000 ouvriers peigneurs à la main disséminés dans les communes voisines, quand il adopta la peigneuse mécanique « La Vaudoise » qui fonctionna dix ans. En 1844, la Maison fait breveter, en France, en Angleterre, en Autriche, une machine plus parfaite au point de vue de la netteté du produit.

On s'en sert pour les qualités communes et moyennes, mais on continue de travailler à la main les qualités fines jusqu'à ce qu'on les livre à la peigneuse Heilmann, avec laquelle le peignage à la main prend fin.

Les métiers à tisser vinrent plus tard. 6.000 tisseurs travaillèrent jusqu'en 1853, dans le Nord, la Somme, l'Aisne.

Les machines nouvelles permirent d'obtenir des châles, des mérinos, des cachemires d'Ecosse, des mousselines et des bombazines (chaîne soie, trame laine).

Quelques modifications du tarif douanier causèrent une réduction de fabrication, mais, M. Charles Seydoux ne se découragea aucunement ; il loua de la force motrice à d'autres industriels et modifia si bien ses articles, qu'à l'exposition de 1889, la Maison du Cateau obtint tous les suffrages. Dans cette fabrication nouvelle, le cardé jouait un rôle important, surtout pour la draperie d'homme.

D'autres progrès suivirent, puisque une grande partie des blousses si renommées fut utilisée par la maison elle-même, au lieu de se faire vendre périodi(iuement par des maisons privilégiées sous le rapport de la consignation.

Aujourd'hui, la Maison du Cateau répand, dans son immense clientèle : mérinos, cachemires d'Ecosse, draps d'été, mousselines, châles, tissus pour robes, pure laine, laine et coton; flanelle blanche et de couleur, flanelle pour chemise et chemisette; draperie pour homme, unie, mélangée, de fantaisie.

De grands progrès s'accomplissaient dans le monde, la Maison du Cateau marcha résolument dans cette voie.

l'^ 1866. — Fondation d'une Caisse d'épargne pour employés et ouvriers. 200 déposants dont un dépassant 1 .000 fr. Le Grand-Livre a enregistré 300 livrets.

2'' Pensions de retraite (anciens employés, ouvriers, ouvrières pour incapacité de travail). Les pensionnés sont : 15 employés, 75 ouvriers et ouvrières.

3° Caisse de secours alimentée par le produit des amendes et par une somme égale versée par la maison. Allocation fixé de MM. Seydoux.

4o Soins médicaux gratuits à tous les ouvriers. Les médicaments et les frais des. funérailles sont égalements gratuits.

5° Secours aux ouvrières mariées en couche.

60 Etablissement de bains chauds.

7° Salle d'asile pour 300 enfants jusqu'à 7 ans.

8° Ecole primaire de filles : 200 élèves de 7 à 12 ans.

9^ En 1854, Madame Ch. Seydoux aîné fit don, à la ville du Gâteau, d'un Hospice de Vieillards.

lOo En 1861, Madame Yeuve Paturle donne également, à la Ville, un hôpital, avec clauses particulières en faveur des ouvriers de MM. Seydoux. Primitivement il y eut 14 lits, mais des dons de divers associés, portèrent le nombre à 40.

11° Madame Gh. Seydoux fonde, en 1871, une Société de charité maternelle dont elle est encore la présidente.

12° En 1878, Madame Auguste Seydoux fit établir une distribution d'eau potable dans^ tous les quartiers de la ville.

Que voyons-nous, au fond de tout cela? La laine créant le travail, la richesse et répandant sur le monde ouvrier, une foule de bienfaits, comme, sur le monde entier, des idées d'ordre, de justice, de fidélité aux principes généreux et d'amour pour la patrie. De ce travail et de ces sociétés nait une famille améliorée.

Quelques mots sur les associés du Gâteau sont indispensables.

Paturle-Lupin, fondateur (1818) y demeura jusqu'au moment de sa mort (1856)^ Officier de la Légion d'honneur député et pair de France.

Charles et Auguste Seydoux Frères. Le premier, commandeur de la Légion d'honneur, associé de 1839 à 18o8, mourut en 1875. Le second, Officier de la Légion d'honneur, maire du Gâteau, s'éteignit en 1878.

Henri Sieber, associé de 1839 à 1882, époque de son décès. Officier de la Légion d'honneur, Membre du Gonseil supérieur du Gommerce et de l'Industrie, Régent de la Banque de France.

Charles Seydoux {IS21 -1896), Sissocié depuis 1859, Officier de la Légion d'honneur^ Membre du Gonseil supérieur du Gommerce et de l'Industrie, Président du Gonseil général du Nord, de la Ghambre de Gommerce de Gambrai.

Aug. Seydoux eut, pour gendre et associé, Henri Sieber.

M. Gh. Seydoux, que nous avons fort bien connu, homme d'éducation parfaite, d'une grande urbanité, d'une intelligence supérieure, mourut fort regretté laissant cinq lils : MM. Alfred, Georges, André (associés en nom collectif), Ernest et Albert (associés commanditaires).

M. Sieber, associé commanditaire, s'appelle, comme son père, Henri.

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