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DE LA TERRE VÉGÉTALE

Le rôle de la terre proprement dite, dans l'acte de la végétation, est beaucoup plus simple qu'on ne le croit communément ; elle agit simplement comme un massif spongieux qui abrite les racines du végétal, les retient fixement sans les meurtrir, et forme le réservoir de l'eau, des fluides et des divers sucs destinés à être absorbés par elles. Quand on la considère à la loupe, on voit qu'elle n'est autre chose qu'une agglomération confuse de particules de toutes sortes de roches désagrégées ou

décomposées. Ces particules étant, en général, peu adhérentes les unes aux autres, le chevelu des racines se glisse entre leurs interstices, s'y fait place à mesure qu'il grossit, et y puise les substances nutritives qui s'y sont infiltrées de leur côté. H faut donc que la terre ne soit pas trop consistante, car autrement les plantes et leurs aliments ne pourraient ni y pénétrer ni s'y mouvoir facilement ; et il faut cependant qu'elle le soit suffisamment, sans quoi les plantes n'obtiendraient pas une stabilité suffisante, et sans quoi aussi les liquides passeraient au travers sans s'y arrêter, et sans profiter à la végétation. Le rôle de la terre à l'égard des végétaux, quoique essentiel à leur existence, et fondamental à tous égards, est cependant tellement passif qu'elle ne leur abandonne absolument rien de sa propre substance ; on a fait germer des plantes dans du sable blanc parfaitement pur, et même dans du verre pilé; moyennant un arrosage convenable, elles s'y sont développées et y sont parvenues à croissance parfaite : après cette production, ni le sable ni le verre n'avaient rien perdu de leur poids. Les plantes vivent donc réellement dans l'air, auquel la terre, par sa porosité naturelle, est parfaitement perméable : la terre n'est pour elles qu'un soutien et un garde-manger. Dans quelques cas cependant, comme nous le montrerons plus loin, elle sert aussi à activer la décomposition des matières dont ces êtres se nourrissent.

La terre est une matière qui se forme journellement, et qui a dû commencer à se former dès qu'il y a eu des relies solides sur le globe. La pierre, exposée au con-

tact de l'air, comme on le voit dans les parties supérieures des hautes montagnes, qui ne sont souvent que d'immenses rochers, s'altère, se décompose, et finit par se désagréger entièrement ; cette force de cohésion qui en soudait toutes les particules les unes avec les autres, s'évanouit, sur toute la surface la pierre disparait, et se trouve remplacée par de la terre. Si cette surface n'est pas trop en pente, la terre y reste, et continue à s'y produire plus ou moins profondément, Si, au contraire, la surface est inclinée, les eaux pluviales, en y tombant et en s'y écoulant vivement par mille filets, entraînent, sous forme de limon et de gravier, dans les torrents et de là dans les fleuves, tout le produit de la décomposition. Dans les vallées où la pente est moins forte et où le courant se ralentit, ces matières se déposent successivement, selon leur rang de grossièreté, les plus ténues restant en suspension le plus longtemps. Chacun sait avec quelle rapidité se comblent les étangs dans les pays de collines, par l'affluence des terres que les ruisseaux y conduisent ; la môme chose a lieu sur une échelle plus grande dans les lacs ou dans la mer, à l'embouchure des fleuves qui s'y jettent : des quantités énormes de terre s'y accumulent. Lorsque les rivières font des inondations, comme leur crue est due, soit à des pluies, soit à des fontes de neige qui produisent le même effet, leurs eaux sont en général très-bourbeuses ; et comme leur vitesse diminue à l'instant où elles s'étalent dans la campagne, elles ne manquent pas d'y déposer les débris légers qu'elles charriaient ; c'est là l'origine de ces terres qui s'étalant horizontalement occupent le fond de presque toutes les

vallées , c'est aussi là l'origine de ces limons bienfaisants et fertiles que le Nil, le Gange, ainsi que tous les fleuves descendus des montagnes, et dont le cours est tranquille et sans encaissement, déposent annuellement sur les champs qui les bordent.

D'après cela, on conçoit que la terre, dans un même canton, présente souvent d'assez notables différences suivant la position où elle se trouve. La terre qui est dans la vallée à portée de la rivière dérive le plus habituellement d'une patrie étrangère et lointaine; elle offre bien plutôt des rapports avec les roches des contrées arrosées par la rivière dans la partie supérieure de son cours qu'avec celles de la contrée d'alentour ; de plus, elle se compose presque toujours de particules fines, légères et onctueuses, et convient parfaitement à la culture, soit des céréales, soit des herbages. La terre qui est sur les plateaux, à une assez grande élévation au-dessus du niveau des eaux, provient, dans la plupart des cas, de la décomposition de la roche même qui constitue ces hauteurs ; elle en laisse encore apercevoir, malgré une altération plus ou moins forte, les principaux caractères : cette terre est presque toujours un peu grossière et propre, soit aux forêts, soit aux cultures communes. Enfin, sur la pente des plateaux, l'eau pluviale entraînant continuellement les particules les plus fines du terrain, il ne reste plus que les parties sèches et caillouteuses ; et celte circonstance, jointe à l'avantage de l'exposition, fait que ces endroits sont ordinairement occupés par de la vigne. Cette triple association se rencontre dans une multitude de pays ; s'il fallait désigner des exemples, on

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pourrait citer comme types principaux la vallée du Rhin

entre Bâlc et Strasbourg, la belle vallée de la Moselle

dans la Lorraine, ou bien encore celle du Rhône, après

' Lyon.

D'après ce que nous avons dit, on doit pressentir que les variétés essentielles offertes par la terre, sont analogues aux variétés offertes par les roches qui garnissent la surface du globe ; mais on doit pressentir aussi tju'il est rare de rencontrer ces variétés dans un état parfaitement homogène, et sans mélange, surtout dans les vallées. En distinguant les terres par le nom de la substance minérale qui prédomine dans leur composition, on peut les classer en cinq espèces : les terres granitiques, les terres calcaires, les terres siliceuses, les terres argileuses et' les terres volcaniques.

Les terrés granitiques occupent la surface des contrées à fond granitique, telles que la Bretagne ou le Limousin. Elles sont formées des éléments du granité, c'est-àdire de morceaux de quartz, de cristaux confus de feldspath, et d'une multitude de petites paillettes de mica ; elles passent souvent à l'argile sableuse par la décomposition du feldspath et du mica et la persistance des grains de quartz. Leur épaisseur est très-variable, et dépend du plus ou moins de solidité du granité qui leur donne naissance. 11 n'est pas rare de voir cette roche, par suite du laps énorme de temps qui s'est écoulé depuis qu'elle est à l'air, désagrégée et changée en terre, malgré sa dureté, jusqu'à trois mètres de profondeur. Cette variété de terre n'est pas naturellement très-fertile ; le froment y prospère difficilement ; et bien

qu'elle ait l'avantage, à cause de la base impénétrable sur laquelle elle repose, de tenir en général bien l'eau, elle n'est guère employée que pour des pâturages médiocres et des cultures grossières. Les chênes y prospè- rent admirablement.

Les terres calcaires entièrement pures sont assez rares. On peut cependant citer les sablons de la Touraine, qui sont un sable uniquement composé do détritus de coquilles anciennement broyées et pulvérisées par les eaux „ de la mer. On peut citer aussi divers cantons de la Champagne dont le sol, fort pauvre, est presque entièrement calcaire. La plupart du temps, dans ces sortes de terres, le calcaire se trouve mêlé à une petite quantité d'argile provenant également de la roche décomposée, et, dans ce cas, la terre, bien que towjours un peu maigre, n'est pas d'une qualité mauvaise. Fort souvent elle se trouve chargée d'une infinité de pierres concassées et anguleuses : la vigne alors y réussit à merveille. Une grande partie des vignobles de la Champagne, de la Bourgogne . et des côtes du Rhône, qui n'ont pas d'autre fond que ce terrain sec et aride, sont la preuve de sa bonté sous ce rapport. •

Les terres siliceuses, dans leur état le plus pur, ne sont autre chose que les sables. Elles proviennent presque toujours de la décomposition des roches de grès, et couvrent en quelques contrées d'immenses étendues. Les déserts de l'Afrique et de l'Asie en sont de grands exemples, mais ces mêmes exemples se répètent sur une plus petite échelle dans une multitude d'autres endroits. Ces terres, lorsqu'elles sont convenablement arrosées, peu*

vent devenir fertiles, témoins les Oasis qui forment de brillants ilôts de verdure autour des puits ou des fontaines dans ces mers de sable, et témoins aussi les essais de défrichement qui se sont faits depuis quelques années en France dans diverses contrées sablonneuses de la même espèce. Les bruyères paraissent être les plantes qui y réussissent le mieux ; leurs détritus, mêlés avec le sable, sont ce que Ton appelle la terre de bruyère, dont l'emploi est si commun dans le jardinage. Les Landes et les parties les plus arides des environs de Fontainebleau et d'Ermenonville sont de magnifiques champs de bruyère. Les plantations de pins, après que l'on a arraché et brûlé les bruyères, se développent quelquefois parfaitement bien. La couleur du sable, qui est fréquemment d'une grande blancheur, est un inconvénient, parce que le sable renvoie alors les rayons du soleil, et laisse très-difficilement pénétrer la chaleur dans son intérieur.

Fort souvent les sables ou plutôt les graviers se trouvent mélangés avec une grande quantité d'argile ferrugineuse ou calcaire qui leur donne plus de consistance, et leur permet de retenir l'eau ; ils forment alors d'excellentes terres ; telles sont celles d'une bonne partie de la plaine dans les alentours de Paris. Les terres sableuses ou graveleuses sont en général très-convenables pour la culture des plantes tuberculeuses, comme les pommes de terre, parce qu'elles cèdent aisément devant la pression des racines, et ne font point obstacle à leur accroissement.

Les terres argileuses sont les terres agraires par excel-

lence. On désigne sous le nom de glaise celles qui sont composées d'argile pure. Elles sont tellement dures et tellement impénétrables à l'eau, qu'elles ont besoin de correctif pour devenir cultivables. Sous le soleil de l'été, elles se durcissent et se changent, en quelque sorte, en une pierre rude et aride, qui enveloppe les racines et les étouffe. Mais presque toujours, surtout lorsqu elles proviennent du charriage des rivières, elles sont naturellement mêlées avec du sable et du calcaire qui leur donnent plus de légèreté, tout en leur conservant leur liant naturel. Comme elles forment partout où , elles se trouvent la base de grandes exploitations agricoles, leur amélioration par les amendements et les mélanges, est en général l'objet de beaucoup de soins de la part des cultivateurs. Leur labour est pénible à cause de leur ténacité, mais le froment et toutes les céréales y prospèrent merveilleusement. Les plaines fécondes de la Beauce sont constituées par un sol de cette espèce.

Les terres volcaniques n'occupent que fort peu de place à la surface du globe. Elles se trouvent sur les pentes et à la base des volcans, et proviennent de la décomposition des laves, et surtout des scories. Elles se rapprochent, soit des terres graveleuses, soit des terres argileuses, et contiennent en outre certains principes qui paraissent favorables à la végétation. Elles se produisent avec plus ou moins de rapidité, suivant la nature des roches souterraines dont l'altération est leur principe. Rien n'est plus sec et plus ingrat que le canton volcanique de la haute Auvergne, bien que, depuis les temps historiques, sa surface soit demeurée constam-

ment exposée au contact de l'air. Autour du Vésuve et de l'Etna, au contraire, les matières vomies par les cratères se changent spontanément, et en peu d'années, en un sol doux, et d'une extrême fertilité ; les champs de feu deviennent des champs de verdure; et, malgré le danger qui les menace, les habitants viennent se grouper à l'envi sur ces pentes, dont les inondations enflammées ne sont pas moins bienfaisantes pour la culture que les inondations humides du fleuve de l'Egypte. La terre est donc un agent purement mécanique ; les plantes, pas plus que les animaux, ne sauraient en faire leur nourriture : elles ne tarderaient pas à périr d'inanition si elleâ étaient réduites à un si maigre régime. Lorsqu'on dit que les plantes vivent de la terre, on doit en dire autant des animaux, en ce sens qu'ils y ramassent les substances qui entretiennent leur existence. La seule différence vient de ce que les plantes, au lieu de trouver leurs aliments à la surface, les vont puiser dans l'intérieur, à l'aide de leurs racines, qui leur servent à la fois de suçoirs et d'intestins. Ces aliments se composent des sucs et des gaz qui se dégagent des matières végétales et animales en décomposition; ces matières sont toujours disséminées en plus ou moins grande quantité dans les terres productives : on leur donne le nom A* humus. Elles naissent des engrais. Outre ce qui vient de l'humus, la nourriture des plantes se compose aussi de l'eau et des gaz contenus dans l'atmosphère qui les entoure; mais il y a fort peu de végétaux qui soient assez sobres pour vivre ainsi avec de l'air et de l'eau, il est donc nécessaire qu'une terre, pour devenir fertile,

réunisse aux conditions minéralcgiques que nous avons exprimées, d'autres conditions qui sont plus particulièrement du domaine de l'agriculture. Le laboureur doit savoir quel est l'engrais qui doit être consacré à telle qualité de terre et à tel genre de culture; quelle en est la proportion la plus convenable ; quel temps est nécessaire pour que sa décomposition s'achève, et que son absorption soit complète. Dans les endroits où les engrais artificiels sont trop rares et trop dispendieux, on y supplée en laissant les terres se reposer, c'est-à-dire se pénétrer des substances qu'y apportent les vents et des détritus des plantes sauvages qui s'y établissent d'ellesmêmes en grand nombre et sans frais. Lorsque l'on entend parler de la fertilité des terres vierges que Ton ^encontre dans les pays incultes, on se tromperait beaucoup si l'on s'imaginait que les terres vierges sont des terres qui n'ont jamais rien produit ; des terres qui n'auraient jamais produit ne pourraient renfermer dans leur sein aucune substance nutritive. Il en est tout autrement des terres vierges ; comme les plantes dont elles sont couvertes ne sont jamais moissonnées et enlevées par l'homme pour être consommées à son profit et en d'autres lieux, elles retombent fidèlement sur le sol qui les a fait naître, et l'enrichissent chaque année de leurs dépouilles caduques. Ces débris s'y accumulent et y produisent à la longue une quantité d'humus qui est considérable, et qui passe tout entière au service des premières récoltes que l'on retire de ce sol brut après l'avoir défriché. C'est là ce que l'on peut nommer un engrais naturel.

On en fait quelquefois usage dans les terres stériles, telles que les dunes et les sables qu'il serait trop dispendieux d'enrichir immédiatement par des engrais artificiels. On commence par planter dans ces terres déjeunes arbres qui, à force de soins, finissent par s'y développer et y grandir; les bois, une fois en possession du sol, y entretiennent eux-mêmes l'humidité suffisante, et chaque aimée, en y laissant tomber le tribut de leurs feuilles et des herbes qu'ils ont abritées sous leur ombrage, ils l'améliorent et y font pénétrer l'humus qui lui manquait.

Ne devant pas nous occuper ici de la question purement agricole, nous achèverons ce que nous avons à dire sur la terre végétale, en indiquant le procédé à suivre pour déterminer par l'analyse les principes qui la composent, et les résultats donnés par l'analyse de quelques variétés.

L'analyse de la terre végétale, du moins son analyse approximative, la seule dont un agriculteur puisse avoir besoin, ne présente aucune difficulté. On peut hardiment opérer sur une masse d'une livre, de manière à ce que l'exactitude d'une balance ordinaire soit suffisante. On commence, après avoir soigneusement enlevé les cailloux et les autres corps étrangers, par sécher la terre dans un four pour en chasser toute l'humidité. Cela fait, on en pèse la quantité déterminée, et on procède à la séparation de l'humus. On peut la brûler en tenant la terre pendant un certain temps à une chaleur rouge, et en la retournant constamment pour en exposer toutes les parties à l'air; la proportion de l'humus se détermine alors

on pesant la terre après la torréfaction, et en calculant ce qu'elle a perdu de son premier poids. On peut aussi se contenter de délayer la terre dans l'eau; l'humus vient flotter à la surface, on l'enlève comme si c'était une écume, et on pèse la terre après l'avoir bien séchée. Quant à l'eau, on la laisse se clarifier, puis on la décante et on la met à part. Lorsque l'on a employé la première méthode, on verse également, après la séparation de l'humus, sur la terre refroidie, trois ou quatre fois son volume d'eau de pluie; on délaye avec précaution, puis on laisse reposer, et on décante. Dans les deux cas, cette eau renferme les sucs et les sels solubles qui étaient contenus dans la terre. On peut obtenir leur poids eji faisant évaporer l'eau qui les tient en dissolution, ou bien en desséchant de nouveau les terres, et en comptant ce qu'elle a perdu.

Cela fait, il ne reste plus sous la main de l'opérateur que la terre minérale pure. Pour en séparer le calcaire, on y verse encore une fois un peu d'eau, puis on y fait tomber de l'acide nitrique ou de l'acide muriatique jusqu'à ce qu'il ne s'y produise plus aucune effervescence. L'acide dissout le calcaire, et le résidu ne contient plus que l'argile et le sable ; on le dessèche, on le pèse, et l'on apprécie la dose de calcaire par soustraction. La séparation du sable et de l'argile est très-facile ; il suffît de laver à grande eau et de décanter à mesure : on s*arrête quand l'eau ne se trouble plus sensiblement ; le sable demeure au fond du vase ; on le pèse. Quant à l'argile, on peut la peser en recueillant le dépôt des eaux de lavage, ou la doser, comme le calcaire, par différence.

Durant tout le cours de ces opérations, qui n'ont rien de difficile, il faut veiller avec grand soin à ce qu'aucune partie delà matière que l'on manipule ne puisse se perdre, car cela introduirait évidemment de graves erreurs dans le résultat. Dans la plupart des cas, on peut se dispenser de faire une opération à part pour connaître la proportion des sels ; alors ils demeurent confondus avec le calcaire.

Voici quelques analyses que nous empruntons à l'ouvrage de M. Brard :

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