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DE LA PIERRE EN GÉNÉRAL

On donne dans l'usage commun le nom de pierre à toutes les substances minérales qui sont solides, incombustibles, insolubles dans l'eau, non malléables. La minéralogie s'occupe particulièrement de l'étude de celles de ces substances dont la composition est homogène, c'est-à-dire dont toutes les particules sont exactement semblables : elles constituent ce que Ton nomme les minéraux simples. Dans leur état de pureté, ces minéraux jouissent de la propriété d'affecter certaines formes cristallines, dérivant de la nature de leur composition chimique, qui permettent de les définir d'une manière précise, et de les placer par groupes analogues. Mais la plupart de ces propriétés, si utiles pour la science, le sont fort peu pour les besoins habituels de

l'homme ; et il en résulte que l'influence des classifications minéralogiques ne se fait presque aucunement sentir dans les applications de l'industrie. Il faut dire aussi que les minéraux cristallisés, base principale de la minéralogie, sont tellement rares, qu'ils méritent bien plutôt d'être considérés par la société comme des curiosités que comme des matières vraiment nécessaires à son service; la plupart des pierres dont l'homme fait usage sont, soit des minéraux composés, soit des minéraux amorphes, qui* aux yeux de cette science, ne sont que d'un ordre secondaire. Les principales propriétés que l'on recherche en elles, et qui forment par conséquent le point sur lequel on fonde leurs principales différences, sont en général les divers degrés de solidité ou de dureté, en vertu desquels elles s'adaptent aux divers emplois qu'on leur destine ; quelques autres propriétés purement chimiques, telles que celles qui appartiennent aux pierres à plâtre et à chaux, offrent des caractères qui ne sont pas moins importants. Dans tous ces cas la définition commune de la pierre, telle que nous l'avons donnée plus haut, est suffisante.

Il n'y a rien sur le globe que nous habitons de plus abondant que la pierre ; elle constitue à elle seule toute l'écorce solide qui le recouvre, et c'est elle qui lui donne cette consistance si utile à l'établissement du genre humain. Dans la plus grande partie de l'étendue qu'elle occupe, elle est cachée, soit par les eaux de l'Océan, soit par la terre végétale ; mais si l'on sonde l'Océan, si l'on perce la terre végétale, on la retrouve. Elle ne se montre d'elle-même au jour qu'en quelques en-

droits isolés où elle perce la couverture placée sur elle ; c'est ainsi qu'on la voit paraître dans les rochers disséminés sur la mer et dans les escarpements des montagnes : partout ailleurs elle est souterraine. Aussi profond que l'on soit descendu dans le sein du globe, on a trouvé que sa masse était formée de pierre : son intérieur est-il un noyau liquide, ou bien est-il aussi de pierre? On l'ignore. Quel qu'il soit, l'écorce pierreuse qui l'enveloppe aurait une épaisseur au moins égale à la saillie des plus hautes montagnes : cela donne l'idée de la masse de pierres que l'homme possède.

Il est vrai qu'il est loin de jouir de la libre disposition de toutes les parties de cette énorme masse; il est vrai aussi que toutes les variétés de pierres qui s'y rencontrent ne sont pas susceptibles de recevoir un emploi utile ; mais, comme nous le disions tout à l'heure, les portions même les plus éloignées, et en apparence les plus indifférentes, sont utiles à l'homme, en concourant aussi bien que les autres à la formation de cette épaisse et admirable voûte, qui le garantit contre le mouvement des révolutions intérieures du globe, et sur l'extérieur de laquelle il fixe ses habitations, et produit en toute sûreté les richesses qu'il consomme, et les monuments qu'il destine à sa postérité.

Néanmoins, cet immense service rendu par la pierre au genre humain est d'une nature si ancienne, si uniformément constante, si commune, que Ton y fait à peine attention. Le bienfait est bien plus senti lorsqu'il faut le solliciter que lorsqu'il sejdonne à nous de luimême, et pour ainsi dire sans aucun signe qui nous

avertisse de sa présence. Aussi les biens qui se manifestent à nous avec le plus d'évidence dans ce vaste domaine souterrain, sont ceux que nous y allons puiser à grand effort pour les appliquer à nos usages particuliers. Les carrières sont pour l'homme des sources de richesse, non moins essentielles et non moins productives que les sillons de ses campagnes. Que de secours n'y rencontre-t-il pas ! Les pierres à l'aide desquelles il construit les monuments les plus durables des beaux-arts, et transmet à travers les âges une partie de sa vie jusqu'aux générations leff plus lointaines ; les pierres non moins utiles avec lesquelles il élève ses villes, emprisonne les fleuves dans leurs digues, pave ses grandes routes; celles dont il se sert pour moudre ses grains, pour se procurer les bienfaisantes étincelles qui lui donnent la flamme, pour polir, tailler, aiguiser les nombreux ustentiles qui forment son attirail industriel; enfin ces somptueuses substances qui portent tant d'éclat dans ses habitations, les porphyres, les marbres, les granités ; celles plus étincelantes et plus précieuses encore qui servent à la fabrication de ses opulentes parures, et de ses ornements les plus augustes et les plus sacrés, les diamants, les rubis, les saphirs, les topazes, et toutes ces gemmes éblouissantes, que l'on dirait plutôt tombées des régions lumineuses du ciel, que tirées des entrailles obscures de la terre : tout cela est pierre, et tout cela est digne, non-seulement d'être possédé, mais aussi d'être connu.

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