‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 112 sur 169 · Jean, VII · texte numérisé non relu

Jean, VII

On allait célébrer les fêtes de Pâques qui agiraient chaque année à Jérusalem des multitudes considérables. 11 était bien facile aux partisans de Jésus de se réunir et de s'entendre. Les disciples envoyés en mission étaient tous de retour. Jésus les convoque dans la grotte du mont des Oliviers où, selon Eusèbe^., il les avait réunis plusieurs fois et sur laquelle Constantin fit bâtir une église. C'est là que fut décidée l'entrée à Jérusalem, qui se fit bruyamment quelques jours après. Devant un tel projet, il dut y avoir des hésitations dont Jésus triompha par la fermeté de son langage et de son attitude.

C'est alors, sans doute, qu'il fit cette question cl donna cet ordre dont Luc parle en racontant le repas qui précéda l'arrestation. « Lorsque je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose? — Non, répondirent-ils. — Eh bien , leur dit Jésus, maintenant que celui qui a une bourse et un sac le prenne, et que celui qui n'en a pas vende son manteau pour acheter une épée^. »

C'est aussi alors qu'il leur adresse la fameuse parabole du Seigneur qui s'en va dans un pays éloigné pour

i. Ell^ôl)o, Vie de Conslanlin, liv. III, c!i. iv. 2. Luc, xxii, 3o, 36.

228 IIISTOirvE ÉLÉ^IEXTAIUE

prendre possession d'un royaume, parce que ses compatriotes qui le détestent lui ont déclaré qu'ils ne veulent point de lui pour leur roi. La parabole se termine par ces paroles auxquelles l'irritation des esprits donne une si terrible signification : a Amenez ici ces gens qui sont mes ennemis et qui n'ont pas voulu m'avoir pour roi, et tuez-les en ma présence^.» Auparavant, il leur avait affirmé qu'il n'était pas venu apporter la paix mais le glaive; maintenant il tient sa parole; mais en leur disant ainsi : » L'heure est venue, armez-vous, » il ne prévoyait pas la lâcheté avec laquelle tous, sans exception, devaient l'abandonner au moment du danger.

Le jour de cette manifestation suprême une fois fixé, Jésus va l'attendre à Bélhanie, dans la maison de Marthe et de Marie, et il s'y montre publiquement à table avec Lazare. La foule court l'y voir; et c'est dans un de ces repas qu'une des femmes dont il était toujours suivi le couvre de parfums 2.

Combien de fois et par combien de femmes Jésus - -t-il été ainsi parfumé? Plusieurs commentateurs veulent Cju'il ne l'ait été qu'une fois, les uns disent par Marie-Madeleine, les autres par Marie sœur de Lazare.

^. Luc, XIX, 27.

?.. Matlh., xwi, 0, 7.

Ils sont contredits par les évangélistes qui parlent de trois femmes. Les faits que racontent Matthieu, Marc et Jean se passent à Béthanie, c'est-à-dire en Judée; celui du troisième Évangile a lieu en Galilée, chez Simon le pharisien. La femme qui parfume Jésus le dernier jour est appelée simplement par Matthieu et Marc « une femme; » dans le quatrième Évangile, cette femme est la sœur de Lazare; Luc appelle h sienne une prostituée. Lorsque Jésus mourut, il étail depuis longtemps l'ami des sœurs de Lazare, et Luc n'aurait pas traité de prostituée publique (àaapTwT^o;) une personne avec qui Jésus était en de telles relations d'amitié. Ensuite, et ceci est sans réphque, Jésus ne connaissait pas la femme qui le parfuma chez Simon, ce qui fit dire à celui-ci : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est la femme qui le touche et que c'est une pécheresse^. » A Béthanie, les disciples blâment cette prodigalité, mais Jésus prend la défense de la femme, car il tenait fort à être parfumé avant les repas, suivant l'usage général d'alors chez les Grecs, les Romains et surtout les Hébreux. Il reproche à Simon de l'avoir fait dîner sans lui laver les pieds ni le parfumer -; et, parmi les préceptes qu'il donne à ses disciples, se trouve

Page 1