Josèpho, Ant. Judaïq., liv. XVIII, c^. iii
2i8 HISTOIRE ELEMENTAIRE
est impossible. Il n'était pas permis de juger mi jour de fête; et les Juifs, quand ils eurent conduit Jésus à Pilate, refusèrent d'entrer dans le prétoire u de peur de se souiller et de ne pouvoir manger la Pâque. )> 11 est clair alors qu'ils ne l'avaient pas encore mangée, et non moins clair que Jésus, s'il l'a faite, n'a pu la faire le même jour que les Juifs. D'ailleurs, ces mots de Jean, avant la Pâque^, de quelque manière cju'on les entende, sont décisifs, le jour et la veille du jour ne pouvant, en aucun cas, être la même chose. 11 est généralement très-difficile de rien avoir de précis avec les Évangiles, où ce qui manque surtout c'est la précision des dates; mais ici, d'après le récit de Jean, il est clair que Jésus n'entra à Jérusalem que dans la soirée du 13 de Nizan , qu'il fut arrêté dans la nuit du 13 au 14, et mis en croix le 11 à midi. Il ne peut donc pas avoir fait la Pâque des Juifs, puisqu'elle commença le jour et à l'heure même de sa mort.
Selon Matthieu, Jésus, ce soir-là, institue solennellement l'Eucharistie. Selon Jean, « qui reposait sur le sein du maître, » il se borne à laver les pieds à ses disciples, cérémonie tout à fait extraordinaire et inusitée en pareille occasion. Les anciens lavaient les pieds à leurs hôtes, mais ils les lavaient avant et non après les repas. Les Juifs, en célébrant la Pâque, se
lavaient les mains trois fois, à divers intervalles et selon les rites, mais il n'est écrit nulle part qu'ils se lavassent aussi les pieds. Quant à ces paroles : «Jean reposait sur le sein du maître, » elles seraient incompréhensibles si nous ne connaissions la manière dont à cette époque les Hébreux, comme les Romains, se tenaient pendant leur repas. Ils étaient sur des lits, appuyés sur le coude gauche, la tête en dedans et les pieds en dehors. Ils avaient l'air de reposer sur le sein l'un de l'autre, la tête de celai qui occupait la place inférieure étant au niveau de la poitrine de celui qui était au-dessus. C'était la position de Jean étendu sur le même lit que Jésus. Les commentateurs ont prétendu savoir combien il y avait de lits. Baronius dit trois, Casaubon quatre, et l'un ne donne pas de meilleures raisons que l'autre. La seule chose certaine, c'est que Jésus et les apôtres n'étaient pas dans la position où Léonard de Vinci les a représentés. L'agneau pascal devant se manger debout, la position de Jésus et des apôtres est encore une preuve que ce dernier repas n'était pas la Pàque.
Mais voici une autre preuve qui clôt le débat. Selon les Synoptiques, immédiatement après le repas, Jésus sort de Jérusalem; selon Jean, il tient de longs discours qui remplissent quatre chapitres du dernier Évangile (les xiv' xv' xvr et xvii'). Mais, sauf ces
discours, dont Matthieu ne dit pas un mot, les évangélistes sont unanimes sur ce fait que Jésus et les apôtres, après avoir chanté l'Hymne^, s'en allèrent au mont des Oliviers. Ce fait tranche, plus nettement peut-être que tout ce qui précède, la question du dernier repas de Jésus. Il était ordonné aux Hébreux de se tenir strictement enfermés chez eux, la nuit où ils mangeaient l'agneau pascal. « Aucun de vous, disait la loi, ne franchira le seuil de sa maison jusqu'au matin 2. » Et puisque Jésus, malgré cette prescription formelle, est sorti de Jérusalem après son dernier repas, évidemment ce dernier repas n'était pas la Pâque.
1 . Cet hymne, chanté par les Juifs aux quatre fêtes majeures de la Dédicace, des Sept Semaines, des Tabernacles et de Pâques, était composé des psaumes cxiii, cxiv, cxv, cxvi,cxvii et cxviii. Le jour de Pâques, il se divisait en deux parties : la première, composée des psaumes cxiii et cxiv, se chantait avant de se mettre à table; la seconde, composée des quatre autres psaumes, après le repas, quand on avait bu la quatrième coupe. — Buxtorf, Lex Talm., p. 613, 614.