‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 127 sur 169 · JUDAS · texte numérisé non relu

JUDAS

Ce nom, devenu proverbial et synonyme de traître, a traversé dix-huit siècles, justement couvert du mépris du monde chrétien. Tant que la morale, la probité et la dignité humaines ne seront pas de vains mots, il n'y aura qu'un sentiment et qu'une opinion sur les misérables qui, engagés dans un parti quelconque, livreront, pour un vil salaire, le secret ou la personne de leurs complices ou de leurs chefs. Il n'y aurait donc à parler de Judas que pour le flétrir une fois de plus, si tout dans son histoire, telle que les évangélistes la racontent, était aussi clair que l'infamie de son action.

Judas était un nom très-commun chez les Hébreux, et il y en avait deux parmi les apôtres. Le

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traître était fils de Simon, et surnommé Iscariote. Plusieurs commentateurs ont tourmenté l'hébreu et le ■ grec pour trouver dans sa trahison ou dans sa mort l'étymologie de son surnom, mais l'opinion que ce surnom venait de sa ville natale a prévalu : Judas de Carioth. Alors, il est le seul qui ait été qualifié ainsi : les autres apôtres l'ont été par leur famille, leur profession, leurs qualités personnelles, aucun par sa patrie. Carioth était une ville de la tribu de Juda, à trois lieues de Jérusalem, sur le chemin qui conduisail à Lidda. Judas n'était donc pas Galiléen comme les autres apôtres, et c'est peut-être cette raison qui porte! les Pharisiens à s'adresser à lui de préférence, pour espionner Jésus et le livrer au moment oppor;iîn.

On re s'explique pas pourquoi les Juifs cherchèrent in traitre pour prendre Jésus qu'ils connaissaient Lien, et qui d'ailleurs, à ce moment, et de notoriété publique, demeurait à Béthanie lorsqu'il n "était pas a Jérusalem. C'est la très-juste observalion que Jcsus fit à ceux qui le prirent à Gethsemani. « J'étais chaque jour avec vous dans le temple, il vous était bien facile de m'y arrêter. Pourquoi donc me traiter comme un malfaiteur dont on ne peut s'emparer que par surprise et à main armée ? » On ne s'explique, en effet, ni ce grand ap-

pareil, ni surtout, répétons-le, La nécessité de payer Judas pour désigner un homme si connu et avec qui les Pharisiens avaient eu tant de discussions.

Si Jésus et les onze apôtres soupçonnaient la trahison de Judas, il est bien étonnant qu'ils n'aient rien fait pour ramener le traître ou pour déjouer la trahison. Cependant, les évangélistes affirment que Jésus connaissait le complot et qu'il l'annonça formellement. (( L'un de vous, leur dit-il, me livrera. — , Est-ce moi, Seigneur, est-ce moi? » s'écrièrent les apôtres justement -émus et se regardant les uns les autres. A ce cri de l'innocence qui se croit soupçonnée, Jésus devait une réponse précise. « Le traître, leur répondit-il, mettra la main dans mon plat avec moi. » Cette réponse ferait supposer cju'ils avaient l'habitude de manger plusieurs dans la même assiette, ce qui n'est pas vrai; ensuite puisque les treize convives étaient couchés sur trois ou quatre lits, et que Judas, nous le savons, n'était pas sur celui de Jésus, il ne pouvait pas mettre la main dans le même plat; enfin il ne pouvait pas être assez maladroit pour faire ce que Jésus annonçait comme le signe certain de la trahison. Et s'il eût eu l'imprudence de le faire, il n'aurait pas eu l'audace d'ajouter : « Maître, est-ce moi'^? »

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