‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 132 sur 169 · Jean, xviii, 219, ZL · texte numérisé non relu

Jean, xviii, 219, ZL

20i HISTOIRE ELEMENTAIRE

La plupart des commentateurs expliquent ces paroles en disant que les Juifs, quarante ans avant la destruction du second temple, avaient perdu le droit dévie et de mort. Malgré l'autorité de quelques-uns de ceux qui la professent, cette opinion n'en est pas moins erronée, et elle a été plutôt affaiblie "que fortifiée par l'opuscule que M. Dupin a tout récemment réédité pour la soutenir^.

Une quarantaine d'années avant la ruine du temple, le sanhédrin voyant augmenter chaque jour, par la connivence calculée des autorités romaines, le nombre des malfaiteurs et des bandits de grand chemin, abandonna d'abord le lieu ordinaire de ses séances. Ensuite, ne voulant avoir ni la honte ni la responsabilité d'un désordre qu'il ne lui était pas possible de réprimer, il se désista de son droit, le laissa dormir, mais n'en fut point privé. Les Romains, en favorisant les malfaiteurs qui bouleversaient la Judée, voulaient prouver l'impuissance du sanhédrin qui, découragé et indigné, se fit le complice involontaire de ce calcul. Mais si, en fait, il abandonna momentanément le pouvoir de juger et de condamner, en

1. Jésus devant Caïphe et Pilale, in-32, 1863. — Ce travail, publié pour la première fois on 1828 pour réfuter un chapitre des Jnslitulions de Moïses de M. Salvador, est peu digne sous tous les rapports d'un jurisconsulte aussi renommé que l'est M. Dupin.

droit il ne le perdit jamais tant que durèrent le temple et la ville de Jérusalem. Les Romains ayant laissé aux Juifs leur religion, comment auraient-ils chargé déjuger les délits et les crimes punis par cette religion des magistrats qui ne la connaissaient pas et la traitaient de superstition ridicule? Si le^ Juifs n'eussent pas conservé le droit de jugement et de condamnation, comment expliquer l'' ces paroles de Jésus à ses apôtres : « Prenez garde, ils vous livreront aux juges et vous feront fouetter dans leurs synagogues ^ ; ))T la condamnation et l'exécution de saint Etienne; 3° cet expédient de saint Paul .qui, redoutant le sanhédrin, invoque son droit de citoyen romain et en appelle à l'empereur?

Le grand sanhédrin avait conservé le droit de condamner à la prison, à la flagellation, à la mort. Il avait son préfet et ses officiers du temple, et des agents de police judiciaire. Ces agents arrêtèrent les apôtres que le sanhédrin eût condamnés à mort sans l'intervention et les bonnes raisons de Gamaliel-. Il se contenta de les faire fouetter et de leur défendre de continuer leur propagande.

L'affaire de saint Etienne est plus concluante.

Page 1