Matai., XXVII, 621-66; xxviii
à Pilcite des gardes pour empêcher l'effet d'une imposture basée sur la résurrection d'un homme crucifié et enterré, c'était vouloir se faire bafouer.
Il est évident que les deux premiers évangélistes ont pris dans le même original les détails qu'ils donnent sur la passion ; il faut donc, puisque cette démarche des Juifs ne se trouve pas dans le deuxième Évangile, qu'elle ait été inventée plus tard et interpolée dans le premier, pour répondre aux Juifs qui accusaient les disciples d'avoir enlevé le corps de Jésus. — Comment auraient-ils pu l'enlever, disaient les chrétiens, s' appuyant sur le récit de Matthieu, puisque le sépulcre était scellé et que Pilate et les Juifs y avaient mis des gardes ? A quoi les Juifs répondaient deux choses : d'abord il n'y a pas eu de gardes autour du tombeau, la démarche des Juifs et l'ordre de Pilate étant une invention des chrétiens; ensuite, c'est pendant la première nuit et non pendant la deuxième que le corps a été enlevé. Quant aux sentinelles, leur conduite ne se comprend pas. S'ils ont senti la terre trembler, vu le tombeau s'ouvrir, un ange descendre du ciel, fulgurant comme l'éclair, blanc comme la neige, et s'ils sont tombés foudroyés par l'éclat de sa face, tout s'explique, ils sont justifiés ; ils ont la rare satisfaction d'avoir vu et de pouvoir raconter le plus étonnant des miracles. Au
lieu de ce rôle si naturel et si simple, l'Évangile leur en fait jouer un ridicule et compromettant, puisque pour nier le miracle ils s'exposent à la colère de Pilate en s'accusant d'une négligence qu'ils n'ont pas commise.
Marc, Luc et Jean ne parlent ni du tremblement de terre ni de l'ange qui ouvre le sépulcre. D'après Luc et Jean, lorsque les femmes vont au sépulcre, il est encore nuit; d'après Marc, le soleil est déjà levé. Matthieu dit que ces femmes étaient Marie-Madeleine et une autre Marie; Marc ajoute Salomé; Luc, Jeanne et plusieurs autres femmes ; Jean n'en cite qu'une seule, Marie-Madeleine. Ainsi, dans le premier Évangile, il y a deux femmes, dans le deuxième trois, dans le troisième plus de quatre, dans le quatrième une seule. D'après Matthieu et Marc, les femmes virent un seul ange, que Marc appelle « un jeune homme ^, )> Luc et Jean leur en font voir deux et Luc les appelle « deux hommes 2. » Matthieu place son ange hors du sépulcre, celui de Marc est assis dedans, ceux de Jean sont aussi dedans, l'un aux pieds, l'autre à la tête ; ceux de Luc vont au-devant des femmes, par conséquent ne sont ni dedans ni dehors. Les anges
i. Marc, XVI, 5.