CHAPITRE XIL
RESURRECTION DE JESDS.
Joseph d'Arimathie ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre se retira, car le jour du sabbat allait commencer. Le corps de Jésus était-il réellement dans le sépulcre? Sauf Nicodème et Joseph, nui ne l'a vu, l'inhumation des criminels morts d'un supplice infamant devant se faire secrètement et sans éclat. Cependant, puisque tous les évangélistes l'affirment, admettons-le. Mais, pendant la première nuit, celle du vendredi au samedi, le tombeau resta sans surveillant, sans gardes ; tout le monde put s'y rendre et y entrer librement. Que se passa-t-il dans ce tombeau abandonné, pendant cette nuit si décisive dans l'histoire du christianisme? Nul ne le sait, les évangélistes gardant là-dessus le silence le plus étonnant. Les disciples et les apôtres, ceux que la mort de
Jésus avait ou compromis publiquement ou coui^ondus clans leurs espérances, et qui avaient intéi'êt à faire croire à sa résurrecliou, ont eu le temps d'enlever le corps : l'ont-ils enlevé? Les Juifs l'affirment ou l'insinuent ; les chrétiens le nient; mais quant aux preuves, ils n'en donnent pas plus les uns que les autres. Voyons si les probabilités et les rigoureuses conséquences des faits que nous connaissons n'équivalent pas aux preuves matérielles qui nous manquent. Yoici le récit évangélic{ue.
a Le lendemain, dit Matthieu, les princes des prêîres et les pharisiens s'étant réunis, allèrent trou- ■ ver Pilate et lui dirent : Nous nous souvenons que ce séducteur, lorsqu'il était encore en vie, a dit : Dans (rois jours je ressusciterai. Ordonnez donc qu'on garde con sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples l'enlèvent et ensuite disent au peuple qu'il est ressuscité d'entre les morts : dernière imposture q;!i serait pire que la première. « Vous avez une garde, répondit Pilate; allez, faites-le garder comme vous l'entendrez. » Ainsi autorisés, les Juifs font sceller la pierre du sépulcre et y mettent des gardes. — ■ Sur la fin de la nuit du sabbat à l'aube du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l'autre Marie allèrent voir le sépulcre. Alors il se fit un grand tremblement de terre, car un ange
ayant le visage comme un éclair et les vêtements comme la neige, descendit du ciel, renversa la pierre du sépulcre, et s'assit dessus; les gardes terrifiés tombèrent comme morts. Mais l'ange, rassurant les deux femmes, leur dit : «Yous, ne craignez rien : il est ressuscité comme il l'avait dit; approchez, voici la place oii il avait été mis ; allez en informer les disciples. Jésus s'en va en Galilée où il vous précédera et où vous le verrez. » Immédiatement les gardes vont avertir les princes des prêtres qui leur donnent une grosse somme d'argent pour dire que les apôtres sont venus et qu'ils ont, pendant le sommeil des sentinelles, enlevé le corps de Jésus. Si Pilate apprend ce qui se passe, ils se chargent de l'apaiser. Les soldats prirent l'argent, ajoute l'évangéliste, et le bruit de cet enlèvement a couru parmi les Juifs jusqu'à ce jour^. ))
Ce récit de Matthieu est un tissu d'invraisemblances. D'abord les trois autres évangélistes ne parlent pas de la démarche des Juifs, démarche inutile et inexplicable : inutile, puisqu'ils n'avaient pas besoin d'autorisation pour faire surveiller et garder le sépulcre; inexphcable, car un Romain n'ayant pas la moindre idée de la résurrection des morts, demander