Timo:li, T, vi
versé avec eux et écrit avant la rédaction des Évangiles. Il faut donc reconnaître, tout en admettant l'incontestable existence de Jésus, que son histoire, soixante ans après sa mort, était encore enveloppée d'épaisses ténèbres. De quelque manière qu'on veuille expliquer ce phénomène, il est certain qu'on ne saurait l'attribuer à l'imposture. Il y a, chez les premiers apôtres du christianisme, une forte dose d'enthousiasme, mais nulle trace de mensonge calculé ; ils étaient trop simples pour arranger une fable qui pût faire illusion. Quels que soient les auteurs des Évangiles, leur ingénuité et leur bonne foi sont évidentes; un imposteur y aurait mis plus d'habileté; il aurait mieux fondu dans la véritable histoire les légendes, les mystèr-es, les prétendues prophéties plus ou moins applicables à Jésus considéré comm.e Messie ; il aurait senti combien l'inébranlable incrédulité des contemporains infirmait les miracles attribués à Jésus, et il les aurait moins prodigués. A une époque où le miracle était dans l'ordre ordinaire des événements, où des hommes tels que Tacite et Plutarque parlaient avec respect d'augures et de présages, avaient l'air de croire aux oracles de Sérapis et aux miracles de Vespasien, à l'horoscope de Pyrrhus, aux songes de Sylla et aux corbeaux qui tombent des nues devant les Grecs à qui Flaminius
annonce la liberté, à une telle époque l'incrédulité des Juifs, en présence de prodiges réels, est inadmissible; elle serait impossible même dans notre siècle de libre examen.
Aujourd'hui, un homme qui changerait l'eau en vin ne nous persuaderait pas qu'il fait des miracles; seulement, nous le tiendrions pour un habile chimiste. Mais si plus tard nous apprenions que cet homme se trouvant dans un désert a multiplié cinq pains et deux poissons de manière à rassasier six ou sept mille personnes et à remplir douze corbeilles avec les restes du repas, notre curiosité serait singulièrement éveillée. Et si cet homme, revenant du désert, rendait la vue aux aveugles de naissance avec un emplâtre de salive et de poussière; si d'un seul mot il donnait la parole aux muets, l'ouïe aux sourds, la santé aux malades abandonnés des médecins; s'il redressait les boiteux et faisait maixher les paralytiques, l'admiration serait générale, l'émotion gagnerait l'Académie des sciences et l'Académie de médecine, la foule se précipiterait sur les pas de cet homme extraordinaire. Les sceptiques pourraient ne pas croire aux miracles ; cependant de tels prodiges répétés leur donneraient fort à penser. Mais si le même homme, traversant le boulevard et rencontrant un enterrement, faisait arrêter le char funèbre,
rappelait à la vie et rendait à ses parents le mort enfermé dans le cercueil, les sceptiques résisteraient peut-être encore, mais ils seraient singulièrement ébranlés. Ils ne résisteraient plus et crieraient certainement au miracle si, à Paris, en plein jour, devant une foule nombreuse, le même homme, se rendant dans un cimetière et faisant ouvrir un tombeau, ressuscitait un individu mort depuis quatre jours et dont le cadavre serait déjà en putréfaction.
Eh bien, tous ces prodiges, Jésus, d'après les évangélistes, les a opérés dans l'espace d'un an et demi ou de trois ans au plus, à une époque de superstition, chez un peuple dont la crédulité était proverbiale^. Quel a été le résultat? En général, une indifférence absolue, souvent une vive irritation, toujours une invincible incrédulité. D'abord, il est forcé de quitter Nazareth où il a passé sa jeunesse, parce que tout le monde le connaissant, personne ne veut croire en lui. Il n'y put pas faire de miracles, dit Matthieu, à cause de leur incrédulité : à la tête des incrédules sont ses frères qui le traitent de fou 2. Ifi va s'établir à l'extrémité septentrionale du lac de Tibériade, à Capharnaùm, ville de bains, fréquentée