Euseb. Ilist. eccles.j, lib. I, cap. xiii
pense-t-on que je suis? » Et si les archives d'Édesse avaient eu un document aussi capital que la lettre de Jésus à Abgare, Origène, dans son livre Contre Celse^ et saint Augustin, dans son Harmonie évangélique^ n'auraient pas dit si formellement que Jésus n'a rien laissé par écrit.
L'Histoire apostolique, ouvrage en dix livres, dont l'auteur inconnu a pris le nom d'Abdias, évêque de Babylone, est un ouvrage latin de la fm du v^ siècle, tout rempli de prodiges que l'Église a toujours rejetés comme ridicules et faux. C'est de là cependant que dérivent les récits des voyages et des martyres des apôtres consacrés par les légendaires et le martyrologe romain.
L'histoire de Joseph le charpentier est racontée aux apôtres par Jésus lui-même sur le mont des Oliviers. Cette légende, qui paraît remonter au ii^ siècle, a été pubhée pour la première fois en 1772, et Thilo, dans son excellent livre dont nous allons parler, la donne en arabe et en latin.
! Les Actes de saint Paul et de Thècle sont un roman composé par un auteur inconnu, mais probablement montaniste. Thècle, jeune fille païenne d'Icône, entendant saint Paul vanter l'état de virginité, rompt une promesse de mariage et fait vœu de demeurer toute sa vie dans le célibat. Dans le discours
ET CPxITIQUE DE JÉSUS. 21
qui entraîne Thècle, saint Paul dit : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ; heureux ceux qui conservent leur corps dans la pureté, car ils seront les temples de Dieu; heureux ceux qui gardent la continence, car Dieu leur parlera. » Jusqu'au VI' siècle, les Actes de Paul et de Thècle ont été reçus comme authentiques, et lus dans plusieurs églises pour l'édification des fidèles. On les retrouve en abrégé dans les légendaires des vierges et même dans le bréviaire romain. On les a attribués à un prêtre d'Asie que saint Jean déposa après l'avoir convaincu d'imposture, ce qui prouve au moins que le livre est ancien. L'imposteur promet des révélations à ceux qui ne se marieront point ou qui garderont la continence dans le mariage. Cela sent bien le montanisme et les prophétesses de Montan, ou plutôt, comme dit Beausobre : « Cela sent les superstitions païennes. Les sibylles étaient vierges, les prêtresses d'Apollon devaient l'être pour recevoir ses inspirations ^. ))
Ces sibylles ont joué un grand rôle à l'origine du christianisme. Leurs oracles sont fréquemment cités comme autorités par les Pères de l'Église, et Celse accuse les chrétiens de les avoir falsifiés. Origène
1. Beausobre, ^is^. crit. de Mcmichée et du manichéisme ,, t. I, p. 4:24.
repousse raccusalion, mais ne la détruit pas^. Un des premiers soins d'xAuguste, en prenant possession du pontificat, fut de supprimer tous les recueils de prédictions dont s'entretenaient les superstitions populaires. Il ne garda c|ue les seuls livres sibyllins qu'il soumit à un choix rigoureux-. Ces précautions n'ayant point découragé les prophètes d'industrie, Tibère fit brûler encore bien des volumes et menaça de peines sévères ceux qui tenteraient d'accréditer des pièces frivoles sous des noms illustres ^.
Mais, vers le milieu du ii^ siècle, on fait circuler des oracles bien différents, et saint Justin, martyr, est le premier qui cite des vers sibyllins relatifs au christianisme. Les oracles des sibylles, que nous avons en huit livres, ne sont pas certainement ceux que l'on conservait à Rome avec tant de vénéralion, ni même un recueil de prophéties païennes. L'imagination et la main d'un chrélien sont visibles, et depuis longtemps la fraude n'est plus contestée ^. Cependant, les premiers Pères de l'Église emploient ces oracles pour appuyer leurs croyances et les citent
'1, Co7itra Cels., VH, 53.