‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 36 sur 169 · Iren., ad Hœr., lib. III, cap. xii · texte numérisé non relu

Iren., ad Hœr., lib. III, cap. xii

sueur de sang et de l'ange qui vient le consoler, ces larmes et ces angoisses leur paraissant une faiblesse indigne du Sauveur.

Si cet aperçu sommaire et nécessairement incomplet sur les Évangiles canoniques était autre chose qu'une sorte d'introduction à l'histoire de Jésus, il faudrait consacrer un chapitre à part au quatrième Evangile, ce grand et perpétuel sujet de controverse. Bornons-nous à dire qu'il est difficile, sinon impossible, de savoir exactement en ciuel lieu, en quel temps, à quelle occasion il a été écrit. Jean l'a composé, diton, à la prière de ses amis, pour suppléer à ce qui manquait aux autres Évangiles. Les trois premiers se bornant à expliquer ce qui concerne la chair de Jésus, Jean, dit Clément d'Alexandrie, écrivit un Évangile spirituel. Saint Jérôme ajoute qu'il exigea d'abord un jeûne public, après lequel il commença son ouvrage par ces mots venus directement du ciel : « Au commencement était le Verbe » ; histoire fort suspecte, puisqu'elle ne se répandit c|uc plus de trois cents ans après l'événement, et qu Eusèbe n'en parle point.

Une lecture attentive de cet Évangile amène à supposer qu'il a été écrit en divers temps et par diverses mains qui l'ont modifié plus d'une fois. Ainsi, au dernier verset du chapitre xiv, après le repas, Jésus, qui a longtemps parlé, dit : « Levez-vous, sor-

tons d'ici »; ce qui indique évidemment que le discours est fini; et, au contraire, Jésus en commence immédiatement un autre beaucoup plus long qui remplit les deux chapitres suivants (xv^ et wf) . Il les a tenus en chemin, disent quelques auteurs frappés de cette difficulté. Mais ils sont contredits par le premier verset du chapitre xviii ainsi conçu : a Lorsque Jésus eut ainsi parlé, il sortit avec ses disciples et passa au delà du torrent le Cédron, où était un jardin dans lequel il entra avec eux. » Il est difficile de ne pas voir dans cette narration décousue des additions faites après coup. On peut faire la même observation sur les versets 12, 13 et li du même chapitre :

12. Alors la cohorte, le Iribim et les gens envoyés par les Juifs s'en emparèrent et l'ayant lié,

'13. L'amenèrent d'abord à Anne, parce qu'il était beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là.

44. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs cet avis, qu'il «tait utile qu'un seul homme mourût pour le peuple.

]N 'est-il pas probable que le verset 14 est une réflexion placée d'abord par quelqu'un dans la marge et qu'un copiste a mise plus tard dans le texte, soit par ignorance, soit par distraction, ou bien pour rappeler ce qui est dit aux versets /s 9 et 50 du

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chapitre xi : « Mais Gaïphe, Fan d'entre eux, qui était cette année - là souverain sacrificateur , leur dit : Vous n'y entendez rien, vous ne prenez pas garde qu'il vous est utile qu'un homme meure pour le peuple, de peur que toute la nation périsse. »

Une interpolation évidente est celle des versets dont se compose l'histoire de la femme adultère. Il résulte de ce que dit saint Jérôme, que ces versets manquaient de son temps dans un grand nombre d'exemplaires grecs et latins, et Maldonat, qui avait consulté les anciens interprètes et un grand nombre de manuscrits grecs, avoue qu'il n'a trouvé cette histoire que dans un seul; qu'elle n'était pas dans le très-ancien exemplaire du Vatican et qu'il n'en est fait mention dans aucun des auteurs dont se compose la Chaîne ou recueil des Pères grecs ^. Et ce n'est pas seulement l'histoire de la femme adultère qui a soulevé des objections et inspiré des doutes, Grotius et plusieurs autres critiques nient rauthenticité du dernier chapitre tout entier et citent ces deux derniers versets du vingtième chapitre : (( Jésus a fait encore devant ses disciples plusieurs miracles qui ne sont point écrits dans ce livre, mais ces choses^'

1. Ricliard Simon, llist. crit, du texte du Nouv. Test., t. I, p. '142 il loi.

ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez la vie en son nom. » Evidemment, ces derniers mots finissent l'histoire, et le dernier chapitre, appendice isolé, déplacé, inutile, ne peut pas s'expliquer même par le désordre du quatrième Évangile. Grotius pense que ce chapitre a été ajouté par l'Eglise d'Éphèse, après la mort de l'évangéliste ^.

Plusieurs Pères élèvent l'Évangile de Jean audessus des autres Évangiles et le considèrent comme la principale partie de l'Ecriture, le sceau qui confirme les autres Évangiles, la colonne par laquelle Dieu a achevé d'affermir l'Église 2. Cependant les trois premiers, même après toutes les réserves et objections des critiques anciens et modernes, conservent toujours un certain caractère historique que le quatrième est loin d'offrir au même degré. Leur identité d'origine, les récits qui leur sont communs, les nombreuses analogies qu'ils présentent leur ont fait donner le nom de synoptiques, du mot grec siinopsis^ c'està-dire harmoniques ou abréviateurs, parce qu'il est facile en les combinant ensemble, ou en les complétant l'un par l'autre, de faire la même histoire de Jésus.

h. Grotius^ Annot. ad cap. xx, p. 30.

t. Iren., lib. III, cap. i; Eiiseb., lib. III, cap. xxiv.

Ci HISTOIRE ÉLÉMENTAIRE DE JÉSUS.

Ces trois Évangiles, en effet, racontent exclusivement les faits relatifs à Jésus, à ses miracles, à ses maximes, à ses enseignements ; dans le quatrième, au contraire, ce qui domine, ce sont des raisonnements métaphysiques destinés à expliquer le caractère surnaturel de Jésus et à répondre aux sectaires qui troublaient la foi des fidèles de l'Asie Mineure. Et, à mesure cjue nous avancerons dans la vie de Jésus, en suivant le récit des évangélistes, on sera frappé de la continuelle et flagrante opposition du quatrième avec les trois autres, autant dans la partie théorique des doctrines, que pour les termes, la matière et les faits.

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