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Si l’on jette sur le xvC siècle un coup d’œil rétro

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spcclif, on y voit la science accomplir son envahissement, et se réaliser, au delà des espérances de leur auteur, les audacieuses prophéties de Du Bellay. Les vieux romans, les allégories de Faux-savoir et de Bel-accueil, les coqà-l’âne de Marot, les récits et les dialogues de Goquillard, les sonnets platoniques de Maurice Seève tombent dans le mépris : les vaincus perdent leurs dieux. On a vu dans toutes les directions, de tous les côtés, l’érudition s élancer à la conquête et tout innover, ou plutôt tout imiter, dans tous les genres. Les plus utiles de ces savants furent les traducteurs, parce qu’au lieu d’imitations ils nous donnèrent les modèles.

2. Düpinet traduisit laborieusement Pline l’Ancien, dont il égala quelquefois l’énergie ; Jean Colin, Hérodien et Cicéron ; Claude Gruget, les épîtres de Phalaris : cette traduction se distingue par une certaine pureté naïve et môme élégante du style. Citons encore, en passant, Millet, traducteur assez lourd, mais savant, de Lucien et de Zonare, ainsi que le protestant Cuateillon, qui trouva piquant d’échanger son nom contre celui de la fontaine de Castalie (Castalion), et qui s’avisa de revêtir la sainte Bible du langage des cabarets.

3. Tous ces noms s’éclipsent sans peine devant celui de Jacques Amyot, dont on associe d’ordinaire la gloire au règne de François P’', et qui brilla surtout pendant les règnes de Henri 11 et de Charles IX.

Seul, entre tous ceux qui se consacrèrent alors spécialement à l’étude des langues savantes, Amyot a conservé pour nous du charme et de l’intérêt. C’était un génie heureux, patient et souple. Habile à exécuter avec goût ce que d’autres entreprenaient avec une témérité brutale, il a su enrichir son langage maternel sans le corrompre. Au milieu de tous les efforts pénibles dont cette période est le théâtre, nul ne rendit plus de services réels à la langue française. Calvin l’avait employée avec une vigueur poussée ju.squ’à la sécheresse, et une précision élo(|uente, mais dénuée de llexibilité. Des Essarts avait donné l’exemple d’un style un peu plus élégant.

« Âmyot, dit un contemporain, suça tout ce qu’il y avait » d’harmonieux et de doux en notre langage, et le mit » en usage dans la traduction de son Plutarque. » Ge fut en effet le premier prosateur qui développa son talent dans le commerce des Anciens, sans perdre ce charme du naturel que rartificielle élocution de Ronsard étouffait presque toujours.

4. Jacques Amyot naquit à Melun en 1513, de parents pauvres ; son père était mercier; d’autres disent boucher ou corroyeur. Etant allé à Paris continuer ses études qu’il avait commencées à Melun, il y recevait toutes les semaines un pain que lui envoyait sa mère, nommée du nom singulier de Marguerite des Amours. Longtemps domestique dans un collège, comme La Ramée, il travaillait la nuit, à la lueur des charbons ardents qui restaient dans le foyer. Il apprit la langue grecque sous Jean Evagre Remois, étudia la poésie sous Jacques Tusan, l’éloquence sous Pierre Danès et les mathématiques sous Oronce Eincé. Après s’être fait passer maître-ès-arts à dixneuf ans, il rencontra à Rourges, où il était allé étudier le droit civil, Jacques Colin, lecteur du roi et auteur de quelques jolis vers français, qui lui lit- obtenir une chaire de grec. Ce fut le commencement de sa fortune. François P” lui donna l’abbaye de Rellozane, vacante par la mort de Vatable ; puis il devint tour à tour précepteur des enfants de France, aumônier de Charles IX , conseiller d’Etat, conservateur de l’Université de Paris, abbé de Roches et de Saint-Corneille, doyen de la cathédrale d’Orléans, chevalier du Saint-Esprit, enfin évêque d’Auxerre. Amyot paraissait insatiable de dignités, et le fameux proverbe, \'aj)pétit vient en mangeant, passe pour une de ses réponses.

5. Après avoir compulsé en Italie plusieurs manuscrits de Plutarque et consacré une grande partie de sa vie à l’étude de cet auteur, Amyot publia sa traduction en l’année 1559. Le choix était heureux. La langue dont Amyot faisait usage s’accordait merveilleusement avec le caractère de l’écrivain original. La tournure d’esprit du traduc-

leur se prêtait si bien à l’expression des pensées, à la reproduction du style de Plutarque, que souvent l’aumônier de Bellozane et l’écrivain de Chéronée semblent se confondre ; on est tenté de croire qu’Amyot, devenu Plutarque, nous parle en son propre nom. Heureuse harmonie du style et des idées, qui, malgré l’inexactitude assez fréquente de la version et la prodigieuse abondance du style d’Amyot, a fait et conservé sa haute renommée. Jamais traducteur ne s’est plus intimement associé à son modèle; mais dans cette métamorphose, le génie national ne l’abandonne pas. Aussi Montaigne avait-il raison de donner la palme à Jacques Amyot sur tous les écrivains français de son temps pour la naïveté et pureté du langage. 11 invente, mais avec goût : ce qu’il tire du grec est encore français ; ses tournures, ses périodes ont toujours le caractère de notre idiome. Il fond si heureusement les expressions helléniques avec son vieux langage, qu’il semble nous rendre ce qu’il nous donne, et retrouver ce qu’il emprunte. Une foule de mots qu’il hasarde, et que nous avons perdus, n’ont aujourd’hui nul équivalent dans la langue parlée ou écrite. Aussi lorsqu’il nomme Titus Quintius (de bienfaiteur et l’a//rancûmeMr de la Grèce, » Pyrrhus (( un trop grand mépriseur du peuple ; » lorsqu’il décrit (( une vallée emmurée dans de hautes montagnes, » on a lieu de regretter avec La Bruyère, La Fontaine, Fénelon, Rollin et le sévère Vaugelas lui-même, ces vieilles richesses du langage, ces expressions fortes et simples qui, n’ayant rien de barbare ni de dur, nous appartiennent en propre, ne peuvent être remplacées que par des circonlocutions, et ne semblent singulières que parce qu elles sont tombées dans l’oubli.

G. Outre les Vies et les OEuvres morales de Plutarque, Amyot a traduit sept Livres de Diodore de Sicile^ Théagène et Chariclès, roman d’Héliodore^ Daphnis et Chloé, pastorale de Longus^. Voici la description d’un verger, tirée de ce dernier ouvrage :

‘ Y.Hist. de la Litt. grecque, p. 317.— ^ p. 421.— s p 423,

Vrai est que ce verger de soi éluit une bien belle et plaisante chose, et qui tenoit fort de la magnificence des rois. Il s’étendoit environ demi-quart de lieue eu longueur, et éloit en beau site élevé, ayant de largeur cinq cents pas, si qu’il paioissoit à l’oeil comme un carré alongé. Toutes sortes d’arbres s’y trouvoient, pommiers, myrtes, mûriers, poiriers, comme aussi des grenadiers, des figuiers, des oliviers, et en plus d’un lieu de la vigne haute sur les pommiers et les poiriers, où raisins et fruits mûrissant ensemble, l’arbre et la vigne entre eux sembloient disputer de fécondité. C’étoit là les plants cultivés; mais il y avoit aussi des arbres non portant fruit et croissant d’eux-mêmes, tels que platanes, lauriers, cyprès, pins; et sur ceuxà, au lieu de vignes, s’étendoient des lierres, dont tes grappes grosses et jà noircissantes contrefaisoient le raisin. Les arbres fruitiers étoient au dedans, vers le centre du jardin, comme pour être mieux gardés, les stériles aux orées tout alentour comme un rempart, et tout cela clos et environné d’un petit mur sans ciment. Au demeurant, tout y étoit bien ordonné et distribué ; les arbres, par le pied distants les uns des autres, mais leurs branches par en haut tellement entrelacées, que ce qui étoit de nature scmbloit exprès artifice. Puis y avoit des carreaux de fleurs, desquelles nature en avoit produit aucunes et l’art de riiomme les autres; les roses, les œillets, les lys y étoient venus moyennant l’œuvre de l’homme ; les violettes, les narcisses, les marguerites, de la seule nature. Bref, il y avoit de l’ombre en été, des fleurs au printemps, des fruits en automne, et en tout temps toutes délices.

On découvroit de là grande étendue de plaines, et pouvoit-on voir les bergers gardant leurs troupeaux et les bêtes ennui les champs; de là se voyoient en plein la mer, et les barques allant et venant au bas de la côte, plaisir continuel joint aux autres agréments de ce séjour. Et droit au milieu du verger, à la croisée de deux allées qui le coupoient en long et en large, y avoit un temple dédié à Bacchus avec un autel, l’autel tout revêtu de lierre et le temple couvert de vigne.

Le verger étant tel d’assiette et de nature, Lamon encore l’approprioit de plus en plus, ébranebant ce qui étoit sec et mort aux arbres, et relevant les vignes qui tomboient. Tous les jours il mettoit sur la tête de Bacchus un chapeau de fleurs nouvelles; il conduisoit l’eau de la fontaine dedans les carreaux où étoient les Heurs, car il y avoit dans ce verger une source vive, que Daphnis avoit trouvée, et pour ce l’appeloit-on la fontaine de Daphnis, de laquelle on arrosoil les fleurs.

7. Blaise de Viüenère, inlatigable traducteur, partisan de la Ligue et de l’alchimie, remarqua le premier la nécessité d’imposer des lois fixes au langage, qu’on laissait, dit-il, aller à vauderoute. Coeffeteau, qui, par sa traduction de V Histoire de Florus, a joui longtemps d’une réputation supérieure à son mérite, se faisait re-

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marquer par une certaine pureté. Hergier publiait son excellente histoire des grands chemins de l’Empire romain, qui manque d’ordre, et qui, si on 1 abrégeait de moitié, s’enrichirait de tout ce qu’elle aurait perdu. Kicot, auquel 1 ’Europe doit l’usage de la nicotiane ou du tabac, perfectionnait le vieux dictionnaire d’un nommé Rançonnet, et publiait son Trésor de la langue française, précieux pour la connaissance du langage au xvU siècle. Vital d’Au- DiGüiER traduisait assez élégamment l’espagnol.

Enfin, Simon d’Olive et Guillaume Duvair s apercevaient, comme Vigenère , du désordre qui s’introduisait dans le style par la confusion de tous es genres et l’imitation de toutes les langues; ils reclamaient au nom du goût contre ce mélange de bassesse et d’extravagance, contre cette habitude scolastique d exprimer des idées vulgaires par des mots emphatiques, des pensées exagérées par des phrases communes.

8. Pour avoir senti ce défaut, pour l’avoir attaque, Duvair fut regardé comme un grand critique, comme un orateur éloquent. Cependant ses traductions, que 1 évéque Huet admirait, offrent de bien faibles traces de perfectionnement. Les latinismes ridicules que Rabelais avait raillés ; contumélie pour injure, cogitation pour pensée, sponsion au lieu de pacte, un homme macilent au lieu d’un homme maigre; ces expressions prodiguées par Duvair prouvent qu’il est loin d’avoir connu le piemier le véritable caractère de notre langage. Cependant il est plus facile de donner des avis que des exemples ; son Traité de l’éloquence française et des raisons pourquoi elle est restée si basse , renferme des leçons utiles et dont les écrivains ont essayé de profiter après lui, pour dénouer, comme il le dit, la langue française encore en enfance. La noblesse du style qu’il conseillait, sans pouvoii se 1 approprier, fut, quelques années après, devinee et exagérée par le périodique Ralza c, quicoinmence la série des auteurs du xviP siècle.

§.2. De V Enseignement au xvU siècle.

I. Klat de l’enseignement au comniencemenl du xvi' siècle. — a. Vuialde — " Mer r 4- Cinq Aibres et Géaébrard. - 5. Palma-Cnyel. - 6. Dauès el Toussàiu J 7. Adncn Turne^be. 8. Jean Dorât. - 5. Lambin. - ,0. Louis Leroy. . Lalcmu, ou le Maçon et Pierre Galland.-i a. Jean Pa,s,erat.-|3. Vicomerealo, Pellerin el Simèoii ue Malniédy. — i4. Tierre La Rainée ou Ramus^ ses piincipinix ouvrages.

1. Faute de professeurs indigènes, les chaires du Collège de France furent d’abord occupées par des étrangers. L’hébreu y fut enseigné pour la première fois par des Italiens ; l’éloquence latine, par un Allemand ; les mathématiques, par un Espagnol ; la philosophie grecque et latine, par un Milanais ; la médecine par un Florentin. Mais enfin la France eut ses maîtres, qui lui valurent, comme au moyen âge, la palme du professorat.

2. Vatable ou Watblé, natif de Gamache en Picardie, ouvrit la carrière avec éclat. Ce fut lui qui restaura chez nous l’étude de la langue hébraïque. 11 avait une érudition immense, bien digérée et d’une communication facile ; il professait d’abondance ; ses leçons attiraient une foule d’auditeurs, et même beaucoup de Juifs. Du reste, il a peu écrit, et l’on n’a guère recueilli que ses iVo^cs sur l’Ancien Testament. Il mourut en 1517, abbé de Bellozane.

3. Mercier, d’Uzès en Languedoc, fut le disciple et te successeur de Vatable. 11 s’était d’abord occupé de jurisprudence et de littérature grecque; mais l’étude des langues hébraïque, syriaque et chaldaïque le fit renoncer à ses premières occupations. 11 mourut en 1570, laissant des Commentaires sur plusieurs livres de l’Ecriture, divers Traités traduits du chaldéen, du syriaque, etc., des Ouvrages de grammaire , et des Notes sur le Trésor de Pagnin. On lui a attribué la découverte de la poésie hébraïque ; mais il en renvoyait tout l’honneur à Vatable, qui avait eu le projet de publier une théorie de la versification de cette langue.

4. Cinq-Arbres (en latin Quinquarhoreus), natif d’Auvergne, après avoir étudié sous Vatable les langues orientales, devint, en 1554, professeur d’hébreu et de

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