BIST. DE LA LITT. FR. —XYU SIÈCLE
syriaque au Collège de France. 11 mourut en 1587. On a de lui une Grammaire hébraïque, un petit traité de Notis Hehrœorum, une traduction latine du Targum ‘ de Jonathan, etc.
Gilbert Génébrard (1537-1596), compatriote de Cinq-Arbres, se fit connaître autant par sa science que par sa fougue. S’il fut un des hommes les plus savants de ce siècle, il fut aussi l’un des plus ardents Ligueurs. Il prêcha, il écrivit avec violence contre Henri 111 et son successeur, en même temps qu’il publiait des ouvrages remarquablement érudits sur V Alphabet hébreu, sur le Décalogue, sur les Psaumes, etc.
5. Palma-Cayet est plus connu comme historien que comme orientaliste. Né l’an 1525 à Touraine, il eut pour maître Ramus, dont il suivit les erreurs religieuses, jusqu’à ce que les arguments du cardinal Du Perron l’eussent ramené à la vérité catholique (1595). L’année suivante, il fut nommé professeur d’hébreu au collège de Navarre. Il mourut la même année qu’Henri IV, dont il avait écrit l’histoire dans sa Chronologie novenaire et septénaire (p. 12). On a de lui des paradigmes sur les quatre principales langues orientales, l'arabe, l’arménien, le syriaque et l’éthiopien.
G. Pierre Danes ou Danès, dont les avis contribuèrent à rétablissement du Collège royal , y professa le premier la langue grecque (1530). Natif de Paris (1497), il avait eu pour maîtres Lascaris et Budé ; son érudition était prodigieuse. Il était, dit son disciple Génébrard , grand orateur, grand philosophe, bon mathématicien, bien versé en médecine et en théologie. Le grec, le latin, l’hébreu lui étaient également familiers. En 1532, il publia une édition de Pline sous le nom de Petrus BellotenMs(LaBellctière), son domestique. Plus tard, Françoisl" le chargea de réfuter, dans une Lettre apologétique , les imputations dont l’avait chargé Charles-Quint en présence du Consistoire ; il écrivit, vers la môme époque.
» Yüy. nut. (le la Littérature sacrée, p. 6.
son Traité de l'ambassadeur, à la suite de quelques négociations en Italie qui lui avaient été confiées. Henri le nomma précepteur du Dauphin (François II) ; Danès devint même confesseur de ce prince, et finalement (1557) évêque de Lavaur. On le regarde généralement comme Fauteur du dixième livre de l’histoire de Paul-Emile. Danès mourut en 1577.
Jacques Toüssain, élève de Budé, comme Danès, fut nommé professeur de langue grecque la même année que Vatable le fut de langue hébraïque (1532), et mourut en 1547, le même jour que celui qu’il avait'eu toute sa vie pour collègue et pour émule. Malgré son ardeur excessive pour le travail, il a laissé peu d’écrits. Ce sont quelques poésies, des Notes sur la sphère de Proclus, et surtout un Lexicon grec-latin. Parmi ses élèves, il suffira de citer Frédéric Morel, Henri Estienne et Turnèbe.
7. Adrien Turnèbe, d’Andely (1512), élève de Toussain, ne tarda pas à surpasser son maître, qu’il remplaça, l’an 1547, comme professeur de grec. 3Iontaigne fait de lui le plus grand éloge :
Quoique Adrianus Turnèbe n’eût fait autre profession que les lettres, en lesquelles c’étoit, à mon avis, le plus grand homme qui fût, il y a mille ans, il n’avoit toutesfois rien de pédantesquc que le port de sa robe, et quelque façon externe, qui sont choses de néant. (Essais, 1. 1, c. 24.) — Turnèbe savoitplus et savoit mieux ce qu’il savoit que' homme qui fût de son siècle, ni loing au delà, (ih., 1. 2, c. 16.)
Pasquier ne le loue pas moins vivement :
Turnèbe étoit admirable, tant eu langue grecque et latine qu’en la connoissance de toute l’ancienneté, comme nous rend certain témoignage son livre intitulé Adversaria, qui est un ouvrage inimitable en variété de savoir, qu’en plusieurs endroits de l’Allemagne, lorsque ceux qui étoient en chaire alléguoient Turnèbe et Cujas, aussitôt ils mettoient la main au bonnet, pour le respect et l’honneur qu’ils portoient à leur mémoire. (Rech., 1. 7, c. 8; Lettr., 1. 9, c. 29.)
Les principaux ouvrages de Turnèbe sont des Notes sur Cicéron, sur Varron, sur Horace et sur la Préface de Pline le Naturaliste. Il traduisit, du grec en latin, un
Traité d'Aristote, plusieurs Opuscules de Théophraste, une bonne partie de Plutarque, la Vie de Moïse, par Pliilon, le Périple d’Arrien, la Chasse d’Oppien, toutes traductions aussi précises qu’élégantes, Adversaria, divisés en trois parties, se composent de remarques que lui suggérait la lecture des auteurs anciens. Il mourut en 1565.
8. Jean Dorât ou Daurat, en latin Auratus, naquit, dans le Limousin, d’une famille ancienne, dont il changea le nom de Dinemandy en celui de Dorât, comme plus analogue à la profession qu’il se proposait d’exercer. Tout professeur de grec qu’il était, et quel que fût d’ailleurs son mérite à cet égard, il se fit de son temps une célébrité bien plus grande par sa fécondité poétique. Scaliger prétend qu’il composa plus de cinquante mille vers grecs, français ou latins ; Charles IX créa pour lui la place de poëte royal, et ses contemporains lui décernèrent le titre de Pindare français. Ses poésies, qui nous sont restées, donnent un démenti complet à ses admirateurs. 11 mourut octogénaire à Paris (1588).
9. Lambin, natif de Montreuil-sur-Mer ( 1516), passa une grande partie de sa vie en Italie. Il la visita deux fois avec le cardinal Du Perron ; il alla de Pvome à Venise, de Venise à Rome, des rives du Pô aux rives du Tibre, de la mer de Toscane à la mer Adriatique. Au milieu de tant de savants enthousiastes de l’antiquité, il en prit la ferveur et l’admiration : il se fit tout grec et latin. Aussi, dans ses œuvres, pas un mot de français. La critique de Lambin est ordinairement lourde et indigeste, entassant commentaires sur commentaires, citations sur citations ; aussi cette accablante méthode lui valut-elle l’honneur d’enrichir la langue d’un mot nouveau, lambiner. Lambin a traduit en latin des Harangues choisies d’Eschine et de Démosthènes , la Morale et la Politique d’Aristote ; en outre, il a fait des Commentaires sur Lucrèce, sur Cicéron, sur Horace, sur Démosthènes, sur Plaute, sur Cornélius Nepos, etc. Lambin mourut en 1572.