HISTOIRE, MÉMOIRES, ANNALES, ETC
§ 1". Travaux relatifs à l'histoire ecclésiastique.
1. Ilaliize; se.s dÜTcrenls ouTiages. — a. MaLllloo : se.s inimetise.s compilalions.
ô. J)«inifauroii : ses divers éci it.s. — ^.TRipinîsa lUbliolhèqiie des «iiiieurs fcclésiasiiques. — 5. Lcngueval? .soti TJisioire de l’Eglise gallicane. — 6. ïillemoni ; .son llisloire des en«- I)ejeiii-s et ses Mémoires pour servir à i'Hisloire eoclésiaslique. — 7. Fienrj; se.s divers *nni age.«, entre auires .«on Caiéchisme bistorique, ses Mœurs des Tsraélites et deschréliens Sf s Devoiis des inaîires et d«-s domestiques, el son Histoire eoclésiaslique.
1. Etienne Baluze, né l’an 1630 à Tulle, se porta par goût, dès sa jeunesse, à l’étude de l’histoire ecclésiastique. Attaché tour à tour à plusieurs prélats, il entra l’an 1667 chez Colbert en qualité de bibliothécaire, fonctions qu’il garda jusqu’en 1700. On avait érigé pour lui, en 1670, une chaire de droit canon au collège royal. Il travailla jusqu’à l’âge de quatre-vingt -huit ans. C’est un des hommes qui ont rendu le plus de services aux h ttres, par son application continuelle à rechercher de tons côtés les manuscrits des bons auteurs, à les confér('r a^ec les éditions et à les donner ensuite au public avec des notes pleines d’érudition. 11 savait à fond l’iiistoirc ecclésiastique et profane, le droit canon ancien et moderne ; il avait lu les Pères, et il écrivait bien on latin. Le nombre de ses ouvrages est de quarante-cinq, dont quel-
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qucs-uns en plusieurs volumes. Fn voici les principaux:
1» Kegnm Francorum Capitularia, avec les colleclions d Ansegise et du diacre Ilenoit, les Formules de Marculfe, les (Commentaires de llignon, de Sirmond, cl beaucoup d’autres pièces inédites ;
2» Epistolœ Innocenlii Illpnpœ;
3» Conciliontm nova collectio ;
4» Les Vies des papes d’Avignon, ouvrage (|ui lui valut une pension de Louis XIY et une place dans 1 Index ;
5» Historia TuteJensis (Histoire de Tulle) ;
6" 5. Cypriani opéra, belle et savante édition ipie la mort ne lui permit pas d'achever ;
7® Miscellanea, en 7 vol. in-S”.
2. Jean Mabillon, le plus savant peut-ctre de tous les Bénédictins, naquit près de Beinis en 1032. 11 n’est presque point de genre de littérature dans lequel il ne !lt d’importantes découvertes. La liste de ses ouvrages, dont la plupart ont pour objet la religion ou l’iii^toire ecclésiastique, fera connaître les services qu’il leur a tendus, mieux que ne le pourraient l'aire les plus magnifiques éloges. Ce sont ;
1» Les Actes des saints de l’ordre de Saint-Benoît, etc., en 9 vol. in-fol. Les Notes cl les Dissertations rpie 31abillon a jointes aux pièces de cette collection, jettent un grand jour sur une infinité de eoutumes et de points historiques du moyen âge. Les Préfaces qu’il a mises en tète de chaque volume sont autant de chefs-d’œuvre de méthode, de clarté et d’érudition.
L’examen attentif des chartes, des diplômes et des autres pièces historiques renfermés dans les archives de la congrégation, l'obligation de les déchiffrer, de les analy.ser et de les comparer, inspirèrent à IVÎabillon l'idée d’un travail entièrement neuf, dont la pul)lication forme une époque remarquable dans I histoire littéraire, et qui suffirait seul jiour assurer à son auteur une réputation immortelle. C’est le
2» Traité de Diplomatigne, etc., 2 vol. in-fol. , livre à jamais précieux pour les savants; et si la connais.sance des maniisciits a fait quehiues progrès depuis un siècle, c’est nniqin nient à cet ouvrage qu’on le doit.
3° Yetera annlecta, pièces recueillies dans les archives et les bibliothèques d’Allemagne, pour enrichir riiistoire de France et celle de l’Eglise. Mabillon fit la mémo chose en Italie, et publia le ré.snilat de ses recherches sous le titre de VIusa>um ilalicum.
4'’ De la liturgie gallicane, en trois livres. Dans le preirder, .Mahillon s’attache à prouver que l'étude de la liturgie est utile, particuliérement pour cnnfirmi'r la perpi'inilé de la croyance de l’F.glise
DE LA LU ILKA J PllE FKAAÇAISE. 421
calholique ; il ilomie ensuite les règles de la liturgie gallicane dés les temps les plus reculés, et la compare avec la liturgie mozarabe. Le second livre contient l’Ancien Lectionnaiie du vu® siècle que Mabillon avait découvert dans la célèbre abbaje de Luxeuil; enfin le troisième contient les Missels gothique, francique et ancien gallican, avec un Traité de la récitation du bréviaire dans l’Eglise primitive.
5o Traité des études monastiques (1691). Une question divisait alors les esprits : il s’agissait de savoir si les moines peuvent s'appliquer aux études. L’abbé de Rancé, le célèbre réformateur de la Trappe, soutenait la négative : Mabillon prouva par l’exemple et par l’autorité des Pères, par la pratique constante des plus anciens monastères, la nécessité et l’obligation des études pour les religieux. L’abbé de la Trappe répondit ; et le public s’aperçut que les deux illustres adversaires n’étaient pas éloignés du même sentiment, puisque l’un ne condamnait que les connaissances frivoles, et que l’autre ne conseillait que les études sérieuses.
6° Annales générales de l’ordre de Saint-Benoît. La mort qui frappa Mabillon en 1707, ne lui permit point de terminer cet ouvrage qui fut continué par DD. Ruinart, Massuet et Martène.
On doit encore à Mabillon une édition des OEuvres de saint Bernard, une Dissertation sur l’auteur de l’Imitation et d’autres travaux réunis sous le titre û’ OEuvres posthumes.
3. Bernard Montfaucon (1055-1741), l'un des savants les plus distingués qu’ait produits la congrégation de Saint-Maur, se fit d’abord connaître comme éditeur des OEuvres de saint Atlianase, des d’Origène,
des OEuvres de saint Jean Clirysostôme. Bientôt apres il publia sur VHistoire de Judith une lumineuse dissertation ; puis il fit pour les manuscrits grecs, sous le titre de Palceographie, ce que le P. Mabillon avait fait pour les manuscrits latins, sous le titre ûq Diplomatique. D’autres ouvrages plus importants suivirent ces publications, tels que VAntiquilé expliquée et représentée en figures (15 vol. in-fol.), et les Alonuments de la monarchie française (5 vol. in-fol.). Pour le premier, l’auteur mita contribution tous les cabinets de l’Europe : il en tira un nombre prodigieux de monuments qu’il fit graver et dont il donna des explications, la plupart satisfaisantes. Malgré les imperfections qu’il était presque impossible d'éviter dans ce travail immense, et qui suffirait à la gloire de Montfaucon, on ne peut nier qu’il n’ait contribué à répandre, surtout en France, le goût de Par
IIISÏOIRK CRlTiyUK
chéolofïie, et qu’on ne lui doive en partie les progrès de cette science. Les Monuments de la monarchie f/'ançaise ne sont que la première partie du plan immense qu’il avait conçu pour l’explication de nos antiquités nationales ; elle contient l’histoire de nos rois, par les monuments, jusqu’à Henri IV. Il se proposait de traiter ensuite avec le môme détail les mœurs et les usages de la vie civil l’état militaire, etc. Si le style répondait au mérite de ces travaux, Montfaucon aurait parmi les écrivains la place qu’il mérite parmi les érudits ; mais sa diction est très-négligée et souvent barbare.
4. Louis-Ellies Dupin (1657-1717), docteur de Sorbonne et professeur de philosophie au collège royal, a été l’un des auteurs les plus féconds du xix® siècle. Quarante ouvrages différents, près de cent cinquante volumes, dont quelques-uns sont in-folio, tels sont les fruits des travaux de cet infatigable écrivain. Ils ont pour objet l’histoire sacrée et profane, politique et littéraire, la philosophie scolastique, la morale, la critique, la religion, le droit canon, la controverse, etc. Aussi ne trouvet-on pas dans ses écrits ce caractère d’exactitude et de perfection que le temps seul peut donner aux productions de l’esprit ; mais on ne peut lui refuser de la netteté, de la méthode, une lecture immense, quelquefois une imagination vive, jointe à un style léger, mais souvent incorrect.
Sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, en 58 volumes in-S”, comprend tous les siècles de l’Eglise, le catalogue, le sommaire et la critique de leurs ouvrages. Deux autres Bibliothèques, l’une des auteurs séparés de la Communion romaine, et Vautre des historiens, sont écrites dans le môme goiit que la précédente. Un de ses ouvrages les plus estimés est VHistoire de l’Eglise, en abrégé, par demandes et par réponses, depuis le commencement du monde jusqu à présent (t712) ; il y est court, sans ôtre obscur ; rien de considérable n'y est omis.
5. Jaoouiîs Longueval : 1680-1735), Jésuite, s’est fait un nom parmi les historiens écclésiastiques. On lui doit
DE LA LITTÉ îATÜRE FRANÇAISE. 123
les huit premiers volumes de VHisloire de l’Eglise cane *; ils finissent au schisme d’Anaclet (11 38). Le P. Fontenay, son continuateur, tout en lui reconnaissant beaucoup de savoir et d’érudition, lui reproche des détails trop minutieux, inexacts et surtout peu dignes de la gravité historique. L’abbé Sabatier trouve, au contraire, que VHistoire de l’Eglise gallicane est un chef-d’œuvre.
L’intérét et Futilité y fixent tour à tour l’esprit du lecteur, que l’historien sait captiver par un mélange de méthode, de clarté, de critique, d’élégance. Tous les objets y sont présentés sous un jour qui aide autant le jugement que la mémoire. On aime à y voir les événements racontés sans enthousiasme, et développés avec impartialité. Les discours préliminaires montrent surtout l’homme instruit et laborieux, dont l’érudition n’obscurcit point le discernement; l’écrivain aussi ingénieux que sage, qui sait animer les sujets les plus arides, et nous offrir les débris de l’antiquité, dégagés de; la rouille du temps, et embellis par l’habileté de son pinceau ; par-dessus tout, on est touché du ton de respect avec lequel sa plume en traite les dilTérentes matières, sentiment qui prouve autant en faveur de la piété de Fauteur que de ses lumières.
6. Sébastien le Nain de Tillemont (1637-1698), élève de Nicole, et l’un des plus savants écrivains de Port -Royal, après avoir coopéré à plusieurs écrits d’ilermant, de Du Fossé, d’.4rnauld, de Guibaucl-Dubois, de Lambert, de Filleaux de La Chaise, publia, dans la cinquante-troisième année de son Age, son Histoire des empereurs et des autres princes qui régnèrent durant les six premiers siècles de l’Fglise. C’é*ait la première fois qu’on hasardait en langue française une histoire véritablement critique, puisée dans les sources, composée de récits originaux et dégagée d’ornements étrangers. Cet ouvrage eut un grand succès. Scs Mémoires pour servir
* Le 9e et le 10® sont du P. Fontenay, qui les composa sur les manuscrits de Longueval ; le 11® et le 12®, du P. lîrunioy, et les 6 dernifiis, du P. Berthier.
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à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, reçurent le même accueil. C’est le plus grand et le plus savant travail que nous ayons sur ce sujet ; nul ne l’égale en étendue, en profondeur et en exactitude. Le style de Tillemont n’est pas fleuri ; mais la prétendue sécheresse qu’on a cru y remarquer n’est au fond qu’une précision sévère, bien luéférable à l’emphase et à de vaines paroles.
7. Clalue Fleury, prieur d’Argenteuil, sous-précepteur des enfants de France, membre de l’Académie française, naquit l’an 1640 à Paris. Malgré ses diverses fonctions, il sut, vivement épris de l’étude, trouver le temps de composer de nombreux et remarquables ouvrages :
i°VIIistoire dit droit français, livre court et précis, mais aussi clair que rempli d’érudition ;
2“ Catéchisme historàjue, te meilleur peut-être de tous tes écrits de ce genre. C’est l’histoire de la religion depuis la création du monde jusqu’à la paix de l’Eglise sous Constantin, avec une instruction complète sur ce qui concerne la croyance chrétienne.
3° Les Mœurs des Israélites et les Mœurs des Chrétiens, excellents traités qui ne sauraient être trop répandus. Le premier offre un tableau fidèle de la vie, de la conduite, des usagesetdu gouvernement des Hébreux ; le deuxième, écrit avec une candeur et une onction peu commune, est en même temps une introduction à l’Histoire ecclésiastique et une éloquente apologie de la religion.
4° Traité du choix et de la méthode des études, où il décrit la marche convenable à chaque science, ('/est en quelque sorte la clef de tous les ouvrages que l’abbé Fleury a donnés au public.
5” Les Devoirs des maîtres et des domestiques, iradié non moins utile que solide et instructif, où une philosophie chrétienne prescrit aux uns des règles de conduite conformes à l’ordre et à l’humanité, et donne aux autres des leçons propres à régler leur dépendance, et à rendre leur sort plus heureux, (".e livre se termine par un Abrégé de
1)E LA LinÉUATlJKE FRANÇAISE. 425
V Histoire sainte, regardé comme un chef-d’œuvre pour le choix des traits et la précision.
6“ V Histoire ecclésiastique en 20 vol. in-4". (l’est l’œuvre capitale de cet auteur, à qui tous les partis, d’un commun accord , donnèrent le surnom du judicieux Fleury. Cet ouvrage renferme une critique excellente. « On trouve dans l’auteur, dit l’abbé Desfontaines, un
théologien sûr, un juge intègre et éclairé . Les extraits
qu’il donne des saints Pères sont ce qu’on admire le plus... 11 est impossible d'analyser avec plus de précision. Les actes des martyrs sont la partie touchante de l’ouvrage... Le style est simple, quelquefois négligé, mais presque toujours pur, élégant, concis et dans le goût de l’Ecriture sainte. L’onction y règne avec un esprit de candeur et de vérité qui gagne le lecteur. » Quant aux huit Discours préliminaires, s’ils sont irréprochables par le rapport du style, ils sont loin de l’ètre sous d'autres rapports, puisque la cour de Rome en a défendu la lecture. On regrette de trouver, dans un auteur s\ judicieux, tant de préventions et d’attaques contre les papes, et de voir qu’il ait méconnu les services qu’ils ont rendus à la société pendant toute la durée du moyen âge.
L’Histoire ecclésiastique a été misérablement continuée, en 16 vol., par le père Fabre de l’Oratoire. Les volumesdc Fleury vont jusqu’au conciledeConstance(15l4); ceux de son indigne continuateur s’étendent jusqu’à la mort de Philippe 11 (1598).
Outre ces ouvrages, on doit encore à l’abbé Fleury :
Un Discours sur les libertés de l’Eglise gallicane, réimprimé l’an 1807, sur le manuscrit autographe, par M. Emery, supérieur de la congrégation de Saint-Sulpice ; — un Discours sur la prédication; — un Traité du Droit public en France; — le Soldai chrétien; — un Discours sur la Poésie, et notamment celle des Hébreux, etc.
§ 2. Lettres historiques et Mémoires.
1. Lfltiesde Gu\*Patin. — 2. Bu8*\ Kabiitin ; son Ilisioire amoureuse des Gatdcs, ses 5'cs — o. Mad'. mnif't’lle de Moiiipensier scs H Wï
cpiisoult'C. — 4. I e P. d’Arrîfrny ; ses Mémoires. — 5. Slémoîres de Doguiiy-Trooiii. •— 6. D.ingeau; son Jouriiijl de lii cour.
1. Guy-I‘atin (1601-1672), médecin célèbre, était satirique de la tète aux pieds. Son chapeau, son collet, son manteau, son pourpoint, ses chausses, ses bottines, tout cela, dit Visneul-Marville, faisait narjrue à la mode, et le procès à la vanité. Il avait dans le visage l’air de Cicéron, et dans l’esprit le caractère de Rabelais. On a de lui des Lettres, qui sont le portrait au naturel de leur auteur. On y trouve des particularités curieuses sur les savants, sur la Fronde, sur les démêlés des Jésuites et des Jansénistes; mais on regrette qu’elles contiennent tant d’anecdotes fausses et de médisances atroces.
2. Bdssy-Rabütin (le comte de), né dans le Nivernais en 1618, d’abord militaire, connut à la Bastille, où sa conduite le fit enfermer, le vieux maréchal de Bassompierre; il dut sans doute à cette fréquentation l’idée d’écrire un jour des Mémoires, ainsi que le goût de ces airs fanfarons et caustiques qui lui firent tant de tort. Pendant les troubles de la Régence, il changea trois fois de parti, et se poussa ainsi dans les charges de l'armée. Revenu à la cour, il se mit à fabriquer cette chronique scandaleuse, connue sous le titre à' Histoire amoureuse des Gaules, qui, livrée à l’impression, souleva contre lui un cri universel. On l’envoya pendant un an à la Bastille, puis en exil, dans ses terres, où il ne resta pas moins de seize ans. De cette retraite, il ne cessait d’adresser au roi les plus basses comme les plus fausses protestations d’amour et de respect. 11 reparut encore à Versailles, mais pour peu de temps, et mourut, en 1693, à Autun.
Bussy-Babutin avait delà vivacité dans l’esprit, de la facilité dans le style; mais trop de penchant ci cette satire qui n’épargne rien, plus de finesse que de justesse dans le raisonnement, et surtout un ton d’extravagante vanité qui dépare toutes ses bonnes qualités littéraires.
Ses Lettres, qu’il mettait bien au-dessus de celles de madame de Sévigné, sa cousine, olTrent (|uelques traits agréables, mais beaucoup plus d’idées communes et in-
sipides. En général, il y règno un ton d’égoïsme et de satisfaction intérieure qui suffirait pour gâter les meilleures choses. Les petits vers galants ou moraux, dont elles sont semées, ne s’élèvent pas même jusqu'au médiocre.
T.es Mémoires de Bussy renferment peu de faits vraiment curieux : sa vanité s’y met tout à fait à son aise, et l’on ne saurait prendre un grand intérêt aux récits interminables de ses prouesses galantes ou guerrières. Son Histoire abrégée de Louis le Grand n’est qu un panégjrique outré. L’ouvrage dans lequel il prête moins à la critique, c’est V Inst ruclion pour se conduire dans le monde, instruction qu’il rédigea pour ses enfants, et où l’on voit un homme qui connaît le siècle, un esprit qui sait penser sagement, un philosophe qui apprécie à leur juste valeur les biens et les maux de la vie. La religion dirigeait alors sa plume, et, par cette raison, il n’en écrivait que mieux. La vanité, l’envie de briller, l’amour de soi-même, sont de mauvais guides pour le bonheur de nos jours et l’honneur de nos talents. 11 rétracta, longtemps avant sa mort, les égarements d( sa j unesse, et surtout ces productions malignes et licencieuses, où l’esprit se pare des vices du cœur, comme disait le duc de Nivernois. L Histoire amoureuse des Gaules, qui le firent surnommer le Pétrone fran~ pais, et cette Légende scandaleuse, dont Boileau parle dans sa huitième Satire*, excitèrent en lui des regrets qui le mettent au-dessus des auteurs coupables qui ont suivi la même carrière sans s’être repentis comme lui.
3. Mademoiselle DE Montpensier (1627-1693), tante de Louis XIV, si connue sous le nom de Mademoiselle, après avoir figuré dans les troubles de la b ronde, et manqué d’épouser le célèbre duc de Lauzun, écrivit des Mémoires où l’on voit la femme plus occupée d’elle-même qu’une princesse témoin de grands événements. On y trouve en efi'et une foule de minuties : les faits importants y sont rapportés d’une manière incomplète, tandis que des intrigues subalternes, des details fastidieux d atfaiies
' J’irai par ma constance, aux affronts endurci,
Me mettre au rang des saints qu’a célébrés Bussi.
insroiRK CKmuuK
d’intérôt, de cérémonies d’étiquelte, do fêtes, remplissent l’ouvroKC et abusent le lecteur. Le style de ces Mémoires est peu correct, le récit souvent embarrassé et fatigant. Néanmoins il s’y rencontre des cboses curieuses, et, parfois, le fil d'une intrigue conduit à la découverte d'une importante vérité.
A ces Mémoires sont joints divers opuscules de Mademoiselle : •
1» La Relation de l’île imaginaire et l’Histoire de la princesse Paphlagonie, bagatelles de circonslance, écrites avec plus de correction et de facilité que les Mémoires ;
2° Dix-sept Portraits : ils ont les défauts naturels de ce genre de composition qui n’était, dans ce temps, qu’un amusement de société;
3o Des Lettres à madame de Motteville ; elles sont assez bien écrites.
4. Le P. d’Avrigny, Jésuite, relégué comme procureur au collège d’Alençon, à cause de sa santé délicate, y mourut obscur en 1719, laissant en manuscrit deux ouvrages qui lui valurent un rang distingué parmi les historiens du grand siècle. Le premier a pour titre : Mémoires chronologiques et dogmatiques, pour servir à V histoire ecclésiastique depuis jusqu en 1716, avec des réflexions et des remarques critiques; le second est intitulé : Mémoires pour servir à l'histoire universelle de l’Europe, depuis 1600 jusqu’en 1716. Tous deux se recommandent par l’élégante précision du style, par l’exactitude des dates, par des anecdotes curieuses, par des remarques critiques et franches, par le développement des faits, non moins ingénieux que fidèle. Le P. d’Avrigny pèse les auteurs et leur témoignage; il les redresse, il écarte le faux, discute le douteux, et choisit presque toujours le vrai. Lnfin, il est le premier qui, sans écrire un corps d’histoire, ait néanmoins réuni les qualités les plus essentielles à un bon historien.
5. Dugu.vy-Trouin, né l’an 1673 à Saint-Malo, et qui d armateur devint lieutenant-genéral des armées navales, a donné des Mémoires écrits du style d’un soldat, et propres à exciter l’émulation chez ses compatriotes. Ces Mé-
moires s’arrêtent à la mort de Louis XIV, auquel Duguayïrouin survécut de vingt et un ans.
6. Dangeau (Philippe de Courillon, marquis de), le protecteur de Boileau qui lui dédia la cinquième Satire sur la noblesse, et l’un des seigneurs qui jouissaient le plus de crédit à la cour de Louis XIV, a laissé des Mémoires manuscrits, commençant en 1(}84 et finissant en 1720, époque de sa mort. Ces Mémoires, malgré le mépris de Voltaire, qui les appelle l’ouvrage d’un valet de chambre, ont été mis à contribution par divers auteurs et par Voltaire lui-même, qui n’a pas dédaigné d’en donner un extrait sous ce titre : Journal de la cour de Louis XIV, depuis 1684 jusqu'en 1715, arec des notes inté- > essantes (de l’éditeur).
§ 3. Histoire proprement dite.
j.Vniiltas*, .ses dWers ouvrages, enire aiilres l'IIisioire de France. — 2. Pczion? son
liquitê des temps et son Antiquité de la notion cl de la langue des (>i|e-s. ô. Daniel j
SC» divejs ouvrage.», et entre autres son llisioire de Frniice. — 4. lloulainnlliers : scs dilWrcnis écrits. — 5. Dubos; ses ouvrages historiques et antres. — C. Sainl-IUal; scs divcM
écrits sur l'Instoire, et entre autres sa Conjuration contre Venise. 7. Le P. d'Orléans;
son rii.slüire des révolutions d’Angleterre. — 8. Rapin-Thoiras ; son lli.»loire d’Angleterre. “ q.Ycriol ; ses Révolulions romaines, de Suède et de Portugal : son Histoire de JJallc.— . 10. Jugement particulier sur les Révolulions romaines. ~ 1 1. C.ilron ; ses principaux ouvrages. — 12. Cousin; ses diver.s écrits. — i3. Choisy; ses difTerents ouvrages. — i4. Banier; sa Mviliologie expliquée par l’hisioîrc.
1 . Antoine Varillas (1624-1690 ) jouit de son vivant, pendant quelques années, d'unegrande réputation comme historien. Son Histoire de France {Ik vol. 10-4“) fut reçue d’abord en toute confiance : les narrations en sont agréables, la diction pure, et les divisions habiles ; mais bientôt on y reconnut de nombreuses infidélités, des faits altérés, d’autres entièrement controuvés, puisque les manuscrits dont l’auteur prêt ndait les avoir tirés, n’avaient jamais existé que dans sa tête. On trouve les mêmes qualités et les mêmes défauts dans son Histoire des hérésies (6 vol. in-4”). La Politique de la maison d'Autriche est le moins mauvais de ses ouvrages.