Charles Perrault, Galland et Ilamillon
\. Charles Pfiraull ; ses divers ouvrages, et entre antres ses Contes. — 3. (îalland,* ses llille et une Ilamillon ; ses Méti oires de Gramoni el ses (Montes.
I. CiiARLKS Perrault (1628-1703), écolier disputeur et bizarre, donna d’abord dans le burlesque pour tomber ensuite dans l'absurde. Son début littéraire eut pour titre ; les Murs de Troie ou Orifjine du burlesque, en deux chants. Son Portrait d'Jris fut applaudi par le public, mais ridiculisé par Boileau ; d’autres poésies eurent le même sort. Enfin, en 1687, son poëme du Siècle de Louis XIV, où perçait encore plus le désir de rabaisser l'antiquité que le besoin d’exalter l’époque contemporaine, raviva la querelle commencée par Desmarest (410). Racine, qui n’avait vu dans cette pièce que l’exagération d’un poëte courtisan, complimenta l’auteur sur son génie paradoxe, ajoutant que personne n’était dupe de ce jeu d’esprit. Perrault, piqué de cette supposition, écrivit, pour ne laisser aucun doute sur ses opinions réelles, le Parallèle des anciens et des modernes en forme de dialogues. Le Président, VAbbé, le Chevalier, voilà les trois interlocuteurs : le premier, défenseur des anciens, est un homme inepte qui n’a pas de réponse aux diflîcultés les plus simples ; l’abbé, c’est l’auteur lui-même ; quant au chevalier, c’est un bouffon qui n’ouvre la bouche que pour faire ressortir la supériorité du second personnage sur le premier. Pour montrer celle des modernes sur les anciens, Perrault s’avisa de choisir Chapelain, Scudéri, Saint-Amant, au lieu de Racine, Boileau, La Fontaine. Aussi le scandale fut grand, et la querelle dura entre Perrault et ceux qu’il pouvait le plus justement opposer à l’antiquité, jusqu’en 169V où Despréaux et Perrault se réconcilièrent.
Ce fut par suite de cette querelle et de cette réconciliation (lue Perrault composa les Eloges des hommes illustres du xyu” siècle, ouvrage recommandable par les recherches h's plus exactes et l’imparlialité la plus grande.
()n doit encore à Ih'rrault le poëme sur la. peinture,
celui de Saint-Paulin, une ÉpHre à la Quintinie. Il réussissait dans les détails descriptifs; mais il composait avec une malheureuse négligence, et même il n’avait pas le sentiment de la poésie. Ses contes en vers de Grisélidis, de Peau d'âne et des Souhaits ridicules sont prolixemenl narrés. On n’en peut dire autant des Contes des fées qui ont berce notre enfance : iis sont narrés avec beaucoup d art et d agrément; seulement on leur reproche de ne pas renfermer une assez haute moralité. Que conclure, en elîet, du Petit Poucet, de la Belle au bois dormant? Sous ce rapport, ses successeurs ont fait mieux.
2. Antoine Gai.land (16i6-1715), orientaliste et numismate célèbre, naquit en Picardie de parents pauvres. Le travail fit sa science, sa fortune et sa réputation. Il apprit l’arabe, le persan et le turc, trois langues qu’il se rendit familières par trois voyages dans le Levant, et de retour en France, il publia de nombreux ouvrages sur les médailles, sur les antiquités et sur les Orientaux. Mais ce qui contribua le plus à sa renommée, c’est sa traduction des contes arabes si connus sous le nom des Mille et une Nuits, en douze volumes in-l2. Ces contes, bien que souvent puérils, ne ce.sseront jamais de plaire, parce que les hommes s’enflamment aisément pour le merveilleux, et que la brillante fécondité de l’imagination orientale y a semé en profusion dos traits capables de flatter les esprits. Quant au style du traducteur, s’il est souvent incorrect, il est d’autre part plein de naturel et de simplicité, en sorte que, malgré ses défauts, il serait fort dilTicile d’en égaler le mérite.
Les contes des deux premiers volumes commençaient tous par ces mots ; Ma chère sœur, si vous ne donnez pas, faites-nous de ces beaux contes que vous savez. Quelques jeunes gens, ennuyés de cette plate uniformité, allèrent, une nuit qu’il faisait très-grand froid, frapper à la porte de l’auteur qui courut en chemise à sa fenêtre. Après l’avoir fait niorfondre quelque temps par diverses questions insignifiantes, ils terminèrent en lui disant : Ah! monsieur Galland, si vous ne dormez pas, faites-nous de
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UISTdIUli CRITIOUK
cea beaux contes que vous savez si bien. (;aliand profita de la li'çon, et supprima dans les volurnessuivants le préambule insipide c|ui lui avait attiré la plaisanterie.
Galland a eu beaucoup de part au Menaymna ainsi qu’à la Bibliothèque orientale de d’Herbelot, et aux Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
dont il était membre. . .
3. Antoine Hamilton, issu de l’illustre famille ecos saise de ce nom, naquit en Irlande en 104-6. Après avoir fait ses études en France, il passa en Angleterre, a la cour de Charles II, où sa qualité de catholique l’exclut des emplois. Mais Jacques 11 lui donna plusieurs charges dignes de sa naissance et de ses sentiments orthodoxes, aussi le reconnaissant Halmiton le suivit-il, en 1688, a Saint-Germain, où Louis XIV avait reçu le monarque détrôné par l’usurpateur Guillaume. C’est là qu il mourut en 1720, et qu’il composa tous ses ouvrages. Sa sœur avait épousé le chevalier de Gramont.
Les Mémoires de Gramont sont le plus agréable et le plus ingénieux de tous les livres frivoles ; c’est l’ouvrage d’un esprit léger et fin, accoutumé, dans la corruption des cours, à ne connaître d’autre vice que le ridicule, à couvrir les plus mauvaises mœurs d’un vernis d’élégance, à rapporter tout au plaisir et à la gaieté. Il y a quelque chose du ton de Voiture, mais infiniment perfectionné. L’art de raconter les petites choses, de nnanière à les faire valoir beaucoup, y est dans toute sa perfection.
Les Contes d’IIamilton, le Bélier, Fleur d'épine, les Quatre Facardins et Zénéide, sont moins goûtés que les Mémoires, parce qu’ils renferment trop d’extravagances ; mais il faut savoir que l’auteur les composa par défi, pour prouver aux femmes de la cour, qui raffolaient alors des Mille et une Nuits, (ju’il n’était pas très-difficile d imaginer des aventures incroyables et absurdes. Le Bélier est le seul qui eût une autre origine : il fut fait pour donner une sorte de fondement fabuleux au nom de Pontalie, dont la comtesse de Gramont avait décoré le Moulinoau, terrain que le comte tenait de la muniliceqcô
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du roi. Le début du Bélier et celui des Quatre Facardiîis sont en vers et tous deux jolis.
X^'Epitre au comte de Gr amont, mêlée de prose et de vers, est un petit chef-d’œuvre d’esprit et de gentillesse. En général, les vers d’IIamilton sont pleins de feu et de légèreté. On retrouve en partie ces qualités dans ses nombreuses poésies de société; mais trop de négligence les dépare, et d’ailleurs elles ont perdu pour nous le mérite de l’à-propos et des allusions.