‹ Histoire élémentaire et critique de la littératureChapitre 8 sur 96 · François 1“’ et Marguerite de Navarre · texte numérisé non relu

François 1“’ et Marguerite de Navarre

1. Poésies de Fi’rik^oÎs K''. — a. Poésies de Marguerite de Xavarre,

bes protficteprs dè Marot, François I" et Marglieritp, furppt iiussi poètes.

1. Les poé^ips fîc François 1", la plupart inédites, forment un recueil assez volumineux; elles se composent, Gonipic cellps de Marot, de ballades, rondeaux, chansons, etc. p,e gi'and nombre de poésies dans un prince a paru spspept à des critiques malveillants; ils ont avancé }P o)PP‘0’tjfiP avait usurpé une réputation de poète et achc}é qne jinniortalité littéraire; mais rien ne Justifie celte injurieuse supposition. Fn admettant, ce que nqvis lais()iis, qçj j| )j]ille en apçorder au prince tout rhonneur.

François 1“ serait le poëte de son temps le plus rapproché de Marot. Tout le monde connaît ses vers sur Agnès Sorel. Voici l’épitaphe qu’il fit pour la célèbre Laure de Pétrarque, en passant à Avignon :

En petit lieu compris vous pouvez voir,

Ce qui comprend beaucoup par renommée :

Plume, labeur, la langue et le devoir Furent vaincus par l’amant de l’aimée.

O gentil ame, étant tant estimée,

Qui te pourra louer qu’en se taisant?

Car la parole est toujours réprimée Quand le sujet surmonte le disant.

2. Marguerite de Navarre, outre des Contes et des Mystères dont nous parlerons plus loin, a laissé, comme son frère, des poésies où se retrouvent les leçons, sinon la main de Marot. Une mollesse assez élégante les caractérise. Jean de La Haye, son valet de chambre, les a réunies sous le titre fleuri de : les Marguerites de la Marguerite des princesses. On y lit des rondeaux, des ballades, des épigrammes, un poëme intitulé le Triomphe de l’Agneau et la Complainte pour un Prisonnier, faite apparemment à propos de la captivité de François 1". Ajoutons à cette nomenclature le Miroir de l’Ame pécheresse, qui fut censuré par la Sorbonne, à cause des germes d’hérésie qu’il contenait. Voici un dizain qu’elle adressa à son protégé qui en avait perdu contre Hélène de Tournon :

Si ceux à qui devez, comme vous dictes,

'Vous congnoissoient comme je vous congnois,

Quitte seriez des debtes que vous feites Le temps passé, tant grandes que petites :

En leur payant un dizain toutes fois Tel que le vostrc, qui vaut mieux mil fois Que l’argent deu par vous, en conscience.

Car estimer on peult l’argent au poix ;

Mais on ne peult, et j’en donne ma voix,

Assez priser votre belle science.

§ 4. Maurice Scève, Mcllin de Sainl-Gelais et François Habert.

1. Maurice Scéve. ■— 2. Mcllin di; Sainl ridais ; caraclèro de son taicni. *— 5. Poési'-s tlü Saiul-Gelais ; jugement de Pasquicr. — 4. î-a «enaille de Mcllin. — 5. (Ütaiion de quelques êpigrainmes. —6. François Jlabcrt; mérite de sa poésie.

1. Avec Clément Marot, la cour, sa maîtresse d’école, comme il la nommait, protégeait plusieurs écrivains moins naïfs que le page de Marguerite, plus recherchés que lui, quelquefois platoniquement obscurs, comme Maurice Scève, qui fit pour Délie plus de quatre cents dizains énigmatiques, mais plus chastes, plus élégants que leurs prédécesseurs, et connaissant mieux les ressources et les délicatesses du langage.

2. A la tête de cette école était Mellin de Saint-Ge- LAis, neveu d’Octavien, natif d’Angoulême comme François (1491), et que ce monarque donna pour aumônier au Dauphin. Son éducation avait été brillante; il connaissait le grec, le latin, Fitalien ; il admirait surtout la littérature italienne, dont Catherine de Médicis avait introduit le goût à la cour, et lui-même introduisit dans la littérature française les sonnets et les madrigaux, ou concetti, enfants de l’Italie. Eminemment ingénieux, caustique, brillant, mais dénué de verve et de portée, Saint-Gelais semble annoncer Voiture, Voisenon et tous ces petits beaux-esprits dont la finesse et le trait firent le seul mérite. Sa gentillesse n’est pas, comme celle de Marot, naïve et presque enfantine ; il n’a rien du laisseraller qui nous charme dans les poésies de maître Clément. Mais ses rondeaux, ses épigrammes, pièces très-courtes et d’un tour heureux, étincellent d’esprit, et si elles s’écartent souvent du bon goût, elles s’éloignent rarement du bon ton.

3. Le bagage littéraire de Mellin est fort mince. 11 se compose surtout de petites pièces érotiques, toutes plus ou moins entachées de l’alVéterie italienne. Ainsi, par-

lant d’une rupture, il écrit que l’on peut raccommoder la flèche de l’amour, quand elle est brisée, et il ajoute :

L’acier, au lieu de sa soudure,

Est plus fort qu’aillcurs et plus ferme.

Le sonnet suivant, qui n’est pas le plus maniéré de ceux de Mellin, fera juger des autres :

Voyant ces monts de vue aussi lointaine.

Je les compare à mon long déplaisir :

Haut est leur chef, et haut est mon désir ;

Leur pied est ferme, et ma foi est certaine.

D’eux maint ruisseau coule et mainte fontaine;

De mes deux yeux sortent pleurs à loisir;

De forts soupirs ne puis me dessaisir.

Et de grands vents leur cime est toute pleine,

Mille troupeaux se promènent et paissent;

Autant d’amours se couvent et repaissent Dedans mon cœur, qui seul est ma pasture.

Ils sont sans fruit, mon bien n’est qu’apparence,

Et d’eux à moi, n’a que la dilfércnce En eux la neige, en moi la flamme dure.

Cette citation justifie l’opinion de Pasquier, contemporain de Saint-Gelais :

Mellin, dit-il, dans ses Recherches sur la France, produisait de petites fleurs, et non fruits d’aucune durée. C’étaient des mignardises qui couraient de fois à autres par la main des courtisans et dames de la cour; ce qui lui était une grande prudence, puisqu’après sa mort (1558) , on fit imprimer un recueil de ses œuvres qui mourut presque aussitôt qu’il vit le jour.

4. Un autre talent, qui rendait complet chez Mellin l’homme à petits succès, c’était celui de bien tourner une épigramme, soit en vers, soit dans la conversation. Sa causticité redoutable faisait les délices de la cour. Aussi, lorsque la savante école de Du Bellay et de Bon-

sard publia ses premiers essais, elle ne trouva pas d’ennemi plus à craindre que Saint-Gelais, qui, profitant de son crédit auprès des grands, se moquait sans scrupule des vers durs, des bizarres innovations et des prétentions pédantesques qui caractérisaient les promoteurs de la révolution littéraire. lîonsard parle de la tenaille de Mellin avec un sentiment de douleur et de colère qui prouve la profondeur des atteintes que le bel-esprit satirique lui avait portées. Préserve-moi, dit-il au ciel,

Préserve-moi d’infamie.

De toute langue ennemie,

Et de tout esprit malin.

Et fais que devant mon prince Plus désormais ne me pince La tenaille de Mellin.

5. En cherchant bien parmi les épigrammes de Mellin que le temps nous a conservées, nous en trouvons quelques-unes qui peuvent être citées ici; les autres sont meilleures peut-être, mais elles seraient aussi contraires à l’esprit de cet ouvrage qu’elles l’étaient à son caractère de prêtre :

Un maistre ès-arts mal chaussé, mal vestu.

Chez un paysan demandoit à repaistre ;

Disant qu’on doit honorer la vertu,

Et les sept arts dont il fut passé maistre.

Comment sept arts! répond l’homme champestre :

Je n’en sais nul, honni mou labourage;

Mais je suis saoul quand il me plaist de l’estre,

Et si nourris ma femme et mon ménage.

Un charlatan disoit en plein marché Qu'il monstreroit le diable à tout le monde :

Si n’y eust nul, tant fust-il empêché,

Qui ne courust pour voir l'esprit immonde. Lors une bourse assez large et profonde Il leur déployé et leur dit : Cens de bien. Ouvrez vos yeux, voyez, y a-t-il rien?

Non, flit quehm’un des plus luês regardans.

Et c’est, dit-il, le diable, oyez-vous bien,

Ouvrir sa bourse, et ne voir rien dedans.

6. François Habert, natif d’Issoudun, est, après Marot, son contemporain, celui qui a réuni le plus de grâce et d’énergie dans ses vers, aujourd’hui trop oubliés. On y trouve des morceaux qui, pour la force et l’imagination, surpassent infiniment les prétendues pièces choisies de nos anciens recueils. C’est surtout dans les épîtres qu’Haberta le mieux réussi. II en a d’historiques, de badines, de philosophiques. De ce dernier genre est celle qu’il adresse au comte de Nevers, et dont le but est de prouver qu’il n’y a point de véritable noblesse sans vertu :

Non pas vertu de laquelle estvestu L’homme arrogant, qu’on dit vertu mondaine.

Qui semble belle et ne vaut un festu.

Pour ce qu’elle est de toutorgueil fontaine.

Mais bien vertu excellente, haultaine.

Qui fait des grands la naissance florir.

Qui sous les pieds met l’envie et la haine,

En s’attachant à ce qu’on doit chérir ;

Vertu qui vient d’une source certaine De vérité, non sujette à mourir.

François Habert est l’inventeur des rimes redoublées.

§ 5. Des romans de chevalerie et de leur influence. — Les contes et les farces.

Goût de François I®*’ pour !a chevalerie ; Hcrhcray des Essarts. — 2. manie chevaleresfjue gagne jusqu auxpocies ; IJoucliet, Michel d’Amboise, LeI>loiid, François Ilahcrl. — 0. IVélcnrion de la nouvelle école; Iléroët, La Bordeiic, Fonlaim;, Angiez. — 4. Conles Pt farces; Bourdigné. — 5. Roger de Cellerye.

1. De tous les genres de littérature que François I" protégeait, il en est un qui flattait son goût et son caractère. Depuis que la chevalerie n’existait plus, on raffolait do chevalerie. Ce monarque et sa sœur en poussaient ramopf Jusqu’à l’engouement. Souvent François I" se

préscnlait au milieu de sa cour, vêtu comme un preux, une lance à la main et la barbe peinte. Quiconque eût voulu braver les Amaclis, dit le brave capitaine La Noue, on lui eût craché au visage. Alors reparurent tous les héros et toutes les héroïnes de nos romans du moyen âge, Cleomadès , Olivier, Lancelot , Tristan , etc. ïIerberay DES Essarts traduisit pour François 1“ TAmadis espagnol, dont la lecture avait charmé sa prison de Madrid, et il y eut des passions imitées de celles de TAmadis ; mais déconcertées dans leurs projets de constance par la légèreté française et la licence du temps, les intrigues s’excusaient sous le nom d’aventures chevaleresques, et Ton donnait le nom de récompenses ou guerdonnements à ce qui ne mérite que le nom de désordres. Saint-Gelais faisait les devises et rimait les cartels. Le matin, tantôt des cavalcades et des carrousels où chaque gentilhomme portait les couleurs de sa dame ; le soir, tantôt des fêtes où se sollicitait le prix des prouesses du matin, tantôt la lecture des romans de chevalerie, où dames et seigneurs prenaient des leçons de style érotique.

2. La manie chevaleresque du prince et de sa cour gagna jusqu’aux poètes ; chacun d’eux eut sa devise, son écu, la dame de ses pensées. Le Parnasse se para tout à coup de magnifiques et ridicules emblèmes. Citons Jean Bouchet, traverseur de voies périlleuses ; Miguel d’Am- BOISE, l'esclave fortuné, c’est-à-dire le jouet de la fortune ; Jean Leblond, l’humble aspirant; François Habert, le banni de Liesse, troupe de Don Quichottes poétiques qui ne chantaient plus, qui blasonnaient . Tous les membres du corps humain curent leur blason ; on fit le blason des cheveux, du sourcil, de Tœil, du cou; on introduisit Tart héraldique dans Tart poétique. Il n’y avait pas jusqu’aux mystères de la foi catholique que les poètes ne tournassent en fadeurs amoureuses. On faisait des madrigaux à propos des martyrs; on excommuniait les beautés rebelles à Tamour; on inscrivait de petits vers galants sur le psautier des dames.

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