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Outre les ouvrages cités de Bayle, on a encore de lui

La Cabale chimérique ; — la Chimère de la cabale de Rotterdam ; -Avis au petit auteur des petits Livrets; — Nouvel avis, au même ( Juricu);— Réponse aux questions d' un provincial ; — Entretiens de Maxime et de Thémiste, ou Réponse à M. Leclerc ; — Opuscules ; — Cours de philosophie, en latin; — Lettres à sa famille et à ses amis ; — Discours historiques sur la vie de Gustave- Adolphe.

9. Claude Büffier, né, l’an 1661, en Pologne, d’une famille française, entra chez les Jésuites de Rouen en 1679, et mourut à Paris en 1737. Associé de bonne heure au Journal de Trévoux, il publia dans sa belle et longue

carrière un grand nombre d’ouvrages qui décèlent un écrivain habile, élégant, rempli d’esprit et d’érudition. Ce sont :

1“ Un Cours des sciences sur des ‘principes nouveaux et simples pour former le langage, le cœur et l'esprit, in-fol. Ce recueil, infiniment estimable, contient : une Grammaire française sur un plan nouveau, dont les grammairiens postérieurs ont beaucoup profité ; des Traités philosophiques et pratiques de l’éloquence et de la poésie, auxquels on peut reprocher trop de raisonnements métaphysiques ; un Traité des premières vérités et de la source de nos jugements, où l’auteur développe habilement des idées abstraites ; un Traité de vérités de conséquence, des Eléments de métaphysique , V Examen des préjugés vulgaires pour disposer l’esprit à juger sainement de tout; un Traité de la société civile, où l’on peut relever quelques maximes peu conformes à la sincérité chrétienne ; une Exposition des vérités les plus sensibles de la véritable religion ; un Discours sur l’étude et lamarche des sciences, et sept Dissertations sur divers sujets. On trouve dans plusieurs articles de l’Encyclopédie des pages entières, littéralement empruntées au Cours des sciences, sans qu’il soit jamais cité.

2° La Pratique de la mémoire artificielle pour apprendre et retenir la chronologie, l’histoire et la géographie. Ainsi, pour fixer dans la mémoire les noms propres, l’ordre et la date des faits, le F. Buffier emploie la méthode des vers techniques, dont MM. de Fort- Royal se servaient avec succès dans l’étude des langues anciennes. Voltaire a très-bien remarqué, dans son Siècle de Louis XIV, que l’auteur avait rappelé les vers (il ne dit pas la poésie) à leur première destination, en les faisant servir à imprimer dans la mémoire des hommes les événements 'dont on voulait garder le souvenir.

3° Quelques ouvrages historiques : Introduction a l histoire des maisons souveraines de l’Europe; - Abrégé de l’histoire d Espagne, par demandes et par réponses ; — Histoire de l origine du

rouaume de Naples et de Sicile.

Plusieurs traités de religion et de piété : Variétés consolantes du christianisme; — Exercices de piété; — Sentiments chrétiens sur les principales vérités de la religion, en prose, vers et gravures, etc.

10. Fontenelle (Bernard Le Bovier de) naquit à Rouen le 11 février 1657, et mourut à Paris, le 9 janvier 1757. C’est dans cet intervalle de cent ans que les plus grands écrivains dont s’honore la France, ont commence ou terminé leur carrière; et parmi ces hommes illustres qui furent tous ou les amis, ou les ennemis, ou les rivaux de Fontenelle, qui tous le surpassèrent, soit par la force, soit par l’originalité, soit par l’élévation de leur génie, aucun n’a été plus remarqué de son vivant, ni plus célèbre après sa mort. Cet avantage, il ne le doit pas seulement, comme on le dit, à la variété de ses connaissances, à la finesse de son esprit, à la souplesse gracieuse d’un talent éminemment français; mais plus encore, selon nous, à ce qu’il tient aux littératures si distinctes du xviC et du xviiP siècle, à l’une par les traditions de réserve et de décence, à l’autre par la corruption du goût et la naissance du philosophisme : tout cela se trouve dans Fontenelle.

1 1 . Après des études très-brillantes chez les Jésuites de Rouen , Fontenelle se fit recevoir avocat, comme son père, plaida une cause qu’il perdit, et renonça au barreau pour les lettres. Plusieurs fois il concourut pour le prix de l’Académie française sans pouvoir le remporter. Le Mercure, alors rédigé par Thomas Corneille et Visé , ouvrit ses colonnes à plusieurs de ses pièces, entre autres VÂmour noyé, que les rédacteurs comblèrent d’éloges. Par une espèce de retour, Fontenelle aida Thomas Corneille dans la composition de deux opéras [Bellérophon ei Psyché ); il risqua ensuite au théâtre, sous le nom de Visé, une petite comédie en un acte, la Comète; et neveu du grand Corneille, se croyant appelé par droit de famille à lui succéder sur la scène tragique , il vint a Paris pour y faire jouer sa tragédie A Aspar L C était l’époque { 1680) où l’envie se servait du nom de Corneille pour déprécier Racine. Aussi Fontcnelle, avec sa tragédie, devint le héros d’une cabale

‘ Il paraît qu’elle avait pour sujet une conspiration contre l’empereur Léon, successeur de Marcien en 457.

qui le préconisait dans les journaux comme le remplaçant de son oncle. La chute complète d’Aspar changea ce triomphe en humiliation. Fontenelle jeta sa pièce au feu ; mais Racine offensé ne voulut pas qu on oubliât Âspar, d’où date, disait-il, l’origine des sifflets;

Ces jours passés, chez un vieil histrion,

Un chroniqueur émut la question,

Quand dans Paris commença la méthode De ces sifllets qui sont tant à la mode.

« Ce fut, dit l’un, aux pièces de Boyer. »

Gens pour Pradon voulurent parier.

« Non, dit l'acteur, je sais toute l’histoire » Que par degrés je vais vous débrouiller :

» Boyer apprit au parterre à bâiller;

» Quant à Pradon, si j’ai bonne mémoire,

» Pommes sur lui volèrent largement ;

» Mais quand sifllets prirent commencement,

» C’est (j’y jouais, j’en suis témoin fidèle),

» C’est à VÂspar du sieur de Fontenelle.»

L’auteur d’Aspar essaya contre l’auteur d’Esther et d’Athalie , des épigrammes qui ne réussirent pas mieux que sa pièce ; mais il fut plus heureux contre Boileau qui venait de produire VOde sur la prise de Namur, et la Satire sur la femme :

Quand Despréaux futsilRé pour son ode,

Ses partisans criaient dans tout Paris ;

Pardon, messieurs, le pauvret s’est mépris,

Plus ne loûra, ce n’est pas sa méthode.

Il va draper le sexe féminin,

A son grand nom vous verrez s’il déroge :

Il a paru, cet ouvrage malin ;

Pis ne vaudrait quand ce serait éloge.

Peu de temps après, survint la fameuse querelle des anciens et des modernes, sur laquelle Fontenelle prit fait et cause pour La Motte, son ami. Cette amitié le conduisit encore à donner Idalîe, tragédie en prose, qui, comme ses six comédies, est restée au-dessous du médiocre. Son opéra de Thétiset Pelée eut longtemps de la réputation, et on a droit de s’en étonner; ceux û'Endytmon et de Lavinie ne réussirent point. Ses Pastorales furent accueil-

lies, dans leur nouveauté, avec un empressement qui a lieu de surprendre ; elles sont ingénieuses et spirituelles; mais le prosaïsme des vers et l’atléterie des idées y blessent à la fois l’oreille et le goût. 11 faut en excepter la cbarmante égloguo ù'Ismme, oùil y a autant de naturel que de grâce. Si à cette pièce on ajoute V Apologue de l’ Amour et de l’Honneur, le Sonnet de Daphné et le Portrait de Ctarice, on aura les seuls vers de Fontenelle qui méritent d’étre sauvés de l’oubli.

12. Comme prosateur, il serait dangereux de prendre sa manière d’écrire pour modèle. La finesse et l’agrément trop recherché qui régnent dans sa prose, sont des amorces séduisantes, mais trompeuses, pour les jeunes esprits. Les Lettres du chevalier d’IIer***, que Fontenelle n’eut jamais le courage d’avouer ni de désavouer, ne sont qu’un fatras de fades galanteries. Les Dialogues des Morts eurent plus de vogue, et cela prouve le mauvais goût du temps; il y a sans doute dans presque tous un grand nombre de pensées ingénieuses et fines, mais tout autant de subtiles et de paradoxales. Fontenelle y cherche plus à étonner par des interlocuteurs disparates, qu’à instruire par le développement des vrais caractères. Ce n’est pas ainsi qu’on écrit la morale ; l’étalage de l’esprit ne peut que l’affaiblir.

Les Entretiens sur la Pluralité des Mondes ont survécu à leur première réputation. «Ce livre, dit Voltaire, fut le » premier exemple de l’art délicat de répandre de la lu- » mière et des grâces sur les sciences abstraites. » C’était, selon nous, un exemple dangereux : la parure de la véritable science, de la véritable philosophie, c’est l’ordre, la clarté, l’élégance sévère; les pointes, les saillies, les gracieusetés ne doivent pas trouver place dans un livre de morale, de métaphysique, de science, même de science élémentaire. On néglige alors le principal pour l’accessoire.

l'Histoire des Oracles, titre trop fastueux pour une traduction abrégée du livre de Van Dahle, eut plus de retentissement encore que la Pluralité des mondes. Dans

l’original comme dans l’extrait, le but était de prouver que les oracles n’étaient point l’ouvrage des démons, et qu’ils n’avaient point cessé à ta venue de Jésus-Clirist. 11 n’en fallait pas davantage pour s’attirer les applaudissements de ceux qu’on appelait alors les esprits-forts, et qui déjà formaient le parti précurseur du philosoptiisme. Le P. Battus réfuta X Histoire des Oracles, qui devint l’objet d’une assez longue polémique. Fontenelle n’y prit aucune part. En général le caractère de sa philosophie, c’est une réserve calculée, un scepticisme qui, pour être modeste, n’en est pas moins dangereux. 11 avait coutume de dire que, s’il avait toutes les vérités dans sa main, il se garderait bien de l’ouvrir. Par principe et par caractère, il devait être éloigné d’attaquer ouvertement la religion de son-pays, et il n’est pas démontré qu’il soit l’auteur d’un écrit anonyme et anti-religieux, intitulé la Relation de Vile BornéoX 11 répétait souvent que la religion chrétienne était la seule qui eût des preuves, et il en pratiquait publiquement tous les devoirs. Enfin dans la vie du grand Corneille, il a dit de l’Imitation de Jésus- Christ ; C’est le plus beau des livres sortis de la main des hommes, puisque l’Evangile n’en vient pas.

13. Membre de l’Académie des Inscriptions, Fontenelle fut nommé, l’an 1699, secrétaire de l’Académie des sciences, place qu’il a remplie pendant quarante-deux ans avec un applaudissement universel. Si l’on veut avoir une exacte idée de son mérite, comme écrivain, il faut lire son Histoire de VAeadémie des sciences, qui renferme deux Préfaces, les extraits des Mémoires des savants et leurs Eloges : c’est le moins connu et le plus beau de scs ouvrages. Dans aucun, il n’a montré un esprit plus vaste, plus lumineux, plus universel. Les vérités ensevelies dans les longueurs et dans les obscurités du langage mys-

* CettG relation parut d^abord dans les Nouvelles de la Répuhli([ue des lettres par Bayle, qui sans doute en est l’auteur. Dans ccl opuscule, Mero et Enegu désignent Rome et Genève. La Harpe (Cotirs de Littérature, 1. 15, p. 365) a cru mal à propos que ces deux mots étaient le titre d’un autre opuscule différent de la relation.

térieux des sciences, deviennent, sous sa plume, brillantes de précision et de clarté. Voltaire a dit de lui à ce sujet :

L’ignorant l’entendit, le savant l’admira.

Les Eloges déctMent le plus rare talent. 11 y semble, en quelque sorte, avoir épuisé toutes les formes, pour attirer la curiosité du vulgaire sur ces sages bienfaiteurs de la société ; il intéresse vivement à leurs nobles passions et au succès de leurs recherches ; il n’est pas jusqu’à leur ignorance et à leur simplicité dans le commerce delà vie dont il ne sache tirer parti, et tel est son art, telle est sa mesure dans la peinture de leurs manières bizarres et de leurs innocents ridicules qu’il nous fait encore admirer, respecter même ceux dont il nous fait rire.

14. Tels sont les principaux ouvrages de Fontenelle. Voltaire l’inscrivit de son vivant, dans le catalogue des auteurs du grand siècle, et après sa mort il l’introduisit dans le Temple du Goût par les vers suivants :

C’était le discret Fontenelle Qui, par les beaux-arts entouré,

Répandait sur eux à son gré Une clarté vive et nouvelle.

D’une planète à tire-d’aile En ce moment il revenait Dans ces lieux où le Goût tenait ,

Le siège heureux de son empire ;

Avec Mairan il raisonnait;

Avec Quinault il badinait;

D’une main légère il prenait Le compas, la plume et la lyre.

11 résulte de cet article que Fontenelle était un homme sans caractère et sans talent bien prononcé, ami timide du philosophisme, moitié bel-esprit, moitié savant, qui gâta presque toujours son style par des tons prétentieux, maniérés, qui dans les sciences n’a rien inventé, et dont la véritable vocation était d’être secrétaire perpétuel d’une académie. La Bruyère l’a peint sous le nom de Gydias dans ses Caractères, au chapitre de la société et de la conversation.

15. Jean-François Baltes, né l’an 1667 à Metz, Jésuite en 1682, se fit d’abord connaître par sa Réponse à l’Histoire des oracles, de Fontenelle. Celui-ci, en renouvelant le système de Van Dahle, soutenait, contre l’opinion commune : 1“ que les anciens oracles du paganisme n’avaient rien de surnaturel, et qu’ils étaient l’effet de l’artifice des prêtres païens ; 2“ qu’ils avaient duré jusqu’à l’entière ruine du paganisme, sous les empereurs chrétiens. Baltus, au contraire, prouva qu’ils étaient au moins en partie l’ouvrage des démons, et qu’ils avaient été réduits au silence, lors de la mission de Jésus-Christ sur la terre. Après ce premier combat contre l’incrédulité naissante du xviiC siècle, Baltus démontra, dans sa Défense des SS. PP. accusés de Platonisme, que le prétendu platonisme des Pères n’a été introduit que pour traduire nos plus grands mystères en opinions d’un philosophe païen

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