LE CONTE DE CH*T"H
qui ressentit pour lus Gueliès l'aveugle attachement dont Charles I", Clmrks II et Jacques II reçurent d'innombrables preuves, malgré les plu? grandes lanles et lis plus grandes infortunes. Ces whigs, quisouleiiaiciitsi éneigiquemcnl de leur bourse et de leur épée la nouvelle monarchie, agissaient ainsi par suite de princi]ies indépendants de toute sympathie et, en vérité, presque incompatibles avec les sentiments d'un loyalisme dévoué, Les tories regardaient la dynastie étrangère comme un grand mal qu'il fallait endurer de peur d'un mal plus grand encore. Au* ;eux des tories purs, l'Électeur était le plus odieux di's larrons, le plus odieux des (pans. Sur sa têle était la couronne d'un autre ; sur seà mains était le sang d'hommes braves et loyaux. De sorte que pendant un grand nombre d'années les rois d'Angleterre inspirèrent à beaucoup de leurs sujets une lurte aversion personnelle, et n'inspirèrent à aucun mie affection personnelle. Ils trouvèrent, il est vrai, un appui lernio et sincère contre les Prétendants-, mais cet appui leur était donné non par amour pour eux-memes, mais bien en considération d'un système religieux et politique que leur chute eut mis en danger. De plus ils éluicnt forcés d'aclieler cet appui moyennant le perpétuel sacrifiée de leurs inclinations personnelles au parti qui les avait mis sur le trône et qui les y maintenait.
A la fin du règne de Georges II, le sentiment d'aversion qu'éprouvait la moitié de la nation pour la maison de Brunswick avait disparu; mais aucun sentiment d'alfecu'on pour cette maison ne l'avait encore remplacé. Le vieux roi avait en lui, il est vrai, peu de chose qui pût motiver l'estime ou la tendresse. Il n'était pas notre compatriote. Il n'avait mis le pied sur nuire sol qu'a l'âge de trente ans. Son élotiitiou décelait son origine et son éducation étrangères. Son amour pour sa terre natale, bien que ce lut le cfité le plus aimable de son caractère , était vraisemblablement peu propre à le laiiv chérir p;ir se. sujets anglais. Il n'élait jamais si heureux que lorsqu'il |iouvait quitter Saint -James pour llerrenhausen. Chaque année, nos vaisseaux le transportaient sur le
continent, et, comparés aux intérêt di -ou élcctorat, les intérêts Je son royaume n'i'laient pour aiii-i [lire rion à ses yeux. A tout mitro égard, il n'avait ni les qualités qui ivudent la bêtise rcs- ]>eetable ni les qualités qiii rendent le libertinage attrayant. II avait été maniais lils oL père îilus mauvais encore ; mari iniidèlo et amant désagréable. On ne se rappelle de lui aurune action magnanime mi Iminaine, mais plusieurs exemples de bassesse et d'une dureté qui, n'avaient été les fortes restrictions constitutionnelles dont il était entouré, auraient pu faire le malheur de sou peuple.
Il mourut, et soudain ni unie nouveau surgit. Le jeune roi
était né Anglais. Toutes ses tendances et toutes ses habitudes, bonnes on mauvaises, éLaient anglaises. Pas une catégorie de ses sujets n'avait la moindre chose à lui reprocher, Les adhérents de la maison de Stuart etis-iin'nies pouvaient à peine lui imputer le crime d'usurpation. Il n'élait ro-poiiiaiilo ni île la Itévolution, ni de l'acte de Succession, ni de la répression des soulèvements de 171 5 et de 1745. Il était innocent du sang de Derwenlwater et île Kilmarnoek, de Bahnerino et (le Cameron. Né cinquante ans après l'expulsion des anciens souverains, quatrième représentant et troisième roi do la dynastie banovrienne, .il pouvait arguer de quelque apparence du droit héréditaire. Sou âge, son oxtérieur et tout ce qu'on connaissait île son caractère lui conciliait la faveur publique. Il était dans la fleur de la jeunesse, sa personne cl son abord étaient agréable, la médisance ne l'accusait d'aucun vice, et la flatterie pouvait, sans alisin dite manifeste, lui attribuer plusieurs vertus princières.
Il n'est donc pas étonnant que du jour de son arrivée au trône aient commencé à revivre les sentiiiieuls de loyalisme, sentiments qui naguère semblaient aussi surannés que la croyance ans sorciers et l'habitude des pèlerinages. Les tories, en particulier, qui avaient toujours eu le culte do la loyauté et qui avaient longtemps gémi de n'avoir pas une idole devant laquelle ils pussent se piostcnier, étaient aussi joyeux que les prêtres d'Apis,
LE COITE 1IE CHATll.lW.
quand, après un long intervalle, ils avaient de nouveau trouvé un veau à adorer, II fui bien loi évident qu'une partie de la nation avait sur Georges ll[ une opinion bien différente de celle qu'elle avait conçue de sis deux prédécesseurs. Cru.v-ti avaient été simplement premiers maL'istrals, doges, stalliundei's. Lui était pompeusement le roi, l'oint, du eicl, h respiration des narines de son peuple. Les années île veuvage el de deuil du parti tory étaient | lassées Iliitoiiavail as-i'/ lorigl r:np- ^:irilé su Un aux eendres placées d'un aneiert mailre. Elle avail enfin rencontre un consolateur, et reconnaissait les traces de l'aneienne llainine. Les jours dorés de Harlej reviendraient. Los Somerset, les Lee, les Wyndham entoureraient encore le trône. Aux prélats lalitudinaires qui n'avaient pas eu honte île oniTuspomlre avec lloildniige et de serrer la main de Whislon suecédoi-aiciil des eee lé si astiques ayant un caractère analogue à celui de South et à eeini d'Allerbury. Le dévouement qui avait élé montré d'une manière si complète à la maison de Slnart, le dévouement qui avait subi l'épreuve des défaites, des confiscations et de la proscription, le dévouement que n'avait pu lasser la perfidie, l'oppression et l'ingratitude, était maintenant mis tout entier à la disposition de la maison de Drunswick. Si Georges tl! voulait seulement accepter l'hommage des Cavaliers el des liaul- dignitaires île l'Kfrlise, il serait pour tous ce qu'avaient été Charles 1" el Charles II.
parti, longtemps hostile à sa maison, élail doué naturellement
être donner un nom plus dur, et d'une intelligence qui, à la vérité, n'était ni vasle ni profonde, mais qui était suffisante pour en faire un véritable homme d'affaires. Toutefois, son caractère ne s'était pas encore eeinpléleineiil développé. 11 avait élé élevé dans la rcliaite lu plus absolue. Les détracteurs de la princesse
ver sur leur esprit nu empire sans parlée. Ole donnait de su
conduite une explication toute différente. Mlle aurait été bien aise, disait-elle, de voir ses fil- cl si - lillc- se mêler au monde, s'ils avaient pu s'y mêler sans danger pour leurs meeurs. Mais la morale relâchée des gens de qualitû l'alarmait : les jeunes homnies étaient Ions des débauchés; Ire jeune-; femmes faisaient des déclarations au lien d'attendre qu'on leur eu fit. Elle ne pouvait se résoudre, à exposer 1 ceux qu'elle aimait le plus aux souillures d'une pareille fréquentât ion. Li'S avantages moraux du système d'éducation qui fut suivi à l'égard du duc d'York, du duc de Cuniberland et de la reine de. Danemark peuvent, eu définitive, être mis en question. Georges 111, il est vrai, nélait pas un libertin, maïs quand il arriva au Irône, il n'avait l'esprit qu'à demi ouvert cl l'ut, pendant quelque tem|is, entièrement sous I influence de sa mère et de son Groom of thr. Sinh-, Mm Sluart, comte de Bute.
Le comte de Bute était à peine eon même de nom, du pays
qu'il allait bientôt élu: appelé à gouverner. Peu après l'époque où il atteignit l'âge requis, il avait été, il est vrai, choisi pour remplir, parmi les pairs représentant i'Ëcosse, une place devenue vacante pendant la durée d'une législature; niais il avait indisposé les ministres whigs en votant, quelquelnis silencieusement avec les tories; il avait à cause de cela perdu -on siège lors de la
dissolution suivante, et n'avait, j ais été réélu. Près de vingt
années s'étaient écoulées depoi- le moment où il avait pris quelque part aux aiïaires politiques II avait passé presque tout ce temps à -on ehàteai! dans l'une des Hébrides, ut il était sorti de cette retraite pour l'aire partie de la maison du prince Frédéric. Lord Bute, exclu de la vie politique, avait trouvé différents movens d'employer agréablement ses loisirs. C'était un acteur passable sur les théâtres de société; et il réussissait particulièrement dans le rôle do l.utliario, l.'nr belle punbe, que peintres et satiristes ont pris soin de rendre célèbre, était au nombre de seg principales dispositions pour la scène. Il inventait de jolis costumes de mascarade. Il se mêlait de géométrie, de mécanique et
de botanique. Il s':
et passait dans soi peinture, d'archite était incorrecte. \ incorrecte puisse é d'ignorance snrdid
x L'on-, qui
Grandi*
ifirtp
nités et aux ouvrages d'art , lonr un juge en matière de 3ii dit ipie son nrtli'i^r;i|ilii' ajoura une orthographe
d'appliquer la même rtgle . Le roman de sir Charles nviron où lord Bute parut pcllent peut-être le portrait deoi amants. L'un d'eux,
lien, ne peut écrire une ligue (Luis ri propre langue sans faire quelque faute d'ortliouoplie; rentre, sjiécimeu Irès-rcspcctablc de la jeune aristocratie et espèce de virtuose, ortbographie ]inssablemenl bien pour un lord. Somme toule, le comte lie Bute pouvait par lailci lient être regardé connue un homme d'un esprit cultivé. C'était incontestablement aussi un homme d'honneur.
laissait aller au plaisir n i Bute, lui dit Son Alto»
prince Frédéric, qui souvent 'se
lus êtes bien l'homme qu'il faut envoyer dans quelque fi ère petite cour il' Allemagne où il n'y a rien à faire. »
La médisance prétendait que le Groom of the Stole étiiit l'aniant préféré de la princesse douairière. Il était évidemment sou ami confidentiel. L'influence que ces deux personnes exerçaient sur l'esprit du roi fut pendant un certain temps sans limites. On ne pouvait présumer viMiscnililalilriurnl que la princesse, femme et étrangère, fût un conseiller judicieux louchant les alfaires île l'Etal. A peine pouïail-on dire que le comte eut même fait ml noviciat publique. Il avait acquis ses notions gouvernementales dans cette société qui avait coutume de se réunir autour dit prince Frédéric à Ri* et à Lcic&ter-Hoiise. Cette société sc
HISTOIRE ET CMTIQDE.
composait principalement de tories, que la façon courtoise dont ils avaient été traités par le prince et l'espoir d'obtenir de hautes positions lorsque celui-ci parviendrait au trône avaient réconciliés avec la maison de Hanovre. Leur ibi politique était une modification particulière du torisme. Ce n'était ni la foi des tories du dix-septième siècle, ni celle des tories du dix-neuvième ; ce n'était ni la foi de Filmer et de Saclieverell, ni celle de Percerai et d'Eldon, maïs la foi en vigueur dans la secte dont on peut regarder Bolingbroke comme le principal docteur. Cette secte mérite des louanges pour avoir indiqué et justement réprouvé quelques grands anus qui s'étaient produits durant la longue domination des vvhig-; mais il est beaucoup plus aisé d'indiquer et de réprouver des abus que de préparer des réformes salutaires, et les îvl'ormes pm|io-ées pur Bolingbroke auraient été coiuplétemciit inefficaces ou auraient engendré bien plus d'inconvénienls qu'elles n'en auraient fait disparaître.
La révolution avait sauvé la nation de certains maux ; mais en même temps, — telle est l' imperfection de toutes les choses humaines, — elle en avait créé ou aggravé d'autres qui exigeaient de nouveaux remèdes. La liberté et lu propriété étaient à l'abri des attaques du privilège. La conscience était respectée. Aucun gouvernement n'osait violer un seul des droits solennellement reconnus par l'acte qui avait appelé au trône Guillaume et Marie. Hais un ne peut nier que, sous le nouveau système, les intérêts et les mœurs publies ne Hissent nus sér ieusement en danger par la corruption et l'intrigue. Durait la longue lutte contre les Stuarts, le principal but qu'avaient eu les hommes d'État les plus éclairés avait été de donner de la force à la Chambre des communes. Ou avait à la fui remporté la \tdoire; la Chambre des communes avait la prépondérance gouvernementale, et la prospérité ainsi que la puissance avaient rapidement développé tous les vices qui jusqu'alors avaient été à l'étal latent dans le système représentatif. A peine le pouvoir cxécutil lut-il devenu responsable envers la Chambre des communes, qu'on commença à s'apercevoir que la
Chambre des communes n'était pas réellement responsable envers la nation. Quelques corps électoraux étaient sous le contrôle absolu de particuliers ; plusieurs étaient notoirement à la disposition du plus liaul enchérisseur. Les débats n'étaient point publics. I! était très-rare qu'on sût au dehors comment un gentleman avait voté. Tandis que te ministère devait au Parlement compte de ses actes, la majorité du Parlement ne devait compte des siens à personne. En pareille situation, rien de plus naturel que les membres se fissent paver leurs votes, qu'ils organisassent dt's coteries pour demander de ceus-ci un pris plus élevé, et que dans certains moments critiques ils pii-seul extorquer de fortes sommes, en menaçant de frapper un coup. Les ministres whigs de Georges I" et de Georges II furent, lorries eu conséquence d'ériger on syslème la corruption et de la pratiquer sur mie échelle gigantesque. ■ Si nous sommes dans le vrai, quant à la cause de ces abus, nous pouvons à peine nous tromper quant au remède. Le remède ne consistait pas assurément à priver la Chambre des communes de son autorité dans l'Etat. Un tel moyen eût sans nul doute mis lin à la corruption et au* cabales p:i i U ■nicnlniros; car, quand les votes cessent d'avoir de l'importance, ils cessent d'être achetés, et quand les coquins ne peuvent rien ^i^ih im'ii se liguant ils cessent de se liguer. Mais détruire la coi rnption et l'intrigue par l'établissement du despotisme, c'eût été guérir un mal par un mal plus grand. Le véritable remède consistât, évidemment à rendre la Chambre des communes responsable envers la nation, et cela pouvait se faire de deux manières : [nemièi binent, en donnant de la publicité au* actes parlementaires et en plaçant de la sorte chaque membre en présence du tribunal de l'opinion publique; secondement, en réformant la constitution de la Chambre, de telle façon que nul individu ne pût y siéger s'il n'était nommé par un corps d'électeurs respectables et indépendants.
Bolinguroko et les disciples de Bolmgbroke préconisaient un moyen tout différent pour guérir les maux de l'État. Suivant eux, il suffisait qu'un roi patriote usât vigoureusement de sa préraga-
HISTOIRE ET CRITIOUR.
livc pour que toutes les coinhiu.iisoii- liiclieu-cs fussent anéanties et que la prétendue nécessité de corrompre les membres du Parlement disparût. Le roi n'avait qu'à décider qu'il serait le maître, que. nulle collection d'individus ni' le tiendrait en tutelle, qu'il prendrait ses ministre piiuui les personnes en qui il avait confiance, sans distinction de parti, cl qu'il interdirait à ses servitem-s d' influencer par des nio\ous immoraux, soit les corps électoraux, soit le corps représentât il'. Ce plan puéril prouve que cens qui le proposaient ne savaient rien de la nature du mal sur lequel ils avaient l' intention d'agir. La cause réelle du développement de la corruption et de l'existence dus cabales était que la Chambre de s communes, non responsable. envers le peuple, était plus puissante que le roi. Le remède de Boiingbroke ne pouvait être appliqué que |iar un roi plus puisant que h Cliambre des communes. Comment le prince patriote pourrail-il gouverner en dépit du corps sans le consentement duquel il lui était impossible de faire équiper lin slnop, de. garder un bataillon sous les armes, d'envoyer une ambassade ou même de payer les dépenses de sa maison 1 Dissoudrait-il le Parlement? lit qu' avait-il vraisemblablement a gagner en faisant appel à Siullmry et à Old Sarum contre la vénalité de leurs représentant-".' Kmelli ait-il des f'rïvi) sea/s (Sceaux privés) 1 ? Lèverait-il des.S/iijy niuiirip {Contributions forcées) î Dans
ce cas, cette réforme tant vantée devait ci neucer, selon toute
probabilité, par la guérie civile, cl, si cette réforme se consommait, elle devait se consommer par l'établissement de la monareliie absolue. Ou bien, le roi patriote amènerait-il la Chambre des communes à partager ses nobles des-ems'! l'ar quels mojens? Puisqu'il ne voulait user d'aucune iulliiciicf: corruptrice, de quelle façon s'ad resso.ro it-il aux DoddiugloN et aux Wiunington? Quelques lielles phrases sur la vertu et l 'uiiiou parviendraieut-elles à endormir la cupidité, accrue par l'habitude?
CelU'. théorie, tout, absurde qu'elle hit, avait beaucoup d'admirateurs, particulièrement parmi les gens de lettres. On allait essayer delà mettre en pratique, et, comme tout homme doué de
quelque sagaci lé peut le pressentir, cette tentative eut pour résultat Jo plus pitoyable cl le plus ridicule îles insuccès.
Le jour même de l'avénemetil du jeune roi, certaines choses indiquèrent rapproche d'un grain! changement. Le discours que Georges III prononça devant le Conseil n'avait pas été communiqué au cabinet Ce discours avait été dicté par Bute, et il contenait quelques expressions qui pouvaient Être interprétées «mime une critique île la manière dont les allàires avaient été conduites sous le règne précèdent. Pitt fit des remontrances, et demanda que ces expressions lussent adoucies dans le discoure imprimé. Mais ce ne lut qu'après quelques heures d'altercation que Bute céda, et, mémo après que Unie eut cédé, h' roi allecta de se tenir à distance jusqu'à l'après-midi du lendemain. Le jour même où celte singulière coi [testât ion eut lieu, Bute non-seulement fui nommé membre du Conseil privé, uwi> encore lut admis dans le Cabinet.
Peu de temps après, par suite d'un plan concerté avec la Cour, lord Holdeniesse, un des Sarébuvs d'Klat, résigna les sceaux. lJutc fut immédiatement uonuné. à la place vacante. 11 y eut bientôt une élection génénde, et le nouveau Secrétaire d'Etat entra au Parlement de la seule façon possible, c'est-à-dire comme l'un des soixante pairs («présentant l'ÉJ:osse '.
Si les ministres avaient été d'accord, il n'est pas douteux qu'ils eussent été à même de résister à la Cour. Rien n'aurait pu contrebalancer l'influence parlementaire rie l'aristocratie whig unie à celle que le génie, h vertu et la renommée donnaient à Pitt. Biais il y avait dans le cabinet de Georges III des jalousies et des inimitiés latentes qui ne tardèrent pus à se manifester. Pitt était brouillé avec son ancien allié, Legge, chancelier de l'Kchiquier. Quelques-uns des ministres étaient envieux de la popularité de
1 Sous le règne <le la n-iae Haim. h (ilmmlire de: Ljnls décida que, il iiptis le vi Dpt-[ fois iù ni •: mil. li- di' YihMII. iiiicun |i;iii faussais ne pouvait ùtre. niV' pair -k l:i lli ari.li' llut.i-in'. Cl-uc iIi'h-mu ne fui snnuli'e ipi'cu H8S.
Ml HISTOIRE ET CBJTIQOK.
Pitt. D'autres étaient, non sans motif, mécontents de ses allures impérieuses et hautaines. D'antres encore étaient sincèrement opposés à quelques partie* de sa publique. Ils admettaient qu'il avait trouvé le pays dans l'I m mi lia lion la plus profonde, et qu'il l'avait élevé au comble de la gloire; ils admettaient qu'il avait conduit la guerre avec énergie, avec habileté, i l qu'il avait obtenu de magnifiques succès. Mais ils commençaient à insinuer qiu> jamais les ressources de l'État n'avaient été prodiguées ainsi, et que la dette publique s'accroissait avec une telle rapidité, qu'en pareille constance Montagne ou Godolpbin se seraient arrêtés, surpris et effrayés. Quelques-unes des conquête*, faites par nos lloiles et par nos armées, fiaient aussi profitables qu'honorables, on le reconnaissait. Mais, maintenant que Georges II était mort, mi homme de cour pouvait se hasarder à demander pourquoi l'Angleterre allait pu:iidie parti ilalis uni' quel elle engagée entre deux puissances allemandes? en quoi il importailà l'Angleterre que ce Fût la maison de Habsbourg ou la maison de Brandebourg qui régnât sur la Silésie? pourquoi les meilleurs régiments anglais combattaient sur le Mein? pourquoi l'or anglais servait à payer les bataillons prussiens? Le grand ministre paraissait regarder comme au-dessus de lui de calculer ce que coulait la victoire. Tant que l« canons de la Tour ralentissaient, tant que les rues étaient illuminées, Luit (pic les drapeaux français étaient portés eu triomphe dans les rues de Londres, il ne s'inquiétait pas de savoir combien les charges publiques élaieut augmentées. Bien plus, il semblait tirer gloire de la grandeur des sacrifices que le peuple, fasciné par son éloquence et par ses succès, avait si promplument faits, et qu'il regretterai! leii.yli mps et amèrement. Les prodigalités et les folles dépenses ne rencontraient aucun obstacle. Nos commissaires quitta ient le camp du prince Ferdinand et revenaient acheter des Bourgs, construire des palais, rivaliser de moguili- . cence avec ta vieille aristocratie du royaume. En quatre années de guerre, nous avions déjà emprunté plus que le gouvernement le plus habile et le plus économe ne pourrait payer en quarante
Lï COMTK I>E OBATBJl. ÏHS années de paix. Mais le- probabilités <\v pais étaient aussi éloignées que jamais. Il était évident que la Fnince, souiïi'aiite et abattue, accepterait toutes les conditions d'un arrangement très-avantageux à l'Angleterre; mais ce n'était pas là ce qui préoccupait Pitt. La guerre l'avait rendu puissant et populaire ; à la guerre était associé ce qu'il y avait de plus brillant dans sa vie ; la guerre était particulièrement favorable à la mise en lumière de ses talents. Enfin il en était venu S aimer la guerre pour elle-même, et il était plutôt dispos' à dierrlier querelle à des neutres qu'à traiter île la paix avec des ennemis.
Telle était la manière île voir du duc de Bedlbrd et du comte île ilaidwicke sur la situation. Hais aucun membre du gouvernomen n'était aussi complètement pénétré de celte opinion que Georges Gren ville, Trésorier de la marine. Georges Grem ille était beau-frère de Pitt, et il avait toujours été considéré comme m des amis personnels et politique- de Pill. Toutefois il 'est difficile d'imaginer deux hommes plus profondément dissemblables sous le rapport du talent et des tendances morales. Pitt, ainsi que le disait souvent sa sœur, ne savait rien à fond, si ce n'est la Spencer's fairy Queen (Heine des fées de Spencer). Jamais il ne s'était adonné fortement à aucune brandie de connaissance. C'était un détestable financier. Il n'eut même jamais aucune notion précise des règlements de celte Chambre dont il était le plus brillant ornement. Il n'avait jamais étudié la loi publique en tant que système, et, en vérité, il était si ignorant sur ce sujet, que Georges II se plaignait une fois amèrement qu'un homme, n'ayant jamais lu Vatlel, fût assez présomptueux pour vouloir diriger les aflàires étrangères. Mais ces défauts étaient plus que compensés par de hautes et rares qualités, par un étrange pouvoir d'inspirer de la confiance, et de l'all'ection à de grandes niasses d'hommes , par une éloquence qui non-seulement charmait l'oreille, mais encore remuait le cœur et faisait venir les larmes aux vous, par l'urLinalilé de ses plans, par la vigueur avec laquelle il mettait ceux-ci à exécution. Cn'u ville, au contraire, était, par
nature et par habitude, un liomme de détails. Il avait reçu une éducation de jurisconsulte, et il avait apporté l'adresse et la perspicacité du palais diiiis la vie nflicielle et parlementaire. Il passait pour connaître à fond tout le système fiscal du pays. H s'était spécialement occupé des slaluls du Parlement, et il était lellement au courant de tout ce qui concernait les privilèges et les règlements de la Chambre des commîmes, que ceux qui l'aimaient le moins déclaraient qu'il était le seul homme digne de succéder à Onslow au fauteuil. Ses iliscouis ttaicnL en général instructifs, et quelquefois, en raison de la eravitc cl de l ai deur de sa parole, de nature à faire impression ; mais jamais ils n'étaient brillants et Ordinairement ils étaient ennuyeux . Même lorsqu'il était aux affaires, il lui était, en certaines circonstances, difficile d'obtenir i'alleiUion de la Chambre. Sous le rapport du caractère aussi bien quesous celui de l'intelligence il diiiéraiL énei iiiéuicnl de son beaupère, Pitt n'avait aucun souci do l'argent. Il aurait à peine étendu la main pour en prendre, et, quandi' argent venait, il le dissipait avec une profusion puérile, Greuville, quoique d'une stricte probité, était avide et parcimonieux, Pilt avait les ncrls irritables, il était prompt à espérer, il rcssciilaiL vivement l'injure; mais II pardonnait facilement. Grenville, par tempérament, était sévère, triste et opiniâtre. Rien en lui n'était plus remarquable que sa propension à voir sans cesse le coté sombre des choses. C'était le corbeau
de la Chambre des cou nies, toujours in tissant et annonçant la
défaite au milieu des Irioiiqilios. cl la banqueroute quand l'Kclu-
Ic comparai! dans nu leiups de tranquillité et d'abondance, au mauvais esprit qu'Ovule ri ■présente jetant les ivux sur les temples splendides, sur le riche port d'Athènes, et à peine capable de ietenir ses larmes, parée qu'il ne trouve rien dont il puisse pleurer. l!n pareil homme ne pouvait vraiment pas être populaire; niais f.renvillc opposait à l'impopularité une résolution de dogue qui parfois forçait ceux même qui le baissaient à le respecter.
Il était naturel que l'itl cl Grenville, étant tels qu'il» Étaient,
envisageassent la -.iliiatum îles al'laire- d'uni 1 manière Irès-différeute. Pitt ne pouvait ïoir que les trophées, Groirville ne pouvait voir que les biils. Pitt se glorifiait de ce (|iie l'Angleterre était victorieuse à la lois en Amérique, en Allemagne et dans l'Iuile, de ce qu'elle était l'arbitre du continent, la maîtresse de la mer. (ircuville calculait les subsides, soupirail à propos des années extraordinaires, et gémissait intérieurement lorsqu'il pensait qu'en une seule année la nation avait emprunté huit millions sterling.
Avec un ministère ainsi divisé, il ne fut pas difficile à Bute d'en venir à ses fins. Legge fut le premier qui tomba. Pendant le dernier règne il avait, ofl'ei i-é lu jeune roi, cri iv. fusant de soutenir nue créature de Bute dans une élection du Hampshire. Non-seument il fut destitué; mais encore, quand il remit le sceau de sa charge, il fut traité dans le cabinet avec nue grossière incivilité.
Pitt, qui n'aimait pas i.egge, vil eel incident avec indifférence, mais lui-même allait bientôt être en danger. Charles 111 d'Espagne avait conçu dt: henné heure une aversion mortelle pour l'Angleterre. Vingt ans auparavant, alors qu'il était roi des Deux- Sicilos, il s'était montré déposé à taire partie de la coalition organisés contre Marie- Thérèse; niais une Hotte anglaise avait soudainement paru dans la baie de Naples. lin capitaine anglais avait débarqué, s'était rendu un palais, avait mis sa montre sur une table et avait dit à Sa Majesté que, si, au bout d'une heure, un traité de neutralité n'était pas signé, un bombardement commencerait. Le traité lut signé; l'escadre sortit, de la baie vingtquatre heures après y cire entrée, et à parti r de <:e jour la haine du nom anglais fut la passion dominante du prince humilié. Celui-ci était enfin dans une position où il pouvait espérer de donner satisfaction à cette passion. Il était récemment devenu roi d'Espagne et des Indes. 11 voyait avec envie et appréhension les triomphes de notre marine et l'extension rapide de noire empire colonial. 11 était Bourbon et déplorait la délicssc de la maison dont il était issu. Il était Espagnol, et aucun Espagnol ne pouvait se
résigner si voir Gibraltar et Minorqne on la possession d'une puissance Étrangère. De parais sentiments poussèrent Charles à conclure un traité secret avec la France. Par ce traité, connu sous le nom de Pacte de famille, les deux puissances s'engageaient sinon formellement , au moins implicitement, à faire en commun la guerre à l'Angleterre. L'Espagne avait seulement spécifié qu'elle ne participerait au* hostilités que. lorsque sa flotte chargée des trésors de l'Amérique serait arrivée.
l'itt ne pouvait ignorer longtemps ce traité. Il agit comme il y avait lieu de s'y attendre de la part d'un homme de sa valeur et de son énergie. Il proposa immédiatement de déclarer la guerre à l'Espagne, et i!' intercepter la Hotte d'Amérique. Il avait, dit-on, décidé d'attaquer sans délai la Havane et les Philippines.
Son conseil sape et résolu fut rejeté. Bute fut le premier à s'y opposer, et il fut soutenu par le cabinet pi'esque tout entier. Quelques-uns des ministres doutaient ou alleetaient de douter de l'exactitude îles ren-eignemenls de l'itt. D'autres reculèrent devant la responsabilité d'approuver un moyen aussi liardi et aussi radical que celui qu'il proposait. D'autres enfin étaient las de sa domination, et ils étaient enchantés d'être débarrassés de lui sous n'importe quel prétexte. Un seul de ses collègues fut d'accord avec lui, c'était son beau-frère, le comte Temple.
Pitt et Temple se démirent de leurs charges. Le jeune roi se conduisît alors avec Pilt de la façon la plus gracieuse. Pitt, lier et emporté partout ailleurs, était doux et modeste dans le particulier, il fut ému jusqu'aux l'armes. Le roi et le favori le pressèrent d' accepter quelque marque ^ubsbutielle île la gratitude royale. Lui plairait-il d'être nomme gouverneur du Canada? l,e traitement annuel serait de cinq mille livres sterling, la résidence ne serait pas exigée. Le gouverneur du Canada ne pouvait, il est vrai, suivant les conditions aetuelles île la loi, être membre de la Chambre des communes; mais on pi éseï lierait un bill autorisant Pitt à garder en même temps sou gouvernement et sou siège au Parlement, et dans le préambule on ierait valoir ses litres à la reconnaissance
du [liijs. Pill répoiidiL iivuu beaucoup do délioalesse que son Sort l'inquiétait moins i|uc celui de sa lemnie et de sa famille, et que rien ne lui sérail, plus ajuvable ipùme preuve de la bonté royale eu faveur de ceux qui lui étaient clicis. L'insinuation fut compris. La gazelle qui annonçait la retraite ilu secrétaire d'Étal annonçait aussi qu'en considération des grands services publics de Pilt, sa femme avait été eiéée pairesse de son propre cJief, et qu'à luiméine il était accordé une pension annuelle de trois mille livres réversible sur trois générations. Ou pensait sans doute qu'en con- Jcrant des honneurs et des récompenses à ce grand ministre on se concilierait l'esprit public; pcul-étie aussi pensait-on qu'une pension porterait atteinte à la popularité qu'il devait en partie au mépris qu'il avait toujours rnauElisté pour l'aident, et, en effet, il parut immédiatement une foule de libelles dans lequels il était accusé d'avoir vendu son pays. Quelques-uns de ses véritables amis étaient d'avis qu'il Min ait mieux sauvegardé la dignité de son caractère en n'acceptant de la Cour aucune récompense pécuniaire, Néanmoins l'opinion qu'on avait généralement de ses talents, de ses vertus et de ses services ne fut nullement modifiée. Ptusiears grandes villes lui envoyèrent des adresses. Londres lui témoigna son affection et sou admiration d'une manière encore plus marquée. Peu de temps après su démission vint lejour du lord maire. Le roi et la famille royale dînaient à Guildhall. Pilt était un des convives. Le jeune souverain, assis pri s de s i a nime dans sa voiture d'apparat, reçut une leçon sévère. Un lil à peine attention à
c'est à lui que s'adressaient tuul i> !<■• a relu nui ln^ns. Ile- nie-, des balcons, du sommet des cheminées, partit un hurlement de joie quand sa voiture passa. Les dames placées aux fenêtres agitaient leurs mouchoirs. La population s'accrochait aux roues, donnait des poignées de mains aux valets et même embrassait leschevauï. Les cris de « A bas Bute! A bas Piewcastle-Sanmou! » se mêlaient à ceux de « Pitt pour toujours ! n Quand Pitt entra à (iuildhall, il fut accueilli par de bruyants hourras et par des applaudisse-
munis auxquels s" associèrent même les magistrats de la Cité. Lord Bute, au contraire, fut Iiué et bousculé dans Cheapsiile, et il aurait, suppose-t-on, couru quelque danger, s'il n'avait pris la précaulion de faire entourer sa voilure par mie ibrte garde de boxeurs. Nombre de personnes blâmèrent la conduite île Pitt en cette occasion connue irrespectueuse envers le roi. Pitt lui-même avoua plus tard qu'il avait eu toit. L'influence de Temple, son turbulent et malin beau- frère, l'avait poussé à cette erreur, de même que dans la suite elle l' entraîna à des erreurs plus sérieuses.
Les événements qui arrivèrent immédiatement après la retraite de Pitt élevèrent sa renommée plus km! que jamais. On reconnut que la guerre avee l'Fspagne élall. inévitable, ainsi qu'il l'avait prédit. On reçut îles Tuiles oc< Mentales la nouvelle de la prise de la Martinique par une expédition qu'il avait envoyée. La Havane succomba, et l'on sut qu'il avait projeté d'attaquer la Havane. Manille eapitula, et l'on crut qu'il avait médité une tentative contre Manille. La Hotte espagnole d'Amérique, qu'il avait proposé d'intercepter, avait débarqué à Cadix une immense cargaison de lingots avant que ISutc lût convaincu que la cinir de Madrid avilit réellement des intentions hostiles.
La session du Parlement qui suivit la retraite de Pitt se passa sans violent orage. Lord Pute prit pour lui le principal r5le dans la Chambre îles lords. Il était Secrétaire d'Étal et de fait premier ministre, sans jamais avoir ouvert la bouche devant un public quelconque, si ce n'est en qualité d'acteur. On n'était donc pas peu curieux de savoir comment il s'en tirerait. Lue foule de membres de la Chambre des eomuiunes se tenaient près de la barre de la Chambre des lonls et. couvraient les marches du trône. Ou s'attendait généralement à ce que l'orateur éel muerait. Mais les auditeiii-s les plus malveillants furent forcés d'avouer qu'il avait fait meilleure figure qu'ils ne le piévmaieiil., 11 tournèrent, il est «ai, en ridicule son geste, qu'ils trouvaient théâtral, et son style, qu'ils accusaient d'èln/ Ijimr-oiifk' ; ih a! misèrent surtout des
LE COMTE DK CIUT11IW. 3ut
longues poses qu'il liiisiit à iliaque mot cmpbalhiquc, et cela non par hésitation, mais par affectation ; Charles Townshend cria : t Minute guns '. » Cependant l'upininn, presque unanime, fut que, si Bu W avait pris de bonne heure l'habitude de la discussion, il aurait pu devenir un orateur Émouvant.
Ou avait confié à Georges Gremille les fonctions de leader de la Chambre des communes. La tache n'était pas très-difficile, car Pilt ne songeait [ms ,~t lover l 'étendard de l'opposition. Ses discours étaient remarquables à celle époque, non-seulement par cette éloqueneequi le plaoït ait-des-us de tous sesrivaui, mais encore par une modération et une réserve qui lui ont trop souvent manqué. Lorsque la guerre fut déclarée à l'Espagne, il revendiqua, non sans raison, le mérite d'avoir prévu ce qui enfin était devenu manifeste pour tous ; mais il s'abstint soigneusement de tonte expression arrogante et acrimonieuse, et cette retenue lui fait d'autant (dus d'honneur que son caractère, qui ne fut jamais doux, était alors sévèrement éprouvé et par la goutte et par la calomnie. Les hommes de cour avaient adopté une manière de lui faire la guerre qui bientôt tourna contre euï et leur occasionna de formidables désagréments. La moitié de ceux qui habituent les galetas de Gubb-Street se procuraient, en dénigrant Pitl, de quoi payer leur lait et retirer leurs ihemiscs qui élaient r-ri g;ige. Sa guerre d'Allemagne, ses subsides, s;i |H:n-ion, la pairie de sa leinmo, étaient des jarrets de bœuf et du gin. des comertures et des paniers de biaise pour les pne.la-Ires faméliques de la Flotte. Même à la Chambre des communes, il fut une lois assailli pendant la session avec une insolence et une mécbanceté qui excitèrent l'indignation de tous les partis. Mais il etuhir;! l'oulraae avee une patience majestueuse. Dans sa jeunesse il n'avait été que trop prompt a se venger de ceux qui l'attaquaient; mais il avait maintenant la conscience d'avoir rendu île grands services et d'avoir de l'impor-
1 Lors [Vira erltIit fiuii'lir i ti'.iii ;r:iinl Jeuîl. on lire le canon du
minute en niipuie : minute gmu. (Iml.)
tance aux jeux île l'humanité, et il ne voulait ]ias s'abaisser en s'occupaut de querelles peisomielles. « L'allercalioi] et la récrimination ne sont pas de saison, di(-ij dans la discussion sur la guerre d'Espagne. Le jour où tout Anglais doit se lever pour son pays est arrive. Aruions-nons tous. Soyons un seul peuple. Ne pensons qua l'intérêt public. Je vous donne l'exemple. Pourchassé par des calomnia leurs, accable par le chagrin et la maladie, j'oublie en faveur de l'intérêt public et mes griefs et mes infirmités. » Quand nous examinons l'ensemble de su vie, nous sommes enclin à trouver que son génie et sii vertu ne brillèrent jamais d'un éclat si pur que durant la session de 1762.
La session tirait à sa lin, et Bute, enhardi par la docilité des Chambres, résolut de frappa de nouveau un grand coup et de devenir premier mini -tri' de nom < on une il l'était défait. La coalition qui, quelques mois auparavant, avait paru toute- puissante, était dissoute. La retraite de l'itt avait privé le gouvernement de sa popularité. Newc.aslle s'était réjoui de la chute de l'illustre collègue qu'il enviait et redoutait, et il n'avait pas prévu que su propre ruine était proche 11 es-avail erieove de se persuader qu'il était à la tète du gouvernement ; mais, à la lin, des insultes fréquemment répétées le délrouqièreiil. Des places, dont on l'avait toujours considéré enmme l'unique ili-peiisalcur, étaient données sans qu'il fût le moins du monde consulté. Ses réclamations ne liront que provoquer des insinuations significatives prouvant qu'il était temps pour lui de se retirer. Un jour il insistait auprès de Bute sur les droits d'un prélat whig à l'ai ehevêché d'York. « Si Votre Grâce a une si haute opinion de lui, répondit Bule, je
■m'étonne qu'elle ne l'ail, pas nommé q id die avait le pouvoir. »
Le vieillard s'accrochait cependant encore avec désespoir aux débris de sou naufrage. Rarement, à lu vérité, la douceur et 1 "humilité chrétiennes ont égalé la douceur et l'humilité de sa patiente et
était perdu. Il quitta cette cour où, durant quarante-cinq ans, il avait rempli des fonctions élevées, et alla cacher sa honlc et ses
LE cotiTF. he nn ath .1 y. :>nr.
regrets parmi lus cèdres de Clareuwnt. Bute devint premier Ion I île
Le favori avait indubitablement eeiiuiiis nue grave erreur. Il était impossible d'imaginer un instrument mien* façonné pour ses desseins que celui qu'il rejetait ainsi ou plutôt <[u'il mettait entre les mains île ses ennemis. S'il avait permis une Newcastle jouât an premier ministre, Bute aurait eu la jouissance sûre el tranquille de la réalité du pouvoir. Si le chef de la grande connexion wliig avait été ostensiblement à la tète des allaires, l'introduction graduelle des tories dam tous les départements de l 'administration aurait pu s'effectuer sans soulever aucune clameur violente. Tout cela fut fortement représenté à Bute par lord Mansfield, homme qu'on peut justement appeler le pèits du torisme moderne, du torisme modifié de manière à s'adapter à un ordre de choses sous lequel la Chambre des conninmcs est le corps le plus important de l'Etat. Les théorie- qui ai aient ébloui Hute ne pouvaient en imposer à la belle intelligence de Mansfield. La témérité avec laquelle Bute provoquait l'hostilité d'inléi éts puissants et solidement établis déplaisait a la nature froide et timide de Mansfield. Los observations furent inutile-, Ilote n'écoutait aucun avis, il était ivre do succès, il tenait infiniment à être le chef du gouvernement, eu apparence aussi bien qu'en réalité, l u paravent était absolument nécessaire à la réussite de l'entreprise dans laquelle il s'était engagé et même à sa sûreté |tersoni]ulle ; il trouva un excellent
et il l'écart* riideineut.
Alors commença à fonctionner le nouveau système de gouvernement. Pour la première fuis depuis l'avènement de la maison de Hanovre, le parti tory eut la prépondérance. Le premier ministre lui-même était tory. Lord Egrcmont, qui avait remplacé Pitt comme Secrétaire d'État, était tory et lils de kiry. Sir Francis Dashwood, homme d'un trè- niiiiee mérite, d'une médiocre ukpérienuu et d'une immoralité reconnue, tut fait Chancelier de l'Échiquier, sans qu'on puisse imaginer pour quelle raison, si ce
n'est qu'il était tory et qu'il av.iit été jneoliite. La maison du roi fut remplie lie gens dont, peu d'années auparavant, le toast favori était le roi de l'autre côté de l'eau. La position respective des deux grands centres d'enseignement iialional (liaugea soudainement. L'Université d'Oxford avait été longtemps un foyer de désaffection. Aux époques de trouble, Uigh-^lrm i'.vaii été Invitée de baïonnettes. Les Messagers du roi avaient opéré des perquisitions dans les collèges. De graves docteurs avaient l'habitude de prêcher avec violence la trahison sur le théâtre. Les étudiants buvaient rasade en portant des toast; jacobi Les, et chantaient des chansons jacobites. Sur quatre chanceliers qui s'étaient succédé J l'Université, un avait été notoirement au service du Prétendant, et l'on soupçonnait fortement les trois autres d'être en correspondance avec la famille exilée. Cambridge avait donc été traitée d'une manière spécialement bienveillante par les princes hanovriens, cl elle s'était montrée receiuiiiissante de leur patronage. Georges I"' av:iil. ri ii'ii'r i ï -u l.nblnitiièipie, Oefu^o 1[ usait largement contribué à lia il bel lisse ment de son Senate House*. Les évêcliéset les doyennés étaient prodigués à sus enfants. lille avait pour chancelier Newcastle, le chef de l'aristocratie wliig; pour grand maître, Hardwicke, le plus grand jurisconsulte wliig, cl tous deux avaient
versité de Cambridge fui amioil!i>' à Saint-James avec une froideur relative. Les réponse- mu adresses d'Oxford furent pleines de gracieusetés et d'éloges.
Le mot d'ordre du gouvernement était prérogative et pureté. Le souverain ne devait plus être une marionnette a la merci d'un sujet ou d'une coterie de sujets, deiirees III ne serait pas forcé de prendre des ministres qu'il n'aimait pas, comme son père qui avait été forcé de prendre Pitl. Georges II! ne serait pas forcé de se séparer de quiconque il lui plaisait d'honorer, comme son grand-pére qui avait été forcé de se séparer de. Carteret. En même
' Lien <k réunion ili;* Imnls ilijtniiaires Ac l'I nîvcrsiLé. (Trad.)
l.E COMTE DE CHàTHAW.
temps lu corruption qui avait augmenta durant les derniers l ègues allait cesser. 0» proclamait avec ostentation que, depuis l'avcnement du jeune roi, les fond* secrets n'avaient été emplovés à acheter ni des corps électoraux ni des représentante. Délivi-er la Graiidit-BreLi'^iii! du la c-uf-j u plion ut du- cakdus oligarchique-, l;i détacher île ses alliances continentales, mettre fin à la guerre sanglante et dispendieuse avec la France et l'Espagne, telles étaient les choses que Bute avait la prétention de réaliser.
Il réussit à quelques égards. L'Angleterre se débarrassa de ses alliances allemandes an notable détriment de sa réputation de bonne foi. La guerre avec la France et l'Espagne se termina par une paix honorable à la vérité, et avantageuse pour notre pays; moins honorable cependant et inohc, avantageuse qu'on aurait pu s'y attendre après une longue série, à peu près ininterrompue, de victoires sur terre et sur mer dans toutes les parties du inonde. Hais l'unique cllèt de l'administration de Bute à l'intérieur fut de rendre les (actions plus liironc.lics cl la corruption plus ignoble que jamais. L'aniuiosiu' réciproque du parti whig et du parti tory avait commence à diminuer après la chute de Walpole et avait paru presque éteinte à la lin du règne do Georges 11 : elle revivait nviinlenant dans toute sa force. Nombre de whigs, il est vrai, étaient encore aux ■flaires. Le duc de Bedford avait signé le traité avec la France. Le duc de Devonshire, quoique de fort mauvaise humeur, était encore, lord chambellan. Gren ville, qui était leader île la Chambre des communes, et Fox, qui recueillait encore en silence des sommes immenses, -ràcc à la charge de Paymastn', avaient toujours été regardés connue ili'S whigs inébranlables;, mais partout la niasse du parti avait horreur du nouveau ministre. Les thèmes d'inveetiies contre son caractère ne manquaient vraiment pas. C'était 1111 favori, et les lavons ont toujours été odieux dans ce pays. Il n'y avait pas eu de véritable favori à la tète du gouvernement depuis que le poignard de Fnllou avait percé le cœur du duc de Buckingham. A la suite de cet événement, le plus arbitraire et le pins frivole de- Slnarts avait senti la
nécessité de confier In principale direction dus allaires à des hommes avant donné, quelque preuve de talents parlementaires ou officiels. Slralford, Falkland, Clarendon, Clîlford, Shaftesburv, Lnuderdale, llatib;, Temple, Halifax, Loohester, Sundei'liilid, quelles qu'aient clé leurs laules, étin.tiL Ions des hommes d'une liabileté incontestée. Us ne devaient pas leur va leui uniquement à In laveur du souverain; ils devait ait, nu contraire, lu faveur du souverain à leur propre valeur. I,a plupart d'cnli'e eus, en effet, avaient d'abord attiré 1 atlcnlion de la tour par la capacité et la vigueur qu'ils avaient iiii'iitrées dans les rangs de l'opposilion. La révolution semblait avoir pour toujours mis l'État à l'abri de la domination d'un Carr ou d'un Villiers, Maintenant cependant l'estime personnelle du loi avait élevé lotit n coup au- , dessus d'uni' foule d'orateurs, de financiers et de diplomateéminenls un homme qui ne connaissait rien des aùnires publiques, un huinini' ijiii n'avait jamais ouvert lu bouche au Parlement. De simple gentilhomme, ce fortuné mignon avait été brusd'essai. \e vulgaire avait recours à une implication naturelle du phénomène, et les plus grossières oli-cénitcs dirigées contre la princesse-mère étaient i barbu nuées sur tous les murs et clwntécs dans toutes les mes.
Ce n'est pas tout; l'esprit de parti, qu'une provocation iinplï-. tique avait arraché à son Ioiil; sommeil, réveilla à stul tour une furie encore plus féroce et plus maligne, l'esprit d'aniniosiié nationale. A la haine imétérée dos wlngs pour les tories vint se joindre la haine des Anglais pour les Écossais. Les deux fractions du grand peuple, anglais ne s'étaient pas encore indissolubleinonl. unies. Les événements de 1715 et ceux de 1745 avaient laissé des traces profondes et douloureuses. Los marchands de Cornhil avaient eu lieu de craindre que loin* caisses et leuis magasins fussent pillés par les montagnards à jambei mies, descendus demonts Grampiaus. Ils se rappelaient encore le Black fridaij (Ven-
LE rriMTr nu goathih,
drodi noir}, «lors que se répandait la nouvelle qite les rebelles étaient à Derby, alors que toutes les boutiques se fermaient et que la banque d'Angleterre se incitait à paver en pièces de six pences. Les Écossais, de leur côté, se rappelaient avec un ressent i mon l naturel la lacon -évére dont les insurgés avaient été châliés. Les violences militaires, les bis humiliantes, les expositions rie lètes sur Temple-Bar, les feux et les cantonnements de Keibjiington-Commnn. Le favori s'arrangea de manière que les Anglais n'oubliassent point île quelle partie de l'île il venait. Le cri de tout le Sud était que les emplois publies, l'année, la marine
un langage chrétien i l iliiul quelques-uns n'iivaient que tout litcomment commencé à porter des culottes chrétiennes. On dirigeait contre ces lértuués aventuriers toutes les vieilles plaisantel ies sur les montagnes sans arbres, sur les filles sans bas, sur les hommes qui mangent la même iieurnliuv que les chevaux, sur les seaux vidés du qualoiïiome étape. On doit dire à l'honneur des Écossais que leur prudence et leur orgueil les empêchaient d'user de représailles Connue la princes*' dans le conte arabe, ils se bouchaient hermétiquement les oreilles, et, sans se laisser troubler par les sarcasmes les plus acérés, sans regarder une seule lois autour d'eux, ils s'acheminaient droil iers la fontaine dorée.
Ilute, qui avait loiijinirs passé pour un homme de goût et de lecture, affecta, du jour de son élévation, de se conduiie eu Mécène. S'il espérait se concilier le publie in encourageant la littérature et l'art, il se méprit gravement. On ne peut dire, en
le seul Johnson excepté, ci le publie croyait, non suis raison, que le docteur avait élé elioisi plutôt à cause île ses préjugés politiques qu'à cause de son mérite littéraire, car un misérable écrivassier, nommé Sliebhearc, qui n'avait rien de commun avec Johnson, si ce n'est la violence du jacobdisme, cl qui avait été mis au pilori pour un libelle sur la révolution, fut honoré de marques de l'ap-
HISTOIRE ET CHITIOUK.
probation royale semblables à celles ipii furent données à l'auteur du dictionnaire anglais et de The vunity of kumann wishes [La vanité des vœux humains). On remarqua qu'Adam, l'architecte de la cour, était Écossais; que Ramsay, peintre de la cour, et préféi'é àfiejnolds, était Écossais. Mallet, Écossais d'une réputation littéraire médiocre et d'un caractère infâme, recevait mie large part des libéralités du gouvernement. On donnait et une pension et une sinécure à John Home, un Écossais, pour le récompenser d'avoir écrit la tragédie de Douglas. Mais l'auteur du Bard (Barde) et de YEtegy in a country churchyard (Élégie dans un cimetière de village) essuya un relus lorsqu'il se hasarda à demander une place de professeur dont il avait grand besoin et dont à beaucoup d'égards il était apte à remplir les devoirs plus qu'aucun homme vivant, et cette place fut accordée à un pédagogue sous la direction duquel sir James Lowther, le gendre du favori, avait fait des pi'ii^ès si (lisliiie.ué- eu iimlière de grâces et de vertus humaines.
Ainsi le piemier lord do la Trésorerie était détesté par beaucoup de gens comme tory, par beaucoup de gens comme favori, pat Leaucoup de gens comme Ecossais. Toutes ces haines diversement motivées se réunirent bientôt et se transformèrent en un torrent de médisance dirigée contre le traité de paix. Le duc de Bedloril, qui avait clé ehai'jié de h négocia Lion du traité, fut hué dans les rues. Bute, attaqué dans sa chaise, fut à grand' peine protégé par un détachement des gardes. Il ne pouvait guère sortir dans les rues avec sécurité, sans se déguiser. Un gentleman, mort il y a peu d'années, racontait qu'il avait une fois reconnu sur la place de Covent-Garden le cumte favori alfublé d'un vaste habit et ayant un chapeau et une perruque tirés sur les sourcils. Le tyjie représentatif de Sa Seigneurie aux jeux de la canaille était une botte, misérable calembourg sur son non: et son titre. Une gl ande botte généralement accompagnée d'un cotillon était quelquefois hissée a une potence, quelquefois livrée aux flammes. Chaque jour il parafait ( initi e l.i tour des libelles en prose et en