I.ORI) CLIVE
iris .les jlipicr» ii« Ijniilk; t:uiii[iii]i]si|in>s jraf major ziiiital sir Joint Miitmlm. K. C. fi.
in s. [.,„„!,.„, 1836.
.Nous avons toujours li'niivi'' t'lr;nitc que, l'histoire du la domination espagnole en Amérique étant EimiUkemeiit connue du toutes lus nations du l'Euru[ie, lus hauts laits du nos compatriotes dans l'Inde n'exilent, même en notre pays, qu'un médiocre toléré!. Tout écolier sait qui a emprisonné Muntezunia, qui a
étranglé Abîmai] isis nous doutons qu'un homme sur dL\,
(ût-ce parmi les Anglais avant reçu la meilleure éducation, puisse nommer le vainqueur do h hihille de Bu.var, l'auteur du massacre de Palui, pnissi: dirr se Surajah D ivvluli régnait sur Ouilu
ou sur Truvuncore, si Holkiir était Hindou ou musulman. Ccpendant les sauvages vaincus par Curies n'avaient aucune littérature, ib ignoraient l'emploi des métaux, il- n'avaient jamais façonné un seul atiiin.il au travail, ils se. servaient uniquement d'armes fabriquées avec des bâtons, des cailloux ri des de poisson; ils regardaient un cavalier comme un monstre moitié homme et moitiéanimal, ils prenaient un arquebusier pour nu sorcier disposant ù son gré de la tondre; tandis que les peuples de l'Inde, lorsque nous les subjuguâmes, étaient dix fois aussi nombreux que les Américains dont triomphèrent les Espagnols, et de plus étaient aussi avancés en civilisation que ces derniers. Ils avaient élevé des cités plus vaste; et [dus belles que Sai-ayissc nu Tolède, des monuments plus coûteux el plus beaux que la cathédrale, de Séville. Ils avaient chez eux des banquiers pins riches que les banquiers les plus riches de Barcelone ou de Cadis; la splendeur de leurs vicerois mu passait de ksoinnip celle de IVt'diiiainl le Catholique; leurs innombrables cavalieisi t leurs immenses Iraius d'artillerie eussent étonné le grand capitaine. On aurait pu s'attendre à ce que tout Anglais prenant quelque intérêt à l'histoire serait curieux de savoir comment nue poignée de ses compatriotes, séparés de leur pays par l'immensité îles mers, subjuguèrent eu peu d'années un
des plus grands empires du m le; mai-, à moins que nous lie
nous trompions gravement, ce sujet est pour beaucoup de lecteurs plus qu'insipide; il est tout à fait répulsif.
C'est peut-être eu partie la faute des historiens. Le livre de M. Mill, malgré sou incontestable et exceptionnelle valeur, n'est pas assez animé et pittoresque pour captiver l'attention de ceux qui Usent uniquement dans le but de s'amuser. Orme, qu'aucun historien anglais ne surpasse quant au style et à ia puissance du coloris, n'est pas loin d'ennuyer. Il consacre en moyenne une page in-quarlo d'impression très-serrée au\ événements dechaqiie
tiques et (les mieux écrites en notre langue, n'a jamais été populaire et de nos joui s est à peine lue.
LORD CLIVE. S
Les volumes que nous avons -on- les yeux n'auront pas, nous le craignons, beaucoup d'attrait pour les lecteurs qu'Orme et Mill ont repousses. Les matériaux mis à la disposition do sir John Malcolut par le dernier lordPowis avaient, certes, une grande importance; mais nous ne pouvons dire qu'ils aient été très-habilement mis en œuvre. 11 serait, I.outelin- injuste de critiquer avec sévérité on ouvrage que l'auteur, s'il avait vécu, aurait probablement condensé et mieux coordonné. Noos préférons donc accomplir un devoir plus agréable en remerciant la noble famille à laquelle le public dnil taul. de ivn-i'.ii.'iii.'mr'uls utiles et curieux.
Quelle que soit la paît laite aux préventions favorables de feux qui ont fourni et de ceux qui ont élaboré les matériaux, le livre, dans son ensemble, nous parait trop ovalk'r le caractère de lord Clive. Si nous sommes loin d'approuver le sévère jugement de M. Mill, qui sembla attacher moins d'importance aux passages de son récit Concernant Clive qu'à toute autre partie de son estimable ouvrage, nous ne sommes pas plus d'accord avec sir John Malcolin, dont l'enthousiasme dépasse celui îles biographes ordinaires, et qui, dans les actions de son idole, ne peut rien voir que sagesse et justice. Clive, comme beaucoup d'hommes nés avec de fortes passions cl. somius à de fortes tentations, commit des fautes graves; mais quiconque a étudié d'une façon sérieuse et complète sa vie entière doit reconnaître que noire île, si fertile en héros et en hommes d'État, n'a peut-être jamais produit un homme pins \Èj-ibblemeut grand et à In guerre et m conseil.
Les Clive ont toujours habité depuis le douzième siècle une propriété de médiocre valeur près de Markct-Drayton, dans le Shropshire. Ce modeste mais ancien héritage appartenait, sous le règne de Georges V", è M. Richard Clive, qui semble avoir été un homme simple, doué de peu de tact et de capacité. Il avait fait ses études de droit et partageait son temps entre les travaux de sa profession et les plaisirs d'un petit propriétaire. Il épousa une jeune femme de Manchester portant le nom de Gaskill, et devint le |ère d'une iiuuille Irès-mniibreusr-. Robert, son iils aîné, le
Quelque* traits du caractère île l'homme se dessinèrent de lionne heure chez l'entant, [les lettres écrites par ses parents, quand il était ilans s;i sei/ièruc 1111111*0, nous apprennent que, même à cet âge peu avancé, sa fnrtc v (limité cl ses pussions fougueuses, jointes à un lompéi-aineut smgi iln''i Liiirnl fui n'yide, qui paraissait quelquefois incompatible avec un esprit sain, avaient déjà causé rie vifs désagrément.* à sa lamille. s L'habitude de. combattre, à laquelle il est adonné 011I10 mesure, dit un de -es oncles, rond sou caractère tellement farouche et impérieux qu'il s'emporte à la moindre occasion. » l,es vieillard-, du voisinage si', rappellent enrare avoir entendu leurs parents raconter comment Bob Clive grimpait an clocher de Maikef-Draylon et avec quelle terreur les habitants le voyaient assis sur une gargouille près du sommet; comment, de tons les gamins de la ville, il forma une espfte d'armée de pillards et. força les boutiquiers à paver un tribut de pommes et de doim-pniee eu considération duquel il sauvegarda leurs croisées. Envoyé d'école, en école, il n'avança pas dans ses études, et acquît partout la réputation d'un déleslahlc garnement, lin de ses mailres cul, dit-on, as-o* de sagacité pour prophétiser que ce paresseux garçon ferait un jour grande figure dans le. monde; mais 1 opinion générale, semble avoir été que le pauïre Itoberl était un imbéede, sinon un scélérat. Sa famille n'attendait l'ion de bon de si piètres facultés intellectuelles et d'un tempérament si violent. Il ne faut donc pas s'étonner si, quand il eut atteint dix-huit ans, elle accepta pour lui avec joie une place de scribe au service de la Compagnie îles Indes or lentilles, et l'envoya à Madras laire fortune ou mourir de la fièvre.
Le sort que Clive avait en perspective ditiérait beaucoup do celui qui attend aujourd'hui le- icanes ^ens envoyés chaque année par le collège de la Compagnie des Iodes aux présidences de notre empire asiatique, l.a (aaiipagnie él.al aine- simplement une coe- |ioration commerçante. Son territoire consistait en quelques milles
carrés pour lesquels dit; paiail une rente ;m gouvernement du pays; ses troupes étaient à peine assez nombreuses pour servir les batteries de trois ou quatre pui ts mal construits, destinés à protéger les magasins. Lus indigènes qui < un nuisaient la plus grande partie de ces garnisons, n'avaient pas encore été disciplinés à l'européenne; ils étaient armés les uns île sabres et île boucliers, les autres d'arcs et de flèches. La mission des employés de la Compagnie n'était pas, comme aujourd'hui, de. diriger les aftàiies judiciaires, finaiieières et diplomatiques d'un grand pays, mais de recueillir des capitaux, de faire des avances aux fabricants, de charger des navires et par-dessus tout de surveiller les négociants particuliers qui osaient enfreindre le monopole. Les plus jeunes commis étaient si misérablement rétribues qu'ils pouvaient à peine subsister sans contracter des dettes; les plus âgés s'enrichissaient en commerçant pour leur propre compte; et ceux qui vivaient assez pour s'élever au sot unie! de la hiéra relue accumulaient souvent des fortunes considérables
Madras, où Clive avait été envoyé, était peut-être alors le premier en importance des établissements de la Compagnie. Au siècle précédent, ie loi t Saiiit.-Ceorgo.s avait été eon-lruit sur une plage nue, battue par un ressac liiniïUN, et, près de là, nue ville habitée par plusieurs milliers de natifs était sortie de terre, comme dans l'Inde les villes sortent de terre, aussi rapidement que la gourde du prophète. Il y avait déjà dans les faubourgs plusieurs blanches villas entourées de jardins, où les riches agents de la Compagnie venaient, après les labeurs du bureau et du magasin, jouir de la fraîche brise qui au coucher du soleil s'élève de la baie de Bengale. Ces marchands grands seigneurs graissent avoir eu des habitudes de profusion, de luxe et d'ostentation supérieures à celles îles liants furiciionnaii es politiques et judiciaires qui leur ont succédé; mais il- eoiuprenatent moins bien le conlbrt. One foule d'inventions qui maintenant tempèrent la chaleur brûlante du climat, conservent la santé et prolongent la vie, étaient inconnues. Le; rap|.ortsavec l'Europe étaient bien moins fréquents
qu'à présent. Le TOylge par le Cap, qui île noire lenips a souvent été eftéelné en trois nmi-, l'éiail alnrs livs-i arement en six et durait quelque fui s plus d'une année. L'Anglo-Imbon était par conséquent beaucoup plus étranger à sa patrie, plus familiarisé avec les usages orientaux, plus incapable de rentier dans la société après son retour en Europe que l' Anglo-Indien moderne.
En dedans du fort et île ses limiles, les gouvorueui-s anglais exerçaient, avec la permission des maîtres du pays, une large autorité pareille à celle que tout grand | n opi it-i :i iro indien exerçait sur son propre domaine; mais ils n'avaient jamais rêvé de réclamer un pouvoir indépendant. La contrée environnante était gouvernée par le nabab du Caruatic, un lieutenant du vice-roi rte Deeeaii, qui, communément iipplé le Nizain, n'était lui-même qu'un lirtili'iiiinl. du pui-s-mt prince connu di' uns ancêtres sons le nom de Grand Mogol. Cas noms, jadis si augustes et « formidables, subsistent encore. I) v a encore un nabab du Carualie : il vit d'une pension que bu allouent les Anglais sur les revenus de la province autrefois gouvernée par ses ancêtres. Il y a encore un \izam; sa capitale est tenue en respect par un cantonnement anglais; il reçoit Ait résident anglais, sous le nom de conseils, des ordreB qui ne doivent pas être discutés. Il ; a encore un Mogol; on lui permet de s'amuser à tenir une cour et à recevoir des pétitions, mais il a moins de pouvoir, bienfaisant ou nuisible, que le plus je des inncliouiuitvs civils de la Compagnie.
Le voyage de Clive eut une durée exceptionnelle, même à cette époque. Le vaisseau vesla quelques moi- an Hrésil, où le jeune aventurier prit une teinture de la langue portugaise et dépensa tout son argent. Il n'arriva dans l'Inde que plus d'un an après son départ d'Angleterre. Sa situation à Madras l'ut Ires-pénible. Il n'avait plus d'argent. Son traik'iiictil était lort modique. Il
n'est point un médium 1 !ii,,llii'i!i- dan- nu pin s dont un Européen ne trouve le climat supportable que s'il habile un appartement spacieux et bien situé. Il était muni rte lettres île recommanda-
tion adresses a une fier sonne qui aurait pu lui venir en aide; mais quand il débarqua :m lint Saint-t;. urnes cet le personne était partie pour l'Aiiglelcrrc, Le. caractère liaulain et réservé du jeune homme l'empêcha de se présenter lui-même à des étrangers. Il demeura plusieurs mois dans l'Inde avant d'avoir fait la connaissance d'une seule famille. Le climat eut de l'influence sur «a santé et sur ses idées. Les devoirs de sa place étaient peu en harmonie avec son tempérament ardent et audacieux. Il eut lui vif désir do revoir sa pairie, et. dans se> lettres à sa famille il se sert, pour exprimer ses sentiments, d'un langage plus doux et plus mélancolique que nous n'aurions pu nous \ attendre en considérant soit l'humeur bourrue de son enfance, soi t l'inflexible sévérité île son âge mûr. « Je n'ai pas passé, dit-il, un seul jour heureux ilepuis que j'ai quitté mon pays natal. Je dois avouer, dit-il encore, que par intervalles, quand je [iense à ma chère Angleterre, cela m'affecte d'une façon singulière... Si j'étais assez heureux pour revoir encore ma patrie, et spécialement Manchester, j'aurais devant les \eux tout ce que je puis espérer ou dési-
II trouva une précieuse consolation. Le gouverneur avait une bonne bibliothèque, et il permit à Clive de s'en servir. Le jeune homme consacra la plus grande partie de ses loisirs à la lecture, et c'est alors qu'il acquit tout ce qu'il a jamais possédé de connaissances littéraires. Enfant, il avait été trop paresseux; homme fait, il eut une vie trop laborieux pour s'occuper de littérature.
Ni le climat, ni la pauvreté, ni l'étude, ni le chagrin de l'exil, ne purent cependant dompter l'audace effrénée de son caractère. Il se conduisit avec ses supérieurs comme il s'était conduit avec ses professeurs, et fut souvent en danger de perdre sa place. Deux fois, tandis qu'il résidait dans les bâtiments des employés, il essaya de se donner la nioil, et deux i'-.A< le pistolet qu'il dirigeait contre sa propre tête ne partit point. Celte circonstance agit, «fit-on , sur lui de même qu'elle avait agi sur Wallenstein lorsque celui-ci tenta de se suicider. Après s'être assuré que le pistolet
était bien réellement dni'si'', il s'écria que miaulement il était
Vers cette époque, un événement , qui semblait nu premier abord devoir anéantir toutes ses espérances d'avenir, ha ouvrit nue nouvelle carrière. La guerre de la succession d'Autriche avait, pendant quelques années, absorbé l'attention de l'Europe. Georges H était le ferme allié de Marie-Thérèse. La maison de Bourbon appartenait au camp opposé. L'Angleterre, bien qu'elle fût dès lors la première des puissances maritimes, n'était pos supérieure sur nier à loules 1rs n, liions du monde réunies, comme elle l'est devenue depuis, et elle trouvait difficile de se maintenir eu face des flottes combinées de France et d'Espagne. Dana les mers de l'Inde, la r i jure ( i'li uii] i hm L . Le udUM'rneur de Maurice, La bourdonnais, homme cmineiit par ses talenls et par ses vertus, dirigea, en dépit de la flotte anglaise, une expédition contre le continent indien, débarqua, parut avec mie armée devant Madras et contraignit le purt ainsi que la ville à capituler. Les clefs lui furent remises, le drapeau français tut arbei é sur le fort Saint- Georges et les vainqueurs saisirent comme prise de guerre tout ce que ce n tenaient les magasins de la Compagnie. Il fut stipulé, dans la capitulation, que tous 1rs habitants anulais seraient prisonniers sur parole, et que la ville resterait entre les mains des Fiançais jusqu'à ce qu'elle eût pavé rançon. La bourdonnai s promit sur l'honneur qu'on n'exigerait qu'une rançon modérée.
Mais les succès de Laboui donnais avaient éveillé la jalousie de --un compatriote Dupleiv, gouverneur de Pondichéry. Dupleix avait d'ailleurs conçu déjà de gigantesques projets avec lesquels
clara que Labourdonnais avait outre passé ses pouvoirs, que le gouverneur de l'uudain-vx n\ ail nad le demi de disposer des conquêtes faites psi - les armes irauçaises sue le continent indien, c t que Madras sciait rasée. Lab iuidiinn us lut nLligé de céder. Le traitement ignominieux que llupleix lit subir aux principaux fonctionnaires de la Co npagnie redouhln la colère que la violation
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de ]a capitulation avait excitée chez les Anglais. I* gouverneur et plusieurs notables habitants du tort Saint-Georges Furent transportés sous bonne garde à Poudicliéry et conduits triomphalement à travers ia ville, eu présence île cinquante mille spectateurs. On pensa, non sans raison, que ce grossier mépris de la foi publique affranchissait les habitants île Madras: îles engagements pris envers Lahourdonnais. Clive, déguisé eu musulman, s'échappa de la ville pendant la nuit, et se réfugia au lurl Saint- David, un des petit-: établissements anglais subordonnés à Madras.
Les circonstances a» milieu desquelles il se trouvait alors l'amenèrent à adopter une profession plus en rapport avec son caractère inquiet et intrépide que celle qui consiste à examiner des ballots et i\ faire des factures. Il sollicita et iJitint une commission d'enseigne au service de la Compagnie, et débuta dans la carrière militaire à l'âge de vingt et un ans. Son courage personnel le mil promptement eu évidence; quand il était commis aux écritures, ïl en avait déjà donné une preuve éclatante dans uu duel à outrance avec un militaire fanfaron, terreur du fort Saint-David. II montra bientôt dans son nouvel état d'autres qualités qu'on n'avait pas tout d'abord constatées chez lui, le jugement, la sagacité, la déférence à l'aufori té légitime. Il se distingua d'une façon brillante dans plusieurs opérations contre les Français, et fut particulièrenient remarqué par lu major Lawrence, ipion regardait alors comme le plus capable îles oificiers de l'Inde.
Il y avait à peine quelques mois que Clive faisait partie de l'armée, quand on reçut la nouvelle de la conclusion de la paix entre la Grande-Bretagne et la France. Dnpleixfnten conséquence forai de rendre Madras à la Compagnie, et le jeune enseigne eut la liberté de reprendre son ancien métier. II retourna en elfct, pendant un certain temps, à son bureau, le quitta de nouveau pour suivre le major Lawrence dans quelques petites ei| éditions contre les natifs, puis y revint encore. Tandis qu'il hésitait ainsi ezitre la vie militaire et la vie commerciale, il arriva des événements qui mirent lin à son irrésolution. Les araires politique; de l'Inde prirent un
nouvel aspect. Los gouvernements d' Angleterre et Je France fiaient en jtiix, mais les Compagnies indiennes anglaise et française allaient se faire nue guerre d'une liank' importance, une guerre dont le résultat, |iour le vainqueur, n'était ri ta possession du magiiiljqcie héritage de la maison de T;
L'empire que Baber et ses Mogul- fondèrent au seizième siècle était, sans conteste, un îles plus vastes et dos plus beaux «jui fussent au monde. Aucun royaume en Europe ne comptait une aussi nombreuse population soumise à un seul prince, et ne voyait verser dans son trésor des sommes aussi considérables. Les splendides édifices élevés par les souverains de l'HmàMtan frappaient d'admiration même les voyageurs qui avaient vu Saint-Pierre «le Rome. La cour fastueuse qui entourait le trône de Delhi éblouissait même les yeux accoutumés ans pompes de Versailles. Quelques-uns des vice-rois qui tenaient leur pouvoir du Grand Mogol, gouvernaient autant de sujets que le roi de France ou l'empereur il' Allemagne, Les lieutenants de ces lieutenants pouvaient euxmêmes, quant à l'étendue du lirnloive et à la richesse, du revenu, aller de pair avec le grand-duc de Toscane on l'électeur de Saxe.
On ne peut guère douter que ce grand empire, tout-puissant et prospère qu'il parût à la première vue, ne fut, même dans ses meilleurs jours, plus mal gouverné que ne le sont aujourd'hui les pays les moins bien gouvernés de l'Europe. L'administration y étiit entachée de tous les vices inhérents au despotisme oriental et de tous ceux qu'entraîne la domination d'une race sur une autre. Les rivalités des princes de la maison royale, qui tons aspiraient au trône, enfantèrent une longue série de crimes et île désastres publics. D'ambitieux lieutenants essayaient quelquefois de devenir indépendants. De farouches tribus de montagnards hindous, impatientesdu joug étranger, refusaient souvent l'impôt, repoussaient les troupes du gouvernement et se répandaient les armes à la main, dans les plaine-, cultivées. Cette administration constamment vicieuse, eus convid-ious qui de temps à autre ébranlaient l'ordre social jusque dans ses fondements, n'empêchèrent
unis le long règne d'Aurungzebe elle marcha rapidement vers sa dissolution, malgré luut ce que put (enter la politique et l'énergie iln chef de l'État. Après la mort de ce prince, en 1 707 , la décadence prit des proportions i'Lfi-;i vhuIc-s. De vicleiiles attaques extérieures aggravèrent l'incurable déiTi'piIndo qiii luisait à l'intérieur
degrèdelau'éco^pôsition. ï ' P
Si l'histoire des successeur* de ThéwWe ressemble ban icoup à celle des suerosseois d'Aurun^/ek', la rlmle des Carlovingîens olfre peut-être encore plus d'analogie avec celle des Mogols. Cbariemagne était à peine enterré que ses descendants, grâce, i leurs querelles et à leur ineptie, s*;i [tirèrent le mépris général et comme ncèrent la ruine de leurs sujets. L'immense empire des Flancs fut morcelé à l'infini. Les abjects héritiers d'un nom illustre, Charles le Chauve, Charles le Gras et Charles le Simple ne conservèrent pa- autre Hu>r.e qu'une diimilé nominide. De féroces envahisseurs, différant entre eux de mec, de langage et de religion, accoururent en foule des points les plus éloignés
leurs ravages de, l'Elbe jiii Pyrénées cl. finirent par s'établir dans la riclic vallée de la Seine. Les llougruis en qui le-i moines tremblants croyaient reconnaître le Gog et Magog de la prophétie, exercèrent leurs déprédation- îles cités de la Lombardie au fond des forets de 1» Panuonie. Us Sarrasins s'emparèrent de la Sicile, désolèrent les plaines fertiles de la Campante et répandirent la terreur jusque dans les murs de Rome. Au milieu de ces affreux désastres un grand changement intérieur se fit dans l'empire. Du ferment de celle immense et complète décomposition la vie se reproduisit sous une forme nouvelle, Tandis que le grand corps était dans son entier, lorpide et passif, chaque membre pris en lui-même corn me nra à éprouver de* sensation* spontanées, fl se
mouvoir avec une énergie < 1 1 ■ î lui était propre. C'est prucUûiuciil à cette triste et stérile époque de l'histoire lu rnjK'ennc que s'établirent tous les priiilé-cs féndau\, que naquil toute la nobles» moderne; c'est. à ce moment qu'un peut constater le début ilu |>uuvuir de ces seigneurs qui, vassaux de nom, mais indépendants de fait, gouvernèrent longtemps sous lis tities de duc, comte ou marquis, presque lout l'empire aNlérieiirciuent soumis à l'autorité absolue de Charlemagne.
Tel fut, on peu s'en lîml, le changement qui, eu quarante années, s'opéra dans l'empire des Mogols après la mort d'Aurungzebe. Une suite, de princes, souverains de nom, plongés dons l'indolence et la débauche, entourés de concubines et de bouffons, traînèrent une vie languissante au fond de leurs pillais. Une ioule d'envahisseurs ferons descendirent par li's gorges de l'ouest pour piller les richesses de l'ilindoslan alors suis défense. Un conquérant persan franchit l'Indus; il força les portes de Delhi; il emporta eu triomphe ces trésor- dont la uu^iu licence avait frappé d'admiration TSoc et Dernier, le TrônednPuon que les mains dus plus habiles ouvriers d'I Europe avaient orné des plus riches diamants do Golconde, enfin l'inestimable nioiiLiLiiie. de lumière qui, après d'élrangcs vicis-iludcs, brillait uaguéie sur le bracelet de Uuudjet-Sing et paie maintenant la hideuse idole d'Orissa. Les Afghans vinrent bientôt compléter l'œuvre de dévastation que les Persans avaient commencée. Les tribus guerrières de [lajpootana secouèrent le joug musulman. Une. bande de soldats mercenaires occupa Rohilcuud. Les Sikhs dominèrent sur l'Indus. Les Jauts
luttes désespérées, ne eéda qu'à la loi tune et au génie de l'Angleterre. Ce fut sous le règne d'Aormigzebe que cette horde de sauvages pillards descendit pour la première Ibis de ses montagnes, et peu de tennis après la mort de ce prince, chaque district de
de l'Inde
«tes de
T.OIID CLIVE. 15
son empire avait appris à trembler au seul nom (les Muhraftcs ; plus d'un fertile territoire tomba au pouvoir île as terribles banilits. Leur. domination s'étendit d'une mer à l'autre à travers la Péninsule. Iles chefs mahratios régnèrent à Poonah, à Gwajior. dans le Guzerat, dans le Berar, et dans Tanjnro. Pour être devenus de puissants souviTains, ils n'eu restèrent pas moins voleurs. Ils conservaient encore, les habitude- de dépiédalion de leurs ancêtres. Ils dévastaient Imite contrée rpii n'était pus soumise à leur loi. Partout où leurs timbales se faisaient entendre, le paysan chargeait son sac de riz sur ses épaules, carbait ses misérables épargnes dans sa ceinture et s'enfuyait avec sa femme et ses entants dans les montagnes ou diins les jungles, car le voisinage de la hyène ou du tigre était moins redoutable, Plusieurs provinces sauvaient leurs récoltes eu pavant une rançon iuinuelle; même le pitoyable fan tome qui portait encore le titre d'empereur se laissait imposer celte ignominieuse contribution. Des murs du palais de llelhi on apercevait les Jeux du camp d'un de ces chefs rapaces.
Un autre, à la tête de son ion bi abl ■ cavale i ir. pénétrait chaqui
année dans les rizières du l!eiii[;de. i.es facteurs européens eusinèiiies (remblaie ni. pour leurs magasins. Il n'y a pas cent ans qu'on croyait nécessaire di' fortifier lailrutla contre les cavaliers du Berar, et le nom de Fossé des Mahratios conserve encore le souvenir du danger. Partout où les vice-rois du Hogol retinrent le pouvoir ils devinrent souverains. Ils pouvaient, eu parole, re-
comle de Flandre ou un due de lUirgogne peut avoir reconnu la supériorité de l'idiot le plus dépourvu de puissance parmi les der-
houorifiquc; en fiiil cependant, ils n'étaient plus désormais des lieutenants révocables à volonté, mais bien des princes héréditaires indépendante. Ce fut de la sorte que s'élevèrent ces grandes maisons musulmanes qui régnaient jadis sur le Bengale et sur le Carnatic, et celles qui maintenant encore, eu dépit de leur élut
de vasselage, ejernui quelques-uns des peinons de lii royauté à Luckoow et à Byderalnd.
A 41101 celle confusion ile\-,iil-elle [ilnuitii ? L;i lutte devait-elle se prolonger pendant des siècles? Ilei ait-elle se terminer par la londalion d'une nouvelle grande monarchie? Lequel du musidmati ou du Mahratle devait eue le maître de l'Inde? Un autre Baber devait-il descendre des iiiuulii^ncs et lancer les audacieuses tribus du Cabul et du Cliornzuii coiitn: une race plus riche et moins guerrière? Aucun de cesévénemonls ne semblait improbable; niais aucun homme, 4"elle 41»' lui si sagacité, n'aurait supposé iftl'une compagnie cemmi'reiale. séparée de l'Inde par quinze mille inities de mer et y possédant à peine quelques unes de terre appropriés au commerce, l'IciulraU son empire, en moins d'un siècle, du eap Couiui-io au* neiges élernellcs de l'Himalaya ; forcerait les maliométaiis et les Slahratles à oublier leurs mutuelles discoi'des dans une soumission commune; dompterait ces races sauvages qui avaient résisté an plus |iiii>-;inl îles Mugols; réuniru il sous ses lois cent millions de sujets ; porterait ses armes victorieuses bien à l'est de Burampuolcr et bien à l'ouest de l'iivdaspe, dicterait les conditions de la |wii aux portes d'Awa et assoirait sou vassal sur le troue de Candabar.
Duplei* l'ut le premier qui comprit la possibilité de fonder un empire européen sur les inities de la monarchie mogole. Sou esprit inquiet, vaste et inventif avait conçu te projet à une époque où les fonctionnaires les plus capables de la Compagnie anglaise ne s'occupaient d'autre chose que de factures et de connaissements. 11 ne s'était pas vaguement préposé ce but; il avait une
forces dont disposaient les pl iures île l'hule élaient bars d'état de résister à un petit corps d'hommes habitués à la discipline et à la tactique de l'Occident. Il voyait aussi qu'il était [«jssible déformer avec les natifs de l'Inde, conduit- par des chef- européens, désarmées que Frédéric et le maréchal de Sine ;i liraient été fiers de
commander. Il avait [îariu Ltt'-niful conscience q un pour un aventurier européen la manière la meilleure et la plus commode d'exercer l;i souverainelé dans l'Inde serait de gouverner sous le couvert de quelque brillant mannequin, décoré du titre de nabab ou de nizam. Cil ingénieux et ambitieux Français avait l'intelligence et la pratique, de tous les artifices de la politique et lie la guerre, qui, [tins tard, lurent employé* avec un succès si éclatant par les Anglais.
L'Inde était dans une telle situation que les anciennes lois ou les nouvelles coutumes luunn. -aient facilement un prétexte à n'importe quelle agression. L'incertitude des droits était extrême; et les Européens qui prenaient pari aux disputes des natifs augmentaient la confusion, en appliquant aux atiairc- politiques de l'Asie la loi publique (le l'Occident et des règles empruntées au système féodal. Si l'on jugeait convenable de traiter un nabab en prince indépendant, il y avait une* excellente raison pour agir ainsi, ce uabab était de fait indépendant ; si l'on jugeait convenable de le traiter en lieutenant du ml de lk-llii. nen île pins facile, il avait effectivement cotte qualité ; si l'on jugeait cuinenable de voir dans .sa charge mie diguté. béiédi-aire, eu seulement une dignité à vie, ou seulement encore une dignité dont le maintien dépendait dn bon plaisir du Mogol , on pouvait trouver des preuves et des précédents à l'appui de chacune de ces alternatives. Le parti qui avait entre ses mains l'héritier de Baber le représentait comme le souverain incontestable, légitime, absolu, auquel toutes les autorités subalternes étaient tenues d'obéir. Le parti contre lequeJ on se servait du nom du Mogol soutenait, sans trop d'invraisemblance, que l'empire n'existait plus de. facto, et que, s'il était décent de montrer du respect pour le Mogol, vénérable reste d'un ordre de choses disparu, il était absurde de le regarder comme le maître réel de l'Ilindostan.
Le grand nizam Al-Mulk, vice-roi du Doccau, l'un des plus puissants parmi les nouveaux maîtres de l'Inde, mourut en 1748. Son fils Nazir-Jung lui succéda. I/: Caniatic était la plus riche
14 là plus imporlanlc dis province* minimises à i« haut fonctionnaire. Il était gouverne par un ancien nabab, que les Anglais appelaient Àiiaverd y-Khan.
Quelques autic- pirsominacs pi'életidiivHl au gouv ernement île la vice-royauté et a celui île la province subordonnée. Mirzapha- Jnng, ]>elit-fils du nizam Al-Mulk, fut le cuini>éliteur de Nnair- Jung. Chunda-Sahili, gendre d'un ancien nabab (lu Carnatic, brigua le tilrc que portait A naverd y-Khan. La loi indienne était si vague que Mimpha-Jung et Cbunda-Sabib purent facilemenl s'appuyer sur un semblant de droit. Au milieu d'une société complètement désorganisée, ils trouvèrent sans ]>einc d'avides aventuriers prêts à suivie leurs étendards. Ils unirent leurs intérêts, envahirent le Carnatic et appelèrent à leur aide les français qui, grâce à leurs succès dans la récente guerre entreprise contre les Anglais, sur la cote de Commande! , avaient acquis une grande renommée.
Le subtil et ambition Duplci\ ne pouvait souhaiter rien do mieus. Faire un nabab dn Cantal ic, l'aire un vice-roi du Deccan, gouverner sous leur nom tout le midi de l'Inde, c'était en vérité nue agréable pwspectivc. Il fil alliance avec les prétendants et envoya à leur «'cours quatre nuls soldat* français et deux cents cipayes disciplinés à l'européenne. On livra balaille. Les Français se distinguèrent lioaurotip. Ana^ordj-Kliiin fut défait et tué. Son fils, Mohamed-Ali, ipii, pins lard, fut bien connu en Angleterre comme nababd'Arcot et dut à l'éloquence de Bnrke une immortalité fort peu enviable , s'enfuit à Tiîchiiiopoly avec un faible reste rie son armée, et d'un seul coup les cenquerauts devinrent maîtres de presque tout le Carnatic.
Ce ne fiit que le commencement de la grandeur de Dnpleix. Apres quelques moi- de combats, de îiégiic in lions et d'inlrigues son habileté et sa bnuno (in tune seinlihieiit avoir partout prévalu. Nazir-Jung était tué par ses propres partisans; Mirzapha-Juitg s'était emparé du I)eccan;le triomphe des armes et de la politique françaises était complet. L'alk'aiTsfc réduit à i'endichéry; on tira
CLIÏB.
des suives d'artillerie; un clianla un TeDi'itm dans les églises. Le nouveau Pi iza m vint visiter ses allies; ut la cérémonie de son installation se fit en grande pompe. Duplert.reretu du costume habi-
fele qui suivit, il prit le pus sur foute la cnur. Il l'ut nommé gouverneur de l'Inde, entre l;i rivière Krislua et le cap Comorin, c'est-à-dire d'un pavs aussi grand que la France. Il fut investi d'une autorité supérieure même à celle de Clumda-Saliib. On lui donna le commaiidon:eiil de -c|i! mille hommes île cavalerie. On annonça que dans le Cannlic il ne secail [ i-rinis i!e frapper monnaie qu'à Pondicbéri. Une grande paille des trésors accumulés par les anciens vice-rais du Item passa dans les coffres du gouverneur français. Le bruit courut que celui-ci avait reçu deux cent mille livres slerliiui en argent, oulro |iliisienrs diamants d'une valeur considérable. Eu réalité sus yains [levaient être pour ainsi dira sans limite. Il gouvernait alors trente millions d'âmes d'une façon absolue. L'État n'accordait ni faveur honorifique ni émolument sans qu'il intervînt, et toute pétition dépourvue de sou apostille n'était pas lue par le Niiam.
Mirzaplia-Jtuii: ue survécut que quelques mois à sou élévation; mais un prince de. sa maison, perlé au Irène par l'influence française, ratifia toute- ses promesse-, lluplcix était alors le plus puissant potentat de l'Inde. So> compatriotes se vantaient que son nom n'était prononcé dans l'inléi'ieur du palais de Deliii qu'avec un respect i ne lé de leri eur. l.a population native vo» ait avec étonneraient les progris qu'un aventurier européen avait iiiit en |icu d'années vers la domination de l'Asie. Du reste, l'orgueillera Français ne se contentait pis de la réalité du pouvoir; il mettait une arrogante osleulatiun à faire claire de sa grandeur devant mis siiji ts et se- rivaux. A l'euiii ■ - l L où -a j n il i tique avait nlilouu son principal Iriouqibe. eu décidant la chute de Nazir-Juiig et l'élévation de Mii/aplia, il lit construire une colonne sur le soubassement de laquelle quatre pompeuses inscriptions en quatre
langues ilitiéreutes anuui) l'Inde. Des médailles îles
devint le centre d'une vi
i gloire à toutes les nations de perpétuer le souvenir de ses
Dupiàx Fatiabad,
Les Anglais avaient fuit quelques faillies leiilalives pour arrêter le rival de l;i Compagnie dans sa rapide et brill;uile carrière; ils continuaient à reconnaître Mahomed-Ali comme nabab du Curnatic; mais les Ktals de Mahomcil-Ali consistaient seulement en Trichinopolv, etTrichiuopoU était alors cernée par Chunda-Saliib et ses auxiliaires français. Fui'ecr n'iis-ri a lever le siège paraissait impossible. Le peu île troupes ipii étaient à Madras n'avaient point de chef, Le major l.awreuro était retourné eu Anglelerre, et il ne restait dans la ville aucun otlîoior d'un talent incontestable et incontesté. Les indigènes avaient appris à regarder avec mépris la puissante nation qui devait bientôt, les conquérir et les gouverner. Ils avaient vu le drapeau français Huiler sur le Ibrt Saint- Georges; ils avaient vu les chefs de la laclorene anglaise traînés à la suite du triomphateur dans les rues de Pondichéri; ils avaient vu les armes et la politique île Liiplek obtenir partout des succès, lundis que les autorités de Madras, en tâchant do s'opposer aux progrès de leur ennemi, n'étaient parvenues qu'à montrer leur propre faiblesse et à grandir sa gloire. La valeur et le génie d'un Anglais, jeune et obscur, allaient changer la face de la fortune.
Clive avait vingt-cinq ans. Après avoir hésité quelque temps entre la carrière militaire et la carrière commerciale il avait fini par occuper un poste qui tenait de l'une et de l'autre, celui de commissaire îles troupes avec le rang de capitaine. Le présent étal de choses lui permit de donner la mesure de sou intelligence et de son courage. Il représenta à si s supérieurs que si l'on ne tentait quelque vigoi uni* effort. TriehiimpoK summi lierait, la maison d'Auaverdj -Kban périrait, et que les Français deviendraient les maîtres réels de la Péninsule indienne. Frapper un coup d'audace ét il absolument nécessaire. Une attaque dirigée contre Arcol,
LORD CLIVE
capitale du Carnalic i t résidence laviinle des Nababs, déciderait peut-être !a levée du siège de ïnr!iuio|>(ily. [.us chefs de rétablissement anglais, csccssiveiiieni. alarmés des succès de Dupleix et craignant qu'une nouvelle guerre mi n: l;i l tanee et la Grande- Bretagne n'amenât la pria 1 unnii'ili; k- il' 1 M:-.dvns et sa destruction, approuvèrent le. plan de Clive, et lui eu confièrent l'exécution. Le jeune capitaine fut mis à ht Lùtc d'une petite troupe composée de deux cents soldais anglais el de trois couis cipayes aimés el disciplinés à 1* européenne. Des luiit officiel s (pu commandaienl sous lui deux seulement avaient vu le feu et quatre étaient des facteurs de la Compagnie que l'exemple de Clive avait entraînés » olfrir leurs services. Le lemps était orageux: mais Clive marcha jusqu'aux portes d'Amtt en ilrpil du (uiuierre, des éclairs et de la pluie. Lagarnison, saisie d'une punique, évacua le fort, on. les Anglais enfl èrent sans coup lerir.
Clive savait bien qu'on ne le laisserait pas tranquille possesseur de sa conquête. Immédiatement il se pourvut de vivres, éleva des ouvrages de défense, et prit tomes les dispositions nécessaires pour soutenir un siège. La ganlisim, qui s'était enfuie à son approche, remise de sa peur et perlée, grâce à un renfort considérable, au chiffre de trois mille hommes, vinl camper lout près do la ville. A nuit cluse Clive sortit lin li>K, allaqiia le camp par surprise, tua beaucoup de momie, dispersa le reste et rentra dans ses quartiers sans avoir perdu un seul homme.
La nouvelle de ces événements fut bientôt expédiée à Cliunda- Sahib qui, avec ses alliés français, f usait le siège, de Trichinopolv. Il détacha sans délai quatre mille hommes de son armée et les envoya à. Arcot. Ils furent promplemenl rejoints par les débris du corps que Clive venait île di-perser. puis par deux mille hommes de Vellar, et, ce qui était un secours encore plus important, par cent cinquante Français que Dupleix dépêcha de Pondichéry. L'ensemble de cette armée, montant à environ dix mille hommes, était sous le commandement de Hajah-Sahib, fils de Cliunda-
Hajah-Saln'b w mit en mesure d'assiéger le Ibrl d'Arcot, qui semblait bon d'état de résister. Les murs étaient en mine, les fossés à sec, les remparts trop étroits pour qu'un pût y placer des canons, les épanlouieiits Irop Lis puni- protéger les soldats. Les accident s avaient réduit l.i garuisan île beaucoup. Elle ne se composait pins que de cent xinxt 1-ài ru [n'eus et deux cents eipayes. Il restait seulement quatre officiers; les minutions étaient insuffisantes, et le commandant chargé de diriger la défense dans des conditions si défavorables était un jeune, liommi' de vingt-cinq ans qui avait été élevé puni devenir teneur de livres. Le siège continua pendant cinquante joins, et pendant cinquante jours le jeune capitaine maintint la défense avec une fermeté, une vigilance, une habileté ipii aient l'ail honneur an plus vieux maréchal d'Europe. La brèche cependant s'agrandissait de plus en plus. La garnison commençait à -iiiillVir de la faim. Eu pareille conjoncture on aurait pu s'attendre qu'une troupe aussi dépourvue d'officiers donnera il des signes d'insubordination, chose d'autant plus à craindre que cette troupe était formée d'hommes différant complètement les uns des autres par l'origine, la couleur, le langage, les mœurs et la religion. Il n'en fut rien. Le dévouement de la petite bande à son elief suqMSsa lent ce qu'un raconte de la dixième légion de César ou de la vieille garde de Napoléon. Les ci payes s'adressèrent à Clive non pour se plaindre de l'insuffisance de leurs rations, niais [mur proposer d'abandonner tout le grain aux Européens qui avaient besoin de plus de nourriture que les natifs de l'Asie, Le léger gruau qu'on tirait du riz leur suffirait, disaient-ils. L'histoire n'olfrc ni un exemple plus touchant de fidélité militaire, ni une preuve [dus riiiivaim'anle de l'influence c\ercée par le génie d'un chef.
line tentative de secours faite par le gouvernement de Madras, avait ichoué ! Tout espoir n'était cependant pas perdu. Mahomed- Ali soudoyait nulle M.dirattes, moitié soldats, moitié bandits, que commandait m: i lu f nommé )!<>: ari-llovv. Ces mercenaires, pensant que la puissance française était invincible et le triomphe
de Chuuda-Sahib certain, restaient inacUfs sur lus frontières du Garantie. Le récit de la défense d'Arcol les fit sortir de leur (orpeur. Morari-Uovv dérlara qu'il n'eût jamais cru les Anglais capables de résister, tuais qu'il était (oui disposé à leur venir en aide puisqu'ils avaient le courage de s'ailler eux-mêmes. Ilnjali-Salhb apprit que les Mnhrattes étaient en marche. II sentit la nécessilé île se hâter. Il essaya il'aWil de tirén'ier. Il hirha de corrompre Clive par des présents qui furent repnussés avre mépris. Il jura ensuite que si ses propositions n'étaient pas acceptées, il donnerait immédiatement l'assaut à la ritatlelle et fer-ail ]iasser la garnison au fil de l'épce. Clne lin répondit, river, une hauteur caractéristique que son père était un usurpaleui', sou armée un ramassis de coquins, et qu'il fera il bien de réfléchir avant i l'envoyer de pareils lâclies sur une brèche que détendaient des soldats anglais'.
lïajah-Sahib résolut d'agir, l e joui convenait pari alternent à un cou|i de main militaire ; c'était celui de la grande fête mahometane, consacrée à la mémoire île Hussein, fils d'Ali. L'histoire de l'islamisme ne contient rien de plus émouvant que l'événement d'où cette solemi lté lire son origine, La lugubre légende raconte comment le cher des Fat imites, quand tous ses braves partisans eurent péri autour de lui, but sa dernière jjnrgée d'eau et prononça sa dernière prière ; comment -es assassins portèrent sa télé en triomphe ; comment le tu-an frappa de son bâton des lèvres sans vie et comment quelques vieillards se. rappelaient en pleurant avoir Vu ces lèvres pressées sur celles du prophète de Dieu. Après douze siècles environ, le retour de cille dnlc funeste excite les plus violentes et les plus tristes émotions dans le cœur des dévots musulmans de l'Inde. Ils se livrent à de tels accès de rage, à de telles lamentations, que quelques-uns seul morts, dit-en, des suites de leur frénésie. Quiconque, pensent-ils, meurt pendant cette 'fête en combattant les infidèles rachète, par-n mort seule, tous ies pééhés
sans raison que liajr.li-Saliili n\ail choisi ce moment pourdciiner l'assaut à Areot. Des di-OLTiiessIiimilrinlcs ruigmeiitèrenlrncorerexulla-
[housiasuio, ivres ik: liant;, attaquèrent avei: l'nrie. "
Clive, iiistruil «or rôle ment de Irui-s desseins, avait fail Ions ses préparatifs, puis, épuisé do fatigue, il s'était jeté sur son lit. Réveillé par les cris d'alarme, il courut à son poste. L'ennemi s'avançait poussant devant lui îles éléphants dont le front était armé de plaques de 1er. On espérait que les portes cibleraient sous le clioc de ces vivante machines de encore. Mais dès que les énormes animaux eurent ('prouvé l'of'ét des balles anglaises, ils firent volte-face cl dans leur fuile furieuse lonlèreul aux pieds la multitude qui les suivait. I n radeau lut lancé sur l'eau qui remplissait uue partie du fusse. Clive, s' apercevant que les artilleurs chargés de défendre oc puiiil, s'acquittaient mal de leur besogne, pointa lui-même une pièce de canon et en quelques minutes détruisit le radeau. Dans les endroits où le fossé était à sec les assaillants montrèrent une .-meulière hardiesse, niais ils furent aeeueillis par un feu si nourri et si bien dirigé que, malgré leur fanatisme et leur mvsse, ils perdirent peuplement courage. Les Anglais placés aux derniers rangs passaient constamment à leurs camarades des mousquets chargés et aucun coup n'était tiré en vain sur la masse vivante qui s'agitait au lias des murailles. Après trois elforts désespérés les assaillants se retirèrent de l'autre côlé du fossé.
Le combat avait duré environ une heure. La perte des assaillants était de quatre cents hommes, celle de la garnison de cinq ou six seulement. Les assiégés, s'attenduut à être attaqués de nouveau, passèrent une nuit pleine d'anxiété, mais quand vint le jour, ils n'aperçurent plus les ennemis, Ceux-ci avaient abandonné leur camp, lais-aiit aux Anglais plusieurs canous et une
comme un homme, eapable île commander n'importe quel corps d'armée. On lui envoya deux cents soldats anglais et sept cents
LORD CLIVE
cipajes, cl des qu'il cul ces forces il sa disposition, il prit iiuinétfiatemenM'oftènsive. Il s'empara du fort de Timxy, effectue sa jonction aveu une division de l'année de Horari-Row ; puis se hâta d'aller attaquer Rajah-Salub qui était à la lète de près de cinq mille hommes, parmi lesquels il y avait trois cenl s Français. L'action fut sérieuse, mais Clive remporta mie victoire complète. La caisse militaire de Rajah-Sabib tomba entre les mains des vainqueurs. Sis cents cipaves, qui avaient l'ail partie de l'année ennemie, passèrent à Clive et enlrèrcnl au service de l'Angleterre. Coujevcram se rendit sans résistance. Le. gouverneur d'Arnec abandonna Ijuimlii-Siiliili i:f reconnut Muliouied-Ali.
La guerre, si Clive en avait eu la complète direction, se serait sans doute promptement terminée; mais la timidité et la maladresse qui caractérielle»! Ifs uioou'iiii.'-hIs ilrs Anglais partout où il n'était ps en personne, ta prolongèrent. I,cs Maltraites prétendaient que les Anglais plates sous ses ordres n étaient pas de la même race que les autres Anglais. Grâce à cette mollesse et à celle incapacité , liajaii-Saluli vint liinilùl braver les canons du fort Saint-Georges avec une année nombreuse qui comptait quatre ceuls Français dans sas rangs. Il dévasta les villes et les jardins des principaux habitants de l'établissement anglais. Clive l'attaqua el le battit encore. Plus de cent Français furent tués ou pris : ta perte de milliers de natifs eût été moins sérieuse. L'armée victorieuse quitta le champ de babille pour aller au Ibrt Saint-David. .Sur sa roule étaient la Ville di' l-t vieillira de bupleix et le monument superbe qui devait conserver le souvenir des triomphes de la France dans l'Est. Clive fil raser l'une et l'autre. Nous pensons qu'en agissant ainsi il ne cé 1a pas à une malveillance personnelle OU nationale, unis qu'il obéit à l'inspiration dur Le juste et profonde politique. La ville el son nom pompeux, sa colonne et ses vaniteuses inscriptions faisaient parlie des moyens dont llupleis. s'était servi pour exercer une grande influence sur l'esprit public de l'Inde. 1/ acte de Clive était destiné à détruire celte influence. Les natifs c lovaient fermement que la- France était sans
ai uisToiriE et critique.
conteste la première puissance d'Europe et 411c l'Angleterre ne pouvait rivaliser avec elle. La démolition publique et solennelle des trophées Iranrais riait certainement le moyen le plus efficace de détruire cette erreur.
Le gouverne eien I île Madras , encouragé par ces événements, lésolut d'envoyer un détachement uoinbrrus, sous les ordres de Clive, renforcer la garnison de Trichinopoly ; mais sur cesentrel'ai tes le major Lawrence arriva d'Angleterre el priL le eoimnandeinent en chef. A l'école et an comptoir Clive avait donné tant de preuves d'un caractère sauvage et d'une complète impatience de tout contrôle, qu'on était en droit de supputer qu'il ne voudrait pas, après de tels exploits, agir a\ee zèle el lionne humeur dans une position subalterne. 11 se plaça ;ui contraire joyeusement sous les ordres de son vieil ami et se umduisit aussi liardimcut au second rang qu'il l'avait l'ait au premier. Le major, dis le début de leurs relations, l'avait traité d'une l'açon bienveillante, et Clive, on doit lui rendre celte justice, toi 1 1 orgueilleux el. indompté qu'il lut, ne restait jamais insensible aux bons procédés qu'on avait à son égard. Lawrence connaissait bien la valeur d'un pareil second. Quoique son intelligence ne s'élevât pas an-dessus du simple bon sens, il appréciait pleinement les brillantes facultés de l'homme qui lui était adjoint. Bien qu'il eût fait une élude méthodique de la lactique militaire cl que, suivant la coutume de tous les hommes élevés spécialement eu vue d'uni: prole-MOÈi, d fût disposé à délai mi de h IW'lini': : uni- mon u|inii"ii. b isée sur une Inlnl iieile fréquentation, est qu'il méritait tout ce qui lui est arrivé et que d'après sa conduite il y piHiviol iinuplrr. Il e>t plein de résolution, d'intrépidité el île saiiji-lïoid . Au milieu de- plus grands dangers, il conserve toujours sa présence d'esprit. Il est né soldat, car nuis avoir reeu aucune espèce d'éducation militaire, sans même avoir jamais entendu quelqu'un de la profession parler sur
l'art de la gueirc : ymdé ;eiilcmctit. par sou jugement ut son bon sens, il a commandé une armée en oilkiw ci périmai lé et en brave soldat, avec r M > • prudence qui i-sf la garantie certaine du succès. «
Les français n'avaient pas un seul diel'à opposer aux deux amis. Dupleix, sii[iéri:u v en talent, sous le rapport de la diplomatie et de l'intrigue, à tout Kuwpéen ayant pris part aux révolutions de l'Inde, ne |wssé<lait aucune îles qualités nécessaires pour diriger lui-même des opérations militaires. Il n'avait pas reçu l'éducation d'un soldat, et son tempérament n'était rien moins que guerrier. Ses ennemis l'accusaient île couardise |icrsonticllc et il se défendait d'une manière digne du capitaine llobadil. Il su tenait hors île la portée des balles, disait-il , parce que le silence et la tranquillité étaient lavniables ;\ son génie, et qu'il trouvait difficile de poursuivre ses méditations au milieu du bruit dus armes à feu. 11 se trouvait doue dans la uécesilé de confier à d'autres l'exécution de ses grands plans militaires, et se plaignait amèrement d'être mal servi. Il avait été aidé, il est vrai, par un officier d'un mérite éiimient, le célèbre Bussy ; mais celui-ci avait suivi le Nizam dans le .Nord, et il s'occupait exclusivement do ses propres intérêts et de ceux de la France à la cour de ce prince. Parmi les oliieicrs qui restaient à Dupleix, il n'y eu avait pas un seul de capable, et plusieurs il'ciil re eux étaient des cillants dont l'ignorance et la sottise excitaient les risées des simples soldais.
Les Anglais triomphaient partout. Les troupes qui assiégeaient Tricliiiiupoly étaient elles-mêmes assiégées et forcées de capituler. Clumda-Sahib , pris par les Malirattes , fut mis i
Ali. Néanmoins DupleiN ne -o lai-sait pas décourager, et ses ressources paraissaient inépuisables. Il ne recevait plus du gouvernement français ni aide ni assistance : en ennilamnait sa politique, ou ne lui envoyait aucun subside, les troupes qu'on lui expédiait étaient l'écume des bagues. Pourtant il persistait, in-
H1ST011I Et CRITIQUE.
Iriguait, corrompait, luisait de brillantes promesses, dissipait sa fortune, usait son cri-dit, se procurait de nouveaux titres venant de Delhi, suscitait de tous côtés dos ennemis au gouvernement de Madras, et trouvait des instruments même parmi les alliés de la Compagnie anglaise. En dépit de ions ses ellorts, la |iuissance du l'Angleterre continuait à grandir, et celle de la France à décliner lentement, mais définitivement.
Clive, depuis qu'il babitait l'Inde, n'avait jamais joui d'une lionne santé. Il était alors ileveuu tellement sou firaiit qu'il résolut de retourne]' en Angleterre. Avant sou départ il accepta une mission excessivi'im iil dillieilu et s'en acquitta avec son habileté et sa vigueur ordinaires. Des garnisons françaises occultaient les forts de Covelong et de Cliingleput. Ou décida qu'il faillit les attaquer ; mais aucun ulficiei-, s.iut Clive, u au 111 it voulu s'exposer à eompruniittie sa réputation eu acceptant le commandement de la seule troupe dont ou pouvait dis|>oser. Celle-ci su composait de cinq cent- cipayes nouvellement levés, et de deux cents recrues récemment arrivées d'Aitgli.lnre, c'est-à-dire des derniers misérables ramassés par les agents de la Compagnie dans les plus ignobles tavernes de Londres. Clive, tout souffrant et épuisé qu'il fût, entreprit de créer une année avec celte canaille indisciplinée qu'il conduisit devant Covelong. L ue balle partit du fort ayant tué un de ces prodigieux soldats, toute la bande tourna les talons et s'enfuit. Clive ne ia rallia qu'à grand' peine. Une autre fois le bruit du canon terrifia tellement les sentinelles, que plusieurs heures après on trouva l'une d'elle; au fond d'un puits. Clive accoutuma peu à peu se- soldats au ilanger. 11 se plaçait constamment lui-même :m\ postes les plus périlleux ; il finit par métamorphoser en braves ces hommes qui ne |iaraissaieut bons à lien. 11 réussit à eu former un corps fort respectable. Covelong l'ut pris. Clive, averti qu'un nombreux détachement, venant de Cliingleput, marchait au secours de la place assiégée, s'arrangea de manière que l'ennemi ignorât la reddition de Covelong. Il organisa une embuscade sur la route, tua cent hommes, lit trois
cents prisonniers, puiu>nivil le- fugitifs jusqu'aux portes de Chhvgleput, investit immédiatement cette l'erlen^se, réputée l'une des plus formidables de l'Inde, pratiqua une brèche, et allait donner l'assaut, lorsque lu commandant français capitula et se retira avec h garnison.
Clive revint à Madras victorieux, mais dans un état de santé qui lui rendait le séjour du celte ville impossible. C'est à celte époque qu'il épousa nue jeune femme portant le nom de Maskelyne, sœur d'un éiumni! uni liéiiml icieii i|ui otnipa longtemps
le \mta d'astronome royal. Elle était belle «t accomplie, Les lettres de son mari prouvent, dit-on, qu'il lui était très-attaché.
Clive s'embarqua avec sa lèmme pour l'Angleterre presque immédiatement après le mariage. Ce n'était plus le pauvre garçon dédaigné que dix ans auparavant on avait envoyé chercher foi-tune au loin, li n'avait que vingt-sept ans, et son pays le respectait déjà comme un île ses plus éminents soldats. La pais régnait dans toute l'Europe. Le Carnalic était le seul point du monde où les Anglais el. Je--* h'] aurais lurent eu guerre. Les vastes plans de Dupleix n'avaient pas médiocrement inquiété la Cité de Londres, et le rapide dcuigciuenl de la (intime, drt principalement au courage et an talent de Clive, avait été appris avec grand plaisir. Le jeune capitaine était connu à la Compagnie sous l'honorable titre de génénil Clive, et ce fut ainsi qu'à ia fête des directeurs on le désigna dans tous les toasts. A son arrivée en Angleterre il fut l'objet de l'intérêt, de l'admiration générale. La Compagnie de- Indes orientales le remercia de ses services dans les termes les plus chaleureux et lui offrit une épie dont la poignée était garnie de diamants. Il montra une rare délicatesse en déclarant ne pouvoir accepter ce fwge île ^ralitude, que si nu semblable présent était offert à Lawrence, snn chef et son ami.
Il est facile de supposer avec quelle cordialité Clive fut reçu par ses parents, qui étaient, enchantés de ses succès, bien qu'ils eussent de la peine à comprendre comment leur mauvais garnement d'enfant était devenu tin si grand homme. L'incrédulité de
son père, à cet égard, avait duré longtemps, (',e fut seulement lorsque la dêlénsc d'Aicot fut connue eu Angleterre, qu'on entendit le vieux gentleman groiimu-ler ipi'apivs Unit Feulant avait du bon. A chacun des nouveaux • :t brillants exploils de Clive, il manifesta mie satisfaction de plus en [dus grande, et il se prit enfin d'une vive amilié pour son (ils, dont il devint extrêmement fier.
Les parents tic Clive avaient de très-solides raisons de se réjouir de son retour. Ile- Mminn'? cou-idérables lui étaient échues en jKirtage et il possédait une rerlaine fortune, dont il consacra une partie .à lirer son père d'embarras pécuniaires et à racheter ses biens patrimoniaux. Le reste, à ce qu'il paraît, fut dissipé en deux ans. Il vécut -plcudidetnonl , il s'habilla avec magnificence, même pour le temps; il eut une voilure; des chevaux de selle, et, Don content de ces moyens de se débarrasser de son argent, il ont recours à celui de tous, qui est le plus expéditif et le plus infaillible, à une élcelion contestée, suivie de protestation.
A l'époque des élections aiiérales de 1754, le gouvernement se trouvait dans nue très-singulière situation, 11 n'y avait, pour ainsi dire, aucune n|ipnsi1.mn constituée. L'issue de la dernière rébellion avait intimidé le; janitiitos. Le parti tory avait encouru le dernier des mépris. Il avait élé abandonné de tous les hommes de talent qui y avaient appartenu, et depuis quelques années avait à peine donné signe de vie, La mort du prince Frédéric avait dispersé la petite faction que l'influence et les promesses de ce prince avaient organisée el maiuli'nue. La plupart des hommes politiques du royaume, ayant une valeur reconnue, occupaient des fonctions publiques et se disaient whigs ; mais cette surprenante concorde élail tout à fait illusoire. It'amêi'es inimitiés, des compétitions intestines divisaient l'administration elle-même, dont les membres cherchaient, avant tout, à se renverser el à se remplacer les uns les autres, Newcastle, le premier ministre, faible, timide, jaloux et perfide, était en même temps détesté et méprisé par ses principaux cullè^ue- du ministère el par personne plus
LORD Cl.lïE.
que par Henri Fo\, li' secrétaire de lu guerre. Ce dernier, eupablo, ambitieux, plein d'audaee, saisissait toutes les occasions de contrecarrer le premier lord de la Trésorerie. Il savait bien qu'il avait peu à craindre el. peu à espérer de Newrastle, qui redoufail également de rompre avec les gens de mérite et de les employer.
Kewcastlc tenait beaucoup à l'aire nommer deux membres du Parlement pour Saint-Michaél, un de ces misérables bourgs que supprima l'acte de réforme de L'influence do son adver-
saire, lord Sandnicli, y avait élé loualeiups souveraine; et Fox agissait de son mieux en faveur de Sandwich. Clive avait été présenté à Fo\, et très-bien accueilli par celui-ci. Proposé et soulenu par le parti de Sandwich, il fut élu ; mais on rédigea contre son élection une protestation qu'appuya fortement ie duc de Mcwcastlfi.
Suivant l'usage de ce temps, un comité, nommé par toute la Chambre, examina l'affaire. Les quêtions électorales étaient alors cûiis:déréc- simplement ruimiir des que- lions de parti. On n'alfec- Liit même pas l'impartialité Judiciaire, et sir Robert Wolpole avait coutume de dire ouvertement ipie dans les batailles électorales on ne devait faire aucun quartier. Le débat relatif à l'élection de
Saitit-Michaël lut très-animé. Ce qu' ivait récllemeulà décider,
c'était, non de savoir si l'élection de Clive avait été régulière ou irrégulière, mais desavoir lequel de .Nuiveaslle ou de Fox disposerait à son gré delà nouvelle Chambre des rrmmuucs, et par conséquent serait premier ministre. Le combat l'ut luuj. r , acharné, et )a vietoiie semblait pencher tantôt d'un cô!é, tantôt de l'autre. Fox déploya toutes les ressources de suri esprit ; il batlit la moitié des légistes de la Chambre avee leurs propres armes, et obtint vote sur vole contre l'influence de la Trésorerie. Le comité se prononça en faveur de Clive ; niai- quand il instruisit, la Chambre de sa décision, les choses prirent un cours différent. Les débris de l'opposition tory, quelque peu importants qu'ils fussent, pouvaient répondant peser dans la balance. Or, si les toiies méprisaient
nisTorm ft cthtiqie.
Ncwcostlr, ils h tissaient Foi, le politique le plus subtil et le plus hardi, l'orateur le plus habile qui fût parmi les whigs, le fidèle ami de Walpole, le partisan dévoué du dut de Cumberlaud. Aprêavoir bfeité jusqu'au dernier moment, ils finirent par voler en masse avec les amis du premier ministre. Il en résulta que la Chambre, à une faillie majorité, iiilirma la dérision du comité, et Clive fut exclu.
Bepoussé du Parlement ri presque ruiné, il tourna ses regards vers l'Inde. La Compagnie et le uiiui , nu-na iil tiédiraient vivement l'employer. L : n traité favorable à l'Angleterre avait été conclu dans le Carnalic. Duplei*, destitué, avait rapporté les débris de son immense fortune en Europe, où bientôt la calomnie et les chicanes de tous genres k roiiihiisirnil rai (omliean. Mais plusieurs signes indiquaient que la guerre cuire la France et l'Angleterre était imminente, et l'on sentait la nécessité d'envoyer un chef capable aux établissements indiens de la Compagnie. Les directeurs nommèrent Clive gouverneur du fort Saint-David. Le roi lui donna une eouimi--i:in de lieutenant -eolonel dans l'armée anglaise, et en 1 755 il s'embarqua de nouveau pour l'Inde.
Des son arrivée dans l'Inde, il fut chargé de la réduction du fort de Gheriah. Bâti sur un promontoire escarpé et environné presque entièrement par l'Océan , ce fort servait de refuge à un pirate, nommé Aligna, dont les barques avaient été longtemps la terreur du golfe Arabique. L'amiral Walson, qui commandait l'escadre anglaise dans les mers de l'Inde, brûla la flotte d' Aligna tandis, que Clive attaquait par terre la forteresse. Celle-ci se rendit et les vainqueurs eurent à partager un butin de cent cinquante mille livres sterling.
Clive prit ensuite possession de sou gouvernement du fort Saint- David; et moins de deux mois après il reçut une nouvelle qui réveilla toute l'énergie de son esprit actil et hardi.
Le Bengale est la plus riche des provinces jadis soumises ,1 la maison de Tameilan. Aucune partie de l'Inde ne possède de tels avantages au point de vue de l'agriculture et du rommerce. l,r-
Gange, courant il la mer par cent eanaut, fertilise une vaste pliiiiiP qui, malgré le ciel des tropiques, rivalise de verdure avec les campagnes anglaises. Le i-ïss y ciroit d'une façon partout ailleurs inconnue. Les recolles d'épiées, de sucre, d'huiles végétales v atteignent de merveilleie-es {importions. Les eaux y abondent eu poissons. Les iles désertes qui, le ions *'« la côte, sont couvertes d'une végétation nuisible cl peuplées de daims et de tigres, fournissent au\ districls cutlîvt'-s d'énormes quantités de sel. Le fleuve, si bienfaisant pour le sol, est en même temps le grand chemin du commerce de l'Inde : c'est sur ses rives et sur celles de ses affluents qu'un rencontre les marebés les mieux pourvus, les cités les plus sploiulidrs, le- loiupk's les plus sacrés de l'Inde.
<lans l'Inde pour le jardin de l'Eden, pour le riche royaume. Sa population augmente sans cesse. L'excédant de ses greniers nourrit des provinces lointaines: les produits délicats de son industrie parent les iwbles dames de Londres cl île Paris. Énervés
enfants de l'Europe. Les Castillans ont le proverbe: A Valence la terre, est de Veau et les hommes sont des femmes; on peut en dire autant à propos de la vaste plaine du bas Gange. Le Bengalais fait tout avec nonchalance. Il a des goûts sédentaires; il abhorre les exercices corporels, et, quoique vil' dispuleur et trèsprocessif, il s'engage rarement dans un conflit personnel et ne s'enrôle presque jamais coiieoe soldai. Il n'y a peut-être pas eu dans l'armée de la Compagnie des iodes cent hommes originaires du Bengale. Mous doutons qu'il ail jamais existé un peuple aussi bien préparé par la nature et les habitudes pnur le joug étranger.
A l'époque dont nous parlons, les grandes Compag nies commerciales d'Europe possédaient depuis longtemps des factoreries
dans le Bengale. Les Français étaient établis, coiuine ils le sont encore, à Chandernagor sur le Hoogtey; au-dessus de cette ville, les commerçants liolbnulais avaient Cbinsutab; plus pr ès de hi nier, les Anglais avaient bâti le fort William. Hue église et de spacieux magasins avaient été construits dans le voisinage; une rangée de belles nmisuns nppuli'iiaut aii\ prine.i|Kiux facteurs de la Compagnie bordait l.i rive du fleuve, et non loin de là se tron-