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uelle et du Cei
lever du soleil, les plus biiriaiils équipages de Calcutta. Les An-
glais pavaient une rente a lequel était leur établissement, qu'aux autres grands tenanciers tien dans les limites de leurs doi Le Bengale, l'Orissaetlc Bail a
e les. Au;
L Il il
petit-fils, Surajali-Dowlnb, âgé de moins orientaux sont la pire espère d'êtres lu jeune homme était un des pires spérii avait, île liai,
esprit faible et telle qu'elle aura
vernement pour le terrain s l on leur permettait, de même d'exercer une certaine jnridic-
'lé. luuijleuips gouvernés Alucnly-klian, et qui, t iluveun complètement .uveiaiueté échut à son s vingt ans. Les dispute* laitis, et ce malheureux eus de cette espèce. )1 i caractère nialveillanl; éncivé même une vi-
Sonner avec lui, et iulatué di: lui-même, parce qu'il n'avait jamais élé en position de compter avec la volonté des autre*. Une bauebe précoce avait enlevé toute énergie à son corps et à son esprit. 11 faisait un usage uummiété des lielssuns spirilneuECs, qui troubl ->ien Isa débile cerv! llcjus:[iiïi In ïolie. Ses rumpaguOLlS favoris
LORD CLIVE
t'iaient îles [lutteurs soi lis de la lie du peuple, el dont la bouffonnerie et la servilité composaient l.nut le mérile. 11 en élait arrivé, dit-on, à ce degré de la dépravation humaine où l'un est cruel pour le plaisir de l'être, où l'on éprouve d'agréables émotions eu assistant au spectacle de la -DulTraiire, quand mi celle-ci ne rapporte
aucun profit, ne venge aucune offense, ne préserve d'aucun péril . De bonne heure il s'était complu à torturer des animaux de toutes sortes, et plus tard il s 'étui délecté encore davantage à contempler les misères de ses semblables.
La haine de Su rajah- Dow! ah pur les Anglais datait de son enfance; c'était chez lui une idée fisc, et personne ne s'opposait jamais à ses fantaisies. Il s'exagérait l'importance des richesses dont on pourrait s'emparer en pillant. Calcutta, et son esprit inculte et borné était hors d'étal de comprendre que ces richesses, eussent-elles été plu- cm i skié râbles encore qu'il ne le croyait, no le dédommageraient pas île ce qu'il perdrait si sa violence chassait du Bengale le commerce européen et le décidait il se transporter dans quelque autre région. Il trouva bientôt des motifs d'hostilités. Les Anglais <al tendant à une guerre avec la France, s'étdent mis à fortifier leur éiablissement sans avoir une autorisation spéciale du Nabab. Un riche natif, que celui-ci voulait dépouiller, s'était réfugié à Calcutta et l'on avait refusé de le lui livrer. Ces laits insignifiants r-uitirent à Siirajah-Tlowlali,qui marcha sur !e fort William avec une nombreuse année.
Grâce à Duplcix, les employés de la Compagnie résidant à Madras avaient été forcés de devenir soldats et hommes d'État; ceux du Bengale, au contraire, étaient encore de simples commerçants, el, ii l'ajijiro; lie du d:;i]^cr, ils l'urent frappés de terreur. Le gouverneur, qui avait beaucoup entendu parler de la cruauté de Surajah-hovvlali, perdit la fèle.saula dans une barque, et se réfugia sur le vaisseau le plus rapproché du rivage. Le commandant militaire pensa qu'il ne pouvait mieux faire que de suivre un si excellent exemple. I.e fort fut pris après une faible résistance, et bon nombre d'Anglais tombèrent entre les mains
HISTOIRE KT CIUTIQUR.
des vainqueurs. Le Nabab s'établit avec une ]rcmpe royale dans le principal bâtiment fie la factorerie et tit amener devant lui M. Holwell, le plus important des prisonniers. Son Altesse se plaignit de l'insolence des AiigL.is. et de la médiocrité des trésors qu'elle avait trouvés; mais elle promit d'épargner la vie des vaincus, puis die eonj;édia tout le monde.
C'est alors que fut commis un grand crime, mémorable par sa singulière alrocité, mémorable par les terribles représailles qu'il suscita. Les AngW < ;i|ilifs I'iiecuI bissés à la merci des gardes, et les gardes résolurent de leur liiire passer la nuit dans la prison de la garnison, une pièce connue sous l'horrible nom de Black hole (Trou noir). Vu le climat, ce cacliol eût paru trop étroit et trop hermétiquement ïenui' même pour un malfaiteur européen. Il avait seulement vingl pieds biuis; lis fenêtres étaient petites et grillées. On était dans le sel-tiee d'été, saison où des appartements spacieux et l'usage constant de l'éventail suffisent 1 peine pour rendre lolérable aus Amdai- l'ardente elialeur ilu Bengale. Los prisonniers étaient ;iu nombre de cent r garant e-si\ : lorsqu'on leur ordonna d'entrer dans la cellule, ils s'imaginèrent que les soldats se moquaient d'eux, et, rassurés qu'ils étaient par la promesse du Nabab d'épargner leur vie, ils rirent et plaisantèrent de l'absurdité d'un pareil ordre. Ils fui ent bientôt détrompés. Ils prièrent, supplièrent, mais en vain. Les gardes menacèrent de tuer tous ceus qui hésiteraient à obéir. Les captifs furent poussés dans la cellule a la peinte de l'épée, et la porte fut immédiatement refermée et verrouillée.
Bien dans l'histoire ni du us la fiction, pas même le récit que fait ligolin au milieu de la mer de glace éternelle, après avoir essuyé ses lèvres sanglantes sur le crâne de son bourreau, n'approche des horreurs de celle nuit. Les prisonniers demandèrent grjce; ils essayèrent d'enfoncer la porte; Holwell, qui, malgré cette terrible situation, conservait encore quelque présence d'esprit, ofi'rit des sommes énormes au geôlier. Il lui fut répondu qu'on ne pouvait rien faire sans les ordres du Nabab, que le Nabib dor-
mait el qu'il se fâcherait si on le réveillait. Les prisonniers devinrent fous de désespoir. Ils se foulèrent aux pieds les uns les autres; ils se battirent pnur le-, pliees près des fenêtre;, pourLi dérisoire ration d'eau que leur avait accordée la cruelle merci de leurs meurtriers, ils estruvaguèrcul, ils blasphémèrent; ils conjurèrent las gardée de tirer sur eux. Les- geôliers, dont les (lambeaux éclairaient relie scène d'agonie, poussuirnl des cris de joie mêlés d'éclats de rire en vojant les eiforts frénétiques de leurs victimes. Le tumulte se calma peu à peu et l'un n'entendit plus que des soupirs et de sourds frémissements. Au lever du soleil, le Nabab, reposé de sa déhanche quotidienne, permit d'ouvrir la perle; mais il s'écoula un certain temps avant que les soldats eussent pratiqué un passage pour les survivants en amoncelant à droite et h gauche 1rs cadavres uni. eràce ;\ l'extrême chaleur du climat, avaient déjà commencé à >e putréfier. Vingt-trois figures pâles, se soutenant à peine, mér-onnaissables peur leuis plus pioches parents, soi tirent alors de ee charnier. Une fosse fut immédiatement creusée; on y jeta pclc-incle les corps des cent vingt- Ces faits, qu'après plus de quatre-vingts ans en ne peut raconter ou entendre raconter sans frémir, n'éveillèrent ni remords ni pitié dans le cœur du sauvage Nabab. Il n'infligea aucune punition aux meurtriers. Il ne munira aucune commisération pour les survivants. Quelques-uns d'entre eux, dont on n'avait rien à attendre, fuient, d est vrai, mis en liberté; mais ceux 1 qui on pensait pouvoir extorquer quelque chose furent traités avec une exécrable cruauté. Holwell, bors d'état de marcher, fut porté devant le lyran, qui l'inveetiva, le menaça, le fil charger de chaînes el l'envoya dans le haut pays, ainsi que d'autres prisonniers soupçonnés d'en savoir plus qu'ils n'en voulaient dire sur
souffrances qu'ils avaient endurée:-, furent logés dans de misérables hangars el uniquement nourris de eraiu et d'eau. Iles parentes du Nabab intercédèrent en faveur de ces malheureux et
obtinrent enfin l'ordre de leur délivrance, line seule Anglaise avait survécu; elle liit placée dans le ha rein du princeàMoorshed-
Surajah-Dowlah envoya à Delhi, il celui qui n'était sou souverain que de nom, une lettre ufi sa récente conquête était annoncée en un style des plus pompeux. Il mit garnison dans le fort William, piès duquel aucun Anglais n'ont le droit de lixer s» résidence, et décida qu'en mémoire de ses hauts faits, Calcutta s'ap- I filerait désormais Alinagore, c'est- à-dire le port de Dieu.
L' établissement de Madras, en apprenant, au mois d'août, les événements de Calcutta, poussa unanimement un cri de vengeance. Quarante-huit heures après, un résolut de diriger une expédition sur le Hoogley et de donner à Clive le commandement dei troupes de terre. Les forces navales lurent placées sous les ordres de l'ami ml Watson, Neuf rents hommes d'infanterie anglaise, soldats éproiiNés qu'animait un excellent esprit, et quinze cents eipaves, ronu/osaient loutc l'année cliargée de punir nu prince dont le- sujets étaient plus nombreux que ceux, de Louis XV ou de Marie-Thérèse. L'escadre appareilla au mois d'octobre; mais, retardée par des vents contraires, die n'arriva au Bengtde qu'eu décembre.
Le Nabab, plongé dans ses déliuirlies habituelles, était sans inquiétude à Meei^hediiLid. II ignorait proibndément la situation des pays étrangers; il disait souvent qu'il n'y avait pas dix nulle hommes dans toute l'Europe, Il n'ava : t jamais soupçonné que les Anglais pussent envahir ses États; maïs si leur puissance militaire ne lui paraissait nullement redoutable il commençait à beaucoup les regretter. Ses revenus diminuaient et ses ministres avaient fini par lui laire compreudi c qu'un -ouverain peut quelquefois trouver plus d'avantages, à laisser des négociants jouir publiquement de leurs ^ains qu'à les moitié à la torture pour leur arracher l'indication d'endroits où sont cachées des caisses pleines d'or et de diamants. 11 songeait même à permettre à la Compagnie de reprendre ses opérations commerciales dans le Bengale,
quand il reçut la nouvelle qu'une armée anglaise était sur le lloogley. Il réunit immédiatement toutes ses troupes a Moorsbcdabad et marcha sur Ddcnlto.
Clive était entré eu campagne avec su vigueur habituelle. Il avait [iris Budgehudge, dispersé lu gunii.i.iu du fort William, repris Calcutta et saccagé lloogley. l.c Nabab, déjà disposé à faire des concessions aux Anglais, fut ronlirnio dans ses intentions piiciûques pur ces preuves de leur litrce et de leur courage. Il fit, eu conséquence, des propos li"iis ans uhe^s de l'armée d'invasion, oilrit de rendre la Ihrtorerie et il'itidenmiM.'r ceux qu'il avait dé-
Surajah-Dowlah avait quelque cliii-e de déshonorant; mais son pouvoir était limité. Vu comité, & imposé eu majeure partie des fonctionnaires de la Compagnie, qui s'étaient enfuis de Calcutta, avait la principale direction de- affaires. Or ces fonctionnaires désiraient vivement être rétabli; dan- h-iirs postes et indemnisés
avait éelaté de nouveau en Europe et appiéliendaul une altiique (les Français, élidt impatient de von' revenir les troupes anglaises; enfin les proposition; du Nabab éluiejU avantageuses, les chances d'un combat douteuses. Clive consentit doiLc à traiter lotit eu exprimant le regret qui; les choses ne ;e fussent pas terminées d'une manière aussi glorieuse qu'il l'eût souhaité.
Avec œtte négociation ci.iunncnro nue nuiivellc phase de la vie de Clive. Jusqu'alors il n'avait été qu'un soldat mettant à exécution les plans des autres lrc> -bravement et très-habilement. A
d'État et considérer se. opérations uulilaiies comme subordonnées à ses desseins politiques. H est tout à fait évident que dans sa nouvelle carrière il montra des talents éminents et obtint de grands succès; niais il est non moins incjuleslablc que les transactions auxquelles il participa ont entaché son caractère moral.
HIST0111K ET CKlTIOliE.
Pions lie sauriens être d'^crunl a vue sir John llalcolm, qui ne cousent i voir qu'honneur et intn-pdité dans la conduite de son Itéra ; mais nous sommes loin de partager l'opinion de M. Mil! , qui a dit que Clive I ne reculait jamais devant la fourberie quand celle-ci pouvait élrc utile à ses desseins. » ]Sims pensons que Clive a clé par tempérament l'opté d'un fuurbe, c'est-à-dire, hardi jusqu'à la ténicrité, sincère jusqu'à l'indiscrétion, ami plein de cœur, ennemi ouvert e: ne ut déclaré. i\i sa vie |irivée, ni les actes de sa vie publique qui cou ci ■ruent sis compatriotes, ne nous révèlent la moindre propension à la ruse. Dans toutes ses querelles [l'Anglais à Anglais; dans ses affaires lie boxe à l'école, dans tes discussions orageuses, qui, soit au siège de la Compagnie des Indes, soit au l'arlcinonl, occupèreul U s dernières années de sa vie, ses (alites lurent au contraire celles d'un esprit élevé et magnanime. La verile parait être qu'il considérait la politique indienne connue un jeu inï rien n'était deieiulu. Il savait que chez les natifs de l'Inde la mesure de la moralité n'était nullement 1» même qu'en Angleterre ; il savait qu'il avait affaire à lies hommes dénués de ce qu'eu buope nu appelle himurur, à des hommes qui faisaient toutes promûmes sans hésitation et manquaient il tontes promesses sans boule, à îles Inimitiés qui , pour arriver à leur but, employaient sans scrupule la corruption, le parjure, !c faux L'énorme dilfércncc qui existe entre la moralité asiatique et la moralité européenne le préoccupai l constamment ; ses letttt s le prouvent. Il semble s'être imaginé, à tort, suivant nous, qu'il ne punirait lutter i.onlrc if- p.uvils ailuTsaivr- -'il obéissait à des lois dont ils étaient cus-inèiiii-s affranchis , >'il agissait avec bonne
qui ne remplissaient jamais aucun îles leurs qui ne fût à leur avantage. Cet liumme qui, dans tontes les autres circonstances de sa vie, se conduisit en honorable |ieijL!criiuii anglais et en soldai, n'était pas plutôt aux prises avec un intrigant indien qu'il devenait Ini-méme un intrigant indien et qu'il île s rendait .suis scrupule au
loup mm ;o
mensonge, aux caresses hypocrites, ;i In substitution frauduleuse des documents et à lu contrefaçon îles écritures.
Un employé do la Compagnie, M. Watts il un indigène du Bengale, nommé Omichund, furent spécialement chargés des négociations entre les Anglais et le Nabab. CctOmiehund avait été un des plus riches marchands natifs résidant à Calcutta , et il avait l'ait des pertes considérables à la suite de l'expédition du Nabnlj contre, cette place. Ses opérations commerciales l'avaient souvent mis en rapport avec les Aillais, et la cour de Moorshedabad ne pouvait choisir un meilleur représentant. Il exerçait, une grande influence sur les hommes do sa race, et il avait à un haut degré les qualités hindoues, l'observation rapide, le tact, la dextérité, la persévérance, et aussi les vices hindous, la servilité, la perfidie, l'avidité !
Le Nabab montra toute la duplicité d'un homme d'État indien et toute la légèreté d'un «liant, donl l'esprit , -si énervé par l'habitude du pouvoir et par l'orgueil. 11 promit, il se rétracta , il hésita, il éluda. 11 vint moine ;iver son année menacer Calcutta ; mais, lorsqu'il vit la bonne fmtenance des Anglais, il se retira fort alarmé, consentit à la paix et accepta les conditions qu'on lui imposait. Le traité ne fut pii* plutèl rotn lu ijn'il tourna ses regards du coté des autorités françaises de t.',li,indeniiij;or. Il invita Bussy à marcher du Deecan sur le Iloiçley el. à chasser les Anglais du Bengale. Clive et Watson connaissaient toutes ces intrigues. Ils résolurent en conséquence de frapper un coup décisif et d'attaquer Chandernaeot' avant que la garnison de cette ville put rerevoir des renforts soit d'Europe, soit du midi de l'Inde. Wafsou dirigea l'expédition par mer, Clive par terre. [,e succès du mouvement combiné fut rapide et complet. I.e fort, la garnison, l'artillerie, les approvisionnements militaires, tombèrent aux mains des Anglais, il se trouvait au nombre de- prisonniers près de rinq cents soldats européens.
LeNabab avait craint et ha'i les Anglais, même quand il pouvait leur opposer les Français leurs rivaux; les Français une foisvain-
rats, il se mil plus que jamais à craindre i't à haïr les Anglais. Sent esprit faible et sans principes l'hil disposé tantôt à l'insolence, lantôl à ln servilité. Vu jour il envoyait a Ciilcultit une somme considérable à compte sur l'indemnité due pour le dommage qu'il avait causé ! Le lendemain, il envoyait à liussy des diamants en présent et il exhortait cet officiel' distingué à se hâter de protéger le Bengale • contre Clive, ce fondre de guerre, disnit Sa Huutes-e ; que le ciel le confonde ! » Il ordonnait à son armée d'attaquer les Anglais, puis il révoquait ses ordres. Il déchirait les lettres de Clive et lui adressait ensuite des réponses pleines de compliments obséquieux. Il chassait Watts de. sa présence et le menaçait de le faire empaler ; un instant après il rappelait Watts et lui demandait pardon de celle insulte. Sa détestable adminis- I ration, sa folie, ses mœurs dissolue-, son goiït pour lesgens du plus lus étage, révoltèrent enfui ses sujets de toutes les classes : les soldats, les négociants, Witmclimuiairos civils, les fiers et vaniteux mahométans, les timides, souples et pan'iinrinieiix Hindous. Roydullub, ministre des finances, Moer-Jaflicr, commandant en chef de l'armée, et Juggel Seit, le plus riche banquier de l'Inde, devinrent les chefs d'une formidah'e conspirât ion. I.e secret fut confié SOI agents anglais, et les mécontents de Moorshedabad se mirent en relation avec le comité de Calcutta.
Il y eut beaucoup d'hésitation dans le comité; maïs Clive parla en faveur des conspirateurs. Sa vigueur et sa fermeté finirent par triompher de toute opposition. On décida que les Anglais prêteraient leur puissante assistance- pour déposer Surajah-Uowlah cl pour placer Meer-Jaffier sur le troue du ISengalc. Meer Jaftier pro-
pagnie et à ses employés, plus une libérale donation à l'armée, à la ilotte et au comité. Les vices ( dieux de Sur.ipdi-Dowlali, les pertes qu'il avait fait subir aux Anglais, les dangers auxquels noire commerce eût été exposé si le Nabab eût continué à régner, nous paraissent pleinement justifier la dissimulation dont usa Clive, Il écrivit à Surajah-Dowlali sur un ton tellement amical, que ee
LORD CLIVE. 41 faible prince resta d:uis h plus complète sécurité. Le courrier qui portait au Nabab celte « lettre caressante, « comme l'appelle Clive, en portait ÎÎM. Watts une autre ainsi conçue : n llilosiiMeer-Jaffîer [le ne rien craindre. Je lui amènerai cinq mille soldats qui n'ont jamais tourné le dos; assurez-lui que je marcherai nuit et jour pour venir à son aide et que je le son tien lirai tant qu'il me restera un homme. »
11 était impossible qu'un complot avant de si nombreuses ramifications restât longtemps secret. [ e Nabab en sut bientôt assez pour que ses soupçons lussent éveillés. ; mais Omichund inventa avec un merveilleux à-propos des fables ingénieuses qui le tranquillisèrent. Tout allait bien, le complot était sur le point d'éclater, quand Clive apprit qil'Omiclumd avait l'air de jouer jeu double. L'artificieux lieniialais avait m u la promesse d'une large indemnité pour ce qu'il avait perdu à Calcutta. Suivant lui, ce n'était pas suffisant. 11 avait rendu de grands services, il tenait le fil de tonte l'intrigue, d'un seul mot murmuré à l'oreille de Suraja h-Dow la 11, il pouvait détruire tout ce qui avait élé fait; la vie de Watts, de Meer-J ailier, de tous les conspirateurs, était à sa merci. Il voulut profiter de sa position et poser des conditions. Il demanda trois mille livres sterling comme prix de sa discrétion et de sa coopération . Le comité, irrité pur celle trahison et effrayé du danger, ne savait quel parti prendre. Clive était heureusement aussi li'cmd en ressource qn Omichund. Cet homme, dit-il, est un scélérat ; tout stratagème propre à réprimer une pareille coquinerîe est cxcusab'e ; il faul doue lui promettre ce qu'il demande; Omichund sera prochainement ;i noire distrétion, et alors nous serons à même de le punir eu '.ni reiiisitil non-seulement la somme qu'il exige, mais encore sa pari de l'indemnité destinée à tous ceux que lu prise île Cileutla a ruinés.
Cet avis ayant été adopté, on eherrh.i comment ou pdom.il tromperie prudent et sagace Hindou. Il dé-irait qu'un article relatif à ses prétentions fut inséré dans le traité de Heer-WBer avec les Anglais, et certainement il ne serait, satisfait que s'il
voyait cet article de sos projM'i's yeflx. Clive avait tin expédient
lout prêt. Deux traités furent rédiges; l'un sur papier blanc,
l'autre sur papier ronge; le premier sérieux, le second fictif.
Dans le premier, le nom d'Omichund n'était pas mentionné ; le
second, qu'on devait lui montrer, contenait une stipulation en sa
faveur.
Il surgit encore une dilliculté. L'amiral Watson eut des scrupules; il ne voulut pas signer le traité rouge. La vigilance et la finesse d'Omichund étaient telles, que l'absence d'un nom si important eût probablement délruit eu lui toute confiance ; mais Clive n'était pas homme à faire les choses à demi. Nous rougissons presque de l'écrire : il imita la signature de l'amiral Watson. i
Le moment d'agir était venu. M, Watts sortit seerèlement de Moitrshedabad. Clive mil -es troupe* en mouvement et écrivit au Nabab. Son langage n'était plus le mémo que dans ses lettres précédentes. Il éiiumérail huiles les pertes que les Anglais avaient eu à supporler, olViait de soumettre à l'urliilnige de Mcer-Jal'fier les points eu distiiis-inu, et euncluait en annonçant que, vu l'approche de la saison pluvieuse, lui et son armée avaient l'honneur de solliriLiT nui 1 pumiple. i r|inn~i- de Son Excellence.
Surajah-Dowlah i-assembla immédiatement toules ses forces et marcha à la renci nlre des Anglais. Il iivnit élé convenu que Moor- .lalfier abandonnerait le Nabab etse réunirait à Clive avec toute sa division; mais à l'instant décisif les craintes du conspirateur l'emportèrent, sur son ambition. Clne s'était avancé jusqu'à Cossimbuzar. I,e Nabab, avec une puissante armée, campait à quelques milles delà, à fiasse; , et cependant Meer-Jafïicr différait de remplie ses engagement-, il icpumlait d'une manière évasive aux vives miioiili ance- du yijiiéral anglais.
L'anxiété de Clive était extrême. Il ne pouvait, compter ni sur la sincérité *ni sur le courage de sou allié, et, quelle que lût sa confiance en ses prnpre:, Lilnit- militaire., dans la valeur et la discipline de ses troupes, attaquer une armée vingt fois plus
ï.ntiD cuve, js
nombreuse que la si-jniit- lin pnvnis-ait clio-c grave. Une rivière lui barrait le passage ; il était facile de In Iraiiehir ; mais, si l'affaire tournait mal, p.is un liinnnn' de "a pelile armée ne la repasserait jamais. Pour la première cl la dernière fuis son esprit intrépide fléchit pendanl quelques heure-; devant la terrible responsabilité d'une décision à prendre. Il convoqua un conseil de guerre. La majorité se prunouen contre In bataille, et Clive déclara que son opinion était ronlorme à celle de la majorilé. Longtemps après il dit qu'il n'avait en recours qu'à un seul conseil de guerre en sa vie, et que, s'il avait suivi l'avis rie re conseil, les Anglais n'anraionl jamais été le B maîtres du Bengale. L'assemblée s'était à peine séparée qu'il rcrlevinl lui-même. Il se relira seul à l'ombre de quelques arbres et pa>sa environ une heure à méditer. Il revint, déterminé à tenter In fortune, et donna ordre qu'au lever du soleil tout lut prêt pur traverser la rivière.
Le lendemain, à une heure as-ez avancée île la soirée, l'armée, après une pénible journée de marche, établit son camp dans un petit bois de Maiigicr-Mnngo, prè; de Pla-sov. à moins d'un mille de l'ennemi. Clive ne put dormir. Il entendit toute la nuit le bruit des tambour?, cl des ri mimiez qui part ait du vaste camp du
peu d'heures contre des liirres lolleiiicirl supérieures, et pour un pareil résultat, ait lait de temps en lempi défaillir même son grand ôœitr.
Su rajah Dow! ah n'était guère moins inquiet. D'horribles appréhensions ton rmcnl aient son esprit, tout à la fois faible et violent. Effrayé par la grandeur et l'imminence île la crise, se méfiant deses subordonnés, avant peur de quiconque l'approchait, craignant de rester seul, il se tenait tristement sous ai lente, visité , comme l'eût dit un poêle grec, par le; âmes furieuses qui, dans le lilack-ilule , l'avaii'iit maudit & son dernier
Le jour vint, le joui qui devail décidée du destin de l'Inde. Au lever du soleil l'armée du Nabab sortit du camp pr plusieurs
issues et s'avança vers le petit bos qu'occupaient les Anglais. Quarante mille liuitassius. armés île fusils, île libres, d'arcs et de flcclies couvraient la plainr. IV- birnfs blancs traînaient cinquante pièces d'artillerie du plus gros calibre, et derrière chaque attelage il y avait un éléphant. Quelques canons, d'un moindre calibre, manœuvres .par un petit nombre d'auxiliaires français, étaient peut-être plus formidables. La cavalerie, forte de quinze mille hommes, avait été l'ecintée, non parmi la population efféminée du Bengale, mais chez la race plus hardie qui habite les provinces du Nord, et l'œil exercé de Clive put constater que les hommes et les chevaux étaient plus vigoureux que ceux du Carnatic. Clive n'avait que trois mille hommes à opjwser à cet immense multitude; mais près de mille d'entre eux étaient Anglais, tous étaient commandés par des officiel s anglais et habitués à la discipline anglaise. On remarquait, dans les rangs de la petite armée, les soldats du 5!)" régiment, sur le drapeau duquel on lit encore aujourd'hui le nom de Ptassey et la fîère devise : Primas in Indis, à côté de plusieurs honorables inscriptions méritées, sens Wellington, en Espagne et en Gascogue.
Le feu de l'artillerie du Nabab ni; produisit aucun effet, tandis que les pièces de campa^iii- dis Anuhis faisaient beaucoup de mal à l'ennemi. Surajah-Dowlah vit tomber plusieurs de ses officiers les plus distingués; son armée commençait à se débander et sa terreur augmenlait de minute en minute, quand nu conspirateur bu pria avec instance de l'opportunité de la retrace. Le Nabab s'empressa de suivre ce perfide conseil. Il donna l'ordre de battre en retraite, et cet ordre décida de son sort. Clive jugea le moment favorable : il fit avauver ses troupes. La valeur disciplinée triompha de la multitude confuse et démoralisée. J.imais foule attaquée par des soldats îé^Ntiers ne lut plus complètement mise en déroute. Les flots de fuyants oulrainèrcHl ]e petit corps de Français qui, seul, essaya de résister aux Anglais. En une heure les forces de Surajah-Dowlah furent dispersées pour toujours. Les Hindous
LORS CLIVE
ne laisserait que cinq cents morts sur le ctiamp de bataille ; mais leur camp, leurs canon*, leurs bagages, leurs innombrables équipages, leurs bestiaux , restèrent au itouvoi i- des vainqueurs. Ctive. qui comptait vingt-deux soldats tués et cinquante blessés, avait vaincu une armée do prés do servante mille hommes et subjugué un empire plus vasle et plus peuplé que la Grande-Bretagne.
Meer-Jaffier n'était nullement venu eu aille aus Anglais durant l'action; mais, aussitôt qu'il put prévoir le résultat de la journée, il isola sa division, et quand tout fut terminé, il envoya complimenter son allié, !.e lendemain malin il se rendit au quartier anglais, non sans iiupiiélude sur la réception qui l'y attendait. Il manifesta nu certain efi'reti lorsque, pour le recevoir avec les honneurs dus J son rang, on lui donna une garde ; mais ses appréhensions fui ont bieuliil calmées. Clive s'avança à sa rencontre, l'embrassa, le salua comme Nabab îles trois grandes provinces de Bengale, Bidiar et Orissi, remit ses esi-iises avec bienveillance et l'engagea à marcher 'ans délai sur Mojrsliedabild.
Surajah avait, autant que possible, accéléré la marebo du chameau sur lequel il s'était eului du champ de bataille. Il alla, en un peu plus de qnava nie-huit heures, à Jloor.-hedabiid et convoqua immédiatement ses ministres ol ses principaux officiers. Les plus sages lui conseillèrent de se mollre enlre les mains dos Anglais, dont il n'avait à craindre rien île pire que la déportation et l'emprisonnement : il les mil coupables- de trahison ; d'autres le pressèrent île tenter de nouveau le- chances de la guerre : il se rangea à celte opinion et donna des ordres un conséquence; mais il n'avait pas l'esprit a>scz tenue pour persévérer durant nu jour entier élans nue uiàle détermination, lté- qu'il eut appris le retour de Meer-Jidlicr, il perdit complètement la tèle. 11 se couvrit de vélemenlsli'ès-siniples, prit une casselle pleine. île diamants, sortit nuitamment de son palais par une fenêtre, et parlit pour Patna, accompagné seulement de deux serviteurs.
Clive arriva peu de jours après à Moorshcdabad avec deux cents soldats anglais et trois cents cipayes. 11 fut logé dans un pa-
luis construit »u milieu d'un jardin tellement spacieux, que toute 'son escorte pul ï camper à l'aise. On procéda sans relard à l'installation de Meer-Jalfier. Clive conduisit le nouveau Nabab au siège d'honneur, l'j lit asseoir, lui olli il, selon l 'immémoriale coutume de l'Inde, nue certaine ipiantité d'or, puis, se tournant d<i côtû îles natifs qui étaient dans la salle, Il les lélicita d'êlre enfin débarrassés de leur tyran. Il eut recours en cette occasion solennelle nn services d'un interprèle, car, bien qu'il ait longtemps résidé dans l'Inde, qu'il connût parlùilement la politique indienne et le caractère indien, el qu'il fut aiinré île se- troupes indiennes, il ne sut jamais s 'exprimer a\ei; liirililr dan- aucun des idiomes de l'Inde. 11 a même été, dit-on, forcé quelquefois d'employer dans ses rapports avec les riatiis île I Inde le peu de portugais qu'il avait appris dans sa jeunesse au Brésil.
Le nouveau souverain fut alors mis en demeure de remplir les engagements qu'il avail contractés envers -es alliés. On se réunit dans la maison de Juii.uel-Seit, le mvind banquier, pour régler les conventions définitives. Omiclmnd assistait à cette conférence. 11 croyait fermement élre en liante faveur auprès de Clive; car celui-ci, encore pkis dissimulé (pie l'Hindou, lui avait jusqu'à co jour montré la même bienveillance. On lut le traité blanc, puis Clive, se tournant vers M. Scrafton, lonctioniiaire de la Compagnie, dit en anglais : « I! liait maintenant désabuser Omiclmnd. — Omichund, dît M. Scrafton on hindostani, le traité rotigeest une plaisanterie. Vous n'avez rien à revendiquer, n Omichund tomba sans connaissance dan- le., bras île sis serviteurs. Il revint à la vie, mais son esprit élait irréparablement frappé, Clive, assez peu scrupuleux lorsqu'il avait alfaire à des politiques indiens, n'était pourtant pas inhumain. Il semble avoir eu pitié d'Omichund. 11 le vit quelques jours plus lard, lui parla avec bonté, lui conseilla de faire un pèlerinage à l'un des grands temples de l'Inde ; il espérait que le diaiigemenl de pays pou irait rétablir su santé; il était même disposé, maigre tout ce qui s'était passé, à employer de nouveau s£s talents pour le service public.
LOlIlh CL1VK.
Mais, ii dater du jour où ii avait éprouvé ce chue violent, le nialheureui homme tomba graduettemeiit dans l'idiotisme, Lui qui jadis se distinguait par la force de sou intelligence et la simplicité do. ses habitudes, se mit à dissipée les restes de sa fortune en achat de puérils colifichets, à porter de riches costumes et a se couvrir de pierres précieuses. 11 languit quelques mois dans cet état abject et mourut.
Nous croirions mutile île plaerr ici quelques ré llc\ions destinées à guider le jugement de nos ledeuis relativement à cette transactioii, si sir John Maleolm n'avait entrepris de la défendre à to\is les points de vue. Il regret li', à la vérité, qu'on ait été forcé tic recourir à lu fal-il ic i tien A*:.- écritures, ninven dont il est si facile d'abuser; mais, suivant lui, les gens qui trompent un trompeur ne méritent pas le moindre blâme. Il pense que les Anglais n'étaient pas tenus d'observer la foi jurée envers un liomme qui n'en observait aucune à leur égard ; l'exemple d'une [tareille trahison couronnée de succès aurait encouragé une foule d'Hiudous à muter leur astucieux compatriote. Nous n Rigides de la morale pour coiilmlirc cette opinion; eut-, même en considérant la question sous 1' rapport de l'utilité, dans l'acception la plus vulgaire du mot, et en raisonnant comme Machiavel aurait pu le faire dans ses ronlcrenccs avec Borgia, nous trouvons que Clive a suivi une détestable voie, et qu'il a commis non simplement un crime, mais une làutc. Si nous avons la ferme croyance qu'en général l'honnêteté est la meilleure politique quand il s'agit des intérêts temporels îles individus, nous admettons encore mnins d'exceptions ipuuid d s'agit des sociétés, et cela, parce que la vie des socielés dure plus longtemps que celle des individus. On peut citer des hommes qui ont dû une gTandc prospérité dans ce monde à des in I radions à la toi privée; mais nous doutons qu'on puisse citer nu Kl.aL qui, en lin de compte, ait piofi'éd'uneviolatiou delà loi publique. Il n'est pas prudent d'op- [ioserla perfidie à la pci fidie, et la véracité i>l. l'arme la plus efficace
contre la iàusselé ; l'hisloin- entière de 1 Inde anglaise est une confrnnatioiidecctlegiandi' \érité. Pendant bon nombre d'années, les doinhialeure anglais de l'Inde, entourés d'alliés et d'ennemis qui ne tvspectaient aucun de leurs engagements, se sont presque toujours conduits avec Ihiiir.liisc et droiture, et I» événements ont prouvé que franchise et droiture sont sagesse. La valeur et l'iiitcHigence anglaises oui moins fait pour étendre et conserver notre empire oriental que la bonne loi anglaise. Tout ce que nous aurions acquis un employant la trahison, la fourberie, le [larjure, dont nos adversaires nous donnaient l'usetiipli', n'est rien à côté de ce que nous avons obtenu en étant la seule puissance do l'Inde sur la proie de laquelle on puisse se îcpuser. Aucun serment inventé par la superstition, mk un ntaue, quelque précieux qu'il soit, n'inspirent moitié autant de confiance que le v Oui, oui u et le « Non, non ii d'un envoyé anglais. Aucune place de guerre, quelque tortillée qu'elle soit par l'art et la nature, ne donne à ses habitants mie sécurité pareille à celle dont jouit le elicf qui, Irasous la sauvegarde anglaise. Les plus grands princes de l'Iode o'Ircut un énoniie intérêt usuraire et ils parviennent à |:enieà iwitcillir quelques bribes des ridicssesenloiiics dans les cachettes de leurs sujets; le gouvernement anglais n'olli-e guère plus de l pour 100, et l'avarice retiie de ses plus secrets dépôts dix niill ons de roupies qu elle se liàte d'apporter. l;n monarque promet à nos cipayes dus moulines d'or pour leur l'aire déseiter le drapeau de la Compagnie, el la t ion i pi unir pnnnel une modique pension qu'il finit is-pnor |>a]' île langs services; mais chaque
comme le gouverneur général sur son traitement ; il sait enfin qu'il n'y a pas dans I Inde un autre gouvernement qui, en dépit des plus solennelles promesses, ne le lasserait mourir de iàini dans un fossé aussitôt qu'il cesserait d'être utile. Mériter la confiance publique est un inappi ée.iablr avant: go pe:ir un gonveruc-
LORD CUVE
ment environné Je gouvernements auxquels personne ne peut se fier, et nous possédons cet avantage ou Asie. Si pendant les deux dernières générations nous avions adopté les princijies que sir Jolin Malcehn semble appiuiiver; m, loiilcs les luis que nous n vous eu affaire i\ dos j;ens tels qu'Unurliuud, nous avions invoi|iié la loi du talion ; si, à leur exemple, nous avions mis on usage le mensonge, la fraude cl le parjure, non- aurions vainement consacré au îiiuiiilu n de nuire empire beaucoup de talent et de courage ; telle est noire profonde oonvictiun.
Sir John .Maleohn reconnaît qu'une rigoureuse nécessité pouvait seule autoriser le parjure de Clive Comme nous pensons que ee parjure, loin d'èlre indispensable, était inutile, nous avons à peine besoin de iliie que nous le condamnons absolument.
Omichuud ne fut pus la seule victime de cette révolution. .'îirajab-Llimlali !»t pris peu île joins après sa fui le et amené [levant Mect'-Jallic]\ 11 se jeta au\ pieds de celui-ci, et, frappé do terreur, implora eu sanglotant lu merci que lui-même n'avait jamais accordée à personne . Meer-Jallier lierait ; niais sou lils 11 écran, jeune homme de seiïc ans , qui, par la iiiiulesse de son esprit et la férocité de sou caractère, ussemblait beaucoup au misérable captif, lut implacable. Surajali-Dowlah, relégué flans une chambre secrète, lut nus à mort peu de temps après. Les Anglais n'eurent aucune part à iclte evéculioii, cl Meel'-Jaflier comprit si bien leurs seutimeuls à cet éfiard. qu'il jui;ca nécessaire de se gloriiier auprès d'eux de les avoir vengés de leur plus dangereux ennemi.
La Compagnie et ses eu. ploies lurent alm s comblés de richesses, lue somme de huit ecnl luille hvres stciiurj, en argent monnayé, descendit kl rivière, de Moarshcdabnd au Ibit William. La llotlille qui porLiit ce trésor se eooi|Hisiiit de plus de cent bateau* | elle accomplit sou vovago, enseignes d.''pluyées et au son d'une musique triomphale. Calcutta, déseite quelques mois auparavant, devint plu; prospère que jamais. Le commerce se ranima, et l'on vît régner l'abondance dans chaque maison anglaise. Les
BlSTUlKI HT CK1TIQUE.
gains du Clive h' eurent d autre limite que sa propre modération. \je trésor du Bengali; était à sa discrétion. I.â se trouvaient empilées, suivant l'usai' de l'Inde, d'énormes niants de numérahe, où il n'était pas rare de voir k\- florins et les luxants avec lesquels les Vénitiens achetaient les épiées et les {■toiles de l'Orient, bien avant qu'un vaisseau européen eùl doublé le cap de Bonne-Espérance. Clive se promenait au milieu des monceaux d'or, d'argent, de diamants, de rubis, et 11 pouvait eu prendre â son gré. Il reçut de deux a trois cent mille livres sterling.
Seize ans plus tard Clive lut. à propos des lions île Hecr-J3flier, condamné par l'opinion publique et sévèrement critiqué au sein du Parlement. Sir Juliu Maleolm le déléiid avec véhémence. Les accusateurs du général \idoneii\ prétendaient que ces sommes si importantes étaient ie salaire de la corruption ou un butin
considère comme des dons volontaires qui Ibnt également honneur au donateur et an donataire, et il le.- compare ans récompenses offertes par les puissances élnm^èies à Marlborough, à Nelson et à WcJlîri^tnii . En Unenl , dit-il, ou avait toujours donné et reçu des présents, et II n*J avait jkis eLicorc dans ce temps-là de loi du Parlement qui défendît îwsitivemenl aux fonctionnaires anglais de l'Inde de proliier de cet usi^e asiatique. Cette manière de raisonner ne nous satisfait pas complètement, nous l'avouons. Mous ne soupçonnons pas Clive d'avoir trahi les intérêts de ses coin tue liai Lis ou ceux de soli pava, mais nous ne pouvons l'absoudre d'avoir fait une chose, sinon mauvaise eu elle-même, au moins d'un fâcheux exemple, lin général ne doit servir que sou gouvernement; rien n'est plus évident; il ne doit donc recevoir dos récompenses, quelle- qu'elles soient, que de. son gouvernement ou avec l'approbation de celui-ci. Il serait bon que cette règle fût strictement observée, même quand il s'agit de la plus simple babiole, d'une croix, d'une médaille, d'un biml de ruban. Commeul un gouvernement peut- il être bien servi, si ceux qui commandent ses armées sont libres d'accepter de ses alliés des fortunes prin-
LORD CLIVE
cières, ut cela sans son aveu ? 11 est oiseux de dire qu'il n'y avait alors aucune loi ilu Parlement qui déléudit d'accepter des présents îles souverains asiatiques Ce n'est pas au nom de la toi votée à iineépoque plus récente, c'est eu nous plaçant sur un terrain déjà solide avant le vote de celte loi, sur le terrain du droit commun et du sens commun, nue nous blâmons la conduite de Clive. Il n'y a, que nous sachions, aucune loi qui interdise au secrétaire des affaires étrangères de se mettre à la solde des puissances continentales; mais il n'en est pas moins vrai qu'un secrétaire des affaires étrangères qui recevrait une pension secrète de la France violerait grossièrement ses devoirs et mériterait un sévère châtiment. Sir John Malcolm compare la conduite de Clive à celle du
le Wel
d'occupation en France, avait accepté de Unis XVIII deux cent mille livres sterling comme, une marque do gratitude |>our les grands services rendus par Sa Giàee à la maison de Bourbon, que penserait-on d'un pareil acte? Les lois parlementaires ne défendent cependant pus plus aujourd'hui d'accepter des présents en Europe qu'elles ne défendaient de le luire en Asie au temps de Clive.
Il faut admettre, d'un anlre <:ù:é. que plu-ieurs circonstances atténuent beaucoup la culpabilité de. Clive. Il se considérait comme le général, non de la eu moi nie, mais de la Compagnie, el la Compagnie avait autorisé ses agents, du moins implicitement, à s'enrichir, grâce ans libéralités des princes natifs et par d'antres moyens d'une légitimité encore pins contestable. On n'était pas en droit d'espérer que le serviteur aurait mieux que ses maîtres une notion exacte de se- devoirs. Clive, bien qu'il n'eût pas informé positivement ses commettants de ce qui s'était passé et qu'il n'eut pas demandé leur upprubatiou, montra qu'il n'avait pas conscience d'avoir mal agi, car il n'affecta aucun mystère. 1) avoua, au contraire, avec h plus grande franchise qu'il devait
n hisîoibe et RBrrtouE.
en partie sa fortune aux bontés du Sabab. En somme, si nous pensons qu'il aurait dû ne rien prendre, nous sommes force" dp reconnaître qu'il mente des luuaugos, pour avoir pris si peu. Il reçut vingt lacs de roupies et il n'avait qu'un mot à dire pour
de pratiquer la vertu en déclamant eu Angleterre contre la rapacité de Clive; niais parmi ses accusateurs il n'y en avait pas un sur cent qui, devant le trésor de Miwishedabab, se serait montré si maître de lui-même.
Meer-Jafliei ne pouvait être inaiiilemi sur le trône que par la
donc ni tout à fini, aussi imbécile ni tout à fait aussi dépravé que son prédécesseur; mais il n'avait nullement les talents ou les vertus que son poste exigeait; el Heeran, son (ils et son héritier, était un autre Surajali-Dowlah. La dernière révolution avait esallé l'esprit de beaucoup de gi'ns. l'Iiisiem-s cliei's étaient en insurrection ouverte contre le. nouveau Ni;bab, 1* vice-roi de la riche et puissante province d'Onde était alors un véritable sou-
nacait d'enl-ahir le Bengale. Les latents et l'autorité de Clive
Tel ctiût l'état des choses lorsque arriva un vaisseau avec des dépêches écrites au siège de la Compagne avant que la nouvelle de la bataille de l'Iassey fat parvenue à Londres. Us directeurs avaient résolu de placer les établissements anglais de l'Inde sous un gouvernement tonslilué île la façon la plus absurde et la plus arbitraire, et, pour tonl dire, Clive n'en faisait pas partie. Los membres désignés de te nouveau gouvernement osèrent, à leur grand honneur, emreindre les ordres de leurs chels, et ils invitèrent Clive à cvc.reer l'autorité suprême. Il y consentit, et l'on vit bientôt que les liinehonriaires île la Cnnip.ignie n'avaient fait que devancer les intentions de leurs commettants. Les directeurs, dès qu'ils connurent les brillants sucées de Clive, le nommèrent
gouverneur île leurs |N»>cssions dans le Mf.-n^iile, et lui mauiléslèrent liautement leur gratitude cl leur estime . Clive eut alors un pouvoir «ans limite, supérieur même rte beaucoup à celui qu'avilit en Dnpieîx dans le midi de i'Inde. Moer-Jalïier le traitait avec
un respect servilc. Il dit un jihii- sévèreu t à un des principaux
chefs natifs, dont la suite avait elanchc querelle à quelques cipaves Je la Compagnies : « Eu êtea-vous encore à apprendre qui est le colonel Clive et dans quelle position Dieu l'a placé? — Moi, insulter le colonel ! » répond il. le clief qui, ren o m nié pour ses plaisanteries et lié depuis hiugteinps avec Meer-Jalfier, pouvait se
à peine une exagération. Lis Cnrepéeus étaient aux pieds de Clive ainsi que les nali's. I.c.- Anglais le regardaient comme le seul homme capable de forcer Meer-Jalfier à tenir ses engagements envers eux. Meer-Jafficr le regardait comme le seul homme
. capable de protéger l; ivelle dwiaslie contre la turbulence de
ses snjeLs et lis empiétements de ses voisins. Clive, en n'est que justice de le dire, usa de son pouvoir avec, habileté et vigueur, dans l'intérêt de sa patrie. Il envoya une coédition contre le pavs situé au nord du l'arnat.ir. Ces l'Yançai- avaient encore lu piépondérance dans celle région, et il était important de les en chasser. !,e coniman dément des troupes fut ilomié à Kurde, ollicier alors peu connu, chez qui l'œil pénétrant de Clive avait découveil des talents militaires de premier ordre. Le succès do l'expédition lut rapide cl complet.
Une grande partie de l'armée du Bengale était ainsi occupée au loin lorsqu'un nouveau et liirniiilalile danger menaça les frontières de l'Ouest. Le Grand Mogol était, à Delhi même, prisonnier d'un de ses sujets. Sliiih-Aliim, son fils aîné, qui devait être pendant plusieurs années le jouet de la fortune et servir d'instrument, d'abord au*, llahratte;, puis ans Anglais, s'était enliii du palais paternel. Il appartenait à une famille qu'on révérait encore dans l'Inde; quelques puissants prince», le Nabab d'Onde en par-
ticulier, étaient disposés ;i rjupuiei 1 ; nu-si altira-t-il sans peine an grand iiumbie d'aventuriers sons ses élendards. Il réunit autour de lui quai'nnU: mille humilie-, ilifln au!, de race et de religion, lies Mahraltos, des lUhilhis, dos Jinils, des Afghans, car il avait conçu le projet de renverser le parvenu que les Anglais avaient fuit mouler sur le Irène et de souiuctLrc à sa propre atitorilé les provinces du lieuL'alc, de l'Urissa el du Baiiar.
Mecr-J ailier, irappé de terreur, ne vit qu'un parti à prendre, celui d'offrir à Shah-Almu une énorme somme d'argent ]iour prix de I» pais. Ceux qui avaient, avant lui, gouverné les riclies et peu guerrières prminei's qui ;ivi'isjnen( ]'ciiihi>ucluue du (lange, avaient eu plus d'une fois recours à de pareils expédients; mais Clive mollira peur ce lâche dessein nu mépris digue de son esprit énergique et de son courage intrépide. « Si vous agissez ainsi, écrivait-il, le Nabab li'Oude, les Muhrattos et beaucoup d'autres franchiront les frontières de vos États et vous soutireront de l'argent jusqu'à ee que vous n'en ayez plus dans votre tiésor. Je prie Votre Excellence de compter sur la tidélité des Anglais et sur celle des troupes dont vous dispn-ez. >• 11 écrivait dans le même sens au gouverneur de Patna, brave soldat natif pour lequel il avait une bauto estime. « Ko conseillez à aucun arrangement; défendra votre ville jusqu'à la dernière «Irémilc; soyez convaincu que les Anglais sont des amis vérilables, persévérants, et qu'ils n'abandonnent jamais une cause à laquelle ils se sont une (bis intéressés, s
11 tînt parole : Sliab-Aluni, qui avait investi Patna, allait donner l'assaut lorsqu'il apprit qui' le eolouel arrivait à marches for-
cinquante Européen- et deux mille cinq cents cqiaycs; mais Clive et ses Anglais avaient fini par inspirer nue profonde [erreur à tout l'Orient. Aussi! âl que son avant-garde fut en vue, les assiégeants s'enfuirent. Un ppl.it nombre il'aventurieis français, qui entouraient Sbah-Alum, essayèrent en vain de le décider à courir les chances d'une bataille. Le redonlable nom anglais suint pour
r.onn ct.ivf. ss
disperser en quelques jours cille nombreuse armée qui avait tant inquiété la cour do Moorshedabad.
Le vainqueur retourna en triomphe an t'oit William. La joie de Meer-Jalfier, aussi illimitée qui 1 l'avaient été ses craintes, porta ce prince à olfrir un présent royal il son défenseur comme témoignage de sa gratitude. La redevance annuelle que l:i Compagnie des Indes orientales ;iv;ut [n is l'i'Uga^i'ii u'i 1 1 do payer aiiNahah pour lis terres immenses qu'elle orcupail au midi de Calcutta était de trente mille livres slorliiiL'. (dire eut dis lur- l.i jouissance viagère de cette splendido Ini luiie qui eût juTiiiis ;m\ membres les plus considérables de J- ■ pairie anglaise île dignement soutenir leur rang.
Clive avait, pensons- nom, le droit d'accepter ce pivseut qui, par sa nature, ne pouvait èlre ignoré, et la Compagnie tenancière de Meer-Jatlier approuva publiquement cette concession.
La recoin laissa née de Meer-.iallior ne l'ut pas de longue durée. Il avait quelquefois pensé que le puissarll allié qui l'avait placé sur le tronc pouvait le renverser, et il avait cherché nu appui contre la force formidable qui jusqu'alors l'avait protégé. Il savait (pi'il était impossible de trouver puni les natifs de l'Inde des hommes qui osassent regarder en lace la petite aimée du colonel,
fluence; mais les Hollandais avaient joui autrefois (l'une grande renommée dans les mers orientales, et l'on ignorait encore en Asie combien la puissance de la Hollande était déchue en Europe. De secrètes communications s'établirait entre la cour de Moorshedabad et la factorerie hollandaise de Chinsmah; et l'on écrivit de Chinsurah des lettres pressantes où l'on mliovtait le. gouvernement de Batavia à envoyer une expédition qui fût en état de lutter contre les (orées anglai-es dans le Unifiait:. I.es autorités de Batavia, très-désiroiees d'étendre l'iulli lence de leur pays, et surtout d'obtenir pour elles-mêmes nue pari des trésors qui avaient enrichi tant d'aventuriers anglais, armèrent une escadre impos nie. Sept grands vaisseau*, partis de lava, arrivèrent inopinément dans le Hoogley; ils portaient quinze cents soldats dont il y
Clivi? avait envoyé <li' si guis déLidiemenls contre I<is Français, dans le Carnatio, que son année était alin> inférieure en nombre à celle îles Hollandais. Il -avait que Meer-,]ailiei- favorisait secrètement la tentative d'invaaiou; qu'en attaquant les forces d'une nation amie il assumait sur lui une grave respnsahililé; que les ministres anglais devaient craindre qu'une guerre avec la Hollande s'.ijiiiilàl à i.rl!i: qu'il-- SNii!t'!i : 'H'ii1 déjà coiitiv la l'Viini'c; qu'ils pourraient désavouer ses mies et le punir; il avait récemment lait passer nue notable pmtiiin de si foi lune en Europe par l'en (remise de J r l L^uipajjuie hollandaise des Indes orientales, et il avait, en conséquence, un sérions intérêt à éviter toute collision; -mais il comprit, que, s'il soulfrail que l'armée Hollandaise franchit la rivière et se réunit à la garnison de Chinsurah, Meer- Jnlfier se jetterait dans les bras de ses nouveau* alliés, et que 11 prépondérance anglaise dans le Bengale serait singulièrement compromise. Il se décida ave une hardiesse caractéristique et lut trê -habilement secondé par ses ollieiers, parti eulièrEinent par le colonel Fordc qu'il chargea de la partie la plus importante des opérations. Les Huit; lulais lâchèrent «Te forcer le passage; les Anglais >e détendirent sur nier et sur leire : sur les deux éléments l'ennemi avait des iorrrs lirs-MipiTirui'os; sur les deux éléments il fut complètement battu. Ses vmeaui fui ent pris, ses troupes mise* en déroute. Les soldats euroi éens, qtii composaient la principale furee île l'armée d'invasion, furent pi'esque tous luis ou laits l'risonniers. Les vainqueurs as-iégè.icnt l.liinsunih. Les chefs de cet établissement, au comble de l'humiliation, subirent toutes les
élever de forli lie. i lions et à n'avoir que le petit nombre de troupes nécessaires au maintien de l'ordre dans leur factorerie. Il fut, en outie, spécifié que, s'ils violaient ces conventions, ils seraient immédiatement expulsés du Bengale.
Trois mois apics celle grande victoire, Clive s'embarqua pour l' Angleterre. Les houuem-s et Ie3 nVomiienses qui l 'attend aient
son ambition, panus-ciit i < -j h.-i n 1: i n r rares rt spleuilides quand on considère son âge, son rang dan- J'iii rnéî- cl la position sociale (|u'il avait d'abord occupée, il lut élevé à la pairie irlandaise et on lui fit espérer un titre anglais, fondes III, qui venait de monter sur le tronc, l'accueillit de la manière ht plus flatteuse, Les ministres le trailèrent avec beaucoup de ilislinction. il Pitt, qui dominait l'opinion dans la Ci dire îles eummunes et dam le pava,
proclama hautement son estime )iour nn homme dont les exploits avaient tant contribué à l'éclat <'.<■ relie mémorable période. Une fois déjà, en plein Parlement, le grand orateur avait dépeint Clive comme un homme né général, comme un liomme qui, malgré sou éducation toute commerciale, avait montré un génie militaire digne de l'admiration itn grand Frédéric, A celte époque, il n'y avait ]kis de sténographe dans la galerie; mais ces paroles, emphatiquement prononcée-; par le premier homme d'État du siècle, étaient allécsilebuiidie eu Iruti lu' jusqu'au Ucii^dc,ou Clive lesavail entendu répéter avec un vif sentiment de satisfaction et d'orgueil.
Clive élait, en effet, le seul général anglais dtinl le peuple britannique eût quelque raison d être fier, depuis la mort de Wolfe. Le duc de Cumberlond avait été presque toujours malheureux, et sou unique victoire, remportée sur ses compatriotes, avait été suivie de tels excès de sévérité, qu'elle avait élé plus nuisible à sa popularité que ses nombreuses défaites; Cninvay, qui était li'(Vsavant dans sa profession et personnellement niurageux, manquait île vigueur et d'habileté; Oanhv, honnête, généreux et bravo comme un lion, n'avait ni science ni génie; Sarlivilte, qui n'était
tation la plus grave que l'un puisse adresser au caractère d'un soldat. C'était sous le caniniaiidenieuf d'un général étranger que les Anglais avaient vaincu à Slinden et à Warburg. Il était donc naturel que les Anglais vissent avec joie et avec orgueil un capitaine de leur propre nation qui. par son intrépidilé et ses aptî-
tudcs naturelles, sciait place lui niveau des grands tacticiens dp l'Allemagne.
Clive avait une fortune qui lui |ieruietlait rie rivaliser avec les plus grands seigneurs du l'Angleterre. On a la preuve qu'il avait lait venir en Europe plus de cent ipi aire-vingt mille livres sterling par l 'entremise delà Compagnie li"llai]ilai-e des Indes, el plus de quarante niillt' par telles de la Compagnie anglaise; les
verti de foites quantité?, rie numéraire en diamants, moyen Ires-commode et alors tiès-u-ité d'apporter de l'Inde des valeurs importantes , à Madras seulement il a elie la des diamants pour vingt-ciiiij nulles 11m es steiliug ; il avait enfin, outre beaucoup d'argent «implant., sa dotation indienne, qu'il évaluai! lui-même à vingt-sept mille livres sterling p; lt iU i. La totalité rie son revenu, suivant sir John Malcolm, qui désire l'établir aussi bas que pn-silile, riépass ill quarante mille livres, et, a l'époque où Georges III moula sur le trône, les revenus de quarante mille livres épient an muais aussi rares que le sont actuellement les revenus de oint mille livies. Assurément, jamais Anglais né sans fortune ne s'est créé dans aucune carrière une pareille masse de capitaux, el ee.la à l'âge de trente-quatre ans.
11 serait injuste de ne pas ajouter que Clive lit un honorable emploi de ses richesses. Aussili.il que lu bataille de Plassej eut jeté les fondements de sa lortuuc, il euvuva dix mille livres à ses sœurs; en donna autant à d'autres pnven h el. amis pauvres ; prescrivit à son agent de verser chaque année huit cents livi es entre les mains
équipage; de plus, il assura une rente de cinq cents livies 5 Lawrence, son vieux commandant, qui ne possédait qu'une tièsmédiocre fortune. La somme que Clive dépensa ainsi peut monter à environ cinquante mille livres. 11 s'occupa ensuite lui-même de faciliter et d'assurer son entrée au Parlement ; el il semble n'avoir alors ttcheté des terres que dans ce but. Apres les
LORD CLIVE. nfl
élections générales de 1781, bien qu'il iût à la Cliaiubre dus communes ledief d'un |iurli d;>nL l'upiml n"t't;«it i'i dédaigner pour aucune ;idministralîoii, il ne prit pas une part active aus uflaiits politiques anglaises. 11 avait d'abord penché ihi <Mr de M. Fo\, cumme nous l'avons vu ; plus tard, il fut attiré pur le génie et les succès de M, Pitt; mais cnliii il se lia lio la manière la plus intime avec Georges Grcnville. Au rouuiieiiremeiil fie la session de 176i, alors que l'opinion publique élail fortement émue par l'illégale el impoli tique perséeutiou dirigée mitre l'indigne démagogue Wilkes, on rit beaucoup d'un incident dont nous avons lu !e récit dans un mémoire inédit d'Hurau Walpole. Le vieux H. Richard Clive, que l'élévation de son dis avait introduit dans une société avec laquelle ses anciennes lia In fini es ni- l'avaient pas familiarisé, assistait un jour au lever. I.e roi lui demanda où élait lord Clive. k 11 sera bientôt de retour à la ville, répondit vieux gentleman, assez haut pour être entendu de tout le monde, et alors Votre Majesté aura nue voix i!c plus. D
Cliïc cependant n'avait en vue que le pays où il s'était si éminemment distingué comme soldat el comme homme d'État, el ce lurent toujours des considérations relatives à l'Inde qui dictèrent sa conduite politique en Angleterre, Si lu puissance de la Compagnie est une anomalie, elle est aujourd'hui une anomalie avantageuse, nous en sommes |'iu!oiidénieut convaincu : du temps de Clive , ce n'était pas seulement une anomalie, c'était aussi une chose nuisible. Le bu rem du contrôle n'existait pas. Les directeurs étaient pour la plupart de simples négociants, ne connaissant rien des altuires de politique générale, rien des p irticularités de l'empire, qui avaient été si étrangement soumis à leur autorité. La cour des propriétaires pouvait, eu [ouïes choses, faire ce qu'elle voulait. Elle était plus nombreuse et plus puissante qu'à présent , car alors chaque action de cinq cents livres donnait droit à un vole ; les discussions y étaient orageuses, désordonnées, d'une scandaleuse virulence. Toute la turbulence d'une élection de Westminster, tontes les ruses et
toutes les corruptions (l'une élection de GiMiic.l|iauiuî déshonoraient les débats lté ces assemblées suc desquestiuns de la plus sé-
d actions qu'il avait réparties entre des propriétaires fictifs sur lesquels il pouvait compter et qu'il amenait avec lui à chaque dtscussioii et à claque scrutin. D'autres agirait ainsi, mais dans une proportion moins énorme.
Lu publie, un Angleterre, s'intéressait alors bien plus qu'aujourd'hui suit alfaires de l'Indu, et la raison en est facile à comprendre. Aujourd'hui, mi .-cnbe eulie jeune au service, il avance lentement et il est heureux si à quarante-cinq uns il peut revenir dans sa patrie avec une pension annuelle de mille livres, plus trente mille livres environ d'économies. Beaucoup de fonctionnaires anglais foi il. fortune d : ui- l'Inde ; mais aucun fonctionnaire Cli particulier n'v fa il une I grande fuel une, cl ce qu'on V gagne est lentement, péniblement et honorablement gagné! Quatre on cinq hautes louchons politique seulement sont réservées pour des hommes publies d'Angleterre. Les places de résident ut du secrétaire, les sièges dans les bureau* du revenu et dans les Sudder- : courts, sont occupés par'des bénîmes qui on! donné à la Compagnie les meilleures années de leur vie, et aucun (aient, quelle que toit S> valeur, aucune recommanda lion, quelle que Soit son importance, ne sauraient taire obtenir ces postes à quiconque n'a pas suivi la voie régulière d'admission et d'avancement. Il y a soixante ans , ou rapportai! de l'Inde dus nous moins d'argent qu'aujourd'hui; mais beaucoup moins de personnes se partageai eut cet argent, et des sommes immenses étaient souvent accumulées en quelques mois. Tout Anglais, quel que fût sou âge, pouvait aspirer à devenir l'un des heureux émigranls ; s'il avait prononcé un bon discours dans Leadenliall-.Street on publié un ingénieux pamphlet en faveur du président, il pouvait entrer au service de la Compagnie, aller dans l'Inde et eu revenir au bout de (rois nu quatre ans aussi riche que Pégot ou Clive. La Compagnie était
Ot
ta organisait des voles frauduleux sur une Clive avait employé cent mille livres à l'achat
donc nu bureau de loterie qui invitait chacun à prendre un billet et qui promettait de- t ■ ?i 1 1 1 1 j ■■ ilmales au petit muiibre des élus. Aussitôt qu'où sut qu'il y avait un pays où un lieutouant-colouel avait été un beau matin gratifié d'une fortune aussi considérable que celle du comte de Bath ou du marquis de Rockingham, et où il semblait que tout fonctionna in.' aii.aliiis pouvait obtenir, sur sa simple demande , la bagatelle de dix ou vingt mille livres, la société commença à iiwjilrer les svniplomes qui s'étaient déjà manifestés lors de la fundatiou de la Compagnie de la mer du Sud, c'est-à-dire un besoin lievi eus. une impatience ingouvernable de s enricliir, un singulier mépj as pour les gain- lents, sùrsei modérés.
Un directeur, nommé, Sulivan, était depuis longtemps a la tète du parti qui avait la prépondérance dans la Compagnie. Puissant, capable et ambitieux, il avait cora u une annule jalousie contre Clive, et se rappelait avec amei'lume que l 'es-gouverneur du Bengale avait eu plusieius lois l'audace de méconnaître l'autorité des directeurs de la Compagnie. Une apparente recunci Nation avait eu lieu après le retour de Clive, mais Ions deux conservaient au
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chaque aimée le conseil des directeurs. A l' élection de 1763, Clive tenta d'anéantir le pi m uni- de la faction dominante ; il dit lui-même que la lutte fut d'uni 1 e.\trèiiic v Menée. Sulivan l'emporta sur son rival, et il eut une grande date de se venger. Les meilleurs jurisconsultes anglais pensaient que la concession de rente faito à Clive par-MeorJalliicr était valide; c'était précisément lj même autorité qui avait investi la Compagnie de ses principales possessions ifans le Bengale, et la Compagnie avait depuis longtemps donné son consentement à l'acceptation du présent du Nabab. Les directeurs cependant décidèrent, tic -injustement, que la rente serait conlisqnée, et Clive fut forcé d'en appeler à la cour de la Chancellerie.
Mais les allùires devaient bientôt subir une complète et soudaine transformation. Depuis quelque temps chaque vaisseau arrivant du Bengale avait apport* des nouvelles alarmantes. La
province Était à l'intérieur si mal fiouvcrnée, qu'il était impossible f|iic les choses empirassent. Oii'allundre, en cf.o.f, du fonctionmûres publics exposés à des Initif îmis tulles, que, suivant une expression de Clive, la rhuir cl le sang nu pouvaient y résister, de fonctionnaires tout-puissants ut seulement responsables envers cette Compagnie cotTnmpiie, turbulente, divisée, mal informée, qui siégeait ù une si grande distance, que plus de dix-huit mois s'écoulaient entre l'envoi d'une dépêche et la réception d'une réponse? Durant les cinq années qui suivirent le départ de Clive, le gouvernement des Anglais an Bengale était devenu tellement
extorquait à une province assez d'argent pour faire construire sur lus rives de lu Campanie dus palais et des bains de inarbre, pour boire dans des vases d'ambre et montrer à la foule des armées de gladiateurs et des troupeaux du bêles fini vos; le vice-roi us]iagtiol qui, laissant derrière lui les malédictions du llexico et de Lima, entrait à Madrid avec une longue suite de voilures dorées et de
\a\ cniauté qui, à proprement parler, n'éLiil pas un des vices des fonefionnaires de la Compagnie, aurait elle-même à peine enfanté des maux plus grands (pie ceux qui résultaient de leur soif insatiable de richesse. Les Anglais ien versèrent Mecr-Jullier, leur créature. Ils mirent à sa place un autre Nabab nommé Meer- Cosshn; mais Muer-dossini éiail. doué de talents ut de volonté, et, quoique suffisamment enclin lui-iuèiiie à opprimer ses sujets, il ne put, sans protester, les voir réduits au désespoir par des acles tjranniques qui ne lui rapportaient rien et qui, de plus, détruisaient son revenu dans sa source même. La conséquence de ce conflit lut qu'on déposa Meer-Cossim, qu'on rétablit Meer- Jaffier, et qu'un massacre plus atroce que celui du Black-Hole signala la chute de Meer-Cossim , qui se retira durs les États du Nabab d'Onde,
A chacune de ces révolutions, le nouveau prince distribuait à
ses maîtres étrangers tout ce qui pouvait être enlevé du trésor de son prédécesseur déclin. L'immense jiupulafion de ses Etats devenait la proie de ceux qui l'avaient lait monter sur le trône el qui étaient à\ même de l'en faire descendre. Les agents de In Compagnie obtenaient, non pour leurs commettants, mais pour eux-mêmes, le monopole de presque tout le commerce intérieur. Us forçaient les natifs à acheter cher el à vendre bon marché. Ils insultaient impunément les tribunaux, la police et les autorités fiscales du pays. Ils couvraient de leur protection de nombreux natifs, leurs partisans, qui rôdaient dans les provinces et répandaient la terreur et la désolation paitonl un ils apparaissaient. Chaque employé d'un facteur anglais était armé de tout le pouvoir de son maître, et son maître était armé de lent le pouvoir de la Compagnie. On accumulait ainsi d'énormes fortunes à Calcutta, tandis que trente millions d'êtres humains étaient plongés dans la plus affreuse mi-ève. Ceux-ci avaient été accoutumés à vivre soiis lu tyrannie, mais jamais sons nue pareille tviiimùe. Ils trouvaient le petit (loi.Lit de la Compagnie plus lourd que le poing de Su rajah-Do wl ah. Sous leurs anciens maîtres ils avaient au moins une ressource; quand loin - suul!i\uire.s devenaient insupportables,
vernemeut anglais n'était pas de ceux qu'on renverse ainsi. Ce gouvernement, aussi nppi-rs-il' que le despotisme barbare le pins oppressif, avait toute la foire que donne la civilisation. 11 ressem bïait au gouvernement des mauvais génies plutôt qu'a celni de tyrans humains. Le désespoir lui-même ne pouvait inspirer ara timides Bengalais le cmiraiio d'alfronter des hommes de race anglaise, cette noblesse héréditaire de l'humanité qui, grâce à son habileté et à sa valeur, avait si souvent vaincu des forces décuples. Les malheureux iintils n'es-avénint jamais de résister; quelquefois ils acceptaient avec patience, leur misère, quclquclois ils fuyaient les hommes blancs, comme jadis leurs pères avaient fui 1rs Mahrattes, et souvent il régnait un morne silence dans les villes et les villages que traversait le palanquin du voyageur anglais,
parce que lu nouvelle de son approche, les avait rendus déserts.
Les étrangers, maîtres du Bengale, étaient naturellement l'objet de la haine de bus les Etais voisins, et à luus la race hautaine présentait un front intrépide. Leurs années, partout inférieures en nombre, étaient partout victorieuses. Une suite de eliel's, lormés à l'éeele île Clive, soutenaient encore le renom lie
l'Angleterre. « On doit rei naître, dit l'historien musulman de
cette époque, que la présence d'esprit, la fermeté de caractère et l'intrépide bravoure de cette nation passent toute idée. Elle unit le courage le plus lés lu à une extrême prudence, et personne ne l'égale dans l'art de se ranger eu bataille et de combattre en bon ordre. Si, avec tant de qualités militâmes, elle possédait l'art de gouverner, si elle meltail. autant d'Iiabilolé el de sollicitude à soulager le peuple de Dieu qu'elle en montre dans tons ses actes rolatïls à la guérie, aucune nation au monde ne lui serait supérieure ou ne serait plus digne de commander. Hais de tous côtés les peuples soumis à sa domination gémissent et sont dans la pauvreté et la détresse. 0 Dieu! viens en aide à tes serviteurs al- Ibgés el délivre-les de l'op pression qui les accable! B
Il était cependant impossible que l'année elle-même restât longtemps exempte des vices qui avaient envahi tous les corps lie gouvernants. La rapacité, le goût du luxr, l'esprit d'insubordination, s'étendirent des fonctionnaires civils ans officiers, et des officiers aux soldats. I* mal fit de tels progrès, que chaque messroom devint un foyer de conspirations et de. cabales, et qu'il fallut avoir recours ans exécutions en masse pour maintenir l'ordre parmi les eipayes.
L'état des choses dans le Bengale i Lit i t par causer des inquiétudes à lu Ci un pi g] lie. I ne séné de ré m il ni ions, une adminisl ration désorganisée, les natils pillés sans 'pie la Compagnie eu fût plus riche; des navires qui ramenaient d'heureux aventuriez niant assez d'or pour acheter des fiefs et faire construira des demeures princières et qui tous cependant apportaient des nouvelles alarmantes quant à l'avenir financier du gouvernement; la guerre
LORD CLIVE
sur les Frontières ; la désolation (Lus farinée; le caractère national déshonoré par des excès analogues à ceux dont Verrès et Pizarre donnèrent jadis l'exemple: lel était !c spectacle qui épouvantait les hommes au courant des ail'aircs indiennes. Le cri général fut que Clive, et Clive seul, pouvait sauver l'empire qu'il avait fondé.
Cette opinion se manifesta de la manière la plus énergique à une assemblée générale de la mur des propriétaires. Le; hommes de tous les partis, oubliant leurs dissensions et tremblant pour leurs dividendes, s'écrièrent que Clive était l'homme de la situation ; qu'il fallait annuler la décision arbitraire prise relativement a sa fortune, et le supplier de retourner dans l'Inde.
Clive se leva. Il dit qu'à l'égard de sa fortune il ferait aux directeurs des propositions propns, erovait-M,à amener un arrangement amiable-, mais qu'il y avait une autre difficulté pins s 'rieuse. Que jamais, il juneail. à propos ùV le déclarer, il ne se chargerait dn gouvernement du Bengale tant que Sulivan, son ennemi, serait président de la Compagnie. Srs paroles occasion-
iar. Lue formiilalile majorité passa du côté de Clive. Sulivan voulut essayer d'un vote au scrutin; mais, d'api ès les statuts delà Compagnie, il ne peut y avoir de scrutin que sur une demande de neuf propriétaires, et, bien qu'il y en eût cent de présents il fut impossible d'en trouver neuf qui conseil tissent à signer une demande de ce genre.
Clive fut eu conséquence nommé gouverneur des possessions anglaises au Renfle et commandant eu chef de l'armée. Il s'en
fonction avant que le résultat de la prochaine élection des directeurs lût connu. La lutte fut acharnée, mais Clive triompha. Sulivan, qui avait été le maître absolu de la Compagnie, pet dit, par un vole, son siège de piésident, et le nouve.ju président, ainsi que le nouveau vice-président, fuient choisis parmi tes amis du nouveau gouverneur.
Telles fuwot les circonstances à la suite desquelles lord Clive alla dans l'Inde pour lu troisième et dernière fois. Il arriva à Calcutta en mai 1765, Il trouva lonlc l:i machine g ouvert lemeutale encore (îlus ef i roy n h I (? m i f! cit détraquée qu'il ne s'y attendait. Moor- Jafllcr, qui, quelque temps auparavant , avait perdu sou filsMeeran, était mort pendant la traversée de Clive. Les lônctionnaires anglais de Calcutta avaient déjà reçu if Anselme des instructions qui leur défendaient slriclemciit d'accepter des présents des princes natifs; mais, après un gain, et pu habitués à l'obéissance envers leurs supérieurs si éloignés, si ignorants et si négligents, ils mirent de nouveau le trône du Bengale à l'encan. IVès de cent quarante mille livres sterling lurent distribuées aux neuf principaux fonctionnaires de la Compagnie, et en considération de ee présent corrupteur, un fils, encore enfant, du déliait Nabab, fut placé sur le trône de sou père. Clive, à sou arrivée, apprit cet ignominieux marché. Dans une lettre particulière, écrite immédiatement après son débarquement, à nu de ses amis m'imes, il exprime ses sentiments dans un langage qui, de la paît d'un homme si audacieux, si résolu, et si peu incliné à l'alfeet.atinii théâtrale de la sensibilité, nous semble singulièrement touchant. « Hélas! dit-il, que le nom anglais est déchu ! Je n'ai pu ni'enipècher de verser quelques larmes sur la renommée à tout jamais compromise et perdue de la nation anglaise. Je jure cependant, pur ce grand Être qui voit dans tous les rieurs et à qui nous aurons des comptes à rendre s'il existe quelque chose hors de ce momie, qu'en venant ici je me suis mis au-dessus de Imite einriiptnni el que je suis déterminé à détruire ces maux énormes et choque jour croissants, ou à périr à la tache, i
Le conseil se 'réunit, et Clive lui annonça sa ferme détermination d'obtenir une réforme complète et d'user à cet effet de toute l'autorité civile et militaire qui lui avait été conférée. Jobnstone, un des membres les plus hardis et les plus corrompus de l'assemblée, lit une tentative d'opposition. Clive l'interrompit et lui demanda avec hauteur s'il avait le dessein de mettre en question le
LOB* CLIVE.
pouvoir du nouveau gouvernement. Jolmslone, intimidé, prolesta du contraire, tous les visages, autour <hi bun.Mii, s'allongèrent, pâlirent, et personne n'osa ajouter une syllabe.
Clive tint parole. 11 resta dans l'Inde environ dix-huit mois, et pendant ce court es[iace de temps il opéra nue des réformes les plus complètes l ps pl us dilliciles et le- |ilu- salutaires que jamais homme d'État ait accomplie . C'est I'i'-jhh de si vie dontil s'enorgueillissait le plus dans la suile. Il était à. même de tripler sa fortune déjà splendide, de coimiver aux abus tout en avant l'air de les combattre, île se concilier le bon vouloir de tous les Anglais établis au Bengale eu abandonnant à leurs exactions une race timide et sans appui qui ignorait où était située l'île qui lui envoyait ses oppresseurs ; une r, ce dont les plaintes avaient peu de chance d'être eiilendues à une distance île quinze mille milles. Il savait que, s'il procédait activement à des réformes, il éveillerait contre lui toutes les mauvaises passions; d vivait de quelle haine implacable et sans scrupule seraient aminés ces rap3ces aventuriers qui, après avoir espéré murillir en peu de mois des fortunes suffisantes pour soutenir li' rang de pair, se verraient frustrés de leurs espé rames ; niais, fidèle au beau rôle qu'il avait choisi, il lit appel à toutes les lérces de sou intelligence et livra une bataille beaucoup plus terrible que colle dePlassey. Le succès semblait d'abord impossible; innis bientôt les obstacles commencèrent à céder devant celte loLinté ili' 1er et ce uiiile courage. Il fut sévèrement détendu d'accepter des présent- des natifs; il fut interdît aux emploi de ia G.nupagiiic de enmmercer pour leur compte personnel. L'établissement tant entier avait l'air de vouloir
William, il s'en procurerait ailleurs et qu'il enverrait chercher à Madras quelques fonctionnaire- civils qui l'aideraient à faire marcher l'administration. 11 deslilua les plus turbulents de ses adversaires; le reste comprit la nécessité de se suunicltre, et en très-peu de lemps toute résistance fut annihilée.
Clive avait cependant l'esprit trop jutlicieux pour ne pas voir que ces abus étaient dus en partie à une cause qui en susciterait infailliblement il' semblables aussiliU que la pression de sa forte main cesserait de se faire sentir. Une iausse politi(jne avait guidé la Compagnie quant à 1 1 rémunération il' us serviteurs. Cens-ci recevaient des salaires tellement faillies, qu'ils étaient hors d'état de se procurer tout ce qui est nécessaire à la santé et au conlbrt
passer les plus bulles années de Isnr vie eu exil, sous un soleil brûlant, sans autre espoir qu'un mesquin traitement avec lequel l'épargne d'une seule roupie était chose impossible. Aussi avait-il été sous- en tend n dis le principe que les aïeuls de la Compagnie, étaient libres de s'enrichir en commerçant pour leur propre compte. Cet usage avait été ti ès-préjudiciable aux intérêts commerciaux de la Compagnie. Déjà, son- le règne de Jacques l' r , sir Thomas Roc, ce savai.t nbseï valeur, pressait vivement les dheo leurs de mettre un terme à cet état île choses, u Défendez d'une
mieux. Je sais que c'est fort difficile. Vos agents avouent que l'appât seul i!u traitement ne les déciderait pas à partir; niais vous détruirez ie préteste si vous leur donne? des traitemeiitssu.'fisauls, et alors vous saurez ce que vous v panerez, s
Malgré cet avertissement, la Compagnie avait persévéré dans ses anciens erremenls; elle donnait rie faibles appointements et tntéruil le; gains indirects de ses agents. I.e traitement annuel d'un inenibie du Cnuteil n'était que de trois cen's livtes. Cependant il était notoire qu'un pareil loncliunnaire avail besoin (l'une somme dix luis pins foi te pour pouvoir vivre dans l'Inde. On devait d'ailleurs supposer qu'il ne se contenterait pas de, bien vivre dans l'Inde, et qu'il voudrait rapporter quelques éeivnomies en Anglclerre. Avant la conquête du Bengale, cette parcimonie influait sur le chiifre des dividendes payables au\ pre.pi iélaircs et n'avait l'as de trop graves inconvénients; mais depuis la Compagnie était
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devenue un corps gouvernant . Ses employés, <[ui portaient encore tes noms de fadeurs, marchands juniors, marchands sénîors, étaient de fait proconsuls propréleui s, jn ncurateurs de ces vastes régions; leur pmivoir était immense; leurs traitements officiels étalent considérés par tout le momie comme insuffisants ; ils usaient largement des mm eus irrégulicis de s'enrichir eux-mêmes que les vieux usages du service el la tolérance tacite de leurs commettants laissaient à leur di-pnsilkm : la corruption et l'effrayante oppression qui avaient désolé le Bengale n'avaient pas d'autre origine. Clive sentit combien il était alisurite de rendre des hommes tniil-piii-suil.s et d'exiger d'eux qu'ils vécussent dans la pénurie. Il comprit que Imite réforme serait inefficace si l'on n'y rattachait un système de rémunération libérale pour les employés civils de la Compagnie. Les directeurs, il le savait, n'approuve raient pas volontiers une augmenlalioii de salaires faits au* dépens de leur propre caisse. Une >e<ile voie restait ouverte au gouverneur; elle l'cxposul à lje.iue.inp d'imputations fâcheuses, mais il eut raison, suivant nous, de l'adopter. Il auectaaux nécessités du service le ^induit d eue pôle du sel qui, jusqu'à nos
jours, a été une tirs principales source- du revenu de l'Inde, cl il partagea ce produit d'une ïaçnu qui nous semble équitable. C'est à cause do cela que d';ilim'd ses ennemis et plus lard les historiens l'ont accuséde n'avoir pas tenu compte de ses instructions, d'avoir oublié ses promesses, d'avoir autorisé l'abus même qu'il avait la mission spéciale de supprimer, e'est-à-diro le commerce personnel des employés de la Compagnie; mais tout juge impartial et éclairé reconnaîtra qu'il u'v avait en réalité rien de commun entre le système qu'il établit et relui qu'il était chargé d'abolir. Le monopole du sel av.ut été une source de revenu pour les gou-
générales des fonds destinés à leur entretien ; or c'est ce. que fil Clive. Eu agissant ainsi, tandis qu'il mettait fin aux manœuvres
qui avaient permis d'amasser rapidement de fiijj;iiitesques fortunes, il donnait à Unit iniicl.iouri.ure iiri.nl ils envoyé en Orient les moyens de se faire nue position lentement, mais sûrement. Telle est cependant l'injusliee liuiiiiiine, que pas un des actes qui sont les véritables taches de sa vie n'a été blâmé aussi sévèrement que cette mesure indispensable au succès des autres réforme!*.
L'opposition du service civil une liiis vaincue on réprimée, restait celle del'armée, qui était [dus formidable encore. Quelquesunes des suppressions ordonnée- 1 par les directeurs touchaient aux intérêts du service militaire et soulevèrent une tempête que César lui-même n'eût pas volonté:) 1 - affrontée. Ce n'était pas peu de chose de lutter contre ceux qui disposaient iln sabre dans un pays uniquement pjuvenié par le sabre.. Doua cents officiers anglais conspirèrent contie le gouvernement, et, convaincus que Clive subirait toutes leurs exigences plutôt que de voir l'armée, seul soutien de l'empire anglais en Orient, être sans chefs, ils résolurent tous de donner leur démission le même jour. Ils connaissaient mal le eiira: 1ère ir.i!niii| .table auquel ils avaient affaire. Clive avait encore auprès de lui quelques oltlciers suï lesquels il pouvait compter. Il envoya c.berclior du secours au fort Saint- Ceorges; il distribua des commissions milita ires même aux agents commerciaux prêts à le soutenir dans cette crise, et il décida que tout officier démissionnaire serait immédiatement transporté à Calcutta. Les conspirateurs s'apere.nrenl qu'ils avaient l'ait un faux calcul : le gouverneur l'ut inexorable. Les troupes étaient dévouées. Les cipayes, sur lesquels Clive avait toujours eu une influence extraordinaire, montrèrent nue irdélité inébranlable. Les meneurs du complot furent arrêtés, jugés et cassés. Les autres, humiliés et découragés, demandèrent instrument qu'on leur permît de retirer leurs démissions, et même plusieurs, d'outre eux versèrent des larmes de repentir . Clive traita les coupables les plus jeunes avec douceur; mais il l'ut pour les meneurs d'une sévérité inflexible, quoique suis malveillance personnelle. S'il fit rigoureusement respecter l'autorité légitime dont il était revêtu, il ne
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daigna pas s'occu|ier des injures qui no s'adressaient qu'à lui. On accusa un des conspirateurs d'avoir conçu lu projet d'assassiner le gouverneur; mais Clive ne voulut rien écouter, « Les officiers, dit-il, sont des Anglais, et non des assassins, a
Il fut aussi heureux en fait de politique étrangère qu'en matière de réforme civile et de discipline militaire. Son arrivée dans l'Inde fut le signal d'une paix immédiate. Le Nabab d'Onde stationnait à celte époque avec une armée considérable sur la frontière du Baliar. Un grand nombre d'Afghans et de Mahratics s'étaient joints à lui, et l'on avait lieu de croire à une coalition générale des puissances natives contre les Anglais; mais le nom do Clive fit évanouir toute intention d'hostilité. L'ennemi implora la paix delà façon la plus humble et accepta tontes ics conditions qu'il plut nu nouveau gouverneur de lui dicter.
La situation du gouvernement au Bengale fut modifiée. Jusqu'alors le punvoir di's Anglais dan> cettr province n'avait été nullement défini. 11 n'était pas reconnu par l'ancienne constitution de l'empire; il n'était garanti par aucun contrat; il était analogue au pouvoir qu'exerçaient en Italie, pendant les dernières années de l'empire d' (taillent, lus principaux tliefs de mercenaiieétrangers, les liiciinei et les Udoaoro qui proclamaient et renversaient à volonté des princes imbéciles décorés des titres pompeux de César et d'Auguste. Dans l'Inde comme eu Italie les belliqueux étrangers trouvèrent, f iilin utile de faire donner la sanction de la lui à une domination établie par les armes, fie même que Tliéodoric jugea politique d'obleuinle la cour de Bvzaneeun décret qui le nommait gouverneur de l'Italie, Clive crut à propos de demander à la cour de lletdi une concession formelle du pouvoir dont il possédait déjà la réalité. Le Hogol n'avait aucun moyen de résistance; il murmura, mais il élail enchanté, non sans raison, que les Anglais fussent dispi^é* à échanger de lionnes roupies contre quelques caractères persans qui ne lui Coûtaient rien. Le marché fut bientôt conclu, cl le souverain titulaire de l'Hindoslan signa nue ordonnance qui concédait à la Compagnie le droit de
percevoir et d'admùiislrer les revenus du Bengale, de l'Orissa et du Bahar.
Il y avait encore un Nabab qui jouait auprès des autorités anglaises un rôle identique à uk.'Imî que jouèrent Clulpéric et Childoiic, les derniers niai- île l.i Iknée méroMii^ii'inie, auprès de Charles Martel et de Pépin, loin s iiiti'iliiynh et énergiques maires du. palais. Clive avait un luouicul sinise à taire disparaître ce fantôme; mais il pensa ensuite qu'il serait peut-cire avantageux de continuer à se servir du nom du Naliab, particulièrement dans les rapports avec les puis-sauces européennes. Il comprenait que les Français, les Hollandais et les Danois se soumettraient plus facilement à l'autorité d'un prince qu'ils étaient habitués a respecter
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tique, tout ingénieux qu'il nùt être alors, parut bientôt iusuflisant, et l'on a fini par y renoncer complètement. L'héritier de Jlcer-Jallicr léside encore à Mourslicdahah, ancienne capitale des Ëlats que gouverna sa famille; il purlc encore le litre de Nabab; il est encore traité d'Altesse par les Anglais. On lui permet mémo île conserver en pal lie la pompe nu aie qui entourait ses ancêtres. I.c gouvernement lui paye une pension annuelle de cent soixante mille livres sterling ; des hommes avec la masse d'argent précèdent sa voilure que des gaules escortent, sa personne et sou palais ne ressor tissent pas à la justice onlmairc; mais il n'a pas le moindre pouvoir politique et n'est en réalité qu'un noble et riche sujet de ia Compagnie.
Clive, s'il l'eût voulu, eût lacilcmciit accumulé pendant sa seconde administration au lleugale des richesses supérieures à ci'lles de n'importe quel particulier en Europe. Sans aller au deià de la pression à laquelle les gouu'i iienients les plus doux avaient accoutumé les riches habitants de la province, il aurait pu recevoir chaque année dois cent mille livies slerliue. île présents; les prill ces voisins auraient volonliei s payé sa laveur quelque prix que ce lut; mais il parait avoir >(i , ictcnient observé la règle qu'il avait imposée aux autres. I.e rajah île l'énarès lui of.'rit des diamants de
LORD CLIVE
grande valeur, le Nahub d'Onde le pressa d'accepter une forte somme d'urgent et une cassette remplie de magnifiques diamants. Clive reliisii avec couiloisie.mais d'une fm-m péromptoire, et il est ban de remarquer qu'il ne se fit point un mérile de te l'élus qui ne fut connu qu'après sa mort. Il tint un compte exact des sommes provenant de sou traitement, de ses bénéfices légitimes sur le monopole du sel et de ces présents que, suivant l'usage oriental, il serait grossier de relusee, ru prit une partie pour se déliaver des dépenses qu'exigeait -u liante position, et distribua le reste à i|uclipies anus dévoués l'avaient accompagné dans l'iuile. Clive se vanta toujours, et, à bon droit, autant que. nous pouvons en jugei', que sa dernière administra lion, ait lieu de l'enrichir, l'avait appauvri,
Il accepta toutefois mie somme considérable. Meer Jallier lui avait laissé par testament pins de soixante mille livres sterling en espèces et en diamants, et la règle, récemment établie, concernait tes dons des vivants, non les legs des morts. Clive prit l'argent, mais pas pour lui-même. Il remit le tout à la Compagnie et constitua une dotation en laveur de- olticiers et îles soldats devenus invalides pendant leur activité de service. Le fonds qui jiorte encore son nom doit son origine ;'i celte donation prmeière.
Après un séjour de dix-huit mois dans l'Inde, Clive, vu l'état de sa santé, liit forcé de revenir en Europe. A la lin de janvier 1767, il quitta pur toujours le pays sur les destinées duquel il avait exercé une si grande influence.
A sou second retour du Bengale, il ne fut pas salué, comme au premier, par les acclamations de -es compatriotes, Les faits nombreux qui remplirent d'amertume les dernières années de sa vie et causèrent sa fin prématurée existaient déjà. Ses anciens ennemis de la Compagnie étaient encore puissants et actifs, et ils avaient trouvé de nombreux alliés qui les surpassaient de beaucoup en violence. Tous les (ripons et tous le- oppresseurs dont il avait délivré le Bengale montrèrent contre lui l'implacable rancune qui est le pi'oprc de iLalures aussi abjecles, Beaucoup d'entre
eus avaient transformé leur fortune et avaient acheté des actions de la Compagnie, uniquement |wur pouvoir être en mesure de nuire à l'homme énergique qui avait mis nu frein à leur rapacité. Des gazettes furent fondre- sous divers prétestes, mais réellement à seule (in de l'attaquer, et l'esprit pnhlir. était alors dons un tel état, que ees manœuvres qui. eu temps ordinaire, eussent été impuissantes contre la vérité et le mérite, obtinrent un succès prodigieux.
Les grands événements qui s'étaient pissés dans l'Tnde avaient enfanté une nouvelle elasse d'Anglais auxquels leurs compatriotes donnèrent le nom de Nababs Os individu- appartenaient en général à des familles qui uï'laieiit ni anciennes ni opulentes, et ils avaient été envoyés jeunes en Orient où ils avaient acquis des fortunes énormes qu'ils avaient rapportées dans leur pays natal, il était naturel qu'ayant eu peu d'occasions de fréquenter la bonne société ils laissassent paraître quelque chose de la maladresse et de l'ostentation des parvenus; que durant leur séjour en Asie ils eussent contracté quelques habitudes et quelques goûts étranges sinon choquants pour ceux qui n'avaient jamais quitté l'Europe; qu'avant juui d'une grande considération en Orient ils ne fussent point disposés à vivre obscurément dans leur pall ie; enfin, comme ils avaient de l'argent et n'avaient ni naissance ni hautes relations, il était naturel qu'il- fissent un étalage impertinent du seul avantage qu'ils possédassent, l'artnul où ils s'établissaient, il y avait entre eu\ et la vieille noblesse, unie à la gentil/, une espèce de lutte semblable à celle qui existail en France entre le fermier général et le marquis, dette haine pour I aristocratie continua longtemps à distinguer les employés île la Giuipagnie. Uns de vingt ans après l'époque dont nous parlons ici. Burke disait que parmi les Jacobins il fallait compter « les Eust bldians qui, à peu près jusqu'au dernier, tnmienl al)soliniicutinsup])ortiiblc que leur importance actuelle ne soit pas en proportion de leur richesse. »
Les nababs devinrent bientôt livs-iuipopul aires. 11 y en avait
quelques-uns qui, eu Orient, avaient déploie ries talents éminents et avaient rendu rie grands services; niais rians leur pavs ils n'avaient pas occasion de montrer leurs talents, et leurs services y étaient peu connus. La classe à laquelle les nababs avaient appartenu et celle dont ils essayaient do foirer l'entrée éprouvaient pour eu* la profonde aversion qui résulte tout à la fois de l'envie et du inépris, parce qu'ils étaient sortis de l'obscurité, qu'ils avaient acquis des lorliuie- oi.in-iriénri.fc., qu'ils s'en prévalaient avec insolence, qu'ils le; dépensaient d'une façon extravagante, que partout où ils se trouvaient ils faisaient hausser le prix «V chaque chose, depuis celui des n'.ul- ii;u> jusqu'à celui des bourgspourris; que leurs livrées étaient plus splniriidos que celles ries ducs, et leurs voitures plus belles que celles du lord-maire; que leurs maisons étaient ries exemples de profusion et de désordre <pii corrompaient la moitié ries domestiques riit pays; que quelques-uns d'entre eux, malgré leur magnificence, ne pouvaient prendre le ton de la bonne société, et qu'en dépit de leurs haras et de leurs nombreux domestiques, de leur vaisselle plaie et de leurs porcelaines de Saxe, de leur venaison et de leur bourgogne, 'Is restaient toujours des «eus de peu. Mais, quand, un ontre, ïiul 3 courir le bruit que la Ibrtune, dont le possesseur pouvait écli|>ser le lord-lieutenant sur le champ de course, ou faire voter le comté contre le chef d'une maison aussi ancienne que le Dames <îuy Book, n'avait été amassée qu'en violant la foi publique, ou déposant des princes légitimes, en réduisant îles provinces entières à la misère; les passions les plus nobles et les meilleures de la nature humaine ainsi que les plus viles et les plus mauvaises furent sans merci pour le misérable qui devait à ries actes criminels et déshonorants les richesse- qu'il prodiguait alors avec tant d'insolence et de gni."ièreté. l.'miiuluiié iwbab parut un composé de* faiblesses que la comédie a le. plus impitoyablement tournées en ridicule, et des l'urlaits qui i.aaetérisenl 1rs plus sombres tragédies; il tenait, disait-on, deTurearet et de Néron, de M. Jourdain et do Richard III. Les employés de la Compagnie furent
î« HISTOIRE ET CRITIQUE,
exécrés nt bafoues avec une violence 1)11011 ne peut comparer qu'à celle de l'indignation publique enntre les puritains, à l'époque de la Restauration. L'homme juste et charitable avait horreur du la façon dont ils avaient acquis leur argent, l'homme économe, de la façon dont ils le dépensaient. Le dilettante se moquait de leur manque de goflt; le petit-maître les repoussait à cause de leur basse extraction. Les écrivains les plus opposés de sentiment et de style, les inélliodislcs i>L le» libres penseurs, les philosophes et les bouffons, élaienl si»' «'Ile question d'un avis unanime. II n'y a guÈre d'exagération à dire que, pendant environ trente ans, toute la littérature lcirve de l'Ai tijcl cire s'inspira des opinions que nous venons d'exposer. Footc mit sur la scène un Anglo-Indien dissolu, lâche, lyranniquc, rougissant di s humbles amis de sa jeunesse, haïssant l'ai istoentie, quoique puérilement désireux d'être admis dans son sein, prodigue de ses biens envers des coquins et des flatteurs, parant ses porteurs de chaise des fleurs de serre chaude les plus coûteuses, étourdissant les ignorants de son jargon à propos de roupies, de lacs et dejaghires. Mackenzie, avec plus de délicatesse d'esprit, représenta une simple famille campagnarde, élevée à une soudaine, opulence par les trésors d'un île ses membres enrichi dans l'Inde, et provoquant un rire universel par une imitation gauche et burlesque des manières des grands seigneurs. Cowper, dans cette sublime plaint* où éqtale l'esprit même des poêles liéb:vu\, pl:na l'upj ircssion.de l'Inde en tête de ces crimes nationaux pour lesquels Dieu infligea comme punition à l'Angleterre plusieurs .nnu'es d'uni' guerre désastreuse, des défaites sur les mers qui Imi^m'iil ses propre cèles, et la perle de son empire transatlantique. SI l'un de nos lecteurs veut se donner la peine de prendre sur les rayons poudreux des cabinets littéraires quelque roman publié il y a soixante ans, il trouvera, suivant toute probabilité, que dans ce roman le traître ou le soustraitre est un sauvage nabab, avec une prodigieuse fortune, un teint basané, un foie mauvais et un cœur pire.
Tel était, autant que nous pouvons eu juger, le sentiment du
LORD CLIVE
pava à l'égard des iiababs tm général. Or Clive était le nabab par excellence, l'homme le pins intelligent, le plus célèbre, le plus éminenl de toute la confrérie, sous le ]'apporl iln rang et de la fortune. Le luxe qu'il iléploiiitl devint lortément le ri'udre plus haïssable encore. Il vivait avec buaucuLip do somptuosité dans Berkeley-Square. Il faisait bàtîr un palais dans le Shropslùre et un autre à Clare.moul . Sun influence purL'ini'ntairc pouvait délier celle des plus grandes familles. Mais cette ..plenrieur même et celte puissance fournissaient aux envieux des motils de raillerie. La fortune et les grandeurs semblaient convenir aussi mal ù quelques-uns de ses parents qu'un Margery Mushroom de Mackenzio. Clive lui-même, niulen' ses uie.iiiilfslables qualités, n'était pas exempt de ces faiblesses que les satiriques de l'époque représentaient comme caractérisant sa classe tout entière. En campagne, il avait, à In vérité, ries habitudes liirl simples: il était constamment à cbeval et toujours en uniforme, il ne portait jamais d'étoffes di suie, n'enli'ait jamais dans un palanquin et se contentait de la chère lu plus simple. Ibis, quand il ne fut plus à la léte d'une armée, il renonça à eetle lenipéraiice. «partiale et il adopta les habitude fastueuses d'un Sybarite. Quoique sa personne fut sans grâce et que ia laideur vulgaire de ses traits rudes ne fût rachetée que par une expression sévère, intrépide et impérieuse, il avait un goût prononcé pour les vêtements riches et brillants, et remplis-ail sa pi rd.no te avec nue absurde provision. Sir John Malcolni nous donne une lettre, digne rie sir Malthew Mite, dans laquelle Clive commande « deux cents chemises, les meilleures et les plus belles qu'on puisse se procurer pour amour ou pour argent. » Certaines folies de ce genre, grossièrement exagérées, en passant de bouche en bouche, produisirent une impression défavorable sur l'esprit du public; mais ce n'était rien encore. De sombres histoires qui, |xmr la plupart, étaient de pures inventions, circulèrent sur la conduite de Clive en Orient, lieu tàsupporlerloul l'odieux, non-fnulementdes mauvaises actions dont il s'était une ou deux fuis vendu coupable, niais encore des
mauvaises notions île tous les Anglais qui avaient résidé dans l'Inde, des mauvaises actions commises pendant qu'il était tu Europe, el même des mauves ;u:!iniis aiisquelles II s'était virilement opposé el l|n'il avait scvcicrnent punies. Les abus qu'il avait combattus hemièienicitt.ré.nlùnienletavecsncei':-, lui lurent imputés. Bief, il était considéré comme lu personnilication de tous le» vices el de toules les laiblesses qu'à toi t ou à raison le publie attribuait aux aventurier-, anglais de l'Asie, .Nous avons nousmême entendu des \icillaiils qui ne sai aient l ieu de son histoire, mais qui conservaient encore les préjugés de leur jeunesse, parler de lui comme d'un démon iucarué : Johnsone ne s'exprimait jamais autrement. Browu, intendant des plaisirs de Clive, était étonné de voir dans la maison île son noble maître un coil're qui jadis avait été rempli d'or provenant du trésor de Moorsliedabad : il ne pouvait comprendre comment la consciente du criminel [iei met la il. qu'il ilmiisil , .iv.inl un pareil objet de .-.i l'hainh: <■ à coucher. Les paysans de Surrey regardaient avec une secrète linneur la demeure princierc qui s'élevait à Claremonl, el disaient à ïoiï basse que le grand lordméchant avait ordonné qu'on lit les murs aussi épais alin de se préserver du diable, qui l'emporterait un jour. Parmi les rustres qui crevaient à cette «Il rayai ite histoire, il y avail un laid et imli^ne gainai appelé Hunier, trèsconnu depuis sous le nom de William Huntington S. S., el ce lemanpiabie iniposleur semble avoir dû, eu grande partie, aux contes qu'il avait entendu répéter sur la vie et le caractère de Clive, la superstition qui. ebez lui. su trouvait si étrangement associée à la friponnerie.
De plus, l'impulsion que Une avait donnée à l'administra tion du Bengale s'affaiblissait i!e jour en joui ; sa politique était à peu pies abandonnée; les abus qu'il avait supprimés commençaient à renaître; enfin les maux qu'un mauvais gouvernement avait engendivs fuient aggravés par une de ces grandes calamités que le modleur gouvernement ne peut pié\ciiir, Dans l'été de 1770 les jiluies manquèrent; la terre lut desséchée; les ioutaines lurent
taries; le niveau des rivières baissa, et une famine, telle qu'on eu voit seulement dans les pays où chaque famille ne pourvoit à sa subsistance qu'en cultivant sa propre parcelle de (erre, remplit de misère et de mort toute la vallée du Gange. Des femmes' timides et délicates, dont Je vtulu n'uv.nt janui- t-'.ù levé en public, sortaient des chambres muli'r- uii jnsqu'alms la jalousie orientale avait veillé sur leur beauté; elles se jetaient aux pieds îles passants et implora ici)! fi eraml- cris nue poignée de riz pour leurs enfants. Le Huogles rliarnail. chaque jour des tiiillieis de cadavirs devant les portiques i l les jardins des conquérants anglais. Loirues mêmes de Calcutta étaient encombrées de morts et de mourants. Les survivants, décharnés et allàiblis, n'avaient pins asse* de forces pour porte] 1 le* corps de leurs jiareuL- un monceau funéraire ou à la rivière s;aiéc, in même pour effrayer et chasser les chacals et les Minium- i|ii] venaient plein jour se repaître de restes humains. Le elnllre de la mortalité ne l'ut jamais euolenient connu; mais, d'après la voi\ publique, il moulait à des millions. Cette triste nouvelle augmenta l'cveitaliou déjà produite en Angleterre par ks affaires indiennes. Les actionnaire* de la Compagnie des Indes étaient inquiets sur leurs dividendes, les gens doués de sentiments luiniailb. éhienl luiicliés de la misère de. nos mallieureux sujets, et l'indignation vint bientôt se mêler à la pitié. Le bruit courut que les employés de la Compagnie avaient créé la famine eu accaparant tout le riz du |siïs; qu'ils avaient vendu le jjrain, huit, iliv. doua- luis pins clLer qu'ils ne l'avaient aclteté; que. diuaul celte sai-un caiamilense, un fonctionnaire anglais, qui, V: ce ptécédeule, ne |Hissédait pas cenl
guinées, avait fait |; i— . i soismilr mille livres à Londres. Ces aeeiLSiitions, croyoii--imti>, éLiaail iléuinV-. de foi idei non t. Que les fonctionnaires de la Compagnie se soient aventurés, apiès le départ de Clive, à spéculer sur le riz, cela est probable; que, s'ils spéculaient sur le riz, ils aient du profiler de sa rareté, cela est certain; mais il n'y a aucune raison de penser qu'ils aient lait «aître ou qu'ils aient aggravé un mal que doaiuses matérielles
expliquent suffisamment La clameur qui s'Éleva contre eux en cette occasion était, nous le sou peu i moi is, ausïi absurde que les imputations que, dans des irmps de disetLe intérieure, les marclumds de blé eurent., aulrclnis, à supporter de la part d'hommes d'État et de juges, et qu'ils ont encore à supporter de la part do deux ou trois vieilles fin unes. Cette clameur clait cependant si forte et si générale, qu'elle paraît, avoir impose même à nue intelligence aussi exempte de pvcjuiu's vulgaires que celle d'Adam Smith. Ce qui fut encore plus extraoï'ilinaiee, c'est que ces événements malheureux accrurent beaucoup l'impopularité de loitl Clive. Il y avait quelques années qu'il était de retour en Angleterre, lorsque arriva la famine; aucune des mesures prises par lui n'était de nature à amener une pareille calamité. Si les lonetionnaires de la Compagnie avaient spéculé sur le riz, ils l'avaient fait eu contrevenant à la règle qu'il avait lui-même établie et dont il avait sévèrement exigé la stricte observation tant qu'il avait ét au pouvoir. Hais, ainsi que nous l'avons dit, il était, aux jeux d,, ses compatriotes, le nabab par excellence, la personnification du caractère anglo-indien, et. tandis qu'il • on 11 paît de constructions et de plantations dans le Surrey, on le rendait responsable do tous les effets de la sécheresse an Bengale.
Le Parlement n'avait /donné jusqu'alors que fort peu d'attention 3 nos possession- orientales. Les ministères qui depuis la mort de Georges 11 s'étaient rapidement succédé, faibles, tour à tour
et des mouvements insurrectionnels dans les colonies américaines n'avaient guère laissé aux conseillers de la ronronne le loisir d'étudier les alfaires politiques de l'Inde. Partout où ils intervenaient, |eur intervention était sans vigueur et sans Icimeté. Lord Chatliam, pendant le peu de temps qu'il avait eu la prépondérance dans les conseils de Georges III, avait , il est vrai , médité d,> prendre des mesures énergiques et radicales à l'égaid des acquisitions delà Compagnie; mais l'étrange maladie qui commença
LORH CLIVE.
vers cette époque à obscurcir son splcndide génie l'empêcha de mettre ses plans à exécution.
En 1772, on sentit enfin que le Parlement ne pouvait continuer ii négliger les affaires de l'Inde. Le ministère était plus fort qu'aucun de ceux qui avaient été au pouvoir après la rupture de J1. Pitl avec la grande enalitiou whtî; en 1761. Aucune question pressante de politique intérieure ou européenne n'exigeait les soins exclusifs des hommes publics. Ou avait entre deux tempêtes un moment de calme illusoire. L'effervescence causée par l'élection du Middlesex avait disparu ; les mécontentements de l'Amérique ne menaçaient pas encore île dégénérer eu guerre civile ; les dillicultés financières de la Compagnie conduisaient a une crise. Les minières (lurent lorcéiiieiit. s'occuper de ce sujet important, et alors ér.lala l'orage qui avait longtemps grandi sur la tête de Clive.
Clive était eu vérité dans une flirt mauvaise position. Il était haï dans tout le pays, bai à VEo&t India Boime, liai' principalement
avait réprimé la rapacité et la tyrannie. Il avait à supporter le double odieux de ses mauvaises et de ses lionnes actions, de chaque abus indien et de chaque réforme indienne. L'état du monde politique était tel, qu'il ne pouvait compter sur l'appui d'aucune relation puissante. Le parti auquel il avait appartenir, celui de Georges Grenvi lie, s'était montré hostile au gouvernement , et pourtant n'avait jamais été cordialement uni avec les autres fractions de l'opposition, ni avec la petite bande qui suivait encore la fortune de lord Cha- Iham, ni avec le corps nombreux et respectable dont lord Hockingham était le diel reconnu, lîeorgcs Grenville était mort, ses partisans étaient dispersés, et Clive, n'étant lié avec aucune des puissantes factions qui divisaient le Parlement , pouvait seulement être sur du vote de; membres qu'il avait fait nommer. Ses ennemis, particulièrement ceux qui baissaienl ses vertus, étaient féroces, implacables, sans scrupule. Leurs manœuvres malveillantes ne tendaient à lien moins qu'à la ruine complète de «i renommée
HISTOIRE El CB1 TIQUE.
et île sa fortune. IN désiraient le voir chassé du Parlement, voir ses éperons brisés, voir ses biens confisqués, et l'un peut douter que mémo un pareil résultat eut iissuuvi leur soif de vengeance.
La t;ic tique parlementaire de Clive ressembla à sa tactique militaire. Abandonné, entouré, accablé |mr le nombre, avant tout contre lui, il ne daigna même paa se tenir sur la défensive. Il attaqua hardiment. Dès le commencement de la discussion sur
travaillé, il sejustitia de la plupart des accusations qui avaient été portées contre lui. Il produisit, dit-on, un fiiand elfet sur son auditoire. Lord Cbatham, qui n'était plus alors que l'ombre do lui-même, aimait à fréquenter le théâtre de sa gloire. Il était cet te nuit-la sous la galerie de la Chambre des Communes cl déclara qu'il n'avait jamais entendu un meilleur discours. Ce discours, dont ensuite l'auteur surveilla lui-même l'impression, eut-il été largement corrigé par des amis littéraires, n'en prouve pas moins
que Clive possédai! non-seul tint un sens juste et nu esprit
viril, mais encore un véritable talent de discussion et de parole, talent qu'une culture assidue aur.nl pu perfectionner au plus liant degré. H se contenta de défendre les mesures prises pendant sa dernière administration et obtint un tel succès, que ses ennemis jugèrent dès lors à propos de diriger surtout leurs attaques contre 1;< première partie de sa vie.
La première pail.ie de sa \ie oil'rait malheureusement à leur auimosité quelques points vulnérables. Un comité , nommé au scrutin, fut chargé d'une cnqnèle sur les affaires de l'Inde, et ce comité étudia avec un soi i malin toutes les questions relatives à la grande révolution qui avait renversé Surajah-Dowlah et élevé Meer-J affier. Clive vit sa conduite examinée et reesaminée sans ménagement; aussi, par la suite, se plaignit-il amèrement que lui, le baron de Plas-ey, avait é lé traité comme un voleur de moutons. L'audace et la noblesse du ses réponses su I liraient seules à montrer combien étaient antipal lui pies à sa nature les fraudes auxquelles il s'était quelquefois abaissé dans le coins de ses né-
gociations orientales. !! avoua les artifices qu'il avait employés pour tromper Urnichund et «lit résoirtinent qu'il n'en rougissait point ; mu-, dans de- circonstance;, identiques, il agirait encore de infime. Il convint qu'il avait reçu de Mcer- Jafïier des sommes considérables, mais il nia qu'en le faisant il eût méconnu aucune obligation morale on qu'il eût forfait à l'honneur : il prétendit an contraire, et non sans quelque raison, qu'il avait droit à des éloges puni' snu raie désintéressement. Il parla dans un langage animé de la situation où l'avait placé sa victoire, du grand prince qui dépendait de sou bon plaisir, de l'opulente cilëqui craignait d'être livrée an pillage, des riches banquier» qui enchérissaient à l'envi -es hunnes grâce-, îles caves remplies d'or, de diamants, et qui ne s'ouvraient que devant lui ; « t'ardieu, monsieur le présideut,s'érria-t-il, je suis actuellement étonné île nia propre modération! s
I, enquête roula sur tant de choses, que les Chambres se séparèrent avant qu'elle lût terminée. Klle fut reprise a la session suivante. Lorsque enlin le comité eut achevé son travail, les hommes éclairés et impartial!*, eurent peu de diltieulté à prévoir le résultat il était clair que Clive avait commis quelques actes qu'il est impossible d'amnistier sans contester l'autorité des lois les plus sacrées qui règlent les rapports ries individus avec les gouvernements. Hais il f.iaii également clair qu'il avait fait preuve de grands bleuis et même de grandes vertus, qu'il avait rendu d'éminents services ci à son pavs et aux peuples de l'Inde, et que ce n'était en réalité, ni parce qu'il avait accepté lis présents de Meer-Jaificr, ni parce qu'il avait employé la ruse contre Omiehund qu'il était alors poursuivi, mais parce qu'il avait énergiqucmeiit combattu l'avarice et la Urannio. La justice criminelle ordinaire ne tient aucun compte, de ce. qui est étranger à la cause. Les actions les plus méritoires ne peuvent à ses veux était re-balancer la plus légère infraction à la loi. .'■i un homme a vendu de la bière un dimanche malin, ou s'il a attelé un chien de Terre-Neuve à la voiture de son petit enfant, qu'importe pour sa défense qu'au péril
de ses jours il ml Muvé lu Me il' un île ses semblables, ou qu'il ait été blessé è'i Waterloo? Mais non- ne devons pas en user île lu sort»; avec les hommes qui. avant dépassé le niveau ordinaire et ayant été exposés li des leiit;itiuu- I leaiiemip plus qu'ordinaires, mit droit à une put [ilus qu'ordinaire d'indulgence. De tels hommes devraient être jugés par leurs contemporains comme ils le seront par la postérité. Leurs mauvaises actions ne devraient pas, il est vrai, être appelées bonnes ; mais leurs bonnes et leurs mauvaises actions devraient èlie ('■■|ini iblomcnl (lésées, et, si, en somme, le bien remportait, la sentence devrait contenir non-seulement un acquittement, mais cm oie une approbation. Pas un souverain, dans h suite des siècles, nepourrailêtre absous si quelques-uns de ses actes étaient soumis par un jiifie à un conlnile sévère. Cotnmeut Biuce, le libérateur de l'Kco^c ; Manticc, le libérateur de l'Allemagne; Guillaume, le libérateur de la Hollande; son illustre descendunl, le libérateur de l' itifjlelene ; Murrav, le bon Régent; Cosme, le père de la Patrie; Henri IV, de France; Pierie le Grand, de Russie; ujinineiit le meilleur il' entre eus supportera ilil un pareil examen '.' L'hisloire voit le; ebosts de pins haut, cl le li limitai le plus juste dans les grande- eatisis politiques est celui qui anticipe sur le verdict de l'histoire.
Les liomnies raisonnables et modérés de tous les partis furent de ee sentiment dans l'affaire de Clive. Ils ne pouvaient pas déclarer que Clive ne méritait aucun blâme, mais ils ne voulaient pas le laisser à la merci des rancunes et des basses passions qui s'étaient coalisées pour l'attaquer et qui désiraient ardemment sa peife. Lord Nottli. bien qu'il lut loin d'être son ami, n'était pas disposé, ù le traiter avec une extrême rigueur. Durant l'enquête, Clive, qui avait été quelques années auparavant créé chevalier du Itain, lut installé en grande pompe dans la chapelle de Henri VII. Il fut bientôt après nommé lunl-lieiileiunt du Shropehire. Le jour t u il baisa la main du roi, Georges 111, qui lui avait toujours montre de la bienveillance, le reçut en audience privée, i'enlietint pendant une demi-heure des atiàires politiques de l'Inde cl
lui visiblement aller lé lorsque le jiéiiéral persécute pria lie :cs services et de la manière dont il en avait élé récompensé.
Les accusations lurent enfin pi l'st-itl.iVs à la Chambre des communes sous une forme précise. Kilo» iiireiit soutenues par liurgoync, Président du comité, homme d'esprit, de août el d'houiieur, écrivain dramatique agréable, < »±'t ï i ■ j ». - 1 - dont le couraye n'av.iil jamais été nu~ en dusilc i't iloid le lali'iit était alors liaulewent estime. Les membres de l' administration prirent diflérculs partis, cor à celle époque toutes les questions étaient abandonnées à l'appréciation individuelle, sauf celles qui émanaient du gouvernement ou qui impliquaient quelque censure du gouverneincnt. Thui'low, l'allnruey général, était au uniubi'C des assaillants. Wedderburno, le sollicitai' général, [g us-attaché ;\ Clive, défendit sou ami avee nue force extraordinaire d'argumenlaliou et de langage . Par nue curieuse Hiïui'iilctife. quelques années plus lard, Thurlow fut le champion le plus remanpiahl 1 de Warren Ilastiugs, tandis que Weddci hume était parmi les plus implacables persécuteurs de al lioiuiue d'Klat émiuent, qitoique non sans reproche. Clive plaida sa propre cause moins longuement et avec moins d'art que l'aimée précédente, mais avec beaucoup d'énergie et do passion. 11 énuméra ses grandes actions et ses fautes, et, après avoir prié ses auditeurs de se rappeler qu'ils allaient décider non-seulement de son honneur, mais du leur, il quitta la Chambre.
Les Communes décidèrcnl que les choses conquises par les aimes de l'Étal, appai'tr laienl à l'Ktat seul et que les serviteurs de l'Étal n'avaient pas le. droit de -c 'es approprier. Elles déclarèrent que les Ibiir.lioguiaircs anglais du liViuale parafaient avoir systématiquement enfreint cette règle salutaire. Le lendemain elles allèrent plus loin et reconnurent ipie Clin:, «race au pouvoir qu'il JHisst'dait comme cunnnaiulaiil des ii.iees auidai-es dans l'Inde, obtenu île Ueer-.lallicr île- siiiiniiu^ roiisidérables. Ici la Chambre s'arrêta; elle avait volé la majeure et la mineure du syllogisme de Biugovue, mais elle recula devant la conclusion sur
la motion de dire que lord Clive avait abusé de ses pouvoirs cl donné nn mauvais evenqile auv iiiridiiminnivs publics; la question préalable l'ut préposée et adoptée. Enfin, longtemps après que le soleil se fût levé sur ce débat animé, Wedderburne fit une motion portantqne lord Clive avait, à la même époque, rendu de grands et méritera services à son pays, et cette mution passa sans opposition.
Le résultat de celle mémorable ciiquèle u olls parait en somme honorable pur la justice, lu modération et le discernement des membres de la Chambre des communes. Rien, à la vérité, ne les poussait à se montrer injustes. Ils eussent été de très-mauvais juges si Jenkinson ou Wilke- avait été l'accusé ; mais la question qui concernait Clive n'était pas une question de parti ; aussi la Chambre se conduisit-ellu avec lu tact, le lion sens qu'on peut toujours attendre d'une assemblée de i/cnlleinens anglais qui ne. sont pas aveuglés par l'esprit de parti ,
Un contraste rondil. |>lus remarquable les ,agos et équitables procédés du Parlement anglais. Le misérable gouvernement de Louis XV avait lait périr directement un indirectement tous les Français qui, en Orient, s'étaient distingué- au service de leur pays. Labourdomiais avait été jeté à la Bastille, et, après des années de souffrances, il n'en était sorti que pour mourir. Dupletx, dépouillé de son immense lin tune ci le ouirr brisé par d'humiliante- stations dans 1,'s antichambres. cl.nl mort obscurément. Lally avait été traîné, un Iviillun dans la Ivuiclie, sur la place ordinaire des exécutions. Les Cianuiunc.; il' .Vnidd.ene traitèrent au conlraire le capitaine vivant avec cette justice éclairée dont on n'use généralement qu'envers les morts. Elles posèrent des principes généraux escellents. elles indiquèrent délicatement de quelle façon il s'en était écarté d ullcs Inupéièvenl la courtoise censure par un éloge libéra!. Voltaire, toujours partial pour l'Angleterre • l l..iij »ir f-luji ) iln<iL>"> l- -l.'i [tirl- n»iiL- i- Kui'i' , fut frappé du contraste. Il semble avoir eu véritablement l'intention, à cette époque, d'écrire une histoire de lu conquête du Bca-
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«aie; il en parla au docteur Monre quand cet amusant écrivain alla le voir à Ferney. Wcdderburne prit un grand intérêt à celle affaire et pressa Clive de fournir des renseignements. Si ce projet avait été réalisé, Voltaire, nous en sommes convaincu, eut produit un livre où l'on aurait trouvé de- récits animés et pittoresques, des sentiments justes et humains c bal e lire usent en I exprimés, plus d'une étonrderie grotesque, de nombreuses plaisanlerics sur la chronologie mosaïque, beaucoup de scandale à propos des missionnaires catliolii|i:i:- cl I n'mi «L-!Hip de -niilime lliéuphiiantropie empruntée au Nouveau Testament cl mise dans la bouche de braliminos vertueu* cl philosophes.
Clive pouvait. enfin jouir Iranquiltement de sa fortune et de ses honneurs. Il était entouré d'amis et de parents, dévoués. 11 n'avait pas encore passé la saison de la vigueur physique et intellectuelle; mais les sombres pensées qui avaient longtemps troublé
» >plit k il.iiiiinjKjd ■l.ir- pjlHr 1 te- •» J.1UH-' «»• il
avait été sujet à des iiccès (le relie étrange mélancolie, < qui, à lu vue de la tombe, se calme et se change en joie ineffable, d Quand U était encore simple employé à Madras, il mail essayé deux ibis de se détruire. Les affaires cl la prospérité avaient eu une heureuse influence sur son moral : dans l'Inde, tant que d'importants événements l'avaient préoccupé; en Angleterre, tint que la richesse cl. les honneurs avaient en |Kinr lui l'aurait de la nouveauté, il avait échanjié à eHIr lunes le disjiosil mm icai-. il n":iv;:it plus rien à faire, rien à souhaiter. Son active inlelligence, rédnile à l'inactivité, laneiiil et -c tlétril aiu-i qu'une plante placée dans un air insalubre. La malignité avec laquelle ses ennemis l'avaient poursuivi, la malveillance du Comité à sou égard, hi censure, toute bénigne qu'elle fût, que la Chambre avait prononcée, la certitude d'être regardé par bon nombre de ses compatriotes comme un tyran déloyal et cruel, tout concourait à l'irriter et à l'abaltre. 11 eut en outre à subir l'épreuve de souffrances physiques Ires-aiguës. Durant sa longue résidence sous des climats tropicaux, il avait niuli'aiïé plusieurs maladies douloureuses, Il
HISTOIRE ET CftlTIQdE,
ettt recours à l'opium pour tâcher d'obtenir quelque soulagement, et il fut graduellement maîtrisé par ce perfide allié. Son génie néanmoins jetait encore de temps en temps de vives lueurs. On dit que ]iarfois, après être resté silencieux et immobile pendant dos heures entières, il se levait , se mêlait à la discussion de quelque grande question, parlait en soldat et en homme d'État, montrait beaucoup de vigueur et du supériorité, puis retombait ii:ins sii t(n'[)(!!ir mélancolique.
■Nos différends avec l'Amérique étaient, alors devenus tellement sérieux qu'un appel à la t'oree semblait méritahle, et les ministres étaient désireux, d'utiliser les talents de Clive. Si celui-ci eût encore été ce qu'il était quand il fit lever le siège de Patna el qu'il foudroya l'armée et la flotte hollandais pris des bouches du lïange,il est probable qui 1 lit résistance des colons aurait été vaincue el. l'inévitable séparation retardée île quelques années; mais il était trop tard. Iles sinifji'atiees de imis genres obscurcissaient de plus en plus sa i'orle hilelligeuce. Le 22 novembre 177.4 il se tua de sa propre main. Il venait d'accomplir sa quarante-neuvième année.
Le vulgaire vit ti>ul. simplement dans cette fin terrible do tant de prospérité et de laut de gloire une justification do ses préjugé-, el quelques lnimiuis d'une piété réelle, d'un génie réel, oublièrent iissej' le- préceptes de la religion el de la pliilo jiiibie pour attribuer ce triste déiioùmenl à l'infaillible vengeance du ciel et aux tourments d'une mauvaise enn science. C'est avec des sentiments tout autres que nous contemplons le spectacle d'un grand esprit anéanti pur une intolérable satiété, par lanière douleur de voir son honneur compromis, par de fatales maladies, par des remèdes plus fatals encore.
Clive commit de grandes fautes, el nous n'avons pas essajé de les dissimuler; mai. se.- fautes, mises eu halanre avec ses mériles et comparées aux tentations qu'il rencontra, ne nous paraissent pas le priver de son droit à une place honorable dans l'histoire.
De son premier séjour dans 1 Inde, date le renom des ormes
anglaises en Orient. Jusqu'au moment où il se monda, se; compatriotes avaient été jibt'|>t-isi*:s comme des simples col prieurs, tandis que les Français étaient réiérés comme un peuple créé pour la victoire et le commandement. Son courage et son génie rompirent le charme. Avec la défense d'Arcot commence cette longue série de t remplie-; iiricnlan\ qui se termine avec la clmfe de Ghizui . Nous ue devons pas nnn plus oublier que Clive avait seulement vingt-cinq ans quand il se sentit propre an commandement militaire. C'est une distinction rare, sinon unique. Alexandre, Coudé et Charles Xli gagnèrent, il est vrai, des ta tailles avant d'avoir atteint cet âge: mais ces princes étaient entourés de vieux généraux d'une habileté consommée, et c'est peut-être aux suggestions de ceux-ci que sont dues les victoires du Gra nique, de ■Roerov et de Narva. Clive, jeune domine sans expérience, était cependant encore moins novice qu'aucun do ceux qui servaient sous lui. Il avait à se former lui-même, a former ses officiers, à liiruier ses soldats. Napoléon llnnapark' est, à notre connaissance, le seul homme qui ait donné, aussi jeune, une semblable preuve de talent pour la guerre.
De son second séjour dans l'Inde date l'influence politique de l'Angleterre en Orient. Grâce à sou adresse et à sa résolution, il obtint eu quelques mois des résultais -upéru'urs à tons ceux qu'avait rêvés la lé-lle imagination de IHiplei*. Le proconsul le mieux servi par la fortune ne plaça jamais sous la domination romaine une pareille étendue de [erre cultivée, une pareille multitude de sujets, ne dota jamais sa patrie d'un pareil revenu. Jamais dépouilles aussi riches ne passèrent sons des arcs do Iriomphe le long de la voie Sacrée, et ue traversèrent le forum rempli de foule pour être portées au temple de Jupiter Tarpêien. Les hauts faits de ceux qui soumirent Ànlinclins et Tiprane sont éclipsés par les brillants e\j>l<iiu qu'cccnmplit ut jeu ce aventurier anglais avec une armée iulérieiire cil tu m dire à nue demi-lésion rnuiaine. De sou troisième yéjour dans l'Inde date l'honnêteté de l'administration de notre empire en Orient. Lorsque Clive débarqua a
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Calcutta, en 1765, un regardait le Bengale romniB un lieu où les Anglais étaient envoyés uniquement pour devenir riches par tous les moyens |ro5sihles et dans If plus bref délai possible. Le premier il fl( une guerre courageuse, implacable à m vaste système d'oppression, rt'etlorsiou et île corruption. Dans cette guerre il euposa résolument son bien-être, sa renommée et sa splendide fortune. Le même sentiment île justice qui nous empêche de déguiser les fautes de ses premières aimées nous pousse à reconnaître que ces l'auto' furent noblement, réparées. Si l'opprobre de la Compagnie et de ses employés a été effacé; si, dans l'Inde, le joug rie. maîtres et rangers, qui parlent, aillctu-s est le plus lourd de tous les jougs, a semblé plus léger que celui de n'importe quelle dynastie native, si à celle biiude de volette- publies qui répandaient naguère la terreur sur les phiite- i!u Bengale -ucr.éda un corps de fonctionnaires mut nuiii- hautement distingué, par l'intégrité, le désintéressement et l'amour du bien publie que par l'habileté el la diligence; si nous voyons des hommes tels que Munro, El pi [insinue et Melcalfe commander de victorieuses armées, faire et défaire des rois, puis quitter, fiers de leur honorable pauvreté, un pays qui jadis offrait à l'avidité de cleiquc l'acteur l'espoir d'une richesse sans borne, n'est principalement à l'.live que nous le devons. Son nom est un des premiers sur la liste des conquérants, mais II se trouve aussi sur une liste plus respectable, sur la liste de oeil* qui OU( beaucoup travaillé et beaucoup souffert pour le bonheur île l'humanité. Au soldat l'histoire assignera une place a côté de Lucullus el de Trajau ; au réformateur elle ne refusera pas une part de «et le vénération mer laquelle la France parle de Turgot, avec laquelle les Hindous contempleront jusqu'au* dernière- -Altérations la statue de lord William Riulinck.