‹ Histoire et critique T. B. MacaulyChapitre 22 sur 22 · LE COUTE DE CE1THAM · texte numérisé non relu

LE COUTE DE CE1THAM

coup de politesse les pairs, qui se levèienl pour les laisser passer, lui et ceux qui le soutenaient, il avait si béquille à la main. Il porlait, selon sji coutume, nu rielie lialiil de velours. Ses jambes étaient enveloppée- r 1 ■ - ilauelle. Sa jh.-it<hjiii- c'ait si vaste et son visage tellement amaigri, qu'il élail iiM[Kts>ililo do disLiiigncr un seul de ses traits, si ce n'est son nez fortement recourbé et ses yeux qui conservaient encure uni' étincelle de leur ancien feu.

Lorsque le duc de llichmond eut parle, Chalham .se lova. Pendant un certain lump-, il ne parvint pas à se l'aire entendre ; mais enfin sa vois devint distincte cl son {juste s'anima. Ses auditeurs saisireiLt çà et là une pensée eu une e\pression qui leur rappela William l'ill. Mai- il était évident qu'il n'était plus luimême. Il perdait le fil de son discours ; il hésitait, il ré|i£to>t plusieurs fuis les mêmes mots, et il était tellement troublé, que, en parlant de Y Ad of seulement (Acte de succession!, il ne put se souvenir du nom de l'éleclrice Sophie. La Chambre l'émula au milieu d'un silence solennel, et avec l'apparence d'un grand respect cl d'une compassion profonde. Le silence était si complet, qu'on aurait entendu la chute d'un mouchoir. Le duc de Kich-

iiiniid montra dans -a réplique beaucoup ne douei'in 1 et de couctoisie. Mais, tandis qu'il pailail . on s'aperçut que le vieillard élail agité et plein d'irritation. Le duc se rassit. Chatbam se leva de nouveau, appuya la main sur sa pnilniie et tomba frappé d'apoplenic. Trois ou quatres lords qui siégeaient pièsde lui le retinrent dans leurs bras. La Chambre se sépara en désordre. Le moribond l'ut porlcchez un dus officiers du parlement, et il se rétablit assez pour cire emmené à llaycs. Après avoir laujjni quelques semaines

Trop souvent hautain et fantasque envers ls aulies, il avait toujours été, à l'égard des siens, d'une Iwnté qui paiToi- même dé;géuéliut eu faiblesse. Toute sa vie, il avait été redouté de ses adversaires- |>oli(iques, et considéré par ses alliés politiques avec plus d.'

respect que île sympathie. Mais l'affection qu'avait inspirée dans le polit cercle d'Hayes sa l.ionti', constamment répandue sous mille formes propres il le iaire chérir, parait avoir été sans aucun mélange de crainte.

Graillant, au moment Je sa mort, n'avait pas dans les deux Chambres du Parlement, dix aillera il- personnels. Ses erreurs

avaient éloigné de lui l.i iiuiilié dos ln.ni: .-. publics du siècle, et

les efforts qu'il avait laits pour les réparer lui avait aliéné l'autre moitié. Soi) dernier discours rivait été mie attaque simultanée et contre la politique suivie par le gouvernement et contre la politique proposée [tir l'opposition, liais la mort rendit a Cliatliam son ancienne place dan-, l'idl'ediui; Je son pais. Qui pouvait apprendre sans émotion la lin d'un homme qui avait été si grand et qui depuis si longtemps était resté U:L Les circons tances semblaient Cil outre appartenir plutôt à la scène trafique qu'à la ïïe réelle. On ne pouvait, penser sans vénération et sans attendrissement à ce grand homme d'Etal, plein d'années et d'honneur, conduit au sénat par un fils qui lui-même donnait de rares espérances, et frappé au milieu du Conseil tandis que, d'une voix affaiblie, il fâcliail de relever l'espril affaissé de sou pays. La médisance était intimidée. La censure, même juste et modérée, étail muette. On ne se rappelait que l'admirable génie, que l'austère

Lue fois dil moins tous les partis furent d'ace, .rd. Iles funérailles publiques, un moiinmenl publie, fui ent votés avec enthousiasme, (.es délies du défunt furent payées. Une pension fut faite à sa famille. La Cité de Londres demanda que les cendres du grand homme qu'elle avait si loii-rtcmps aimé et henoré reposassent sous le dôme de sa m.igui tique c:.ll.édrale. Sl.n- la | élit ion arriva trop fard. Déjà font était prêt, peur l'enlerremeiit à Westminster.

Bien que les hommes de tons les parfis eussent d'un avis unanime décerné des Inmuems posthumes à l'itt, il n'y eut guère à ?oii enterrement que des adversaire- du gouvernement. Le colonel Barré, assisté du duc de liiclmioiid cl de lord Itot kingliain,

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portait la bannière seigneuriale de Chatham. Iiurke, Saïille et Ditmiiig tenaient les cordons du poêle. Lord Camden se faisait reman|uer au milieu du tuHéïe. Le jeune William PÎU conduisait le deuil. Vingt-sept ans après, à une époque sinistre el pleine de péril, le corjis épuisé cl le cceur brisé de ce dernier furent mis avec la même pompe dans la mémo terre consacrée.

Cbatliam repose près du la porte septentrionale de l'église, à une place qui dipuis a toujours été réservée :uix hommes d'État comme l'autre côté du lraii>M!|it l'avait longtemps été aux poëtes. Là reposent et Mamlicld, et le second William Pitt, et Foi, et Grattait, et Canning, et Wilberforcc. Aucun autre cimetière ne renferme les corps de tant de grands citoyens reposant dans un si petit espace. Le monument princier du haut duquel l'image de Chatham, sculptée par une main habile, semble, avec sa face d'aigle et son bras étendu, ordonner encore à l'Angleterre d'avoir bon courage et de braver ses ennemis, domine «s tombes vénérables. La génération qui a élevé ce monument à sa mémoire a disparu. Le temps où l'histoire peut réviser avec calme les jugements téméraires cl peu éclairés de m* t/uiiteiniioraiiis sur son earaetère, est enfin venu. Et l'histoire, tout en notant, pour l'enseignement des nalures violentes, superbes et audacieuses, les nombreuses erreurs de Chalham, dira cependant hautement que prmi les hommes émiuonls dont les ossements reposent près des siens, il en est à peine uu seul qui ait laissé un nom plus pur, et que nul n'en a laissé un plus splendide.

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