‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 20 sur 61 · RON · texte numérisé non relu

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les Caraïbes ses ennemis; et pour Ini rendre plus sensible encore l'effet de ces bou-ches tonnantes , il fit dresser contre le navire échoué une pièce chargée à boulet, et y fit mettre le feu. Le boulet passa à travers le vaisseau, et tomba visiblement du côté opposé, dans la mer. L’étonnement dont le cacique fut saisi à cette vue surpasse l'imagination. Livré à une rêverie profonde , il retourna chez lui plus persuadé que jamais que ses hôtes étaient d’origine céleste, et qu’ils disposaient comme tels de la foudre ct du tonnerre.

Quelques jours furent ensuite employés à construire un fort, et les insulaires aiderent les Espagnols dans ce travail. Les infortunés! ïls ne savaient pas qu’ils forgeaient eux-mêmes les fers qu'on leur ferait porter un jour.

Toutes les fois que l’amiral vint à terre, Guakanahari lui rendit des honneurs distingués qui étaient toujours reconnus par des libéralités que Colomb lui faisait à son tour. Un jour le cacique l'ayant reçu une couronne d’or sur la tête , le mena dans

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une maison proprement arrangée. Là il Ôta sa couronne et la mit respectueusement sur la tête de son hôte. Colomb aussitôt détacha un collier de petites perles qu'il avait coutume de porter, et le lui attacha ; il se dépouilla aussi d’un bel habit qu’il avait mis ce jour-là, et en revêtit le cacique de ses propres mains: il glissa en outre à son doigt une bague d’argent, et envoya chercher une paire de bottines rouges qu’il lui fit chausser. Ces attentions mutuelles mirent le sceau au traité d'amitié qu'ils conclurent entr'eux.

Le fort fut achevé en dix jours, au bout desquels Colomb , parmi ceux de ses compagnons qui désiraient rester , en choisit trente-huit, et nomma pour leur commandant Diégo d’Arada. I] leur enjoignit d’obéir ponctuellement à ce chef, de chercher par tous les moyens possibles à entretenir Ja bonne opinion que Guakanahariet ses sujets avaient des Espagnols, et de s’appliquer à apprendre la langue du pays. Il donna le nom de ÜVavidad à l'endroit où il les laissa. | Ce fut le 4 janvier 1493 que Colomb

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DE CIRISTOPHE COLOMB. 77

mit à la voile pour retourner en Espagne, au milieu des acclam ‘ons des naturels et des gens qu'il laissait «ans l’île. Il craignait que Pincon ne fût en route pour l’Europe et ne portât le premier la nouvelle de sa grande découverte ; il redoutait encore qu'un pareil traître ne le calomniit à la cour.

Cependant, pour appuyer auprès de cette cour ombrageuse le récit qu'il avait à lui faire , et ne laisser aucune place au doute, Colomb fit mettre à bord des échantillons de ce qu'il avait trouvé de remarquable dans les pays qu'il avait découverts. L’or tenait le premier rang au milieu de ces produits du Nouveau-Monde. Il conduisait aussi quelques naturels de chacune des îles qu'il avait visitées. [Il apportait des oiseaux inconnus, et toutes les curiosités de la nature et de l’art de ces terres ignorées.

Courant à l’est, Colomb rangea d'abord les côtes (1) de l’île espagnole , pour exa-

(1) Ranger les côtes c’est naviguer le long des côtes. On dit aussi longer.

5 VOYAGES ET CONQUÈTES

miner en passant d’autres parties de ce pays. Le lendemain de son départ, ilapercut au loin quelque chose qui avait l’appa- 1 rence d’un vaisseau. Il gouverna aussitôtde ce côté, et trouva ce qu'il n’espérait plus

de trouver, le vaisseau de Pincon qu'il avait cherché inutilement depuis six semaines. Vous pouvez penser quelle dut être

la joie de l'amiral et de son équipage à cette

i rencontre |

Pincon, venu à son bord , chercha à se

Ë justifier en rejetant toute la faute sur le gros temps, qui, dit-il, l'avait fait dériver(1) malgré lui. Colomb, tout persuadé qu’il

| À était de la futilité de cette excuse , suivit,

Ù à en lui pardonnant, le parti de la prudence

k et son penchant naturel à la générosité. Il + à feignit d'ajouter foi au prétexte spécieux

de Pincon , et lui rendit ses bonnes grâces,

j | | k très-satisfait de n'être plus réduit à confier IT ne | la relation de ses découvertes à un seul bâ- ? +» #4 l timent qui était en si mauvais état. | v Li Cnances. Où Pinçon était-il donc resté {| € | | 1 si long-temps ? ’ f — À

(1) Dériver c’est s’écarter de sa route.

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