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12/4 VOYAGES ET CONQUÈTES lomb. À leur arrivée en Espagne, Margarita ct le père Boyl avaient fait une peinture si abjecte des pays qu’il avait découverts, ils avaient rendu sa conduite si odieuse qu'elle ne manqua pas d'inspirer à la cour une grande défiance à son égard.
Ga résolut d'envoyer aux Indes occidentales un homme chargé d'examiner l’état des choses, ainsi que la conduite de Colomb , et d’en faire un rapport au roi.
Celui qui fut choisi n'avait pas, à beaucoup près, la droiture et les lumières nécessaires pour l’exécution d’une affaire si importante. Il avait été proposé par les ennemis de Colomb, sûrs qu’il entrerait dans leurs vues perfides. Il s'appelait 4guado, et était gentilhomme de la chambre de la reine.
Enorgueilli de son importance , cet homme vain ne fut pas plus tôt arrivé dans l'ile espagnole qu'il fit sentir son autorité à l'amiral. Il traita ce grand homme avec la hauteur la plus insultante; Espagnols comme Indiens, il invita tous ceux qui auraient des griefs contre lui à se présenter devant sontribunal. Toutes les plaintes por-
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DE CHRISIOPHE COLOMB. 125
tées par les mécontens furent avidement recueillies, pour en composer un tableau propre à représenter comme un monstre celui qu’il voulait perdre.
Quelque patient que fût Colomb, il ne put supporter les mortifications que lui fit éprouver l’orgueillcux Aguado. Il prit la résolution de partir pour l'Espagne, afin de soumettre sa cause à la décision du roi et de la reine.
Dans cette vuc, il nomma adelantado , ou vice-gouverneur, son frère Barthélemi, pour commander dans l'ile pendant son absence. Mais par malheur il constitua chef de justice un homme à qui il n'aurait pas dû confier tant d'autorité; et nous verrons dans la suite combien il en à abusé.
Il s'appelait Roldan.
l’our faire ce voyage plus promptement, il cingla (1) droit vers l'Espagne ; mais il ne savait pas combien ïl allongerait par là sa route. Îl fallut qu'il apprit, par l’expérience la plus malheureuse, ce qu'aucun
(1) Cingler c'est naviguer à pleines voiles.
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marin n'’ignore aujourd'hui; que cette navigation est sujette à mille difficultés, à cause des vents alisés, qui, dans ces parages, soufflent presque continuellement de l’est. Tout le monde sait maintenant que les vaisseaux, à leur retour des Indes occidentales, doivent d’abord gouverner au nord , afin d'éviter ces vents contraires.
11 avançait si peu qu'au bout de trois mois il voguait encore en pleine mer. Il fut donc obligé, faute de vivres, de mettre ses gens à une très-petite ration de pain; mais afin que personne ne fût en droit de se plaindre, il s’assujettit aux mêmes privations que son équipage.
Bientôt la faim rendit les matelots furieux, et leur suggéra le cruel dessein d’égorger et de manger les Indiens qui étaient à bord, ou du moins de les jeter à la mer, afin de ne plus partager avec eux les misérables restes de leurs vivres. Dans cette extrémité, Colomb ne se départit pas de cette humanité qui le caractérise, Il refusa avec fermeté de se rendre à leurs désirs, en leur représentant que ces malheureux étaient hommes comme eux, et que,
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