‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 51 sur 61 · AR AAA AAA · texte numérisé non relu

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M. Hunter. Il avait résolu de suivre exactement la même que Grijalva avait déjà tenue avant lui; ainsi son premier but était l’île de Cosumel.

I] y trouva l’occasion de mettre en liberté un Espagnol qui autrefois avait été jeté sur cette côte par un naufrage, et qui depuis lors était demeuré esclave des Indiens. Il se nommait Aquilar. Pendant huit années qu'il avait passées avec ces sauvages, il avait entièrement perdu les habitudes européennes , et avait tellement pris la figure, la couleur, la langue et les mœurs des naturels, qu’on eut beaucoup de peine à le reconnaître pour Espagnol. Il allait nu comme eux. La couleur de sa peau était basanée , et il avait, à la manière du pays, les cheveux tressés autour de la tête. Il portait une rame sur les épaules, tenait un arc à la main , et avait sur le dos un bouclier et des flèches. Tout son bien ne consistait qu'en une bourse tricotée , où il portait ses vivres, et en un vieux livre de prières qu'il lisait beaucoup. Il avait déjà tellement oublié sa langue maternelle qu’à peine pouvait-on le comprendre.

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Selon son rapport, ils étaient d’abord dix-neuf qui avaient fait naufrage aux environs de cette côte ; mais sept étaient morts de faim et de fatigue : les autres tomberent entre les mains du cacique du pays, homme cruel, qui en sacrifia sur-le-champ cinq à ses idoles , et les mangea ; quant aux autres, il les fit enfermer dans une espèce de cage pour les engruisser. Ayant eu le bonheur de s'échapper, ils errèrent quelque temps dans les forèts sans secours et sans espoir, se nourrissant d'herbes et de racines, ettombérent enfin entre les mains de quelques Indiens qui les conduisirent à un cacique ennemi du premier. Celui-ci les traita un peu plus humainement , mais leur imposa cependant un travail journalier très-pénible. Ils succombérent tous, à l'exception de deux, Æquilar et Guerrero, qui survécurent. Ils eurent peu après occasion de rendre au cacique de grands services dans la gucrre, d’où il conçut pour eux unc affectionextraordinaire. Guerrero se maria à l’une des principales Indiennes, et, quelque temps après, fut élevé à uu commandement; insensiblement ilsetrans-

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DE CORTÉS. 2797 forma tellement en Américain qu’à l'arrivée des Espagnols il ne jugea pas à propos de changer d'état. Il ne se montra pas même une seule fois à eux, peut-être par honte, parce qu’au rapport d’Aquilar, il s'était, à la manière des sauvages , percé le nez et peint différentes parties du corps.

Cortes embrassa le pauvre Aquilar, et

, ouvrit sa nudité de son propre manteau.

Ïl se réjouit beaucoup de l'avoir trouvé, espérant qu'il lui serait d'une grande utilité dans ses négociations avec les Indiens.

De Cosumel il s’avança vers la province de T'abasco, vers l'endroit où le fleuve de Grijalva se jette dans la mer. Il croyait y être aussi bien recu que son prédécesseur,

| dont le fleuve porte le nom; mais il se trompa. À la vue de son vaisseau, J*e na-

| turels accoururent en foule, résolus de s'opposer à sa descente. Il leur envoya Aquilar , pour leur faire des propositions de paix; elles furent inutiles : on ne lui permit pas de parler, et il fut obligé de revenir sans avoir rien obtenu.

Cet incident fut aussi désagréable à Cortès qu'il était imprévu. Son intention

n'avait point du tout été de commencer par là ses conquêtes ; il désirait au contraire d'arriver au plus vite aux côtes les plus voisines du centre du grand empire du Mexique, pour y commencer l'entreprise qu'il avait projetée. Il se voyait avec peine obligé, ou de céder aux menaces de ces sauvages, ce qui rendrait les Indiens plusinsolens , ou de commencer dans cette contrée écartée une guerre qui, quelque heureuse qu’elle pût être, lui coûterait du temps et des hommes.

Après de mûres réflexions, il jugea indispensable de les attaquer. Au point du jour tout fut prêt pour le combat. Il avait rangé son escadre en demi-cercle ; et dans cette position, que les bords du fleuve rendaient nécessaire, il commença à remonter le courant. Mais avant d’en venir aux mains, il voulut encore une fois tenter un accommodement. Il envoya donc Aquilar pour annoncer aux sauvages qu'il ne tenait qu'à eux de paraître comme amis ou comme ennemis. Aquilar se mit en devoir d’exécuter sa commission; mais l<s jadiens, au lieu de l'écouter, donnèrent le signal de

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DE CORTÉS. 279 l'attaque, et dirigèrent leurs canots audevant de la flotte européenne.

Alors le combat s’engagea : les Indiens le commencèrent avec une grêle de flèches et de pierres qui incommodèrent extrêmement les Espagnols. Jusqu’alors ceux-ci les avaient laissé faire ; mais enfin Cortès donna le signal de la défense. Une seule bordée de son artillerie mit fin à l’action.

Les Indiens, étourdis de ce tonnerre inattendu, et effrayés des effets qu’il produisait, sautèrent précipitamment dans l’eau, et se sauvèrent à la nage. Les vaisseaux espagnols gagnèrent le rivage, et Cortes débarqua sans obstacle.

Mais il s’en fallait bien que tout füt encore terminé. Les Indiens échappés de leurs canots s’enfuirent dans les bois, où s'était rassemblé un bien plus grand nombre de ces sauvages guerriers. Pendant que Cortès s’occupait à ranger son monde, ils avancèrent sur lui. Ils l’assaillirent avec des javelots et des pierres, accompagnés d’un cri de guerre affreux. Cortès, sans se troubler, continua de disposer ses lignes. Alors il s’'avança courageusement à

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leur rencontre , et avec une audace admirable, perça à travers des marais profonds et des bois touffus, jusqu'aux essaims inpombrables des ennemis. L'effroi et la mort le précédaient. La vue d’une troupe de guerriers en ordre de bataille , avec des armes européennes , était pour les Indiens quelque chose d'aussi nouveau que terrible : ils n'osérent l’attendre, prirent la fuite et se jetèrent dans Tabasco. place fortifiée.

Joux. Fortifiée?

M. Hunter. Oui; mais cette fortification ne consistait qu'en un rang de pieux enfoncés dans la terre. Les deux bouts de ce rang remontaient l’un sur l’autre, et il y avait entre eux un seul petit chemin étroit, qui conduisait en serpentant à la ville.

Malgré le péril, qui paraissait imminent, Cortès n'hésita pas un moment à passer par ce chemin tortueux ; mais en arrivant à la ville même , ilen trouva l’entrée . ainsi que les rues, barricadées de pieux, et les habitans disposés à lui faire face. Deux

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niâtre ; elle fut inutile : Tabasco fut pris, et les Indiens qui avaient échappé au fer espagnol s’enfuirent dans les forêts.

Cortès ne permit pas qu'on les poursuivit. Le butin des Espagnols fut au-dessous de leur attente ; car presque tout ce que les Indiens possédaient de plus précieux, ils l’avaient emporté avec eux dans les bois.

Ils n'avaient laissé qu'une provision de vivres, qui vint fort à propos aux Espagnols las et affamés.

An commencement de la nuit, Cortès plaça tous ses gens dans trois temples situés dans les endroits les plus élevés de la ville, et eut soin d'établir des sentinelles pour être à l'abri de toute surprise nocturne. Il fit lui-même plusieurs fois la ronde; c’està- dire il alla voir si les sentinelles qu'il avait posées faisaient leur devoir. Vers le matin, il fit visiter les bois des environs; mais on ne vit, on n'entendit aucun Indien. Cela lui parut suspect. En conséquence , il envoya observer plus loin. On lui rapporta qu'on avait aperçu une quantité innombrable de naturels, qu'on portait au moins à quarante mille, et qui,

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suivant les apparences, s’apprétaient à recommencer le combat.

Cette nouvelle aurait pu effrayer l'homme mére le plus téméraire. Que ne doit-on pas craindre, en effet, d’une troupe presque cent fois supérieure en nombre, composée d'hommes réduits à la nécessité de combattre pour leur patrie, pour leurs temples, pour leur vie et pour leur liberté ! Cortès sentait tout le danger de sa situation; cependant, maître de lui-même, il prit un air aussi tranquille et aussi serein que s’il eût été question d’un simple jeu.

Il rangea sa petite armée en bataille au pied d’une colline, dont la hauteur l’empêchait d’être pris par-derrière, et du sommet de laquelle il pouvait faire jouer son artillerie avec plus de liberté et plus d’effet.

Lui-même se jeta avec sa cavalerie dans un bois adjacent pour tomber de là sur l'ennemi à propos et à l'improviste, et après ces dispositions il attendit son arrivée dans le plus profond silence.

Il parut. Mais, afin que vous puissiez avoir une idée bien nett* de la manière dont les Américains font la guerre, je vais

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vous faire un détail circonstancié de leur équipage et de leur conduite dans une bataille.

La plupart d'entre eux étaient armés d’arcs et de flèches. La corde de l’arc était de boyaux ou de poils de cerf cordelés, et les flèches garnies au bout d'os tranchans ou de fortes arêtes. Après cela venait un javelot, qui tantôt était lancé de loin, et tantôt servait comme d'épée à se battre de près. Mais un de leurs plus terribles instrumens de guerre, était un sabre fait d'une grosse pièce de bois très-dur, dont le tranchant était composé de pierres aiguës qu’on y avait enchâssées, et qui était si pesant qu'il fallait les deux mains pour s’en servir.

Quelques-uns portaient aussi des matsues , d’autres des frondes, avec lesquelles ils savaient lancer très-adroitement des pierres assez grosses.

Jl n’y avait que les chefs qui eussent des armes défensives, qui consistaient en une cuirasse de coton piqué , et un bouclier de bois ou d’écaille de tortue. Les autres allaient tout nus; mais, pour se donner

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un air terrible, ils se peignaient le visage et le corps de diverses couleurs; et afin de rehausser leur taille, ils portaient sur la tête plusieurs grandes plumes attachées ensemble.

Leur musique guerrière s’accordait avec cet ajustement. Elle consistait en une flûte de roseau et de gros coquillage , et en un tambour fait d’un tronc d'arbre creusé. L'art de combattre en lignes serrées leur était absolument inconnu:ils gardaient pourtant un certain ordre , en partageant toute leur arméc en petites troupes , dont chacune avait son chef. Ils avaient aussi cela de commun avec notre manière de faire la guerre en Europe, qu'ils ne conduisaient pas toutes leurs forces à la fois à la bataille, mais qu’ils en réservaient une partie pour secourir et protéger au besoin ceux qui étaient engagés.

Leur première attaque était extrêmement vive, et commençait toujours par un cri effroyable ; mais s'il arrivait que l’ennemi la soutint , et qu'il réussit à mettre en désvrdre les premiers qui se présent aient,

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DE CORTÉS. 285 alors toute l’armée prenait la fuite et la déroute devenait générale.

Tel Ctait l'ennemi que le petit corps espagnol voyait s'avancer contre lui en nombreux bataillons. Ferme comme un mur, la petite armée européenne attendait l’attaque en silence. Arrivés à la portée du trait, ils commencèrent la bataille par un cri affreux , et par une grêle de flèches qui obscurcissaient l’air. Les Espagnols leur répondaient à coups de canon etde mousquets. La mitraille enlevait des bataillons entiers. Mais les Indiens , loin d'en être effrayés , remplirent , en jetant des cris, les vides qu'on faisait parmi eux. Ils jetèrent du sable en l'air comme pour s’envelopper d’un nuage de poussière, et se hàtèrent de tirer leurs flèches et d’en venir À la mêlée.

Les Espagnols , malgré leur vigoureuse défense, n’auraient pu résister long-temps à un ennemi si acharné et trop nombreux.

Ils avaient déjà été rompus en plusieurs endroits , et c'était l’affreux prélude d’une entière défaite, lorsque tout à coup Cortès sortit du bois à la tête de sa cavalerie , et

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tomba’au nilieu de cette nuée d’ennemis.

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peinte sur le visage de ces malheureux ; car ils s’attendaient qu'on allait prononcer leur sentence de mort : mais quelles furent leur surprise et leur joie lorsqu'ils se virent reçus par le général espagnol avec la plus yrande bonté, et entendirent annoncer par Aquilar qu'ils étaient libres ! Leur ravissement fut au comble quand Cortès ajouta à cette grâce inespérée le don de quelques bagatelles d'Europe qu'il savait leur être agréables. 1vres de joie, ils se hâtèrent d'aller apprendre à leurs compatriotes comment on les avait traités. Cette générosité politique changea complétement lessentimens des Indiens. Bientôt plusieurs d’entre eux apportèrent des vivres aux Espagnols, etfurent bien récompensés. Le cacique leur envoya des ambassadeurs avec des présens pour demander la paix, qu'on s'empressa de lui accorder; et comme il vint bientôtaprès lui-même, onlaconfirma par des présens réciproques qui furent agréables aux deux partis. Entre autres, le cacique fit amener vingt jeunes filles qui savaient faire le pain de blé d'Inde , et il en fit présent à Cortès. Une d’elles, qui fut

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baptisée sous le nom de Marine, était fille d’un cacique indien. Elle lui avait été enlevée dans sa jeunesse , et avait ensuite été

vendue au cacique de T'abasco. Elleréunis-

sait à une grande beauté destalensextraordinaires; et comme elle apprit en peu de temps la langue espagnole, elle rendit de très-grands services au général dans ses négociations avec les Mexicains. On dit que Cortès l'épousa par reconnaissance , cten eut un fils appelé Martin Cortés.

Pendant que le cacique, avec les principaux Indiens, était auprès de Cortès, on entendit par hasard hennir les chevaux espagnols. Les Indiens effrayés demandèrent aussitôt ce que pouvaient avoir ces créatures formidables. ( C'était des chevaux dont ils parlaient. } On leur répondit qu’elles étaient courroucéesde ce qu’on n’avait pas puni plus sévèrement le cacique et son peuple de leur audace de s’être opposés aux chrétiens. À peine eurent-ils entendu cette réponse que, pour se réconcilier avec ces êtres redoutables, ils coururent chercher des couvertures où ceux-ci pussent se reposer, et toutes sortes de vo-

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