CHAPITRE XII
De Notre*Dame-soii8-T«rre et des Autels qui y étaient.
Nous parlerons dans le prochain chapitre de Pautel sous-terre que Ms' Regnault a consacré le 31 mai i855;
mais auparavant nous voulons donner la description de l'église Sous-Terre telle qu'elle était dans des icrniis plus heureux. C'est dans ce lieu que les Druides avaient ongé un autel à une Vierge qui devait enfanter, et qu'ils faisaient tous les jours leurs prières et leurs sacrifices. Cette grotte, qui est creusée sous le roc, contient autant de longueur, de largeur et de circuit que toutes les ailes simples et douilles qui sont aux rleux côtés de la nef et du chœur de IT'Qiise dont on vieul de donner la description; c'est-à-dac qu'elle a comme elle soixaute-neuf toises de longueur et plus de cent quarante toises de circuit.
On y entre par quatre différentes portes : la première
est au midi, près le local de la maîtrise des enfants de chœur, auprès du jardin de FEveché; la seconde est sous le clocher vieux; la iiuisièmo sous le clocher neuf; la quatrième est au septentrion ; on y va par-dessous ie portique. On descend dans ces lieux par quatre divers escaliers de pierre de taille : aussitôt qu^on y est entré, on se sent surpris d'une dévotion extraordinaire, inspirée même aux cœurs les plus endurcis, par la maj es le de cette caverne ou de celle grotte.
Ce lieu souterrain est cambré de fortes voûtes et éclairé presque partout, parce qu'il est percé et vitré en plusieurs endroits, ce qui dissipe Fodeur causée par l'humidité. Autrefois l'obscurité qui règne en quelques parties
n'existait même pas ; mais lors de la construction des porches du n<n(i 1 1 du midi, on mura qnelques-unes des fenêtres qui éclairaient l'église souterraine.
Des treize chapelles , les plus belles étaient celles qui sont visitées par le soleil. La première et la principale était celle de la sainte Vierge^ consacrée par saint Potentien , à Fautel où était l'image des anciens Druides. Cette chapelle était riche et magnifiquement ornée. Ses murailles étaient revêtues de marbre, et son balustre était de la même matière; on ne voyait qu'or, que jaspe et que peintures autour de Tautel ; et le lien où le peuple se mettait pour prier la sainte Vierge^ était orné de belles peintures (jui couvraient la voûte et les murailles depuis le haut jusqu^en bas. Ces peintures, refSites du temps de Louis XIII, en cachaient de plus anciennes datant sans doute du Xlle ou XIII*^ siècle. Derrière cette cbapelle il y avait une espèce de cachot, et à côté le puits des Saints- Forts. La plus grande dévotion des Ghartrains et des pèlerins était à cet autel appelé Vmtel de Notre-'Dame'8(niS''Terre,
11 ne sera point hors de propos de dire ici comment était représentée la Vierge que nos anciens Druides avaient élevée sur cet autel. Elle était assise sur un trône, tenant son Fils entre ses bras. Suivant la tradition populaire qui pourrait bien cacher une erreur^ elle était noire ou mauresque, comme le sont presque toutes les images qui la représentent dans la ville de Chartres, et l'on croit que les Druides l'ont ainsi dépeinte, parce qu'elle était d^m pays plus exposé au soleil que le nôtre. On ne sait pas bien quelle était la couleur du teint de la Vierge; mais l'on peut conjecturer pourtant, par ce qu'en a prédit Salomon^ qu'elle était brune et qu'elle ne laissait pas d'élre belle. Nicéphore néanmoins dit en avoir vu plu-
sieurs tableaux qui avaient été faits d'après nature par saint Luc, et que la couleur de son visage était brune.
Cette statue druidique était en bois de poirier, emblème de la fécondité. Jusqu'en 1793, elle fut le principal objet de la dévotion populaire; mais k cette époque de désolation, elle fût arrachée de son sanctuaire auguste et brûiée devant la porte Royale de la Cathédrale par quelques impies sans vergogne.
Il y avait primitivement dans l'église dix autels d'une part et six d'une autre, si anciens, que la tradition les disait consacrés par saint Potentien, premier apôtre de Chartres, et par ses collègues. Parmi les dix autels an* ciens, cinq étaient dans la haute église et cinq sous terre : ces derniers étaient ainsi désignés : Vautel des Saînts-Forts ou de sainte Savine et de sainte Poteniienne, ceux de saint Jean-Baptiste, de saint Denis, de saint Christophe et de saint Pierre'èS'liens,
Quant aux six autres autels anciens, Tun d'eux était dans Péglise supérieure, et les cinq autres dans Tinférieure, savoir: Vautel de la Trinité, celui de saint Thomas, de saint Clément, de sainte Catherine ou de la Madeleine, de saint Paul ou de sainte Marguerite.
Outre toutes ces chapelles ^ il y avait vis-à-vis le puits des Saints-Forts une grande et belle sacristie bien éclairée. Près de cette grotte souterraine se trouvaient plu* sieurs petites prisons et des cachots, où les chrétiens furent enfermés au temps de la persécution; on y voyait encore des chambres pour loger les dames qui gardaient les Saints -Lieux et que l'on nommait les Dames des Saints-Lievtx-Forts ou des Grottes.