CHAPITRE XIII
De la Gbapelle actuelle de Notre-Dame-sous-Terre.
Long-temps interdite au culte, l'ancienne chapelle de Notre-Dame-sotts-Terre, si pleine de souvenirs miraculeux^ si chère aux cœurs religieux des Ghartrains^ a été bénite de nouveau et inaugurée le 31 mai 1855 par
Mt^' Ilcgaaull, digne imitateur de la pieté de ses snints prédécesseurs pour la patronne de Chartres, Curuntum Mêla. La restauration de cette chapelle, entreprise sous la direction de ce pieux prélat par notre habile archéologue^ M. P. Durand^ a été terminée au comm^cement de 1858, et elle présente aujourd'hui un ensemble de peintures murales dont Texécution et le symbolisme ne laissent rien à désirer et qui délient la critique la plus sévère. On nous cxcus(ira de nous étendre un peu longuement sur la description de ce sanctuaire. Ceux qui n'ont pas eu avec eux M. Pi Durand pour les guider n*ont peutrôtre jamais bien compris dans tous ses détails la décoration de cette chapelle, oii aucune ligne n'a été tracée au hasard, où tout parle et a un sens mystique et profond
Voici d'abord les deux principales prophéties d'Isaïe dont la légende se déroule sur les trois murs du sanctuaire : Ecce Virgo concipUt et pariet filium, — Egredietur tirga de radiée Jesse, et flo$ de radiée ijus ascendet, et requiescet super eum spiritus Dmini, spiritus sapientiœ et
> Voir la Detcriptio» iuSaneiatdre de {fotre-Ihme'iùuS'Tem^ par M. rabbé Eéoaidt. ( Voix de Naire-Damef avril 1858.)
mtellectuB, spiritus consiUi et fartUudinis, ^^tu$ scimtim et replelnt eum spiritus timoris Dùvmù Une Vierge concevra et enfantera im fils.... Cette
Vierge-Mèi e est en effet l'objet principal de notre vénération dans cet auguste sanctuaire. A côté de la prophétie d'isaïe, par un privilège toui spécial à noire saint temple^ nous retrouvons la fameuse prédiction druidique : Virgini pariturœ. Au-dessus de la statue de la Vierge druidique^ un baldaquin 0xé à la voûte nous représente le firmament étincelant des astres du jour et de h ikuit : c'est ririidgc de la création du monde. Au milieu la Main de Dieu le Père, sortant d'un nuage, s'étend pour commander au néant. Mais cette création première > déchue par le péché de l'homme^ a besoin d'un réparateur, Âlors^ sur le bord antérieur de ce couronnement, apparaît le monogramme du Christ^ entouré d'un nimbe sur lequel on lit ces mots : SU nomen Domini benedktum.
Au-dessus du ciel étoilé, on aperçoit la Vierge-Mère, recevant les hommages de la cour céleste, figurée par deux anges qui encensent Marie. Une auréole, parsemée d'étoiles d'or, brille autour de la statue; cette auréole est tronquée par la base et semble, comme l'aui^ore, se lever à l'horizon, qumi anrora fonsuigens. Du pied de Tauréole se déploie de chaque côté une végétation symbolique qui s'épanouit en fleurs gracieuses : au sommet sont sept colombes nimbées, symbole des sept dons du Saint-Esprit, qui se reposent sur l'enfant divin que ti^t la Vierge sur ses genoux.
Marie a donc, conçu et enfanté le Sauveur. Sur le plan incliné de la corniche qui supporte sa statue, six bustes d'anges sortent des nuages pour annoncer cette nouvelle à la terre. Les quatre anges du milieu tirent
' une banderole^ sur laquelle on Ut d'un côté la prophétie : Ecee Virgo eondpiet et pariet Filium, et de Tautre son accomplissement : Et Verhum earo factum est. Un autre
ange voltige du côté de l'épître et proclame sur sa banderole Thymne an^j^élique : Gloria in excelsis Deo, tandis que du côté de 1 évangile un autre ange publie le règne de la paix pour les hommes : Pax hominibus in terra, paix divine 0gurée par une suite de colombes portant un rameau dans leur bec et qul^ sur le môme plan horizontal des murs collatéraux, sé dirigent d'un côté vers la partie extérieure du sanctuaire et de Taulre poursuivent leur vol pour rentrer <lans les deux.
Derrière l'autel, la victime sainte nous apparaît sous la figure symbolique de Tagneau triomphateur. L'étendard de la résurrection fiotte au-dessus de sa tête : il repose sur une émînence d'où jaillissent les quatre fleuves du paradis terrestre; ce sont les eaux de la grâce où les Justes viennd&t s'abreuver. L'agneau rédempteur est accompagné de deux chérubins ailés, dont les roues rappellent ce texte d'Ëzécbiel : Spiritus vUœ erat m rôtis.
Les trois murs du sanctuaire sont revêtus d'une suite
d'arcatures, composée de vingt-quatre colonnes, les douze principaux propbètes du côté de l'épître et les douze apôtres du côté de l'évangile, bases sur lesquelles s'appuie l'édifice immortel de l'Ëglise. Le chef de cette Eglise > c'est le Christ; aussi voyons-nous son monogramme sur le chapiteau de chaque colonne^ et la couronne qui entoure ce monogramme est ornée alternativement de grappes de raisin et d'épis de froment, symboles de l'Eucharistie. Au bas et au sommet des colonnes^ on découvre^ entremêlées de rinceaux^ les vingt-quatre lettres des alphabets grec et latin : ceci
nous rappelle une cérémonie mystérieuse qui a lien, lors de la consécration des églises. L'évèque consécratear trace, da bout de sa crosse^ sur- le pavé du temple, ces
deuK alphabets dont il entrecroise les caractères^ pour exprimer l'union de tous les peuples par la croix du Rédempteur.
La partie supérieure de Tarcature e^ ornée de petits compartiments signés d'une croix^ pour indiquer que les Elus sont les pierres vivantes de rédifice sacré et
que pour entrer dans la Jérusalem céleste ils doivent être marqués au front du si^ne de vie. Sur cette même partie, au point dou naissent les cintres des arcades, brillent des palmiers et des cèdres, images des Justes qui fleurissent comme le palmier et qui^ plantés dans la maison du Seigneur» se multiplient comme le cèdre du Liban.
Au sommet des arcades sont suspendues dix lampes ardentes et dix couronnes. C'est la figure des dix vierges sages de 1 Evangile, et ces couronnes sont la récompense qu'elles vont recevoir de la main du divin époux.
Enfin» dans les entrecolonnements» des rideaux aux longs plis simulent une étoffe brodée que des têtes de lion relicnnent suspendue et sur laquelle sont peintes, sous l'inspiration des compositions qu'on retrouve encore dans les catacombes ou dans les œuvres du Moyen-Age^ les litanies et les louanges de Marie :
Sedes sapientim.
Spéculum jmtUiœ,
Vas spiritmle y
Vas honorahile ,
Vas insigne devolionis,
Rosa mystka,
Turm Davidka,
Ttirrts tWtnea , Domus aurea, FcBdefis arca , Janua cœli ,
Stella matuiina; et de Tautre côté :
Elecia ut sol , Pulckra ut luna, Stella maris, Vkrffa Jem fhiuiit , Cedrus exaltata, Oliva speciosa , Plantât io rosœ, Lilium inter êpinas, Fans hortorum, Cmtas DH,
L'aatel en pierre repose sur un seal degré; les deux
marches du sanctiiain' compiètent le nombre trois. Au . centre de la pai tie antérieure de l'autel brille une grande croix fleuronnée. Sur l'épaisseur de la table ^ on voit une petite croix accompagnée de six palmes de chaque côté^ Jésus-Christ et ses douze apôtres.
Le sol est revêtu de carreaux en terre cuite de couleur rouge et blanche, fabriqués exprès et d'un effet charniant.
Le sanctuaire est entièrement clos par une balustrade en fer^ d'un style simple, mais élégant, et d'un travail extraordinaire. Les barreaux qui forment son réseau ont été ciselés au burin et terminés à la lime comme un objet d'orfèvrerie.
La voûte et les murailles, de la chapelle sont encore décorées de peintures faites vers 1640 : sur les murs, on voit quatre grands tableaux représentant l*Aseension de
Jésus, la Pentecôte, la mort de la Sainte-Vierge et l'As^ êomption. Sur la voûte^ on distingue^ dans des médaillons : le signe donné à Achaz^ l'Annonciation, la Natimté, V Adoration des Bergers, la Puri/iealion, Jésus au milieu des Docteurs f le vœu de Louis XIII , etc. Sous les peintures qui ornent le mur de droite, on décDuvre les pieds d'un personnage, sans doute de la Vierge, et à gauche de ce personnage, trois hommes agenooiUés^ peut-être les Mages; à droite un ange; restes de peintures murales remontant certainement au XIII« siècle : ce qui prouve que l'autel a toujours été à la place qu*il occupe actueliciuent et que dès les tcuips les plus reculés^ ii était en grande vénération.
CHAPlTIiE XIV.
Des Autels de l'Eglise Sous-Terre.
Nous venons de décrire Fautel principal de TégUse souterraine^ inauguré le 31 mai 1855 : ce n'était pas assez pour le zèle de notre pieux prélat d'avoir rendu au culte le sanctuaire le plus et'dèbre de son antique cathédrale, il voulut restaurer entièrement la crypte, et^ malgré les difficultés d une aussi gigantesque entreprise^ son ardeur que rien n'épouvante lui a permis de la mener à fin. Dix nouveaux autels sont préparés^ et^ au mois d'octobre 1860^ dix prélats viendront à la fois consacrer ces nouveaux sanctuaires où , depuis 1793, les fidèles ont désappris à adresser leurs hommages à la divinité, r^ous allons faire rapidement la description de
ces chapelles qui ne sont j)f\9> encore entièrement terminées et qui se distinguent par une simplicité de hou goût, digne du temple auguste où elles sont placées.
I. Chapelle de$ Saints-Forts ou de Saint-Savinien et Saint-Potentien. — Cette chapelle, sitoée à droite de celle de Nolre-Dame-sous-terre, est consacrée déjà depuis long-temps, mais son onKMiiontîitioii n'est pas encore aciievLC. A la voûte ou voit encoie des peintures du XVJIe siècle. Ce qu'il y a de plus curieux dans cette chapelle est im triptyque du XIII« siècle^ recouvert, de cuivre et d'émaux de Limoges. Ce triptyque^ qui servait autrefois de reliquaire dans Féglise de SaintrAignan^ mérite une description détaillée.
Il a deux pieds six pouces de hnuteur sur dix-huit pouces environ de largeur. A l'extérieur, ses faces latérales et supérieures sont revêtues de disques^ sur lesquels sont gravés des bustes d'anges; la face antérieure offre en haut les deux mains du Père Etemel laissant échapper des llainmes ([ui vont se teiiiiiiicr sur la télc de chacun *U s douze aiioUes représentés assi^ j^uus de petites arcatures gothiques. — A Tintérieur, on voit Jésus en croix; aux pieds de la croix> la Sainte-Vierge et saint Jean; à droite, derrière la Vierge, on aperçoit la Nouvelle Loi tenant un calice et un étendard élevé; à gauche^ derrière saint Jiîan, l'Ancienne Loi, les yeux bandés, tenant son étendard brisé. Sur la croix même, en bas, l'image d'Adam ou du genre humain racheté par Jésus-Christ, et en haut une main de Dieu. Audessus de la croix, trois anges, dont Tun tient le soleil, l'autre la lune; le troisième étend les mains vers le Christ. — Sur les faces en retour, d'un côté est l'image de saïui Pierre, de l'autre saint Thomas mettant son doigt dans la plaie de Jésus-Christ. Au-dessus de ces
den médailloiiB^ plustonrs figures d'anges. La face intérieure des volets est décorée d'un côté d'une statuette
de saint placée dans une ellipse et entourée dos quatre symboles des évangélistes : on aperçoit derrière cette statue rimage du Christ qui occupait primitivement la place du saint : de l'autre côté une image de sainte dans une ellipse portée par quatre anges ^ remplaçant une Vierge qui dans le principe occupait cette ellipse. Au haut sont deux anges thuriféraires.
. II. Chapelle de Sainte-Véronniiie, convertie en sacristie vers 1620. — Elle n'est pas encore restaurée et servira provisoirement de sacristie, mais on espère pouvoir la rendre au culte dans un avenir peu éloigné. Cette chapelle, celles de Saint-Fulbert, de Saint-Yves et de Sainte-Madeleine furent construites immédiatement après l'incendie de 1194; les fenêtres et la voûte sont ogivales. Les autres chapelles sont postérieures. — Dans Tébrasement d'une ouverture qui communiquait avec la chapelle suivante^ on distingue encore des pâtures murales du XIU« siècle, représentant Jésus et deux anges thuriféraires.
. III. Chapelle de Saint-Joseph, autrefois consacrée à saint Christophe, puis à saint Charles-Borromée en 1661. — On remarque encore sur les parois, la voûte et les pendentifs de la fenôtre absidale des restes de peintures murales du XIU« siècle, mais tellement informes qu'il sera peut-être impossible de les conserver.