‹ Histoire et description de l'église cathédrale de Chartres dédiée par les Druides à une vierge qui devait enfanterChapitre 5 sur 48 · PORTAIL ROYAL · texte numérisé non relu

PORTAIL ROYAL

Sur la porte du milieu, dite Porte Boyale , parce que c'est par cette porte que les rois de France étaient reçus dans cette Ëglise, on voit sur la partie supérieure de lWoncement> Jésus* Christ daôis un ovale

lumineux, assis sur son trône, tenant de sa main gauche le livre des sept sceaux, puis ayant la main droilo élevée comme pour donner la bénédiction. La statue du Sauveur est vêtue d'une longue tunique et d'une espèce de peplum ou manteau enrichi de broderies^ et environnée des symboles des quatre Ëvangélistes désignés dans la vision d^Ezéchlel, savoir: le lion (saint Marc), le bœuf (saint Luc), l'aigle (saint Jean), et l'Ange (saint Mathieu). Celte manière do représenter la divinité est conforme à celle adoptée dans les onzième et douzième 'siècles, qui nous avait été transmise par les Grecs. Au-dessus de cette représentation^ sont placées sur une même ligne les figures des Prophètes^ au nombre de quatorze. Dans les arcs ogives qui forment la voussure du portail, se voient les vingt-quatre Vieil hiids de rAi)oealyi)se, tenant divers instniinents de musique^ des eoui)es d or remplies de parfums, et chantant aux noces de l'Agneau un cantique nouveau^ avec la barpe^ le sistre et le psaltérion. Ces instruments de musique^ parmi lesquels on reconnaît le violon à trois ou quatre cordes^ sont aussi curieux qu'intéressants par la richesse et par la variété de leurs formes. Le fond du cadre ogi\e, au-dessus de la porte, est décort' de plusieurs Anges tenant, dans hnirs mains , des astrolabes ou espèces de cadran senant à indiquer le cours des astres. Les faces latérales de ce portail sont ornées de grandes statues placées dans Tordre suivant : sur la gauche, il y a d^abord deux reines et un roi, ensuite un autre roi et un Saint qui sont les plus près de l'entrée; de l'autre coté, à droite en entrant, un Saint, puis un loi, une reine et un autre roi. Tous portent le ' nimbe ou cercle lumineux : l'un des deux rois tient un livre^ les deux reines en tiennent chacune un; on doit observer que c'est la marque ordinaire alors en usage

pour désigner les fondateurs ou bienfaiteurs : les rouleaux déployés que tiennent les rois et les i eines , indiquent le consentement ou la permission qu'ils ont donnée pour sa construction.

La deuxième porte à droite en entrant représente divers sujets tirés de la vie de la sainte Vierge. On voit suceessivement dans trois divisions distinctes : un Ange qui annonce aux bergers la naissance de Jésus-Chrisl. Le lit de la sainte \ ier^rc se fait reniai qiicr par sa forme élégante. 2» La pi cst^iitaiion de Jésus-Chnst au Temple par la sainte Vierge et saint Joseph; de l'autre côté est le vieillard Siméon: 3» Dans la partie supérieure du tympan, la sainte Vierge assise^ un sceptre à la main, tenant Fenfant Jésus sur ses genoux; à ses côtés sont deux Anges tenant chacun uii encensoir. Ces statues du X1V« siècle étaient fort mutilées; elles ont été remplacées il y a cinq ans par d'autr es images faites sur le même modèle par le sculpteur Pascal. Sur les laces latérales de ce portail sont placées six grandes statues de rois et de reines dont les noms ne sont point connus.

La troisième porte à gauche représente dans la partie supérieure, au-dessus de la porte, Jésus-Cil^^t, la main droite élevée, accompagné de deux Anges, et au-dessous les quatre Anges désignés dans le septième chapitre de ■ l^Apocalypse : plus bas se voient dix petites figures. Dans les arc8 ogives de la voussure du portail on remarque plusieurs figures grotesques : des quadrupèdes, les signes du zodiaque et les tt^vaux agricoles des douze mois de l'année , le tout grossièrement sculpté. Aux signes du zodiaque, le sculpteur, conformément à l'usage, a cru devoir associer les travaux des douze mois de l'année qui y correspondent. Ils sont distribués de la manière suivante: le Janus à deux faces devant une table

tenant une coupe à hoire. 2<» Un bûcheron faisant la coupe de bois. 3^ Une Xemme occupée à ensemencer. 40 Un homme abattant des glands pour la nourriture des ponrceaux. &> La cbasse au fiiucon> ou le printemps. ^ Un homme qui paraît être un moine jetant sa cuculle à Fentrée d'un monastère. ?<> Un vigneron qui plante des ceps de vignes. 8>> Un paysan qui bat en grange. 90 Un vigneron foulant des raisins dans une cuve qu'un vendangeur s'occupe à remplir. IQo Un homme travaillant à la moisson. 11<» Un honmie conduisant un cheval au labourage, Un paysan fauchant un pré. 13o Et un autre plantant un arbre. Sur les faces latérales du portail sont six grandes statues , trois de chaque côté, représentant les principaux bienfaiteurs de cette Eglise.

Toutes les statues qui décorent ces trois portes sont aussi mtéressantes pour Fhistoire de Tart «pie pour celle du costume français dans les onzième et douzième siècles; elles sont revêtues de longues tuniques recouvertes par une espèce de manteau qui^ quelquefois ouvei l sur le devant, laisse niiercevoir de riches ceintures et de trèsbelles étoiles gaufrées. On doit surtout remarquer la forme variée des couronnes ainsi que les longues tresses de cheveux, dont quelques-unes sont enveloppées de rubans, que portent la plupart des reines et des princesseb. Les chapiteaux et couronnements des colonnes et des statues de ces portes , ainsi que le pourtour des chambranles, sont décores dune suite de petits basreliefs, représentant pour la plupart les mystères du Nouveau Testament; ces petites âgures sont d^e exécution très-soignée. Plusieurs chapiteaux des colonnes de la porte royale présentent quelques réminiscences du chapiteau corinthien. *

PÛHTÂIL MÉRIDIONAL.

Le portail de ce côté est précédé d'un vaste porche à trois portiques» formant péristyle» d'une structure admirable et auquel on monte par un perron composé de dix-sept marches. Ce magnifique porche est soutenu par des massifs et des pieds-droits décorés d'une longue suiii' de bas-rcliefs et accompairnés d'une grande quantité ' de culouuos dont presque tous les iùts sont d'une seule pierre.

Les trois portes sont surmontées de pignons et d'une suite de dix-huit statues placées dans des niches surmontées de pyramides..

Sur le trumeau de la porte du milieu est représenté

Jésus-(^liiist tenant le livre des saints Evangiles, afin d'iudKiuer qu'il est la lumière du monde : la couverture du volume est richement ornée. Sous le piédestal de cette statue est placée» dans deux divisions» la figure de Pierre Mauderc» duc de Bretagne et comte de Dreux» h genoux, la tête ceinte d^une couronne enrichie de perles, distribuant des pains dans une corbeille portée pur des ser\iteurs: plus bas est Alix, sa femme, assise, paraissant faire la même distribution. De chaque côté de la statue de Jésus-Christ on distingue» sur deux lignes parallèles» les statues des douze Apôtres et leurs attributs. Dans le tympan qui forme le fond du cadre ogive de la porte est représenté le sujet du Jugement dernier : Jésus-Christ est assis sur son trône, a^ant la sainte Vierge à sa droite et saint Jean à sa gauche. Dans la partie supérieure du tympan, qui termine le cadre ogive» sont deux anges tenant la croix dû Sauveur. Plus has» dans le même bas-relief» deux autres anges portent les

divers instruments de la Passion. Au-dessous du Christel des personnages qui l'accompagnent s^effectue la séparation des élus et des réprouvés; au milieu est saint Michel, archange, pesant les âmes des mortels. La balance ayant été mutilée , on ne voit plus que les vestiges des bassins, dont Vun eonlenait la ligure d'un juste, et Fautre celle d'un démon qui fait tous ses elï'orts pour faire pencher la balance de son coté. Ceux qui sont condamnés vont s'engouCTrer dans l'énorme gueule du dragon^ où plusieurs démons les font entrer à coups de fourche; sur le côté est un diable qui saisit une religieuse, tandis qu'un autre \nv\v\ une reine par la main et paraît s'cntietenir avec elle. Les euntoui s des arceaux de la voussure de la porte sont remplis de ligures ; sur ia droite sont les Justes qui jouissent de la béatitude céleste; sur la gauche les Réprouvés qui sont condamnés aux peines étemelles. Le fronton qui surmonte le centre du porche est décoré de la statue de la sainte Vierge , dans une iiloire au milieu des Auges.

Dluis le tympan «le la tieuxième porte, à gauche du spectateur^ sous le iiorcbe, sont ligurées deux divisions inscrites dans Féteudue du cadre ogive : dans la plus haute on voit Jésus-Christ accompagné de deux Ânges en adoration devant lui. Sur le bas-relief de la partie inférieure du tympan est sculpté le martyre de saint Etienne; les p;u lies latérales de la i.oile sunl décorées de statues disposées de la mauirrc suivante» : à la g.iuelio se voit un guerrier armé, tenant de la main droite une enseigne militaire > et de la gauche un bouclier orné de bandes de fer terminées par des fleurs de lis gravées en creux. Ce chevalier^ portant le nimbe ou cercle lumineux derrière sa téte (ainsi que les autres personnages), paraît être sauil Théodore, La ligure suivante représente un Evéque

ayant une crosse de la main gauche ^ et de la droite donnant sa bénédiction; à ses côtés sont deux clercs servant d'acolytes et tenant chacun un livre placé sur le pectoral. La couverture des livres et les ornements des

tuiiiques sont Liôs-riches ; le support de la statue de l'Evêque est un temple au milieu des eaux : c'est rimage du pape saint Clément. De l'autre cùté du portail est saint Omis, évêque de Paris, avec les mêmes attributs et dans la même attitude; il est accompagné de deux acolytes tenant des livres : celui de la gauche porte de la barbe. La statue suivantcf représente un guerrier armé à peu près de même (jue celui qui est décrit plus haut, à Fexceptinn qu'il ne porte point d'enseigne : il est vraisemblable que c'est l'image de saint Georges.

Sur le tympan de la porte ^ à droite du spectateur^ sous le porche, sont figurés quelques traits de la vie de iomt Martin, évêque de Tours. Dans le premier bas-re* lief du tympan^ le Saint à cheval pan ii( son manteau en deux, pour en donner la moitié à un pauvre qui lui demande Taumône, près l'une des portes de la ville d'Amiens. La seconde partie présente deux bas-reliefs : dans Ton on voit saint Martin revêtu de ses habits pontificaux, au lit de la mort; Fautre offre son tombeau. La troisième et dernière partie du tympan représente le saint évêque de Tours dont Pâme monte au ciel.

Sur les faces laU iales de la porte sont placées huit grandes statues disposées de la numièrc suivante : saint Laumer, abbé, en costume sacerdotal; saint Lémi, pape, en vêtements pontificaux; saint Ambrme, vêtu en archevêque et satnt NicoloB, bénissant de sa main droite. Tous les ornements de ces statues sont très-riches. De l'autre côté est la statue de saint Martin , barbu et en costume arcbiépiscopui; il est accompagné d'un acolyte tenant un

livre ouvert : $anU Jérôme, en vêtements sacerdotaux» pois smni GrêgmeAe'^rfmd, vôta en pape; sur son épaule droite est une colombe, ^attitude de cet évéque

diffère de celle des autres Prélats, en ce qu'il a une main sur la poitrine et que de l'autre il tient son bâton pastoral; ses gants sont richement brodés, et ses doigts sont à découvert. La quatrième figure est celle de saxat ÂvU, abbé de Hilly> portant de la barbe; sa tête est nue comme celle de saint Laumer : 11 tient un livre et une crosse; sur son manipule sont tracées des fleurs de lis.

Plusieurs des évêques, qui décorent ces trois portes, portent le pallium, et leurs rochets sont garnis de mousseline brodée de points à jour et d'un riche dessin.

Les piliers qui supportent la voussure sont ornés de délicats et curieux bas-reliefe encadrés par d'élégants rin* ceaux de vigne. Le pilier de gauche oflire vingt-quatre scènes qui reprcseulent le supplice des saints martyrs Caliœte, Cyprien, Denis, Théodore, Eustache, Piat, Saturnin, Cher on, etc. Celui de droite présente douze des vingt-quaire Vieillards-rois de V Apocalypse et une série de naïves allégories qui figurent les Vertus mises en opposition avec les Vices. Cette série se continue sur le pilier de droite de l'autre baie latérale, oii l'on retrouve également les douze autres Yieiliards-rois de l'Apocalypse.

PORTAOL SEPTENTRIONAL.

Le portail de ce côté est précédé d'un vaste porche à trois portes formant péristyle , et auquel on monte par

un perron composé de treize marches : ce porche, dont les avant-cori)s sont décorés de statues, est d'une composition plus sévère que celui du midi.

Sur le trumeau de la porte du milieu, est sainte Anne

tenant la petite Marie dans ses bras. Dans le tympan audessus de là porte y sont représentés dans plusieurs bas» reliefs sculptés^ suivant l'usage du temps, dans toute l'étendue du cadre ogive, la sainte Vierge au lit de la mort et les disciples de Jésus-Christ procédant à son inlmiiiatioii eu i»l;i(;;int son corps dans un sépLilcrc. Dans la partie la plus vW\ée dù tympan , se voit la mère du Sauveur près de son fils, et eutoiuée des Anges, des 'Archanges et des Bienheureux qui célèbrent par des concerts de joie son arrivée dans le cieL Toute Fétendue de la voussure du porche est remplie de petites figures représentant les Trônes et les Dominations du ciel. Les statues qui décorent les faces latérales de la porte du milieu ligurenl une suite de persoijuagos de l'Ancien et du Nouveau Testament. A la gauche du spectateur se voit Abraham prêt à immoler Isaac, son fils, par le commandement du Seigneur, vers lequel il tourne la téte. Plus loin Atraham tient un bélier qu'il vient d'offi'ir en holocauste à Dieu; à côté de ce Patriarche est Metchisedech, Prêtre du Très-haut, et roi de Salem, tenant un encensoir cà la main. Sur la face latérale, adroite du spectateur, sont successivement Moïse^ avec les tables de la loi, le serpent d'airain et le veau d'or; Samuel j immolant un agneau; David, portant une lance. et une couronne d'épines; Isate, avec l'arbre de Jessé; Jérémie, montrant une croix qu'il tient de la main gauche; Siméon el 1 l'nfant-Jésus sur son ))ras: Jcan-Baplistc , le Précurseur, avec TAiineau divin, et enlin saint Pierre, en costume de pape, portant les clefs suspendues à son bras.

Sur le tympan placé dans la partie supérieure de la deuxième porte, à droite, est représenté Job couvert d'ulcères, couché sur du fumier et plongé dans la plus profonde misère. Plus loin se trouve le démon qui cherche

à le tenter en lai promettant des richesses ; de Tantre

côlo le Seigneur apparaît à Job. Sous le bas-relief on voit le jugement de Salomon. Dnns le contour des arci^iux de la voussure de cette porte sont sculptés plusieurs autres sujets de l'Ancien Testament, qui racontent tout au long, en leur style de pierre^ les histoires de Samsm, de Gédém, à^Esther^ de Judith et de Tobie. Dim le contour de Pogive de IVant-corps du porche, qui correspond à cette porte, sont les douze signes du zodiaque, et sur le deuxième bandeau de Fogive, les travaux agricoles des douze mois de Vannée. Ces compartiments de ligures sont espacés par des trèfles ou autres découpures qui décorent toute la voussure de la porte et de l^avant-corps. Les deux côtés de ce portail sont ornés de six magnifiques statues colossales, figurant Samson, dont le socle est un âne relevant la trie ; la reine de Saba, dont les pieds reposent sur un oinui(iU(^ nrgre; Salomon, vêtu d'une robe et d'un manteau doublé d'hermines ; Jésus ^ fils de Sirach, l'auteur de V Ecclésiastique, travaillant au temple de Jérusalem; Judith, avec un chien, chef-d^œuvre de sculpture ; enfin Gédém, portant le sceptre et le diadème.

Dans le tympan de la troisième porte située à gauche, sons le porche, suni itiprésentés b^ï^ sujets suivants: la 7ia(ssnàce de Jésus-Christ ^ un Ange annonçant cette nouvelle aux bergers , et ^ans la partie supérieure l'adoration des Mages. Dans les contours des arceaux de la voussure de la porte, du côté droit, les cinq vierges sages tenant leurs lampes droites et pleines, et du côté gauche les cinq vierges folles avec leurs lampes renversées. Au-dessus se \uit une série de douze statuettes fort élégantes, représentant des reines vétiios de la robe traînante et du manteau : ces reines sont sans doute le symbole des dùHze Fru^ du Saint^EsprU qui ont orné Marie.

Un antre cordon représente à ganehe les travaux manuels^ à droite les oeenpations de l'esprit, c'est la Vie

active et la Vie contemplative ; au-dessous existaient autrefois deux statues colossales qu'il est question de rétablir lorsqu'on aura achevé de restaurer ce portail qui depuis long*temps est soutenu par des étais de l'effet le plus disgracieux.

Sur un dernier cordon se voient quatorze reines jeunes et gracieuses, s'appuyant toutes sur un bouclier où sont figurés les emblèmes ((ui caractérisent chacune d'elles : ce sont les Béatitudes célestes dont les Justes seront comblés dans la vie future. Au-dessous se dressaient deux statues colossales , la Synagogue et VEglise catholique , qu'il est question de rétablir coinme celles de la Vie active et de la Vie contemplative. Les compartiments des figures de la voussure et de Pavant-corps du porcbe sont espacés de même que le précédent, par des trclles ei autres découpures qui produisent un fort bel effet.

A la baie centrale, les piliers sont ornés de huit statues colossales, quatre de chaque côté. G-est d^abord à gauche un prince en habit long, la téte ceinte d'une, couronne en forme de diadème, avec un sceptre à la main, que l'on présume être Philippe, comte de Boulogne, oncle de saint Louis. A côté de ce comte est Mahaut, son épouse. Les deux statues suivantes ont été brisées en 1793. Sur les piédestaux de ces quatre statues ligurent plusieurs traits de la jeunesse de David. Sur les piliers de droite on voit un Prophète ayant son manteau sàr la téte et tenant un rouleau déployé; Louis VHI, en costume royal; Isabelle^ fille de Louis VIII, abbesse et fondatrice de Longchamps, la luaiu droite sur la poitrine, et tenant un livre de la gaucho; le vieillard Zachane, un enseosûir à la main. Les soubassements de /^es statues

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offrent l'histoire de Samuel et d'Hcli , sculptée avec une finesse admirable. Aux piliers de la baie latérale de gau* che on voit d'un ablésmnt Ferdinand, roi de Castille^ près duquel est un Prophètê tenant un rouleau ; de Tautre

saint LouiSj accompagnô de même d'un Prophète. Sur les piédestaux do ces quatre statues on a figuré les Arts et les Sciences. Sur la face du porche qui regarde le clocher neuf^ on distinî^ue sainê Samnien qui paraît s'entretenir avee sainte Modeste, tenant un livre et la main élevée : elle a un voile sur la tête. Les piédestaux semblent représenter des scènes de la vie de sainte Modeste. Eulin^ bui ia face latérale qui reiraido la sacristie^ il y avait également deux statues colossales; une seule existe aujourd'hui; c'est celle d'un jeune roi, qui pourrait bien être Philippe-le-Hardi. Toutes les statues groupées autour des pieds-droits du porche n'ont pas le nimbe^ à rexception de celle de saint Savinien:

CHAPITUE V.

Des Glodiers et des Gloches, de la Charpente et de la

Couverture de l'Eglise.

Il V a\ait sur la couverture de cette basilique deux petits ciocliers d'un travail et d'une symétrie admirables. Dans Fun d'eux, qui était au milieu de la croisée^ était un instrument qu'on appelle grue, servant pour assembler le peuple à r£glise pendant la semfino sainte^ lorsqu'on ne sonne plus les cloches. L'autre petit clocher^ qui était vers le milieu de la couverture du chœur, avait six petites dociles d'accord, qu'on appelait commaudcs, parce

que durant le service divin elles servaient pour avertir les sonneurs de sonner les cloches qui étaient suspendues dans les deux crrandes pyramides.

Ces deux graiules p\r;uiiid(3s oa cloclicrs sont aux deux côtés de la [torh», roynlo : on les aperçoit à plus de luiit lieues de Chartres. Sur leurs pointes sont places des globes de cuivre doré, d'une prodigieuse grosseur, sur l'un desquels paraît une grande croix.

Ces pyramides, construites en pierres détaille, sont d'une beauté admirable. L'une d'elles, qui se nomme le clocher neuf, a soixante-trois toises de hniileur : elle est ronde, fort spanouso cl a plusieurs galeries autour desquelles on se promène en sûreté; elle contenait cinq grosses cloches parfaitement d'accord entre elles; l'une de ces cinq a été fatale à beaucoup de personnes: elle s'appelait Anne de Bretagne, parce qu'elle avait été donnée par Anne, duchesse de Bretagne, mariée en premières noces avec Charles VIII, et en secondes avec Louis XII, roi de France. Elle vint à Chartres en 1510, où, ravie de la voix (lu jciiiK' Le Fèv] *'. qui Mmi enfant de cireur, elle le demanda à MM. du chapitre, qui le lui accordèrent. Ën les remerciant elle leur dit : Vous m'avez donné une petite voix, mais moi, je veux vous en donner une grosse, ce qu'elle fit ensuite en leur donnant cette cloche qu'on appelait aussi la cloche des biens, parce que ce Le Fôvre, pour qui celte princesse avait obtenu un canonioai de Chartres, fit présent de la somme de trois mille ii\res à MM. du cîinpitre, à condition qu'on sonnerait cette cloche depuis le dimanche d'après Pâques jusqu'au dimanche de la Trinité, une heure par jour, de six heures du soir jusqu'à sept. Vers 1720, M. Girardot, chanoine, fit une pareille fondation , qui commençait le lendemain de la ïriuitt!^ CL iixiissait à la Saiat-iîciui , moyennant quuUc

mille livres qu'il âonna à MM. du chapitre, en sorte que

cette cloche sonnait six. mois Tannée une heure par jour: pendant qu'elle sonnait, les fidèles qui rentemiaient priaient Dieu pour les biens de la terre. Il ne reste plus aujourd'hui que six cloches et le timbre de l'horloge , qui sont dans le elocher neuf.

Bien haut au-dessus des clochers il y a une lanterne percée à jour de tous côtés, dans laquelle est une grosse cloche qui sonne toutes les Iieures, et qui sert de règle pour toute la ville. Il y a aussi deux hommes gagés par la commune qui veillent pour voir si le feu n'est point dans Chartres, ou dans quelque village de la banlieue, et pour sonner le tocsin, au son duquel chacun s'empresse d'aller au secours : autrefois on sonnait encore pour avertir les habitants de se tenir prêts en temps de guerre.

Do l;i ( !i;iijila'e des guetteurs Ton descend dans une autre plus giande et plus spaeieuso : on rai)pelle la chambre de la sonnerie; elle est au second étage au-dessous des cloches. Contre la muraille , du côté du midi , sont écrits les. vers, suivants, gravés dans une pierre blanche, ei qui font mention du bâtiment et de la structure du clocher, tel qu^on le voit à présent, au lieu de celui que le feu du ciel détruisit l'an loOG.

Voici cette mschptiou :

3e fu \abh he plomb ti bogd ïonstrutti

Qraniiy l)aiilt et btau, ie eomptutuf euoratge^

)U0qur0 ai ce <\\i( tonnerre et oratge

m'a rondume', begaté U iàvmi.

le |our 0aintt Stnne, mx9 m iieitred ht m^i,

en l'anncc mil ciiiq ano li ùïï,

je ùi bïuU, iimii si uoigt,

et mt mot it fcowtù]t[(Ki\t0 &\t.

ûfich Mtmevac0 m ^<m rljappitrt 110010

ont ordonne it picric me reffûtre

à frant iiouUe0 et piUter0 bien «10001^0,

fiar 3el|an ht Iteau00e^ maton qui le 0ttt filtre.

l'an hmm bbt aprr$ pour leupre Cuire

a00OUQr firent le otngt i|uatrtème jour

bu mogo br mare, pour le premier affaire,

première pierre et auUre0 0an0 re (our.

et en avril ^tntihne {our^ espritf

parbi0t la oie, au lieu buquei aprè0

firii0t Crori mi0 par podtttloeion.

en ce temp0 Id que mo^ù nieeedité

oiiott be0 gen0 qui pour mog lor0 oeilloient

bit bon bu roeur fhiot ^er m tùti,

Bien le parbont et à reuls qui 0'g emploient.

Le roi Louis XII, par lettres-patentes, datées de Blois en Tan 1509, pour refaire ce clocher, donna deux mille livres à prendre sur les tailles, en cinq années, à raison

de quatre cents livres par an, ce qui fait voir que cette somme était considérable m ce temps-là. René d'Uliers, Evôquo de Chartres, donna quatre cents livres pour aider à le réparer. Les habitants de la ville de Chartres et ceux des campagnes irent aussi des dons considérables.

Le maître entrepreneur, Jean de Beausse, gagnait six et sept sons par jour, et ses compagnons cinq. Les mêmes

ouvriers qui firent les statues qui sont à ce clocher, firent une partie des figures qui sont dans la moitié tour du chœur^ et gagnaient cinq^ six et sept sous par jour; Fautre moitié fut faite dans le même siècle et dans les sièeles suivants par d'autres artistes, de sorte que le tour du rluviii ne fut terminé qu'au XVIIIo siècle.

L'on nomme l'autre clocher, le clocher vieux, qui est de forme ronde et spacieux; il a cinquante-sept toises' de hauteur. Il y avait trois cloches d'une proidigieuse grosseur^ qui s'accordaient avec les cinq du clocher neuf^ et formaient une si belle et si forte harmonie, qu'on les entendait de quatre lieues. On ne les- sonnait toutes qu'aux graii(l(js fôtes de Fannée. Quand elles sonni icnt, la fHipulalion était ravie de contentement, car elles exprimaient toutes les parties de la musique; et l'on se sentait le cœur épris d'une secrète joie^ qui donnait de " la dévotion à ceux qui en étaient le moins susceptibles.

Les personnes qui se connaissent en architecture^ donnent la préférence à la su uclure de ce clocher sur celle du clocher neuf, quoique celui-ci soit plus beau et plus haut de six toises. En effet, le clocher vieux convient mieux au dessin de l'Eglise, et son antiquité vénérable a quelque chose qui l'emporte sur l'autre.

Rien n'était plus admirable que la charpente de l'Eglise avant Fincendie qui la détruisit en 1836 : on la nommait forêt, à cause de la quantité de bois et de ses longues allées à perte de vue. Toutes les pièces de buis y utaient si artistement jointes qu'elles allaient aboutir à une grosse pièce qui était au bout du rond-point , suspendue en l'air, et néanmoins supportant les masses de plomb qui faisaient la couverture de la cathédrale. Le bots de ceUe cliarpL'iilo tlait encore aussi sain lors de l'incendie que s'il fui sorti de la iurét d'où il avait été tiré plus de

six sièclps nuporavaut. 11 s'y trouvait plusieurs échos d^UQ effet surprenant.

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